Bienvenue cher lecteur! Me voici de retour avec le début du second tome des aventures de notre dégénéré préféré. Comme pour le premier, ne vous attendez pas à une parution régulière et bien entendu, il s'agit toujours d'un gros délire qui prend peu à peu forme.
Pour les nouveaux lecteurs, je vous conseillerais de lire le premier volet, Raphaël du Maine, cauchemar du tournoi des trois sorciers. Cette histoire est avant tout basée sur des OC, développés dans le premier tome, et ce seront eux les personnages principaux.
Pour finir, bien entendu l'univers et les personnages d'Harry Potter ne m'appartiennent pas, je ne fais que m'amuser avec eux au contraire des OC qui ne proviennent que de mon imagination débordante!
Bonne lecture à tous!
Chapitre 1 :
Fin de vacances mouvementée
Je courrais. J'avais un poing de côté. Ma main moite tenait celle d'Alexandra qui tremblait. Je lançai un sort qui brûla la végétation sur une cinquantaine de mètres devant moi et je m'engouffrai dans le chemin ainsi créé. Des feuilles enflammées nous frôlaient mais je refusais de ralentir l'allure. Nous parcourûmes encore un kilomètre avant de nous arrêter. Je serrai Alexandra contre moi avant de transplaner sur une distance d'environ deux-cent kilomètres. Nous avions gagné un peu de répit.
- Ça va ? demandai-je à ma compagne.
Elle s'affala par terre et ne me répondit que d'un hochement de tête. Je partis alors en quête de nourriture, d'eau et de bois sec pour notre nouvelle soirée au clair de lune. Cela faisait maintenant une semaine et trois jours que nous campions sous le ciel étoilé du Brésil. Malheureusement, nous avions du abandonner nos affaires il y a quatre jours quand les MacLeold, nos meilleurs ennemis, avaient fait irruption sur le site du vieux temple hanté que nous explorions.
Une bataille rapide avait suivi au cours de laquelle j'avais failli être émasculé et Alexandra aurait pu contracter la peste noire sans l'intervention de Seamus qui nous accompagnait avec son ami Dean. J'avais alors décidé que la fuite était notre meilleure option. J'abandonnai donc Seamus et Dean, qui ne risquaient rien, les MacLeold n'en n'avaient qu'après les du Maine, et transplanai avec Alexandra hors de vue de nos attaquants.
Ils nous avaient pourtant rattrapé hier et nous avions du à nouveau forcer l'allure. J'espérais atteindre le Pacifique ou l'Atlantique dans les deux jours, je ne savais pas vraiment dans quelle direction je me dirigeais, pour pouvoir m'échapper de ce continent maudit ! Alexandra était épuisée et elle ne supporterait pas longtemps le rythme que je lui imposais.
Je revins rapidement auprès de ma fiancée avec un singe dépecé, de l'eau récupérée dans les plantes que j'allais faire bouillir et un petit tas de branches légèrement humides. Alexandra était si épuisée qu'elle s'était endormie contre un tronc d'arbre et je ne la réveillai que quand le repas fut cuit.
- Merci, je meurs de faim ! J'espère qu'ils ne nous retrouveront pas cette nuit… Est-ce que tu es sûr que Seamus et Dean n'auront pas de problèmes sans nous ?
- Ne t'inquiète pas ! Seamus sait se débrouiller et comme il a pris ce sort à ta place, il fallait bien qu'il reste là-bas, les MacLeold sont les seuls à pouvoir défaire leurs malédictions.
- Ils me donnent la chaire de poule.
- Ils sont un peu sadiques, je dois l'avouer mais ils offrent toujours un beau combat !
- Tu es le seul homme que je connaisse qui est content de se faire poursuivre par des tueurs fous au milieu de la forêt vierge sans aucune aide possible !
- Attends de rencontrer le reste de ma famille.
Elle avait déjà fait la connaissance de ma mère, mon père, mon frère et mes sœurs mais je lui avais épargné le reste de la famille pour l'instant, il semblerait que nous pouvions être légèrement oppressants quand nous étions réunis… Nous réussîmes à dormir quatre heures avant de nous faire réveiller par un chœur de cris d'animaux paniqués. Quelqu'un avait mis le feu à la forêt, et pour une fois ce n'était pas moi, et l'incendie se rapprochait dangereusement de notre position.
- Oh, non, ce n'est pas vrai, gémit Alexandra.
Nous eûmes le temps d'avaler deux gorgées d'eau avant de nous enfuir en courant devant le feu qui faisait rage. Nous courrions au milieu des animaux, en pleine nuit et le feuillage nous fouettait au passage. Je ne voyais pas très bien où j'allais mais j'entendais les cris des MacLeold qui se trouvaient devant nous et non pas derrière comme je l'avais supposé.
