THEME : THE HANDMAID'S TALE.
Il y aura essentiellement le point de vue de Nick. J'adore ce personnage et son côté mystérieux.
Risque de spoil. Ne pas lire si vous n'avez pas vu la saison 2.
Je ferai des chapitres courts pour essayer de publier plus souvent. Il n'y aura qu'une dizaine de chapitres. Le rating est élevé comme dab (car violence ou sexe). Je vais devoir extrapoler sur la vie de Nick.
Tous les personnages appartiennent à Margaret Atwood.
Bonne lecture.
Le mariage
Je récitais les écrits de la bible face aux Waterford, ignorant cette nouvelle épouse, le cœur tourné vers June. Elle restait inerte, debout derrière le fauteuil le plus proche de la porte du salon. Je lisais ces mots pour elle, pour qu'elle comprenne que mon amour ne serait jamais perverti, qu'il lui était acquis et que rien ne pourrait changer cela.
Car c'était un fait, je l'aimais.
J'avais lutté contre, refusant de m'exposer à la déception, à la souffrance, à la mort mais elle s'était imposée à moi, sans fard, risquant elle aussi de subir le pire. Nous avions noué des liens malgré nous, des liens fragiles teintés de méfiance mais le temps nous avait prouvé que nous pouvions nous faire confiance.
Je refermai le livre d'un coup sec, encore sous le choc de ce mariage forcé à une gamine de quinze ans. Je pris place sans m'en rendre compte sur le fauteuil derrière lequel se trouvait June. J'avais envie que ce cauchemar s'arrête, que je puisse de nouveau passer du temps avec elle la nuit, à l'insu de tous. Je sentais sa présence derrière moi, j'aurais aimé qu'elle pose sa main sur mon épaule, qu'elle m'assure qu'elle supporterait cette situation.
Elle dut quitter les lieux, et je me sentis très seul.
Rita nous servit une coupe de Champagne. Je dus m'installer au côté d'Eden et trinquer avec elle.
Elle ne devrait même pas boire, m'agaçai-je.
Je les écoutai déblatérer sur notre vie de couple, nos futurs enfants. J'étais écœuré rien qu'à l'idée de la toucher mais personne ne s'en rendit compte car je souriais avec conviction, j'étais habitué à simuler. Mon rôle d'Œil me forçait à être convainquant en toute situation. Je devais être celui qu'on attendait que je sois. Ici, en l'occurrence, un époux comblé.
Mais je n'étais pas stupide. Je savais très bien que les Waterford soupçonnaient quelque chose sur ma relation avec June sinon cette mascarade de mariage collectif n'aurait pas eu lieu. Je savais que certains de mes « collègues » étaient soulagés d'avoir enfin une compagne. Etre seul et abstinent se révélait difficile pour certains qui n'avait pas eu, comme moi, la possibilité de faire baisser la pression entre les mains d'une femme. C'était donnant donnant entre ces femmes et moi et cela m'allait très bien… jusqu'à ce que June fasse partie du tableau. Depuis, je ne souhaitais ressentir que ses mains sur mon corps, sa bouche sur la mienne.
Je me repris avec violence. Je perçus le regard de Waterford sur moi. Pas moyen de savoir à quoi il pensait en ce moment mais je supposai qu'il se réjouissait de son stratagème. Il demanda poliment à son épouse d'accompagner Eden dans sa nouvelle maison afin de l'y installer et il me demanda de le suivre dans son bureau. C'était un lieu agréable qui suscitait l'envie à toute personne qui ne bénéficiait pas de toutes les libertés. J'en faisais partie. Il dénicha un whisky dans son bar et nous en servit deux verres. Confortablement assis sur un fauteuil en cuir noir, je fis le tour des lieux des yeux tout en sirotant lentement mon verre. Je voulais rester lucide.
Ici, il pouvait écouter de la musique, lire, écrire, surfer sur internet, téléphoner, picoler, faire des choses interdites avec sa servante.
Quel fils de pute !
Non, ça ne servait à rien. Je ne devais pas aller sur ce chemin. Je ne devais pas penser à ce qu'il avait fait subir à June, encore moins à notre bébé mais quand Waterford évoqua sa future paternité, je ne pus m'empêcher de le narguer implicitement. Cet enfant qu'il revendiquait était le mien. Je serai père, pas lui et qu'il prenne mon enfant en otage n'y changerait rien.
Etre père n'était pas dans mes projets d'avenir à la base. J'y avais renoncé depuis longtemps, immergé dans mon rôle d'Œil que je prenais très au sérieux. Je voulais éviter aux gens de dériver comme j'avais vu ma propre famille le faire. Mon attention se fixa sur le Commandant. Il continuait de me parler de « famille » et de ce que cela impliquait. Quel charlatan ! Il me donnait du fil à retordre car il contournait les règles trop souvent mais c'était toléré chez les hauts-commanditaires. Le Commandant Pryce était au courant de pas mal de choses (je ne lui disais pas tout cependant) mais il considérait Waterford comme un pilier non négligeable. Je m'étais donc plié aux directives de Pryce mais je restais vigilant depuis la mort de la précédente Defred. Il était irrespectueux, toujours fourré dans les jupes de June, incapable de la traiter correctement sans parler de sa femme. Il était indigne d'être Commandant.
