Disclamer : Non non, ils sont tous à moi… C'est beau de rêver, hein ? Les personnages sont issus de Kingdom Heart. Mon seul bénéfice est celui d'écrire et d'être lue
Rating : K+… On sait jamais, peut-être que les tous petits seraient choqués par les bisoux
Note : Merci beaucoup à Ariani Lee qui a fait la béta-lecture de ce petit OS et surtout qui l'a bien aimé n_n
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J'ai eu envie de le toucher
Je l'ai vu, assis tout seul, dos à un radiateur, au milieu d'une kyrielle de sacs et de vêtements. Je l'ai vu bouger, et c'est ça qui a attiré mon regard. Je l'ai vu se pencher en avant, tendre le bras pour arrêter un crayon qui roulait. Et j'ai été surpris de l'avoir vu.
Moi, d'habitude, je ne vois personne. Ce sont les autres qui me voient. Ils me remarquent et me regardent, et je sens leurs regards sur moi mais je les ignore. Je suis trop égocentrique pour m'intéresser à eux. C'est même vrai pour certains de mes amis. Et, alors que tout le monde me regardait et que je les occultais tous, je ne voyais que lui qui ne me prêtait aucune attention.
Le temps a semblé s'arrêter pour que je m'imprègne de son image. Il était petit, bien plus que moi, et si fin qu'on aurait cru pouvoir le casser en deux. La façon dont ses mèches d'un blond doré se gaussaient des lois de la physique me rappelait curieusement mon propre reflet, avec son sourire désabusé dans le miroir quand il constatait une fois de plus de désordre hérétique et impie du rouge de mes cheveux. Mais tout ça n'était que détails futiles, sans importance à côté de ses yeux. Ils n'étaient pas bleus, pas seulement. Ils étaient trop bleus, trop intenses, trop pour appartenir à un être humain. Comme s'ils étaient la preuve qu'une créature d'ordre divin essayait de se cacher parmi les hommes, comme si la seule erreur dans son déguisement parfait, c'était justement sa perfection. Je voulais le toucher. Il n'était qu'à quelques mètres de moi, de l'autre côté du couloir, attendant patiemment devant la salle 138 bis, très certainement pour passer un oral. Il était seul. Moi j'étais entouré de ma classe et de son brouhaha. On était là pour les quatre heures - deux en ce qui me concernait - d'épreuve de philosophie. Je ne m'inquiétais pas, j'étais bon en philo. C'était pas bien dur. Le bac de façon générale, c'était pas bien dur. Sauf pour lui, visiblement. Rien qu'à voir tout ce qu'il se trimbalait, ce serait pas une partie de plaisir. Il était sûrement en art. On avait une filière Arts-quelque-chose - non, pas Arts Plastiques - au lycée, mais j'en savais pas plus. Ils ne sortaient de leur bâtiment réservé que pour une poignée d'heures de cours généraux, aller à la cantine au dernier service ou rentrer chez eux. Voilà pourquoi il n'avait pas retenu mon attention plus tôt.
Je l'ai vu se remettre à griffonner sur un bout de papier avec son crayon. Le temps s'était remis en marche. Je voulais le toucher.
- Hey, j'ai lancé assez nonchalamment, et il a compris que c'était pour lui.
J'ai fait les quelques pas qui nous séparaient. Il a relevé la tête et ses yeux trop bleus m'ont électrisé. Je me suis accroupi en face de lui. Il m'interrogeait en silence, mais j'avais rien à lui répondre. Une fois de plus j'avais foncé sans réfléchir, mais j'assumais sans problème.
- T'as une copine ?
- Certainement pas.
J'ai capté le sous-entendu qui planait sous son ton cassant et sa trop grande vivacité à répondre ces mots par reflexe.
- Un mec, alors ?
Il a plissé les yeux - ses magnifiques yeux trop intenses - d'un air suspicieux
- Non, mais tu m'expliques ce que ça peut te faire ?
Je lui ai offert mon sourire le plus séducteur, et j'ai vu dans ses yeux qu'il aimait ça. Mais que pour rien au monde il ne l'avouerait.
- Sors avec moi.