Je pris la décision de transplaner à nouveau sur quelques centaines de kilomètres. Je serrai Alexandra dans mes bras, laissai mes poursuivants se rapprocher pour les énerver quand ils nous verraient disparaître et disparus en saluant Léanne MacLeold de la tête. Son beau visage se déforma sous l'effet de ma fureur et j'atterris au creux d'un arbre en riant.
- Mon Dieu, mon Dieu, ils sont fous…, murmura Alexandra.
- Tueur, il doit payer, monsssssssstre !
J'eus juste le temps de voir une forme verte s'enrouler autour de mes jambes avant de me retrouver à terre en train d'être enserré par un boa constrictor de deux mètres. Il était légèrement roussi et avait dû me toucher avant que je transplane. Le pauvre nous avait ensuite suivis dans notre évasion.
- Doucccccement, douccccement… Ce n'est pas moi qui ai le mis le feu à la forêt !
- Ta faute, ta faute !
- Non, non et non ! La faute aux MacLeold, je n'ai rien fait !
- Vengeancccccccccccccce.
- Sssstop, tu es en train de m'étouffer, ce n'était pas moi !
Le boa relâcha un peu son étreinte avant de me fixer de ses yeux jaunes. Sa langue sortit de sa bouche et siffla à quelques millimètres de mon nez.
- Il parle. Un ami des sssssserpents !
Ouhla, j'étais encore tombé sur un cas social. Un serpent lent à la détente, super. Il relâcha encore un peu son étreinte et je fis signe à Alexandra d'abaisser sa baguette. J'expliquai alors la situation à mon nouvel ami. Il fut finalement assez compréhensif et me relâcha :
- Ce ssserait dommage de tuer le seul capable de nous comprendre à des kilomètres à la ronde.
- Mercccci.
Je lui grattai légèrement la tête avant de me relever et de rejoindre Alexandra. Nous nous mîmes en marche vers ce qui me semblait être l'est et passèrent quelques minutes en silence avant qu'Alexandra ne le brise :
- Euh, Raphaël, ton ami, le boa, il nous suit.
En effet, il essayait de passer inaperçu en se cachant dans les feuilles vertes de la forêt mais il n'avait pas vraiment de succès. Il s'arrêtait quelques instants avant de s'élancer vers une nouvelle cachette en sifflant de tout son souffle et en écrasant toutes les brindilles et feuilles mortes sur son passage. Je lui proposai finalement de nous rejoindre mais le regrettai bien vite. Il s'amusait à nous passer entre les jambes, à se cacher et à surgir devant nous en essayant de nous faire peur ou à grimper dans les arbres avant de nous tomber dessus en priant pour que nous l'attrapions.
- Tu devais te sssssentir sssseul ces derniers temps, non ?
- J'ai toujours été sssseul…
- Désolé. Si tu veux, tu peux devenir mon familier !
- Familier ?
- Oui, un ami qui m'accompagnerait partout. Tu ne ssserais plus sssseul.
Il ne me répondit pas mais se mit à ramper avec encore plus d'ardeur autour de nous et fit même trébucher Alexandra dans son enthousiasme. Il finit par grimper à un arbre, s'enroula autour d'une branche et siffla pour que tous l'entendent :
- Un ami, j'ai un ami !
Son cri de joie se transforma bien vite en cri d'horreur quand la branche sur laquelle il se tenait se brisa sous son poids. Je le rattrapai avant qu'il ne touche le sol et il se mit à m'étrangler pour me montrer sa gratitude. Quand, enfin, je réussis à m'en défaire, sous le regard désespéré de ma fiancée, je lui demandai son nom.
- Un nom ? Perssssone ne m'a jamais appelé, perssssone ne s'intéressait à sssserpent !
Malgré sa déclaration triste, cette nouvelle me réjouit, j'allais pouvoir le nommer moi-même ! Je fouillai dans ma mémoire à la recherche de noms inspirant crainte et respect avant de tomber sur la perfection absolue. Il s'appellerait Armageddon, le Vert Seigneur Sanguinaire. Alexandra essaya bien de me faire changer d'avis mais cela plut tellement à mon nouvel ami qu'elle dut se résoudre à abandonner sa cause. Elle annonça pourtant, assez froidement, qu'elle se refusait à l'appeler ainsi et lui donna le surnom d'Army, beaucoup moins classe selon ma noble opinion.
Notre débat tourna court quand j'entendis la voix aigüe de Léanne MacLeold m'appeler. Ils nous avaient à nouveau retrouvés ! Je repris donc la main d'Alexandra, hissai Armageddon sur mes épaules et me remis courir. Il ne fallut pas longtemps pour que mon nouveau familier se mette à pousser des sifflements d'excitation, s'enroule autour de mon cou et essaye de m'étrangler dans son enthousiasme. Je ne lui tins pas rigueur de sa déformation professionnelle et continuai à courir tout en haletant fortement et en plaçant une de mes mains entre mon cou et mon serpent. Je ne loupai pas le soupir exaspéré d'Alexandra ni ses yeux qui se levèrent vers le ciel et je lui fis mon plus beau sourire. Tout allait bien dans le meilleur des mondes.