Quand il me libéra enfin, je me hâtai de regagner la cuisine. J'enfilai mon manteau noir et attrapai mon paquet de clopes en franchissant la porte. Il faisait nuit, il faisait froid, il pleuvait. Je savourai ma cigarette, stressé subitement. J'avais une pression monstre sur le dos. J'aurais dû boire un autre verre pour me donner du courage pour la suite. Je devais rentrer chez moi mais j'y allais à reculons, peu pressé de retrouver ma femme.
Ma femme.
Je ne pouvais y croire. Cette gamine inconnue allait dormir près de moi dans mon lit. Je devais me lier intimement à elle.
Putain ! Non ! Je ne pouvais pas faire ça !
Je pensais à June, encore et encore, inquiet. Nous étions piégés et c'était intolérable. Sans entrain, je descendis les marches m'emmenant chez moi, j'observais les escaliers menant à ma porte quand une sensation effroyable se faufila le long de ma colonne vertébrale. Comme un mauvais pressentiment. Je fis volte-face pour jeter un œil à travers la grille juste sous la fenêtre de June. Mon cœur cessa de battre un instant avant de repartir avec frénésie. Je contournai les barreaux pour y trouver June allongée au sol, inanimée, ensanglantée au niveau de l'entre-jambe. Je crus devenir fou. Je la pris dans mes bras, choqué, paniqué à l'idée de la perdre. Je hurlai à l'aide sans relâche jusqu'à ce qu'on m'entende. Il se passa quelques minutes avant de voir arriver quelqu'un. Eden puis Rita puis les Waterford. Ils m'interrogèrent mais j'étais incapable de leur dire plus que « je l'ai trouvée là ». Je fus éjecté loin de June par Serena, tandis qu'une sirène retentissait au loin. Le Commandant exigea que l'on ne la déplace pas jusqu'à l'arrivée de l'ambulance. Je la recouvris de mon manteau et ordonna à Eden de rentrer avant qu'elle n'attrape mal. J'étais hagard, tremblant, impuissant. Serena pleurait, ne sachant que faire. Elle jetait par à-coup des coups d'œil assassin à son mari. Je savais très bien à quoi elle pensait. Elle parvint à se reprendre quand June se retrouva sur la civière.
-Je vais avec vous, décréta-t-elle aux ambulanciers.
Je récupérai mon manteau. Rita rentra et je me retrouvai seul face à Waterford. J'avais envie de le tuer. Il était responsable. Il me toisa encore avec insistance de son air supérieur mais il ne dit mot avant de tourner les talons et de rentrer chez lui.
En franchissant le seuil de ma maison, transi, je n'eus qu'une envie c'est de prendre une douche. Eden s'était changée et elle patientait, assise sur le bord de mon lit. Je revins un quart d'heure plus tard, encore humide mais réchauffé. J'avais enfilé un t-shirt et un bas de pyjama. Je me servis un verre d'eau et me postai devant ma fenêtre, mon regard se riva sur le lieu de « l'accident ». Que s'était-il passé ? Etait-ce délibéré ? Un accident ? Je ne savais pas quoi en penser. Je me sentais coupable, je m'en voulais autant que j'en voulais à Waterford. Je me rappelai du visage défait de June lors de la cérémonie de mariage. Elle s'était éteinte complètement et cela m'avait effrayé. Je savais qu'elle allait mal et voilà pourquoi j'en avais parlé à Serena. Quelque chose avait suscité une cassure en elle et elle avait arrêté de me parler et de parler aux autres, elle était déconnectée du monde.
-Nick ?
Eden s'était rapprochée tout en gardant une certaine distance. Je la regardai sans vraiment la voir.
-Oui ?
-Tu crois qu'elle va s'en sortir ?
Il le fallait.
-Je l'espère.
-Et son bébé ?
Je fixai à nouveau la grille sous la fenêtre de June sans répondre cette fois.
-Viens te coucher.
-Dans une minute. Vas-y toi.
Une demi-heure plus tard, j'étais encore là. Eden s'était endormie. Comment dormir alors que je ne savais pas si June et notre bébé étaient encore en vie ? J'éteignis les lumières et je vins m'allonger sur mon lit, le plus loin possible d'Eden, dos à elle. Je finis par oublier sa présence, imaginant à la place June et moi dans ce même lit, notre petit ange dormant entre nous. Une petite fille blonde comme sa mère. J'avais cette image en tête même si au final peu importait que ce soit un garçon ou une fille tant qu'il était en bonne santé.
Ne meurs pas June.
Je n'avais même pu lui dire que je l'aimais. J'aurais pu le lui dire quand nous nous voyions dans sa planque fournie par Mayday mais je n'avais pas osé. Nous passions notre temps à faire l'amour, elle était insatiable. Je me sentais vivant auprès d'elle, je me sentais moi-même.
June.
Une femme de caractère, courageuse et digne. Elle luttait pour exister et j'avais un immense respect pour elle. Ma vision des choses s'était modifiée à son contact. Je n'étais plus sûr d'œuvrer pour le bien. J'allais devoir réfléchir à d'autres options. J'aurais voulu qu'elle parvienne à s'enfuir, qu'elle puisse être libre et qu'elle puisse garder notre enfant quitte à ne plus les voir. La solitude était quelque chose que je pouvais supporter en les sachant en sécurité. Maintenant quel avenir aurions-nous ?
Ne meurs pas June.
Je pensais à elle longuement avant de m'endormir.
La suite quand je pourrai.
