Bonjour ! Il est temps de publier une nouvelle histoire ... ! Je remercie tous ceux qui m'ont laissé des commentaires à ma dernière publications mais aussi tous ceux qui agissent dans l'ombre en favorisant ou en suivant certaines de mes histoires :-)

Je remercie Isatis2013 pour sa correction !

Sur ce, je vous laisse commencer : Bonne lecture !


Chapitre 1 : Premiers pas

Surtout derrière une moto qui allait vite. En passant c'était grisant. J'envisage de m'en acheter une.

Comment oublier de telles paroles venant de l'informaticien ? De cet homme si secret, qui ne parlait que très peu de lui, de ses centres d'intérêts, préférant se noyer dans le travail afin d'éviter toutes les questions gênantes voire embarrassantes ? Il avait dû s'armer de patience pour découvrir des choses sur son mystérieux patron, mais petit à petit il avait finit par accéder à certaines informations sur lui. Il savait qu'il aimait les anciennes éditions, les vinyles, visiter des musées, boire du thé Sencha bien chaud. Il savait qu'il avait en lui un support métallique au niveau de sa nuque mais il n'avait jamais réellement su dans quelles conditions il en était arrivé à se briser une bonne partie de ses vertèbres.

Il avait mené des recherches en parallèle avec l'inspecteur Fusco. Il avait découvert un autre alias de son patron : Harold Wren. Il s'était fait la réflexion qu'il utilisait toujours le même prénom. Il avait découvert un lien étroit entre lui et un autre milliardaire décédé il y a quelques années dans un attentat : Nathan Ingram. Il avait à ce moment là, eu le sentiment que Finch était présent ce jour là, qu'il avait assisté à la mort de Nathan. Finch, malgré son apparence froide, laissait apparaître des indices évidents. John voyait qu'il avait souffert par le passé d'un manque cruel de confiance, à sa méfiance évidente à chaque fois qu'il osait lui poser une question un peu trop intime, sa gêne et son besoin de s'éloigner lorsqu'il se trouvait trop près de lui.

Ces derniers temps, Finch s'était brutalement rapproché de lui, laissant apparaître son inquiétude. Entre ces histoires de banque, de prison où Carter l'avait interrogé pendant de longues heures suite à son arrestation, d'enlèvement par Kara, son ancienne coéquipière, son duo forcé avec Mark Snow et cette bombe. Ce gilet d'explosif qu'il avait sur lui, que Kara avait activé. Parce qu'elle voulait le tuer. Parce qu'elle voulait lui faire regretter ce qui s'était passé quelques années plus tôt lorsque la CIA avait décidé de les tuer à Ordos. Pour sa trahison. Il avait été habile et avait réussi à envoyer un message codé à son patron. Finch l'avait très bien comprit, sûrement avec l'aide de Carter et de Fusco. S'il avait réussi à éloigner Carter et Fusco, parce qu'il savait qu'il ne lui restait plus beaucoup de temps, il n'avait pas réussi à faire partir l'homme qui l'avait embauché deux ans plus tôt.

Devant la détermination de Finch et son besoin de le sauver, il lui avait laissé une chance. Rectification. Il s'était laissé une chance. Parce qu'il appréciait beaucoup Finch. Il était son sauveur, l'homme qui avait apprit à ne pas se fier aux premières impressions, à ne pas se fier à son dossier militaire pas très accrocheur. Une autre personne ayant lu son dossier, l'aurait dévisagé comme un monstre, comme un meurtrier, mais Finch n'avait jamais eu ce regard. Il n'avait même pas eu de la pitié pour lui. Au contraire, Finch éprouvait la même chose que lui et le comprenait. Et c'est ce trait de caractère qui l'avait poussé à en apprendre plus sur Finch, qui l'avait poussé à le comprendre, à lui faire plaisir. Il avait même développé des taquineries envers lui. Parce que parfois, lorsque l'ambiance était trop lourde ou qu'une mission leur pesait sur les épaules, il voulait pouvoir détendre son patron.