Nous finîmes par rentrer chez moi au début du mois d'octobre alors que nous étions partis fin juillet en vacances. En fait, après avoir traversé la forêt vierge, nous nous étions retrouvés au Pérou et donc face à l'océan Pacifique et non Atlantique… J'avais donc traversé l'océan en transplanant, ce qui se réduisit à s'arrêter non sur la terre ferme mais au milieu des airs, faire quelques mètres en chute libre avant de transplaner à nouveau. Alexandra m'en voulait toujours de mon idée, elle n'avait pas vraiment apprécié.
En traversant le Pacifique, je me perdis et nous dûmes faire un détour par l'Australie. Je décidai d'y rester quelques temps pour faire un peu de tourisme et visiter un cimetière aborigène dans lequel les morts se transformaient en inferi à la nuit venue… Je faillis perdre Armageddon au cours de cette sortie, il avait essayé d'étouffer un inferius puis avait commencé à l'avaler alors qu'il était encore vivant. Il avait désormais une peur bleue des cimetières.
Nous prîmes alors l'avion pour nous rendre au Japon pour visiter les Kawagura qui nous accueillirent avec joie. Nous partageâmes leur vie pendant une semaine puis quand leur labyrinthe rempli de plantes carnivores, dans lequel les enfants adoraient jouer à cache-cache, manqua d'estropier Alexandra pour la onzième fois, elle décida que nous devions nous en aller. Je la suivis docilement mais en échange lui fis traverser l'Asie et l'Europe à pied et en train.
Ma fiancée fut émerveillée par la grande muraille de Chine, l'Himalaya, Palmyre, Moscou, Vienne, Rome et Paris mais fut beaucoup moins impressionnée par les mongoles qui nous poursuivaient avec des fourches quand Armageddon ne pouvait s'empêcher de dévorer un de leurs chevaux, la pauvreté en Asie centrale, les aurors roumains qui nous refusèrent de nous laisser dormir dans leur pays ou encore le nid de liches que j'oblitérai en Pologne.
Après ce voyage mouvementé, nous étions ravis de pouvoir poser nos affaires, aussi maigres fussent-elles, nous reposer dans un bon lit moelleux et retrouver le confort dont nous manquions pendant notre voyage. J'appris aussi que Seamus et Dean étaient rentrés sans encombre au Royaume-Uni et qu'ils attendaient avec impatience le début de l'année scolaire (oui, oui, j'avais un peu de retard dans mon courrier).
Armageddon fut extatique en découvrant notre vivarium d'un kilomètre carré et s'empressa d'aller faire son nid dans la partie forêt tropicale non sans écraser un de mes cousins qui se trouvait sur son passage. Mon serpent n'était pas vraiment le plus gracieux de son espère… ni le plus intelligent… ni le plus dangereux… Mais pourquoi l'avais-je choisi ? Ah oui, parce que, mine de rien, un boa constrictor ça impressionnait. Il lui suffirait juste de rester tranquille et tout irait bien.
Alexandra trouva aussi une pile conséquente de courrier de la part de sa famille. Ses parents la priaient de rester en France et de ne revenir sous aucun prétexte alors que son oncle et sa grand-mère voulaient qu'elle rentre au plus vite et abandonne « cette amourette qui ne mènerait à rien » pour pouvoir rencontrer plusieurs jeunes hommes de « bonne famille ». Elle déchira ces dernières lettres, les jeta au feu et les regarda brûler avec une immense satisfaction.
J'organisai aussi plusieurs entretiens entre ma fiancée et des responsables de grands hôtels parisiens. Elle n'eut aucun mal à trouver rapidement du travail dans la capitale et elle me quitta le quinze octobre pour aller s'installer dans un petit appartement de la rue sorcière de Paris. Elle m'embrassa sur le perron de notre manoir sous un magnifique soleil mais j'avais l'impression que mon cœur allait se briser en mille morceaux quand je la vis transplaner et disparaître. Je passai les cinq jours suivants à me morfondre en attendant son retour pour le week-end.
La semaine suivante, ma mère décida que de me voir dans cet état n'était plus possible et me confia la tâche d'organiser la grande rencontre du dix novembre qui devait se tenir au manoir et réunir les quelques deux-cent cinquante personnes de ma famille pour la cérémonie de la Renonciation de deux de mes cousins éloignés.