Il a détourné la tête, simulant une expression que je connaissais trop bien pour ne pas la déchiffrer, même sur son visage : le faux désintérêt. J'avais envie de le toucher…
- T'as pas le profil d'un gay, a-t-il asséné.
- Qu'est-ce que t'en sais ?
Je savais qu'il savait qui j'étais, parce que j'étais le roi du lycée et que personne, pas même les exilés du bâtiment des arts, ne l'ignorait. Et c'était vrai. J'avais pas du tout le profil.
- Tout le monde le sait, tout le monde a entendu au moins une fois le nom d'Axel Lea.
J'ai fais mine d'être étonné, et il a désigné quelque chose derrière moi. Je me suis retourné. Sur la porte de la salle 138, une liste des participants à l'épreuve de philosophie alliait les noms aux photos correspondantes. Pff, bien sûr…
- Ptet que tout le monde se trompe.
- C'est pas faux, a-t-il concédé. T'es gay ?
Maintenant que j'étais près de lui, j'avais terriblement envie de coller mon corps contre le sien.
- Non, j'ai répondu en tachant de ne pas céder à ma pulsion comme j'en avais l'habitude parce que ç'aurait pas été du meilleur effet.
- Alors pourquoi tu me fais ce cirque ?
Le couloir était blindé de monde, et pourtant j'avais l'impression d'être seul avec lui.
- Parce que je te veux.
J'ai vu le trouble que j'avais volontairement provoqué dans ses yeux d'ange. Pourtant il a soupiré.
- Et ça te prend là, comme une envie de pisser ?
- Ouais, j'ai fait, provocateur.
J'y ai vu aussi qu'il aimait pas mon petit air défiant.
- Okay. Alors teste. Embrasse-moi.
Il devait penser que j'allais pas le faire. Je me suis pas laissé le temps d'être surpris, j'ai attrapé son col, l'ai tiré brusquement à moi et ai plaqué ma bouche contre la sienne. Il a tressailli et j'ai entendu autour de nous comme une rayure sur un disque dans le brouhaha ambiant. Un de mes bras a glissé autour de sa taille. Après quelques secondes, j'ai quémandé quelque chose de plus profond, et quand il a timidement entrouvert ses lèvres, ma langue s'y est engouffrée avec délice à la recherche de sa jumelle. J'ai senti qu'il s'abandonnait un peu dans mes bras, qu'il avait fermé les yeux. Il m'a repoussé doucement, un peu étourdi.
- Tu l'as fait, a-t-il dit, à la fois incrédule et encore sur un petit nuage.
- Yeah, j'ai fanfaronné.
Il a forcé son visage à reprendre une expression qu'il maitrisait, plus sérieuse.
- Et alors ?
- Alors maintenant, je te veux encore plus.
Du tac au tac. Mais ça n'avait rien d'un mensonge - pour une fois. Il a rougi. C'était léger mais mon visage était à quelques centimètres du sien à peine. Il a ouvert la bouche pour répondre quelque chose mais c'est pas sa voix que j'ai entendue.
- C'est quand vous voulez, monsieur Lea, a dit M. Braig , prof de sport balafré et ex-nazi, dans mon dos.
Pendant une demi-seconde, j'ai pas su quoi faire, et c'était au tour de mon blond de le voir dans mes yeux.
- Tu sais même pas comment je m'appelle, a-t-il chuchoté
- C'est vrai, mais j'en ai pas besoin pour…
J'ai soupiré, posé mon front sur le sien et mes mains sur ses épaules comme si on se connaissait depuis toujours.
- S'il te plait, j'ai supplié avec une sincérité et un empressement qui m'étonnaient. S'il te plait, attends-moi.
Je l'ai regardé, droit dans le bleu de ses yeux, et je n'ai vu que l'interrogation, l'incompréhension. Comme si moi je comprenais. Comme si moi je savais pourquoi je voulais tellement qu'il m'accepte. Je me suis levé. Avant d'entrer, sur le pas de la porte, j'ai à nouveau sondé son regard mais rien n'y avait changé.
Je suis entré, j'ai jeté toutes mes affaires moins un stylo sous le tableau et me suis assis à ma place, remplissant déjà l'intitulé de la copie standardisée, le pliant avant que le reste de la classe ne se soit encore assis. Les sujets étaient sur les tables. J'ai retourné le mien avant qu'on nous y autorise.