Toutes ces marques d'affections étaient comme un remerciement. Reese le remerciait tous les jours, secrètement de lui avoir sauvé la vie. Mais il n'avait jamais pu lui rendre service. Il n'avait que très peu passé de temps avec lui en dehors du boulot. Il ne savait même pas si l'informaticien avait une vie en dehors de ses codages, de ses mises à jour et de son obsession pour la nouvelle technologie. Ce dont il était certain, c'est que Finch n'avait personne dans sa vie, hormis lui. Finch était un solitaire. Alors, Reese avait décidé de changer un peu ses habitudes. Il s'était renseigné auprès de Megan concernant l'état physique de Finch pour ce qu'il envisageait de faire. Puis il s'était rendu dans un garage et avait longuement vérifié les motos. Il avait finit par trouver celle qui serait la mieux adaptée pour son partenaire et il l'avait acheté. Puis il avait fait des recherches, sans rien demander à Finch, sur un endroit discret, en dehors de l'agitation de New York. Il avait l'intention de lui apprendre à piloter et pour cela, il souhaitait un cadre agréable et un endroit isolé. Il avait trouvé son bonheur puis avait appelé le propriétaire des lieux. Par surprise, l'homme propriétaire lui avait proposé de visiter les lieux et de l'acheter dans l'état. Lors d'un jour sans mission, Reese s'y était rendu et avait été conquis malgré que ce fût à l'abandon depuis des années. Il avait signé les papiers et obtenu les clés dans la foulée. Alors il avait prit sa moto et parcouru l'endroit.

Il en était revenu satisfait. En cours de chemin Finch l'avait appelé pour une nouvelle mission et il s'était empressé de le rejoindre. Son sourire n'avait pas échappé à l'informaticien, qui titillé, avait tenté d'en savoir plus. Reese lui avait sourit mais n'avait rien dit. Devant ce comportement malicieux de l'agent, Finch avait préféré de ne pas aller plus loin, sentant les taquineries venir et avait donné les détails sur le nouveau numéro. Cette mission avait duré deux jours et Lionel s'était chargé de récupérer l'homme avec Carter et de l'arrêter pour tentative de meurtre. Etrangement, la machine ne se manifesta pas de nouveau et John décida de sauter sur l'occasion pendant cette belle matinée du mois de mai.

-La machine n'a rien à nous donner ?

-Non Mr Reese. Vous pouvez prendre votre journée.

-Perspective intéressante. Et si je vous proposais de la passer avec moi ?

Les mains de Finch se figèrent au dessus du clavier. D'un geste mécanique, il leva les yeux vers son agent tout en pivotant son siège, surprit.

-Est-ce une façon détournée de vouloir en apprendre sur moi ? Demanda-t-il, sur la défensive.

-Du tout. Je m'inquiète seulement. Vous passez tout votre temps derrière vos écrans Finch.

-Mr Reese, vous savez que je suis un visiteur régulier pour les musées.

-Vous êtes tout de même enfermé. Remarqua John. Faites-moi confiance.

Finch regarda son agent, cherchant à savoir s'il était sérieux ou non.

-Vous n'avez pas confiance ?

-Vous savez comment je suis Mr Reese.

-Et je sais comment vous convaincre.

Finch pinça les lèvres discrètement.

-Venez Harold, je sais que vous allez apprécier.

-Comment pouvez-vous en être certain ?

-Parce qu'un jour vous avez émit un souhait ?

-Un souhait ? Questionna Harold, étonné.

Reese vit la mine froncée de Finch, typique de lui lorsqu'il réfléchissait. Il pouvait entendre les rouages de son cerveau se mettre en marche frénétiquement. Voyant qu'il ne semblait pas se décider, Reese s'apprêtait à dire quelque chose lorsque Finch reprit la parole.

-Je ne vois pas quel souhait j'ai bien pu faire.

-Pour vous en souvenir, vous n'avez qu'une solution Finch.

John esquissa un sourire charmeur. Finch secoua la tête.

-Combien de temps devrons-nous nous absenter ?

-Je dirais toute la journée.

Finch allait répliquer lorsque John le devança.

-Non Harold, la machine nous laissera tranquille, j'en suis convaincu. Puis il se rapprocha de lui et posa ses mains sur les accoudoirs du fauteuil. Finch se cala contre le dossier du siège, soudainement troublé par la proximité avec John. Depuis combien de temps n'avez-vous pas vraiment pris le grand air ?

-Je ne fais guère attention à ce détail Mr Reese.

-Vous devriez. Le soleil, l'air frais vous feraient du bien. Et cela ne fatiguera pas vos yeux.

Finch déglutit.

-Je suppose que je n'ai pas le choix ?

-Non.

-Je vois.

Reese se redressa et recula pour laisser l'espace à son patron, encore perturbé par son invasion.

- Donnez-moi cinq minutes, et je vous suis.