Je passai ainsi le plus clair de mon temps la tête dans notre cheminée pour contacter telle ou telle personne et confirmer leur présence à la réunion. Je dus ensuite m'occuper du traiteur, embaucher des serveurs et serveuses (une tâche toujours fastidieuse puisque les précédents finissaient invariablement traumatisés et refusaient de revenir), déplacer les animaux qui occupaient notre parc –mon amie la dragonne et ses petits firent particulièrement leurs difficiles- et vérifier que tous les objets dont nous aurions besoin n'avaient pas été égarés.
Je retrouvai notre grimoire dans la bibliothèque, les poignards et la bassine rituels dans le coffre fort de l'armurerie et les pierres runiques au fin fond de la cave entre un squelette de ce qui semblait être un elfe de maison et une pile de tronçonneuses plus ou moins sanglantes et rouillées. J'escaladai ensuite le plus ancien arbre de notre propriété, qui s'avéra être un orme, et mis donc à contribution les harnais, piolets et mousquetons que Seamus m'avait offert l'année dernière. Cela ne m'empêcha pas de me retrouver deux fois la tête à l'envers et de vomir quatre fois -oui, j'avais le vertige aussi- avant de réussir à récupérer assez de branches pour pouvoir allumer un feu et le laisser brûler pendant une demi-heure.
Le dix novembre, les invités commencèrent à arriver. Je retrouvai avec joie ma seule grand-mère encore vivante qui portait fièrement une nouvelle balafre sur son visage mais aussi tous mes cousins -plus ou moins proches- éparpillés à travers le monde, mes oncles, mes tantes et mon arrière-arrière-arrière grand-père le vampire qui arriva avec sa nouvelle compagne, une louve-garou d'une vingtaine d'années. Il ne manquait plus que les enfants qui se trouvaient encore à l'école et la famille de Richarde et Pierre, les deux enfants de onze ans qui allaient prononcer leur Renonciation.
Après avoir abandonné mes cousins qui dans le vivarium, j'entrepris de tracer au sol le cercle runique qui devait concentrer la magie pour le rituel du lendemain. Il s'agissait de faire des gestes précis, de creuser des sillons profonds représentant des runes complexes, somme toute il s'agissait d'un travail long et fastidieux demandant une concentration extrême. Mon travail fut malheureusement ruiné par Armageddon alors qu'il ne me restait plus que la moitié à tracer.
Mon pauvre serpent, dans sa joie d'avoir de la visite, avait sauté sur une de mes cousines qui revenait de la chasse aux manticores. Etant encore sur ses gardes, elle lui avait jeté un avada kedavra à la figure que mon compagnon avait réussi à éviter. Elle avait alors mis le feu à son arbre préféré et comme Armageddon était un gros bébé, il avait accouru auprès de moi pour que je me venge… Il était en train de se lamenter à grands renforts de sifflements et se mit à se tortiller en se plaignant maintenant des femelles dont aucune ne voulait s'accoupler avec lui… Je pouvais les comprendre mais ne lui fis pas part de ma remarque de peur de le rendre encore plus malheureux.
Quand son monologue commença à m'exaspérer, je l'attrapai par la queue et le traînai derrière moi, alors qu'il continuait à se tortiller et à se lamenter, jusqu'au vivarium d'où une centaine de serpents essayait de s'échapper au plus vite. La partie composée de différentes forêts avait pris feu et dégageait une épaisse fumée noire qui tourbillonnait derrière la verrière.
Je rentrai dans le vivarium sans un regard en arrière et au bout de quelques mètres me mis à tousser fortement. Armageddon arrêta finalement de se tortiller quand sa langue passa à deux centimètres d'un tronc en feu et s'enroula autour de ma taille en tremblant. Je retrouvai deux de mes cousins dans la partie désertique du vivarium dont Mathilde, celle qui avait traumatisé mon familier.
- Reducto !
Je ne laissai pas le temps à ma cible de deviner ce pour quoi j'étais venu mais elle réussit quand même à bloquer mon sort. Un duel s'engagea rapidement à coup de sort d'exsanguination, d'éviscération, d'écartèlement, de découpe et de réduction. Mon cousin Jacques qui se trouvait s'attaquait aux deux partis à tour de rôle et se chargeait d'animer les éléments. Une tempête de sable fit bientôt son apparition suivie d'éclairs qui me roussirent légèrement. Quand il commença à invoquer un tsunami, je lui brisai une jambe et lui lançai Armageddon à la figure qui entreprit joyeusement de l'étouffer. Dans son enthousiasme, il avala même sa baguette magique, je ne me réjouissais pas de la tâche qui m'attendait pour la récupérer.
Ayant empêché le déluge, mon combat avec Mathilde reprit de plus belle. Aucun de nous deux n'arrivait à prendre le dessus sur l'autre et nous commencions à fatiguer, ainsi qu'à manquer d'imagination. Après un sort d'exsanguination et deux sorts d'inversement de membres que Mathilde évita, je conjurai une pluie de lames qui s'abattit sur vingt mètres autour de nous. J'entendis Jacques pousser un cri de douleur et Armageddon rouler sur lui-même mais j'étais trop occupé par ma propre sécurité pour me soucier d'eux.
