Titre : Derniers Crépuscules, Récit de la Dernière Guerre

Rating : T

Disaclaimer : Ma première fic, basée sur le Cycle de l'Héritage. Tout appartient à Christopher Paolini hormis quelques personnages, de ma création.

Résumé : Alors qu'elle vient de dérober à Galbatorix le dernier œuf des Dragons, Tanja de Troïl, jeune et fidèle agent du peuple Varden, croise le chemin de Murtagh. Désormais captive à Uru'baen, Tanja a deux objectifs. Fuir et sauver l'Alagaesia des griffes de l'Empire.

L'action commence quelques jours après la fin du tome II. La Bataille des Plaines Brulantes a été une victoire pour les Vardens et leurs alliés, et Murtagh a battu en retraite après avoir épargné Eragon.


Chapitre 1

Tanja de Troïl

« Si tu as peur de la mort, n'écoute pas ton cœur battre la nuit »

Paul Jean Toulet

Tanja de Troïl chevauchait depuis plusieurs jours le cœur léger. La grisaille si caractéristique à la fin de la saison hivernale en Alagaesia ne parvenait pas à atténuer sa bonne humeur et le sourire satisfait qui planait sur ses lèvres depuis qu'elle avait passé la porte sud d'Uru'baen. Elle avait toujours su qu'elle réussirait sa mission. Il y en allait de son honneur, mais aussi de sa vie ! Et cela bien sûr, était non négligeable. Quand quelques semaines auparavant, son père, chef du Conseil Varden et bras droit de la Reine Nasuada et de Feu le Roi Ajihad, lui avait interdit de combattre lors de la bataille sur les Plaines Brûlantes, Tanja avait directement donné le change en se proposant pour la périlleuse mission qui allait devenir la sienne. Jordmundur n'avait rien trouvé à dire si ce n'est le jeune âge de la recrue. Hormis cela, l'adolescente vardenne était parfaite pour ce poste : petite, agile, fine lame et une frimousse innocente qui lui ouvrait toutes les portes. La Reine Nasuada donna son consentement et Tanja de Troïl partit dans les trois jours avec le sentiment d'enfin passer aux choses sérieuses. Depuis plusieurs années, elle et quelques autres jeunes nobles s'entrainaient durement pour devenir la fine fleur du peuple des Vardens. Mais ils avaient rarement eu l'occasion de partir bien loin des Beors et pour Tanja, se rendre a Urub'aen était une grande première. Aussi, elle avait préparé son voyage avec assiduité, étudiant cartes, plan de la ville et du palais et réseau des canalisations. Elle avait tout prévu. Et largement aidée par le fait que de nombreux soldats étaient partis combattre au sud, tout ce déroula selon ses plans.

Un mois et cinq jours après son départ, elle galopait sur le chemin du retour, la tête haute et la besace protégeant un présent pour la Reine qui ferait grimper en flèche les chances de succès lors de la prochaine bataille. De plus, si elle en croyait les rumeurs qui courraient les bourgs à vive allure, les siens avaient remporté la victoire, alliés des Nains et des Elfes, quelques jours plus tôt. L'atmosphère allait être à la fête quand elle rentrerait, et si elle arrivait à cacher la façon dont elle avait réussi à dérober l'œuf de dragon, tout le monde tiendrait Tanja de Troïl dans l'estime la plus haute. Elle avait emprunté le tuyau des latrines pour se rendre dans la pièce attenante à l'appartement du roi, un chemin dénué de toute gloire, cela va sans dire. Ou plutôt si, décida Tanja avec véhémence. Peu de guerriers auraient osé s'aventurer dans un tuyau si…odorant. Et encore, le mot était faible.

Perdue dans ses pensées, Tanja n'entendit pas le craquement des branches sur la piste traversant la forêt, à quelques pieds d'elle. Elle ne perçut que trop tard la large silhouette qui bondit sur le chemin, ce qui fit cabrer son étalon baie. Surprise de ce changement de rythme si soudain, Tanja fut éjecter de la selle de Solemn et atterrit sur les fesses dans la terre battue et humide.

- Corne d'Urgal, jura-t-elle en se relevant d'un bond, empoignant son épée dégainée.

- Les jeunes filles surveillaient davantage leur langage, de mon époque, commenta une voix malicieuse dans l'ombre du chemin. Et pourtant, je ne suis pas vieux...

- Montrez-vous donc, j'en jugerai moi-même, ordonna Tanja d'une voix assurée.

Dans un rire, la silhouette sortie de l'ombre et Tanja ne put s'empêcher d'écarquiller les yeux de surprise en reconnaissant la large carrure qui la dominait largement.