Intérieurement, John sentit une joie immense l'envahir. Ainsi Finch avait accepté sans trop de mal, de passer la journée avec lui. Il était satisfait d'avoir réussi à le convaincre, à sa manière. Finch ne l'avait pas encore interrogé sur le lieu, ni sur ce souhait, mais il sentait que cela ne tarderait pas à venir. Finch éteignit son système, se leva et prit son manteau sur son bras, estimant qu'il faisait déjà doux dehors.

-Vous êtes prêt ?

-Oui. Répondit Finch après un moment, pas rassuré.

-Tout ira bien, ne vous inquiétez pas. Se moqua John.

-Je demande à voir Mr Reese.

Reese gloussa puis descendit les escaliers, après avoir ordonné à Bear de rester bien sage, se rendant au parking. Finch le suivit docilement et prit place sur le siège passager après avoir déposé son blouson à l'arrière. Reese se plaça derrière le volant.

-Où comptez-vous aller ?

-Vous verrez.

-Vous refusez de me le dire ?

-Non. Je préserve seulement votre souhait jusqu'au bout.

-Je vois, cela vous amuse de me faire deviner ?

John se mit à rire doucement. Finch se surprit à penser qu'il aimait voir son agent aussi détendu et jugea qu'il devait finalement lui faire confiance et le laisser faire. Il repensa à la situation il y a quelques secondes, Lorsque John avait osé envahir son espace personnel. Il s'était senti un peu mal à l'aise mais c'était différent. Si une autre personne avait osé ce genre de geste, il aurait reculé son fauteuil et ordonné à l'autre de s'écarter. Il ne l'avait pas fait avec John pour plusieurs raisons : il savait que c'était la tactique de John pour tenter de convaincre quelqu'un de réticent comme lui, il savait que John aimait le troubler, que John ne lui ferait jamais de mal quoi qu'il arrive. Il le laissait faire, parce qu'il adorait le voir prendre des initiatives, qui parfois le surprenait ou le faisait réagir. Il aimait voir la bonne humeur de John, c'était son cadeau. La preuve qu'il avait eue raison d'aller le voir il y a deux ans, d'aller lui parler, d'aller lui proposer un but, une nouvelle vie. Chaque fois qu'il voyait Reese sourire ou s'amuser avec lui, c'était tout simplement parce qu'il savait que John était reconnaissant envers lui et que c'était sa façon de le montrer.

Depuis quelques temps, l'informaticien avait découvert un secret. Il avait comprit qu'il éprouvait des sentiments pour son agent. Plus précisément cela avait commencé à lui sauter aux yeux lorsqu'il avait été boire une « bière » avec Reese, suite à son enlèvement. Il se souvenait de cette soirée. Si elle avait commencé dans le grand silence, progressivement John avait su le détendre et le faire parler. Finch avait fini par narrer ce qui s'était passé avec Root et son chantage, la raison de ses actes et le moment où elle l'avait sauvé alors qu'il allait se faire tuer. Reese l'avait écouté d'une oreille attentive, un regard doux posé sur lui, qui ne reflétait ni pitié, ni tristesse, mais plutôt de la compassion. L'agent avait ensuite parlé de lui, de quelques expériences traumatisantes. Finch avait été surpris de son initiative mais ravi de pouvoir partager quelque chose avec lui. John lui avait donné quelques conseils pour ne pas se focaliser sur cet évènement traumatisant et Harold avait acquiescé, mémorisant ses recommandations. La soirée s'était terminée dans une ambiance détendue et ils n'avaient quitté le bar que vers deux heures du matin. S'ils avaient bu, ils ne s'étaient pas saoulés pour autant. Si Reese ne montrait aucun signe, Finch lui résistait moins face aux effets de l'alcool et il avait préféré retourner à la bibliothèque pour la nuit. John l'avait raccompagné et s'était assuré qu'il était bien installé, sous les yeux du malinois, chargé de le surveiller. Le lendemain matin, il s'était réveillé avec la bouche sèche et avait froncé les sourcils en voyant la petite bouteille d'eau sur la table de nuit et un petit mot en dessous :

« Vous allez en avoir besoin après ces deux verres de Whisky »

Il avait sourit et bu un bon coup avant de se lever et de prendre une douche rapide, pour attaquer la nouvelle journée. Reese était apparu une heure plus tard, armé de beignets et de deux gobelets. L'ex-militaire lui avait simplement demandé s'il avait bien dormi puis tout était revenu à la normale. Il revint à la réalité en entendant la voix de son agent :

-Tout va bien Finch ?

-Oui.

-Vous semblez distrait.