Une hache se ficha finalement dans l'épaule de mon adversaire et je perdis le petit doigt de la main gauche dans l'affrontement. Nous nous arrêtâmes finalement et nous toisèrent quelques secondes avant que ma cousine ne lève sa baguette au dessus d'elle et ne s'écrie :
- Tempestas magni ignis !
Un bruit sourd se fit alors entendre et tempête de feu commença à se former sous la verrière. Elle se transforma bien vite en tornade et fonça droit sur nous. Je souris à Mathilde qui éclata de rire et se mit à courir en direction de la sortie. J'attrapai un morceau d'Armageddon, toujours accroché à Jacques, et les tirai tous les deux à ma suite. Nous traversâmes la forêt elle-même en feu alors que la tornade qui nous suivait avalait tout sur son passage.
Je sentais de plus en plus de brûlures apparaître sur mon corps et mes habits prenaient feu. J'étais couvert de lacérations qui laissaient suinter du sang et j'étais presque sûr d'avoir quelques os cassés mais je m'amusais comme un fou ! J'obliquai à droite et perdis de vue Mathilde quelques instants avant de la retrouver toujours hilare à quelques mètres de la sortie. Elle se retourna une dernière fois, lança un explodium sur la tornade qui se mit à crépiter. Nous eûmes juste le temps de sortir du vivarium avant que la verrière et tout ce qui se trouvait à l'intérieur n'explose dans une grande langue de flamme.
Mes cousins et moi fûmes portés par le souffle de l'explosion et nous nous écrasâmes douloureusement cinq mètres plus loin. Des morceaux de verre vinrent encore nous tomber dessus et je lançai quelques protego au-dessus de nous pour nous en protéger. Quand, enfin, la tornade de feu se transforma en petit brasier, je me relevai, aidai ma cousine à en faire de même avant de la serrer dans mes bras.
- Merci pour le divertissement, me dit-elle. Tu as drôlement progressé depuis la dernière fois que je t'ai vu !
- C'était il y a six ans, j'ai eu le temps d'apprendre de nouvelles choses !
- Tu as passé ton Initiation alors ?
- Il y a environ trois mois, à la prison de Nurmengard.
- Raphaël, Mathilde !
Nous nous retournâmes d'un seul mouvement vers ma mère qui arrivait en courant l'air affolé. Avant qu'elle ne puisse dire un mot, Mathilde la serra dans ses bras et lui fit part de son bonheur de la revoir. Cela n'empêcha pas ma mère de nous réprimander sèchement pour le désordre occasionné avant de nous envoyer chez Imhotep, notre momie majordome spécialiste des soins de blessures en tout genre.
La queue qui s'étendait devant la chambre de notre momie familiale me laissait supposer que d'autres incidents avaient dû éclater dans la maison, rien de bien étonnant. J'entendis Imhotep lancer une série d'imprécations en égyptien ancien et ma grand-mère sortit aussi vite qu'elle le put de son antre avec dans les mains des morceaux d'un vase qui hantait naguère le salon de thé du deuxième étage.
Je dus encore laisser passer trois personnes -mon oncle Ezéchiel couvert de pustules purulentes, ma cousine au second degré Réparate qui avait perdu la moitié de ses cheveux et dont un os dépassait de son bras gauche et Mathilde que je laissais galamment passer devant moi- avant de me présenter devant Imhotep. Il me jaugea du regard avant de m'ordonner de m'asseoir sur un fauteuil.
Il referma mes plaies de quelques coups de baguette magique -une momie millénaire n'était pas vraiment censée en posséder une mais chut, c'est un secret !-, me donna un onguent à appliquer sur mes brûlures avant de faire repousser mon petit doigt en prenant bien soin de laisser une cicatrice apparente. Il me renvoya sèchement et je le remerciai avec un grand sourire de ses bons soins. Je tins la porte ouverte pour permettre aux deux gamins suivants, qui avaient fait un roulé-boulé dans le grand escalier et portaient de belles ecchymoses, avant de la relâcher brusquement -elle heurta un des gamins et l'envoya rouler au pied de notre guérisseur- quand je vis Alexandra qui m'attendait dans le couloir.
Je courus la rejoindre, la pris dans mes bras, la fis tourbillonner dans les airs puis je l'embrassai fougueusement sous les « ahhh » et les « ohhh » de ma famille ravie de pouvoir rencontrer la future madame du Maine. Notre réunion fut interrompue par Armageddon qui se jeta sur nous pour quémander à son tour une dose de caresses. Dans sa délicatesse innée, il nous renversa au sol et se mit à nous étouffer… Il consentit finalement à nous relâcher quand Alexandra commença à manquer d'air et à devenir bleue.