- Par Vrael, vous êtes le Seigneur Murtagh ! s'exclama-t-elle joyeusement après un temps d'étonnement.

Elle rangea son épée dans son fourreau et s'épousseta un peu de sa chute tout en parlant joyeusement.

- Nous croyons tous que vous étiez mort, tué par ces fils de putes de Jumeaux ! Le Dragonnier Eragon était bien triste d'ailleurs. Quelle joie ça va être de vous voir de retour parmi nous ! Vous avez peiné à vous faire accepter à cause de votre sang et une fois que votre loyauté a été prouvée, vous avez été enlevé…

Tanja continuait à parler toute seule – cela faisait plusieurs jours qu'elle n'avait pas ouvert la bouche et visiblement elle comptait bien se rattraper – tandis que Murtagh la détaillait d'un air perplexe. Qui pouvait donc être cette gamine aussi excitée qu'un dragonneau et qui, visiblement, ne savait pas qu'il était passé à l'ennemi ? C'était une vardenne et elle en savait assez pour ne pas être n'importe qui parmi les rebelles. Sa cotte de maille, ses bottes et son épée étaient de riches facture ce qui signifiait qu'elle appartenait à une famille noble. Mais ce n'était qu'une gamine... Murtagh observa le visage joyeux et expansif de la fillette. Des traits fins, quelque peu enfantins mais néanmoins jolis, encadrés par de longues mèches blondes, et des yeux très bleus qui pétillaient d'excitation. Quelques courbes habilement proportionnées semblaient crier que son corps quittait l'enfance. Quant à ce qu'elle faisait ici… l'assurance quand elle avait demandé qui il était trahissait une confiance en soi bien peu commune pour une jeune femme.

La fille était un agent. Et elle revenait directement du palais.

- Qui es-tu ? demanda nonchalamment Murtagh en mettant fin au monologue agaçant de la gamine.

- Moi ? Ah, Tanja de Troïl, fille de Jordmundur, Seigneur Murtagh, répondit la jeune femme avec assurance. Vous n'avez sans doute jamais fait attention à moi à Farthen Dhur, mais je m'entrainais souvent avec mon frère jumeau sur la cour d'Armes mais vous connaissez obligatoirement mon père, ajouta t'elle avec fierté.

Murtagh acquiesça du bout du menton. Tanja lui sourit de nouveau avant que son regard ne dévie et se pose sur la ceinture du garçon, et sur l'épée rougeoyante qui y pendait.

- Pourquoi avez-vous l'épée du drago… commença l'adolescente avant de s'arrêter, interdite.

Elle fit un bond en arrière et tira sa lame, plaçant la garde bien haute devant elle.

- Tu nous as trahi, Fils de Chien, grogna t'elle. Pourquoi as-tu l'épée d'Eragon ? L'as-tu tué ?

- Non, se contenta de répondre le parjure. Et toi, jeune vardenne, que fais-tu dans les bois, si loin de chez toi, si proche du cœur de l'Empire ?

Pour seule réponse, Tanja cracha au pied de l'homme pour qui elle avait tant de respect quelques minutes auparavant. D'un bond, elle enfourcha Solemn et le lança au galop. Elle ne savait pas comment Murtagh voyageait et elle n'allait pas attendre de le savoir. Il fallait mettre le plus de distance possible entre elle et ce batard. Allait-il la suivre ? Après tout il ne savait pas qu'elle avait l'œuf de dragon. Il allait peut être se dire que ce n'était qu'une gamine envoyée en reconnaissance pour on ne sait quel dessein. La vardenne osa un regard derrière elle. La nuit était sombre, mais elle ne vit rien. Apparemment, il ne la suivait pas.

- Tant mieux dit-elle à haute voix. Hors de question qu'il fasse tout échouer !

Quelque chose s'imposa à elle. Un détail non négligeable. Si la bataille s'était achevée il y a quelques jours à peine, comment Murtagh avait-il pu rallier la capitale – enfin presque – en si peu de temps ? Pour toutes les peines, toutes les peurs, pour tous les maux de Tanja, un vrombissement s'éleva alors dans le silence de la nuit, accompagné d'un formidable souffle d'air chaud.

- Oh non non non, non non non non, psalmodia t'elle en agressant Solemn de ses étriers.

Tanja ne put retenir un cri quand l'immense bête rouge vint se poser devant elle, stoppant sa course, net. Il était magnifique et terrifiant, et si grand ! Beaucoup plus grand que ne semblait l'être l'autre. Et pourtant elle devait être plus âgée que lui ! Tanja ne put s'empêcher d'être fascinée par ce dragon, cette créature monstrueuse et si sublime. L'ivoire de ses épines et de ses dents contrastait merveilleusement avec le rouge de ses écailles qui luisait comme des braises. Sur son dos, Murtagh trônait comme un roi, son épée de sang à la main.