-Je réfléchissais encore à ce fameux souhait.

Reese sourit. Ils quittèrent le centre de la ville, ce qui étonna l'informaticien. Progressivement, il vit la végétation apparaître et les immeubles disparaître pour laisser place à des maisons de campagne et quelques fermes ou usines agricoles. Après une heure de route, ils approchaient de leur destination finale. Reese s'engagea dans un chemin usé et très peu fréquenté puis s'arrêta devant une grille au bout de quelques mètres. Reese quitta le véhicule le temps de retirer le cadenas et de pousser la grille puis remonta. Finch tentait vainement de lire le panneau, illisible après tant d'années au soleil. John continua sur quelques mètres et se retrouva sur une nouvelle route, roulant au milieu, ce qui fit bondir Finch.

-Mais que faites-vous John ?

-Ne craignez rien, il n'y a que nous sur cette route.

-Comment est-ce possible ?

Mais Finch eut rapidement sa réponse. Il remarqua que dans les virages, les extrémités de la route étaient recouvertes d'une vulgaire bande avec des couleurs rouges et blanches alternées. Puis en regardant mieux, il vit des pneus à l'abandon puis d'autres empilés comme pour protéger les petits murets, devant le grillage qui s'élevait jusqu'à au moins 3 mètres. John bifurqua doucement et s'arrêta devant un stand. Finch sortit du véhicule, regarda le bâtiment, puis à nouveau la chaussée.

-Mr Reese, je ne suis pas adepte de courses automobiles.

-Nous ne venons pas ici pour faire la course Finch.

-Alors quelle est la raison de notre présence ?

John lui fit signe de le suivre. Harold le suivit alors que Reese se dirigeait devant un des garages attenant au bâtiment central. Reese souleva la porte et Finch se figea en voyant ce qu'il contenait : deux motos. Il reconnu immédiatement celle de Reese mais l'autre semblait nouvelle. Comme attiré, il s'avança vers la belle mécanique et sentit l'odeur du neuf. Il toucha la selle de cuir, toute douce sous ses doigts.

-Je me souviens. Murmura-t-il.

-Nous sommes là pour vous Finch. Annonça Reese en se mettant de l'autre côté de la cylindrée, faisant face à Finch. Harold, voulez-vous apprendre à conduire ?

-Je pense que vous connaissez la réponse ? Tenta-t-il, avec un léger sourire timide.

-Oui je la connais mais je veux vous l'entendre dire.

-Oui, je le veux Mr Reese.

-Bien. Vous devez vous équiper un peu avant.

Finch frémit. John se dirigea vers un petit casier et l'ouvrit. Il prit un manteau de cuir noir, renforcé sur certaines parties, en particulier dans le dos et le tendit à son partenaire. Finch détailla le vêtement, un peu inquiet mais retira sa veste, tout en laissant sa cravate et son gilet de costume et l'enfila par-dessus. Il ne fut même pas étonné que cela lui aille comme un gant. Reese revêtit le sien et chaussa des chaussures adaptées.

-Il y a une paire pour vous mais si vous ne voulez pas, je ne vous obligerai pas. Dit-il.

-Cela conviendra.

Une fois équipé, Reese proposa à son partenaire quelques cours de base, autant pour maitriser l'appareil que pour la sécurité. S'installant devant le petit tableau blanc entreposé dans le local, Reese prit le feutre et dessina quelques situations. Finch l'écouta attentivement, comme un bon élève, agréablement surprit de voir que son agent était capable d'être pédagogue. Un instant, il songea qu'il aurait pu être professeur ou un moniteur de conduite. Puis ils passèrent sur la moto. Avant de monter dessus, Reese lui demanda de montrer certains détails : comment accélérer, comment freiner, comment bien s'asseoir dessus, ou caler ses pieds et la signification de certains voyants sur le minuscule tableau de bord. Finch se révéla très doué et Reese décida dans un premier temps de conduire alors qu'il serait passager, pour lui permettre de prendre conscience de certaines choses. Finch proposa de mettre les oreillettes pour faciliter l'échange avant de mettre les casques et Reese approuva. Finch fit glisser son casque et le mit bien afin que cela ne lui cause pas de douleur à la nuque. Reese grimpa sur la nouvelle moto et retira la béquille, après avoir démarré la mécanique. Finch se mordit la lèvre derrière le casque en voyant la hauteur du siège passager et en constatant qu'il n'avait pas de prise pour se tenir.

-Accrochez-vous à mon bras si vous avez besoin Finch.