Pour me débarrasser de mon familier collant, je lui demandai d'aller regrouper tous les serpents échappés du vivarium et de les regrouper dans le hall du château. Il partit en poussant des sifflements joyeux, ravi d'avoir une tâche à accomplir et décidé à ne pas me décevoir. Je remarquai ensuite les regards avides des membres de ma famille qui avaient hâte d'interroger ma fiancée. Je lui pris donc la main et effectuai un retrait stratégique en direction de ma chambre, il fallait fêter dignement son retour ! Je passai alors une merveilleuse soirée qui me fit oublier mes déboires de l'après-midi.
Le lendemain se révéla être une journée grisonnante avec des apparitions rares du soleil. Le temps correspondait parfaitement à l'ambiance qui régnait au manoir, morne. Nous prîmes notre petit-déjeuner en silence puis, vers onze heures, nous nous regroupâmes dans le parc où le cercle runique que j'avais commencé la veille avait été fini cette nuit par ma sœur, Marie, rentrée de Beauxbâtons pour la réunion.
Mon père se plaça au centre du cercle, sa sœur, ma tante Agnès, à sa gauche et moi, en tant qu'héritier, à sa droite. Le vieux grimoire avait été dépoussiéré et posé sur un piédestal devant notre chef de famille tandis que ma tante et moi, avions à nos côtés une paire de lames rituelles et une bassine d'eau purifiée. Quand tout le monde se fut installé et que le silence se fit, mon père alluma un brasier avec les branches de notre orme que j'avais récupérées au péril de ma vie.
- Nous sommes réunis aujourd'hui pour être témoin de la Renonciation de Richarde du Maine, fille d'Abraham du Maine et de Zoé Poutchnev. Si quelqu'un s'oppose à son acte, qu'il parle maintenant.
Personne n'éleva la voix et Richarde s'avança dans le cercle accompagnée de ses parents. Elle s'arrêta devant le piédestal et regarda mon père droit dans les yeux. Il lui sourit mais elle garda son air grave.
- Qui se présente devant la famille du Maine ?
- Richarde du Maine, de son plein gré et en toute conscience de ses actes.
- Es-tu prête à Renoncer à ton sang, ta famille, ton héritage ?
- Je le suis.
- Tes parents sont-ils prêts à te laisser partir ?
- Nous le sommes.
- Alors prends cette lame et oublie ton nom.
Je lui tendis une des lames préalablement purifiée dans l'eau et elle la saisit sans trembler. Elle se trancha d'abord la paume de la main droite et son père retira sa main de son épaule avant de jeter un dernier coup d'œil vers sa mère et de faire une nouvelle entaille dans sa peau. Sa mère versa quelques larmes quand elle retira sa main. Richarde s'avança ensuite vers le feu et tendit ses poings pour que du sang coule dans les flammes.
- En versant ce sang, j'abandonne mon nom. Obliviscor gens.
- Ton sacrifice est accepté. Nous te libérons de tes obligations. Obliviscemur gens.
Quand ces paroles furent prononcées un souffle balaya le cercle et ses occupants, la magie avait reconnu la Renonciation. La gamine n'était plus une du Maine. Zoé et Abraham quittèrent le cercle et un nouveau couple prit leur place. Il s'agissait de deux sorciers australiens qui avaient accepté d'adopter l'enfant et d'en faire leur fille. La gamine reprit sa place devant le piédestal et la voix de mon père s'éleva à nouveau.
- Sans Nom acceptes-tu Adam et Paige Miller comme nouvelle famille ?
- Je les accepte.
- Adam Miller consentez-vous à donner votre nom à Sans Nom, à l'élever et à la chérir comme elle le mérite ?
- J'y consens.
- Paige Miller, consentez-vous à accepter Sans Nom dans votre maison, à lui donner le titre de fille et à la nommer sœur de vos enfants ?
- J'y consens.
- Alors, prenez cette lame et acceptez la dans votre famille.
Ma tante leur tendit une de ses lames et monsieur et madame Miller s'ouvrirent à tour de rôle une de leurs paumes. Ils placèrent ensuite leur lacération sur celles de Sans Nom et déclarèrent :
- Te in nostro gente accipimus. Nous te nommons Jean Paige Miller.
Et un nouveau souffle accompagna la déclaration. Sans Nom était devenue une Miller. Elle remercia mon père avant de nous tourner le dos et de repartir avec sa nouvelle famille sans un regard en arrière. Quand Jean eut transplané avec ses parents, la cérémonie recommença avec Pierre du Maine, fils d'Eloïse Marin et frère de Cécile du Maine (son père était décédé il y a quatre ans dans un combat contre une bande de serpents de mer géants et se faisait donc remplacer par le plus proche parent âgé de plus de onze ans).