- Un dragonnier, murmura Tanja sentant l'effroi l'avaler dans sa bouche béante.

Et elle était sûre que le dragon pouvait faire de même. Elle relança Solemn, et passa près du dragon, le contournant par la gauche. Elle savait que c'était stupide, mais c'était toujours mieux que de rester là et attendre de voir ce qu'il allait se passer. A la peur, l'action, se récita t'elle.

- Je te l'ai demandé gentiment, Tanja de Troïl. Vais-je devoir employer la force ?

Le nom de la jeune fille sonnait bizarrement dans la bouche du parjure. Mais elle n'eut guère le temps de s'attarder ou de lancer une réplique cinglante, le dragon rouge cracha un formidable jet de flamme juste devant l'étalon. Solemn se cabra, mais cette fois sa cavalière resta solidement arrimée en selle. Tanja tira sur les rennes de cuir, faisant ainsi dévier la course de son cheval, mais bien vite, elle fut de nouveau arrêtée par le feu. Elle réitéra le manège plusieurs fois, mais autour d'elle la forêt était maintenant en proie aux flammes. Visiblement, le feu d'un dragon ne se soucie pas que la végétation soit encore gorgée de l'eau de l'hiver pour crépiter avec joie. Tanja était prise au piège. Et elle était terrifiée.

- C'est fini, Vardenne.

Elle n'allait pas se laisser capturer ! Il ne fallait pas. Elle était porteuse d'un si grand espoir, et le voir s'échapper après l'avoir touché du doigt était pire que tout. Essayant de canaliser la peur qui lui empoisonnait le corps, Tanja serra davantage les jambes autour de la croupe de Solemn, et se mit face au dragon. D'un geste adroit, elle tira la seconde lame qui était fixée dans son dos et sauta sur le sol.

- Alors bats-toi contre moi en toute loyauté, Parjure. Foule le sol de tes pieds de traitre et envoie-moi rejoindre les enfers comme il se doit.

Elle réfléchissait à toute vitesse. Il devait y avoir une alternative à cette situation. Une solution. Le fils de Morzan voulait savoir quel était l'objet de sa mission. Il ne pouvait pas se douter qu'elle possédait désormais la grosse pierre violette si chère au roi. Elle allait lui servir un de ces mensonges criant de vérité. Elle se rendrait inutile aux yeux de l'Empire. Murtagh la tuerait, n'ayant que ça à faire. Et le cadavre de Tanja irait pourrir en Empire, l'œuf de dragon à ses cotés Il n'y avait plus qu'à espérer que, de la même façon que cela s'était passé pour Eragon, un paysan sympathisant à la cause des Vardens tombe sur l'œuf et devienne dragonnier. Toute cette seconde partie était très hasardeuse, mais il était préférable que l'œuf reste dans la forêt plutôt que de retourner au château. Et Tanja était prête à mourir pour cela.

C'est elle qui attaqua la première. La Rage au corps, elle se jeta sur le garçon et abattit ses deux épées qui furent lourdement parées par Za'rroc. Le combat fut violent mais bref, et bien vite Tanja se retrouva hors jeu, la lame de Murtagh sous sa gorge nouée.

- Qu'attends-tu, Parjure ? grogna-t-elle avec hargne. Tue-moi, qu'on en finisse et que tu partes retrouver ton cher roi !

- Ta furieuse envie de mourir m'intrigue, fillette, et Galbatorix ne serait sans doute pas très content que je laisse filer la progéniture de Jordmundur. Pas de chance.

Tanja eut à peine le temps d'ouvrir la bouche, qu'un coup violent sur la nuque la plongeait dans l'inconscience. Quand elle se réveilla, quelques instants plus tard, elle était à des lieues du sol, chevauchant un monstre d'écailles

- Par le cul poilu de Vrael, jura-t-elle

- Surveille tes manières, de Troïl, remarqua tranquillement Murtagh derrière elle.

Le souffle chaud de Murtagh sur sa nuque arracha à Tanja une série de frissons qu'elle ne sut devoir à la peur ou au dégout.

- Sale Traitre, hurla t'elle en commençant à se débattre des bras du garçon qui la maintenait en scelle. Sale ordure répugnante, tu me dégoutes ! Tu n'es qu'un rat de la pire espèce ! Va pourrir en enfer et que Vrael te fasse rôtir sous les flammes de son dragon !

