Les lumières illuminaient le parvis de mille couleurs étincelantes, toutes plus vives les unes que les autres. Jaune, vert, rouge, s'harmonisaient en un ballet de lumières chatoyantes. Elles permettaient aux passants de distinguer le monde qui les entourait d'une manière différente du plein jour, plus poétique dirait certains, plus féerique dirait d'autres. Elles envoûtaient le monde qui foulait le sol pavé, en les invitants à rêver un peu grâce aux ombres formées qui changeaient la perception des bâtiments. Ils en devenaient plus grandioses, plus monumentaux. La nuit invitait ainsi aux gens de venir découvrir leur ville d'un œil nouveau.

Mais il y avait deux personnes pour qui la magie ne prenait pas sur eux. Deux personnes enchantées par un tout autre sort. La lumière brillait bien pour eux, dans les yeux de l'autre en face, les éclairant de mille étincelles. Rendant leurs pupilles plus vives encore que d'habitude. Leur souffle, leurs battements de cœur, s'harmonisaient en une mélodie digne des plus grandes symphonies. A peine audible avec le brouhaha des pas autours d'eux, elle raisonnait pourtant avec force à leurs oreilles, les rendant sourds au monde extérieur. Les lumières ne changeaient en rien leur vision de l'autre, ils connaissaient tout l'un de l'autre, sous toutes les coutures, sous tous les aspects possibles. Ce qui les envoûtaient l'un l'autre, c'était ce qu'ils pouvaient lire dans les yeux de l'autre. Ces trois petits mots qu'ils se disaient en silence, par un simple regard.

Au contraire, les lumières ne faisaient que les rendre plus visibles, les empêchant de joindre leurs mains, d'entrelacer leurs doigts. D'effleurer les lèvres en un baiser d'une exquise seconde. De se rapprocher un peu plus, juste assez pour sentir le souffle de l'autre sur leurs lèvres. Alors tant qu'il y avait ces lumières jaune, vert, rouge, ces passants émerveillés par la luminosité nocturne, ils se contentaient de ces moments où ils se faisaient face. Où tout en marchant et en parlant, ils pouvaient se voir. Ils ne détestaient pas l'éclairage, mais préféraient quand il y en avait un peu moins.

Mais au moins elles permettaient de rendre féerique la silhouette de l'autre, éclairée par les spots. Sans l'engloutir sous le trop fort éclairage, elle était sublimée par, faisant ressortir toutes les courbes.

Mais la nuit seule était la plus agréable. Finis, les éclairages éblouissants, seul restait le plafond céleste piqueté d'étoiles. Finis les feux des projecteurs, ils pouvaient s'embrasser comme les deux amoureux qu'ils étaient. Ils entremêlaient leurs doigts, joignaient leurs lèvres, seulement couverts par la lumière des astres naturels.