Tout comme sa prédécesseur, il avait refusé de tuer un gobelin quand il avait l'âge de onze ans et avait préféré renoncer au titre de du Maine pour aller vivre dans une famille suisse de non sorciers. La cérémonie fut interrompue quelques instants par les sanglots bruyants de la mère d'Eloïse avant qu'elle ne se contrôle et ne laisse son fils Renoncer à son nom. Il fut ensuite rebaptisé Alain Jean Hern et disparut à son tour avec sa nouvelle famille sans un regard en arrière.
Après cette demi-heure plutôt déprimante, un banquet digne d'un roi nous attendait. Il fallait bien cela pour rehausser un peu notre moral. Les parents des deux Renoncés parlaient avec d'autres qui avaient déjà vécu cela (il y en avait environ cinq tous les dix ans) et se tenaient un peu à l'écart mais le reste de la famille se pressait autour des tables recouvertes de victuailles et échangeaient les dernières nouvelles, ce qui équivalait souvent aux derniers décès et dernières créatures affrontées avec cicatrices à l'appui.
Je profitai aussi de l'occasion pour présenter Alexandra aux membres de ma famille. Ils la dévisageaient tous avec curiosité et lui posaient des questions plus ou moins indiscrètes. Ma grand-mère fut enchantée par le récit de notre fuite de la gare de King's Cross, les personnes entrées par mariage dans notre famille lui souhaitaient tous bonne chance et mes cousins se délectèrent de l'histoire du bal de Noël à Poudlard. Quelques personnes lui demandèrent combien d'enfants elle comptait avoir tandis que les femmes les plus âgées de la famille regardaient ses hanches en essayant de déterminer si elles étaient propices à l'enfantement.
Quand les questions commencèrent à s'orienter vers la famille d'Alexandra, je nous excusai rapidement auprès des personnes trop curieuses et l'entraînai auprès de mes cousins qui préparaient une sortie ludique pour occuper les plus jeunes. Il fut finalement décidé que nous irions visiter un marécage rempli de pitiponk avant de s'attaquer à des gnomes dans un champ qui jouxtait notre propriété.
Les marmots furent ravis de pouvoir sortir de la maison et d'aller se salir dans de l'eau boueuse tout en essayant d'attraper ces petits bonhommes à un pied qui essayaient de les égarer. Pour nous, les plus âgés, ce fut légèrement ennuyeux jusqu'à ce que mon cousin Maxime anime un golem de boue. Le marécage ressemblait à un champ de bataille une fois que nous en ayons eu terminé et deux gamins avaient failli se noyer… Alexandra et Peter (le petit-ami de ma cousine Claire) nous passèrent un gros savon puis se contentèrent de soupirer bruyamment et de partager leur désespoir quand les deux marmots (Bernard et Valentin) retournèrent dans la boue alors que leur tirade n'était même pas encore finie.
Les gnomes rencontrèrent aussi un franc succès, nous fîmes des équipes de deux, un enfant de moins de onze ans et un plus âgé et l'équipe qui capturerait le plus de petits monstres vivants en une demi-heure aurait le droit de choisir le thème de l'histoire racontée avant le coucher. Ce furent Basile et Mathilde qui remportèrent la compétition et le marmot décida que l'histoire à raconter avant d'aller se coucher serait celle de René du Maine, le mage noir (oui, notre famille en avait crée quelques uns) du seizième siècle qui avait voulu créer sa propre religion dédiée au dieu des poutres en bois et tuer tous les catholiques et protestants d'Europe. Il avait fini empalé par un pieu au milieu d'un discours hystérique sur les soutiens en bois des maisons à colombages par un non-sorcier qui l'avait pris pour un fou, une triste fin.
Quand nos parents nous virent rentrer, ils s'empressèrent de nous envoyer nous doucher, ce qui occasionna un embouteillage dans les couloirs. En effet, la château avait beau être équipé d'une dizaine de couches, elles ne pouvaient accueillir plus d'une centaine de jeunes adultes, adolescents et enfants en même temps. Comme j'avais ma douche personnelle, je n'eus pas besoin de faire la queue et Alexandra fut ravie de pouvoir m'accompagner. Ma fiancée décida ensuite de faire une sieste en prévision de la sortie que nous avions prévue cette nuit entre cousins de plus de dix-sept ans.
Un de nos contacts au ministère de la Magie nous avait en effet prévenus qu'un sorcier s'était amusé à ensorceler les ossements reposant dans les catacombes s'étendant sous Paris. Mais avant que le personnel du département de restriction des sorts abusifs ait pu intervenir, mon cousin Baptiste leur avait demandé de boucler la zone et de laisser tout en état pour notre venue. Après quelques pots de vin et menaces ils avaient obtempéré et nous avions donc un nouveau terrain de jeu à notre portée avec des monstres inédits ! J'étais fou de joie.