Tout en hurlant, Tanja avait défait le nœud de sa besace qui la maintenait en bandoulière. Et elle la lâcha. Mais malgré sa malice, Murtagh avait vu son manège, et rattrapa la bande de cuir in extremis. Sous le regard de haine de Tanja, il l'ouvrit et un sourire satisfait apparut sur son visage.

- Parfait, dit-il. Il semble que le Roi et toi allaient devenir très amis dans les prochains jours, ajouta t'il en jetant sur Tanja un regard cruel.

- Jamais je ne craquerai, sale gueux. Le roi pourra bien me torturer de la pire des façons, tu oublies que je suis une vardenne et que ma détermination est sans faille.

- Nous verrons très vite si tu dis vrai, je te le promets.

Au loin, les lumières d'Uru'baen apparurent, ses sombres tours se découpant dans le ciel d'encre. Tanja ferma les yeux. Son cerveau semblait désormais fonctionner au ralenti, tous ses membres paraissaient comme anesthésiés. Etait-ce une défense de la part de son corps en vue des tortures prochaines ? Ou l'immonde parfum de la peur qui littéralement, la tétanisait ?

Lentement, Thorn entama la descente pour se poser dans une petite cour intérieure du palais que la vardenne identifia vaguement comme la cour des gardes. Les puissantes serres du dragon avaient à peine touché le sol pavé que Murtagh était déjà par terre. Tanja le suivit mollement, maudissant le ciel de se trouver sans arme dans ce qui était sans doute le pire endroit du monde. Une dizaine de gardes aux couleurs de l'Empire s'approchèrent, l'œil terne. Certains baillaient encore, et tous semblaient surpris du retour nocturne du Parjure.

- Seigneur Murtagh dit l'un d'eux Nous ne vous attendions guère avant plusieurs jours.

Au regard noir du Parjure, l'homme s'empressa de dévier la conversation. Son regard se posa sur Tanja et son air apeuré.

- C'est votre prisonnière ? s'enquit-il.

Le soldat semblait perplexe. Cette jeune fille ne pouvait être que la captive du dragonnier. Les filles qu'il ramenait parfois dans sa chambre étaient toutes beaucoup plus âgées et habillées de façon moins …masculine. Il allait dire 'misérable', mais les vêtements de la fille étaient de riche facture, ils étaient juste ternis par la crasse et le sang. Son épaisse cape de voyage laissait apercevoir une tunique élégante finement brodée de fils d'or, et ses bottes cavalières semblaient avoir été cousues dans du cuir de très bonne qualité. Cependant, elle n'était pas encordée, ni même retenue par la poigne puissante du dragonnier. Elle se tenait à coté de lui, le regard luisant d'une haine puissante et d'une crainte terrible. Le vieux soldat baissa les yeux vers l'arme que Murtagh tenait entre ses mains. C'était l'arme de la fille, d'une fabrication qui ne lui était pas inconnue…

Murtagh acquiesça d'un bref signe de tête. Sans le moindre ordre, deux des soldats se détachèrent du groupe, s'avançant vers Tanja, un sourire mauvais barrant leurs deux visages.

- Elle est à moi, les coupa Murtagh. Le premier qui la touche, je l'égorge.

Le Parjure saisit le poignet de Tanja et la ramena violemment près de lui

- Ne me touche pas, fils de Chien, grogna t'elle en essayant de se dégager.

- On monte, lui indiqua t'il.

Malgré elle, Tanja le suivit, soucieuse de mettre le plus de distance entre elle et les soldats.

- Encore un qui va bien s'amuser, dit un des soldats d'une voix morte tandis que les deux jeunes gens s'éloignaient. Dire que nous coinçons que des moches…

- C'est une vardenne, remarqua le soldat qui s'était adressé au parjure.

Un soldat ricana.

- Alors elle va lui donner du fil à retordre! Il devait se lasser de toutes ces courtisanes et autres filles de joie qui lui tombaient toutes crues dans les bras !

Ils s'enfonçaient dans les profondeurs du château. Tanja suivait docilement Murtagh, consciente qu'une tentative de fuite ne ferait qu'accroitre le châtiment qui l'attendait sans doute déjà. Elle allait mourir. Mais la question était : de quelle façon ? Et en combien de temps ? Au-delà des frontières du palais, et à travers toutes les plaines de l'Alagaesia, circulaient des bruits horribles sur ce qu'enduraient les prisonniers de l'Empire. Des tortures disait-on, qui laissaient le corps en lambeaux et l'âme détruite. L'adolescente voulut s'empêcher de trembler, en vain. Le Parjure s'arrêta, ouvrit d'un mot magique une épaisse porte de chêne et la poussa sans ménagement dans les ténèbres de la pièce. Elle était désormais seule.


Prochain chapitre: Zéphyr