Finch resta un instant interdit mais ne voyant pas d'autre solution, se résolu à poser une main sur l'avant bras de Reese. Avec l'autre main derrière la cuisse de sa jambe blessée, il inspira et la souleva. Il s'assit derrière John et sentit ses joues chauffer. Il était si proche de l'agent. Il pouvait sentir son odeur, ce parfum d'eau de toilette si caractéristique. Puis ses cuisses étaient collées contre celles de Reese, ce qui le troubla.

-Finch, posez vos mains sur moi pour vous tenir.

Mal à l'aise, Finch posa ses mains sur les côtés de Reese. John soupira, prit les mains de son patron et lui montra comment bien se tenir. Finch glapit sous le geste.

-Tout va bien ? Demanda Reese, soucieux.

-Je … Ca ira mieux après. Répondit Finch.

-Vous êtes prêt à écouter et à prendre une première vraie leçon ?

-Je suis toute ouïe Mr Reese.

Reese roula à une vitesse relativement faible afin de montrer à son patron quelques gestes et comment procéder pour tourner en toute sécurité. Après quelques manipulations, au milieu des diverses préconisations et règles de sécurité, ce fut au tour de Finch de conduire, avec toutefois John derrière lui.

-Tournez la poignée doucement.

Finch tourna malheureusement un peu trop brusquement et fut surprit. La moto se souleva mais Reese, ayant anticipé, s'était levé, agrippant son patron au moment où la cylindrée partait devant eux et retombait dans un fracas.

-J'avais dis doucement Finch.

-Je … je… je… Balbutia-t-il. Je suis désolé, je ne pensais pas que …

-C'est sensible une moto.

-Hum. Voulez-vous bien me lâcher ?

Reese remarqua alors qu'il tenait toujours son patron contre lui et desserra son étreinte.

-Vous ne vous êtes pas fait de mal ?

-Non. En revanche, je pense que la moto a souffert.

Reese alla vérifier et la releva.

-Elle n'a rien, la peinture n'est même pas abimée. Elle est solide.

-Tant mieux, je ne voudrais pas la casser aujourd'hui.

-Voire jamais ? Rajouta John.

-En effet.

John ramena la moto et Finch reprit place. Reese posa ses mains sur les siennes pour le guider et lui montrer la délicatesse du geste à effectuer. Tout doucement la cylindrée roula. Finch se mordit les lèvres. Ce contact très intime des mains ne le laissait pas de marbre. Heureusement que John ne le voyait pas rougir. Il se fit violence pour apprécier ce contact si inattendu et suivre les conseils de son agent. Il effectua quelques manipulations simples sur le parking à côté de la piste.

-Vous vous débrouillez bien. Remarqua Reese.

-Vous savez expliquer comme il faut Mr Reese, je ne fais que reproduire ce que vous me dites.

-Je dirais que vous êtes un élève très appliqué.

Ils s'arrêtèrent.

-Merci. Bredouilla Finch.

Reese descendit et tendit une main à Finch pour l'aider.

-Ca ira Mr Reese. Il refusa son aide et descendit seul. Il n'avait pas envie de se trahir de nouveau !

-Vous avez faim ?

-Vous avez prévu quelque chose ?

Finch dénoua l'attache de son casque, le retira et se passa une main dans les cheveux pour les redresser. John haussa un sourcil devant la rougeur de ses joues mais ne dit rien à ce propos, se disant qu'il devait avoir eu chaud à porter le casque.

-Oui. Pour une fois, j'ai été prévoyant. Se moqua John, joyeux.

Finch le regarda partir vers sa voiture, tout heureux. Il songea que cette plénitude était très rare chez John. Il n'avait que rarement l'occasion de le voir aussi épanoui et se dit qu'il devait en profiter. Pour partager un bon moment avec lui. Ce qui était déjà le cas si on y réfléchissait bien. John revint avec une glacière.

-On s'installe à l'espace pique-nique ?

-Volontiers.

Ils se rendirent sur le côté du bâtiment central et John prit la seule table qui était encore en état parmi la dizaine sur place. Ils s'installèrent et John déballa le contenu de la caisse. Finch observa le plat qu'il lui glissa sous le nez et l'ouvrit. Une salade de riz, accompagnée de thon, tomates, salade et quelques morceaux de cœurs de palmiers, le tout soigneusement assaisonné. Etonné, il releva la tête vers son agent, pour croiser son doux sourire et son regard pétillant.

-Vous avez cuisiné ?

-Oui.

-Je ne vous savais pas … adepte de cuisine Mr Reese.