Pendant qu'Alexandra se reposait, je préparais nos affaires, une trentaine de lames en tout genre, des potions explosives et inflammables, du C4, deux pistolets, une hallebarde, un pieu, deux bidons d'acide et bien entendu ma baguette magique. Après le repas du soir, Alexandra m'obligea à abandonner ma hallebarde, mon pieu, un de mes bidons d'acide (je réduisis le deuxième et le cachai dans une de mes poches) et la moitié de mon stock de potions… Elle ne réussit pas à me faire bouger sur mes lames et je fus ravi qu'elle ne sache pas ce qu'était du C4. Elle-même se contenta d'emmener sa baguette, deux lames et deux potions inflammables. Je voulus encore lui glisser quelques flacons de potion rongeuse qu'elle refusa et laissa tomber au sol quand j'insistai.
Les fioles se brisèrent et la potion se répandit sur le tapis du couloir qui se mit immédiatement à disparaître. Je la regardai avec des yeux adorateurs, elle commençait à partager l'esprit de ma famille ! Nous partîmes en courant quand la potion commença à attaquer le marbre du sol et abandonnâmes le problème. Quand nous arrivâmes dans le hall d'entrée, nous dûmes encore franchir un tas de reptiles rassemblés là car leur vivarium avait été détruit et pas encore reconstruit. Quand il nous vit arriver, Armageddon se précipita sur nous et s'enroula autour de ma taille en sifflant. Je le félicitai pour la tâche qu'il avait accomplie et il décida de nous accompagner dans notre aventure nocturne.
Nous retrouvâmes mes autres cousins, proches et éloignés, dans la cour du château. Il en manquait encore deux ou trois qui ne tardèrent pas à arriver en courant et nous transplanâmes tous ensemble dans la rue sorcière de Paris avant de nous rendre à pied à l'entrée des catacombes. Notre groupe composé d'une quarantaine de personnes ne passa pas inaperçu mais personne ne nous fit de commentaire. Ma famille commença à descendre un par un dans les sous-sols quand un hibou grand-duc vint se percher sur l'épaule d'Alexandra qui serrait ma main avec force.
Le hibou leva la patte et attendit patiemment que sa destinataire décroche la lettre. Au vu de la grimace qui ornait le beau visage de ma partenaire, il devait s'agir d'une nouvelle lettre de son oncle ou de sa grand-mère. Sentant son inconfort Armageddon se déplaça sur mes épaules et étouffa le hibou avec sa queue avant de l'amener lentement vers sa gueule béante. Alexandra se dépêcha de récupérer la lettre avant qu'elle ne disparaisse dans les entrailles de mon familier et n'en ressorte couverte de vomi comme la baguette de mon cousin Jacques (il avait été enchanté !).
À peine eut-elle touché le parchemin que je sentis comme un crochet s'enfoncer dans mon estomac et mes pieds quittèrent le sol. J'entendis le sifflement indigné d'Armageddon et le cri de surprise d'Alexandra qui s'accrocha encore plus fermement à moi en attendant que le portoloin veuille bien nous déposer à destination. J'espérais que ce serait un endroit exotique avec quelques billywig ou trolls, je n'étais pas bien difficile, du moment que je pouvais m'amuser.
Je fus malheureusement très déçu quand le portoloin nous déposa dans un salon richement décoré avec des tapis angora, des chandeliers d'or et une table en merisier massif. Je fis à peine attention à Armageddon à qui le voyage n'avait pas fait du bien et qui était en train de s'étouffer avec le hibou grand-duc qu'il essayait d'avaler. Alexandra poussa un cri d'effroi derrière moi et je me retournai rapidement, épée à la main en la faisant passer derrière moi. Je clignai deux fois des yeux en apercevant les yeux rouges qui me fixaient, avant de me concentrer sur les élégantes robes noires portées par l'individu et le fait qu'il était entouré d'une dizaine de sorciers armés qui nous regardaient avec hostilité. Je ne pus m'empêcher de remarquer quand je compris qu'il n'avait plus de nez :
- Vous savez, la chirurgie esthétique a fait beaucoup de progrès ces dernières année, je suis sûr que certains médecins pourraient vous arranger ça !
Mon geste de main en direction de son appendice nasal -ou plutôt de ses fentes nasales- fut accompagné par des protestations indignées de la part des gardes du corps, d'un cri de rage et d'un éclair vert, que j'évitai avec peine, de la part du fanatique des reptiles et d'un gémissement appuyé d'Alexandra qui glissa lentement au sol tandis que son visage se décomposait et que des larmes se mettaient à couler de ses beaux yeux. J'allais avoir du boulot, personne n'avait le droit de faire pleurer ma fiancée !
Voilà, c'est tout pour ajourd'hui, j'espère vous recontacter bientôt! Bon week-end!