- Hey, a chuchoté une voix derrière moi.
- Monsieur Nostave. Je vous conseille de la fermer si vous ne voulez pas sortir de cette salle plus tôt que prévu !
J'ai pas tilté, j'avais déjà commencé. J'ai avalé les trois questions aussi rapidement que 3 mots par seconde me le permettaient, et j'ai attaqué la dissertation. Sujet 2 : « Plus l'amour est nu, moins il a froid » (J. Owen, Epigrams). - L'amour de l'homme peut-il être défini comme un amour animal ?
N'importe quel autre jour j'aurais pris le premier sujet (L'homme a-t-il besoin de la technique ?), mais là, maintenant, ici, j'avais envie de m'étaler sur mon point de vue des sentiments humains.
Première partie : antithèse (oui). Pitié, faites qu'il m'ait attendu.
1 - car l'homme exprime son amour par le sexe
Seconde partie : thèse (non)
1- car l'amour est un sentiment. Pourvu qu'il soit encore là.
2- car on n'aime généralement qu'une personne tandis qu'un animal ne fait pas de différence entre ses partenaires.
3- car l'homme peut décider d'agir à l'encontre de son instinct animal au nom de l'amour.
Bien sûr j'ai étoffé sur des kilomètres avec à l'appui des exemples et citations percutants. J'ai écris directement, sans brouillon. Je ne me suis pas relu, pas un seul mot. J'ai jeté ma copie sur le bureau de Braig au bout d'une heure et 57 minutes, j'ai sauté sur mes affaires puis sur la porte, sortant comme une tornade alors qu'on commençait à peine à remarquer que j'avais fini. Tout allait être décidé maintenant. S'il ne m'avait pas attendu… alors je ne le reverrai jamais. Je ne savais même pas comment il s'appelait.
J'ai scruté le couloir vide. Il était pas là.
Pourquoi.
Pourquoi existait-il en moi un tel sentiment de perte, si fort, alors que j'ignorais jusqu'à son nom ? Peut-être justement parce que je l'ignorais. Son absence était en train de causer dans ma psyché un vide, une glaciation trop intense, trop épuisante, pour que je puisse faire quoique ce soit d'autre que me tenir debout, désemparé, immobile, inexpressif. Je n'entendais pas les pas discrets dans les escaliers non loin, derrière les portes anti-feu grandes ouvertes. Je n'ai rien entendu jusqu'à—
- Oh.
Je me suis redressé - quand m'étais-je vouté ?
- C'était rapide. Pour une épreuve de philo.
C'était lui. Je le regardais comme s'il était l'Archange Michael et moi un croyant, ça le gênait mais j'arrivais pas à m'en empêcher. Il n'a pas soutenu mon regard. J'ai subitement compris qu'il avait un faible pour moi depuis bien plus longtemps que les deux heures qui venaient de s'écouler. J'ai avancé vers lui, et de malaise il a reculé. Je l'ai acculé contre le mur de la salle 138. Il ne se contentait pas de ne pas soutenir mon regard, il le fuyait. Et moi, je me noyais dans sa contemplation. J'ai encadré sa tête de mes avant-bras et posé la mienne sur son épaule. Comme si on se connaissait depuis toujours.
- Dis-moi ton nom, j'ai supplié dans un soupir de soulagement tel qu'il en devenait douloureux.
- …Roxas. Roxas Natt.
Il était mal à l'aise comme ça, mais moi j'avais tellement envie de le toucher. J'ai hésité une seconde.
- Comme… en norvégien ?
Il n'a pas répondu. Nuit. En norvégien. Je savais dire « nuit » dans tout un tas de langues.
- Roxas, j'ai repris d'une voix lointaine.
- Axel, a-t-il dit de la même voix.
Il a posé une main sur ma poitrine et m'a forcé à reculer de deux pas. Durant une longue, trop longue dizaine de secondes, il a sondé mon visage avec ses yeux trop bleus, trop intenses, en quête de réponses à des questions que je ne connaissais pas. Puis il a posé ses mains sur mes joues. J'ai vu dans son regard quelque chose de fébrile.
- Axel, a-t-il chuchoté à nouveau avant de sceller nos lèvres ensemble.