-C'est mon passe –temps quand j'ai un peu de temps. Admit-il, invitant son patron à commencer à manger.

Finch prit sa fourchette et gouta. Il resta quelques longues minutes à mastiquer.

-C'est … succulent.

-Merci Harold.

Les plats furent rapidement terminés. Finch se mit à observer la façade du bâtiment central, plongé dans ses pensées. John remarqua son mutisme.

-A quoi pensez-vous Finch ?

-Comment avez-vous trouvé cet endroit ?

-Avec de bonnes recherches. Il faut croire que vos petites manies déteignent sur moi.

-Voyons Mr Reese…

-Ne dites pas le contraire. Gloussa John.

Finch pencha la tête sur le côté, sérieux.

-J'avais déjà entendu parler de cet endroit il y a quelques années. Je voulais savoir ce que c'était devenu. J'ai contacté le propriétaire des lieux et lorsqu'il a comprit que je m'y intéressais, il m'a demandé si je voulais l'acheter, à un très bon prix.

-Et vous connaissant, vous avez accepté ?

-Exactement. Parce que je ne voulais pas que nous soyons dérangés.

Finch comprit le sous entendu.

-Mr Reese, vous n'avez pas fait cela seulement dans le but que nous …

-Si. Pour que vous soyez à l'aise. Avoua-t-il.

Finch resta muet devant la spontanéité de sa réponse.

-Je l'ai fais uniquement parce que vous êtes mon ami Finch.

-John. Vous n'avez pas à vous justifier. Je vous comprends. Il but une gorgée d'eau à la bouteille. Je vous considère comme un ami moi aussi Mr Reese.

Cette révélation réchauffa le cœur de l'agent, qui se détendit après ce moment délicat.

-Vous comptez rénover ? Demanda Finch.

-Il le faudra. J'ai déjà mis quelques plaques de bois aux fenêtres manquantes.

-Le propriétaire vous a dit tout ce qui était à refaire ?

-Oui, il a été honnête. De toute manière, seuls les murs sont en état. Rien n'est utile et rien ne fonctionne.

- Vous allez tout refaire ?

-Oui. Je pensais venir un peu ici de temps en temps, pour me détendre aussi.

-Vous aimez le bricolage ?

-Oui. Il faut être polyvalent. Tout est à refaire. L'électricité, le sol, les plafonds, les sanitaires, la peinture…

-Je vois. Ce sont des travaux de gros œuvres.

-Mais cela ne me fait pas peur. Sourit Reese.

-Vous vous lancez le défi ?

-Voilà. Approuva-t-il.

-Cela pourrait vous paraître surprenant mais, pourrais-je contribuer à votre projet ?

-Finch, je n'ai pas besoin que vous engagiez une équipe pour faire les travaux !

-Qui a dit que je voulais engager des professionnels ?

John ancra son regard dans le sien, soudain surprit.

-Vous voulez dire vous-même ?

-Pourquoi pas ?

-Finch, vous n'êtes pas raisonnable ! S'offusqua John, inquiet pour lui.

-Et pourquoi ?

John s'apprêtait à répliquer mais préféra se taire. S'il disait de vive voix ce qu'il pensait, il risquait de blesser Finch en faisant allusion à ses soucis quotidiens. Il préféra baisser la tête, regarder ses pieds, ses mains jointes nerveusement. Finch fronça les sourcils.

-John ?

Aucune réponse.

-N'est-ce pas vous qui m'avez dit ce matin que je ne prenais pas assez l'air ? Que je ne sortais pas souvent et que je devrais le faire ?

-Harold… Se mortifia John, redressant la tête.

-Vous avez raison. Je devrais quelques fois…changer d'activité.

John comprit que cela tenait à cœur à l'informaticien.

-Harold j'accepte que vous m'aidiez mais

-Mais ?

-Ménagez-vous, je ne voudrais pas que …

-Mr Reese. Coupa brutalement l'informaticien. Reese ravala sa salive. Finch soupira et ferma les yeux un bref instant avant de reprendre. Je sais que j'ai quelques … soucis. Mais je connais mes limites. Je n'ai jamais dit que je porterai du sable, des plaques de Placoplatre, ou quoi que ce soit. Je ne ferais que ce que je suis en mesure de faire.

-Désolé, je ne voulais pas vous….

-Ce n'est rien. Vous cherchez à me protéger je suppose ?

-C'est plus fort que moi. Murmura John.

-Je me demande de quoi vous aurez l'air dans un costume de travail. Ajouta Finch, sur une pointe d'humour.

-La qualité ne sera pas aussi bonne que celle de mes costumes !

Finch rit doucement. Reese réalisa qu'il avait cherché à désamorcer la situation et lui en fut reconnaissant. Ils mangèrent quelques fruits en guise de dessert. Reese rangea le matériel ensuite, enveloppant les couverts dans un torchon et Finch fit quelques étirements, face au vent, les yeux clos, avec un petit sourire timide. Le plus âgé rouvrit les yeux en entendant les doux sons de la nature : le froissement des feuilles, le bruit de la mer au loin, et les quelques chants des oiseaux.

-Harold ?

-Oui John ?

-Vous êtes prêt pour poursuivre ?

-Toujours.

Ils se rapprochèrent des motos et Reese démarra la neuve.

-Vous allez vous débrouiller, je ne serais pas loin Finch. Si vous avez un souci vous pouvez me le dire.

-J'y penserai. Marmonna-t-il.

Il monta sur la moto après avoir remit son casque. Reese donna un coup pour démonter la béquille. Finch testa l'équilibre et se rendit compte pour la première fois que la moto était lourde. Il commença à s'inquiéter.

-Vous allez démarrer doucement. Souvenez vous de ce que je vous ai dis.

Finch récita mentalement les conseils de son agent mais il semblait tétanisé.

-Finch ? Tout va bien ?

-Je ne … me sens pas prêt.

-Oh Finch. Si je vous dis que vous l'êtes ?

-Cela ne changera rien.

-Vous avez peur de la chute ?

Finch se tût. Reese le prit pour une réponse positive.

-Plus vous allez pensez que vous allez chuter, plus ça va arriver. Pensez que vous conduisez autre chose.

-Qu'est ce qui peut bien avoir deux roues ?

-Un vélo.

-Mais cela n'a pas de moteur. Jugea Finch.

Reese fit mine de réfléchir.

-Mais ils ont un point commun.

-Lequel ? Demanda Finch, méfiant.

-Pour l'apprentissage, on peut y mettre des petites roues !

Finch écarquilla violemment les yeux.

-N'y pensez pas une seule seconde Mr Reese ! Gronda Finch, faisant mine d'être vexé.

John rit joyeusement. Finch se mordit la lèvre, conscient que son agent l'avait taquiné une fois de plus.

-Repensez à ce que vous avez ressenti la première fois que vous avez fait de la moto. Dit Reese, une fois calmé.

Finch tenta de se remémorer ses premières sensations. Cette première fois lorsqu'il était monté à l'arrière alors que le fiancé de leur numéro conduisait pour échapper aux furieux coups de feu des agents de sécurité.

-Très bien, je vais essayer. S'encouragea-t-il.

Finch posa les mains sur les poignées et tourna doucement celle pour accélérer. Reese suivit le chemin à ses côtés en marchant plus rapidement, pour veiller à ce qu'il reste droit et qu'il ne perde pas l'équilibre. Finch alla doucement puis fit la première manœuvre : tourner pour faire demi-tour. Il se retrouva un peu déséquilibré, l'obligeant à poser les pieds au sol mais Reese l'aida aussitôt, ayant anticipé.

-C'est normal la première fois. Ca viendra. Rassura John. Recommencez.

Finch recommença plusieurs fois avant de parvenir à maitriser le geste à une vitesse faible, John toujours à ses côtés, prêt à intervenir. L'informaticien était plutôt rassuré par la présence de son ami, mais il trouvait qu'il se fatiguait à le suivre comme il le faisait. Si John avait son endurance issue de son expérience de militaire, il n'en était pas moins un humain comme tout le monde, possédant des limites.

-Vous n'êtes pas obligé d'être à côté John.

-Ca ira ?

-Oui. Je vais continuer précautionneusement.

John ralentit et laissa l'espace à Finch. Harold continua à manœuvrer pour se familiariser avec l'engin puissant. Puis suivant les directives de Reese, il mit un peu plus de vitesse lors des déplacements en ligne droite. Reese l'encouragea et le félicita pour ses progrès fulgurants. Au bout d'une bonne heure, Finch ralentit et s'arrêta. John, étonné, se rapprocha de lui.

-Qu'en pensez-vous ?

-Cela n'a rien de … grisant mais je suppose que c'est à cause de la vitesse.

-On y viendra. Il faut déjà maitriser les bases et la moto.

-Je n'en doute pas une seconde.

Finch retira son casque et Reese remarqua la tension chez lui.

-Tout va bien ?

Finch arrêta le moteur et chercha à descendre. Reese l'aida en maintenant l'engin et le plaça sur sa béquille.

-Je me sens… barbouillé.

-Vous avez mal digéré ?

-Non je ne pense pas.

-Les vibrations peut-être ?

-C'est possible étant donné que je ne suis pas habitué.

-Et ça fait longtemps que vous conduisez aussi. Nota John.

Finch ravala sa salive et grimaça.

-Pouvons-nous en rester là pour aujourd'hui ?

-Il n'y a pas de souci Finch. Allez vous asseoir un peu, je range les motos et le matériel.

Finch alla s'asseoir sur le banc de la table de pique-nique, espérant que ce désagrément passe. Il regarda John ranger. Il ouvrit son blouson de cuir et le retira, ayant un peu chaud. Reese vint le chercher et lui redonna sa veste, qu'il enfila aussitôt. Il toussa légèrement au moment où Reese revenait vers lui pour partir.

-Doucement Finch.

Harold se calma en reprenant sa respiration doucement.

-Tenez.

Finch accepta la bouteille d'eau et but.

-Vous semblez fatigué.

-C'est le grand air Mr Reese.

Finch se leva et se dirigea vers la voiture. Il toussa de nouveau en chemin, ce qui inquiéta John.

-Vous êtes sûr que tout va bien ?

-Ca va passer.

-Vous n'avez pas de nausées ?

-Non. Peut-on renter ?

-Oui, bien sûr.

Ils reprirent la route en direction de New York. Le trajet fut silencieux. L'ambiance semblait lourde. John veillait sur son patron, en jetant un petit coup d'œil discret de temps à autre. Finch quant à lui, se concentrait sur le paysage, quelques fois il fermait les yeux et calait sa tête contre le siège. Arrivés à la bibliothèque, Finch alla s'isoler dans la salle d'eau. John fit mine de consulter les livres sur le chariot et en prit un au hasard, s'installant à sa place habituelle. Après tout il n'était que 17 heures et il considérait que la journée n'était pas terminée. Finch revint s'asseoir devant ses moniteurs, sous l'œil critique de John. L'informaticien vérifia son système mais se sentait vaguement épié. Il se mit sur le côté et lança un regard en direction de son agent.

-Je sais que vous ne lisez pas Mr Reese.

-Grillé.

-Vous n'avez pas besoin de me surveiller.

Reese fit une moue vexée.

-Ca va mieux Mr Reese, c'est passé. Le rassura-t-il. Au vu du sourire que John afficha, Finch se dit qu'il avait bien fait. Il reprit son codage, tandis que John se levait et sifflait Bear pour l'emmener en promenade. Le malinois jappa et trotta joyeusement vers la sortie, Reese le suivant. Une fois seul, Finch se laissa aller contre le dossier de son fauteuil, soupirant. Bien sûr qu'il allait mieux, il s'était rafraîchit. Il bougea doucement sa nuque pour chasser le début des raideurs, dont le port du casque était à l'origine. Mais il ne regrettait pas d'avoir accepté de suivre John pour cette journée de leçons. Il avait été agréablement surprit par l'attention et le côté professionnel de John. Plus il passait du temps avec lui, plus il découvrait l'homme sensible qu'il était, il découvrait derrière cette façade d'ex-agent de la CIA un homme qui éprouvait des sentiments, qui voulait partager avec son entourage, qui voulait faire plaisir aux amis, qui voulait prendre du bon temps. Si Reese devenait de plus en plus taquin, Finch comprenait que c'était sa nature d'adolescent qui reprenait le dessus. Sans doute parce qu'il n'avait pas eu l'occasion d'avoir une véritable enfance calme et donc John se rattrapait à présent.

Il espéra secrètement qu'ils reprendraient les cours rapidement ou commenceraient les travaux de rénovations, ensemble. Il se remémora ce moment où il avait fait sa proposition, qui l'avait d'ailleurs lui-même surprit. Il savait pourtant qu'il ne pourrait pas faire grand-chose, mais son cœur avait voulu s'exprimer d'une manière dissimulée : il voulait passer plus de temps avec son agent, profiter de sa présence et de sa chaleur humaine si réconfortante.

Reese revint deux petites heures plus tard et il retrouva l'informaticien devant son clavier, l'air concentré. Il annonça le dîner et ils mangèrent. Tout les deux espéraient pouvoir aller plus loin, mais sans se l'avouer devant l'autre…

A suivre...