Deux jours, deux victimes. La première, Tobias Jensen, 18 ans, Philadelphie, battu à mort, puis poignardé post-mortem. La seconde, Élise Franz, 17 ans, Boston, même mode opératoire, sans aucun doute même meurtrier. Aussi bien que les crimes sur les adolescent attirent rapidement l'attention, le FBI avait très rapidement été appelé à intervenir.

...

L'équipe arriva devant une habitation relativement modeste, une maison mitoyenne aux murs blanc que rien ne distinguait du reste de l'ouest de Boston. Plusieurs policiers et agents étaient déjà sur place quant Hotch et Morgan entrèrent (en l'absence de Reid et Prentiss partis glaner des informations sur la première scène de crime) en vue d'inspecter la chambre de la seconde victime, laquelle avait été tuée la veille au soir puis déposée sur un terrain vague à quelques kilomètres de la. J.J fut chargée de questionner Chris Franz, le père et seul ascendant connu de la victime.

L'homme, visiblement bouleversé mais soucieux de coopérer un maximum avec les agents, tenait bon. Sa stature imposante et son air endurci ne réussissaient pas à dissimuler la détresse lisible sur son visage, il n'était certainement plus qu'une question de temps avant qu'il ne craque.

J.J se présenta et n'estima pas judicieux d'interroger une fois de plus l'homme sur son alibi (crédible pour le moment), la police de Boston l'ayant déjà largement questionné. L'expérience lui avait appris que poser trop de question menait au mutisme, ce qu'il convenait d'éviter à l'instant. JJ préféra se concentrer sur les autres fréquentations d'Élise, lycéens, potentiels petits-amis, ce que réfuta très vite son père :

- Non, non vous ne comprenez pas, Élise n'est pas comme ça. Elle est plutôt du genre.. Introvertie vous voyez ? Elle ne sort pas beaucoup, pas le genre de fille notoirement.. Euh, sociable, voyez ?

J.J nota que l'homme parlait encore d'elle au présent, sans intervenir puisqu'il ne lui appartenait pas de confronter l'homme à une vérité qui tôt ou tard le frapperait.

- Vous viviez seul avec elle et Jimmy ?

- Oui, nous trois seulement. Et assez peu de visites.. Jimmy est trop jeune pour inviter des copains et Élise ne.. N'en a pas beaucoup. Et moi je travaille toute la journée, si j'étais resté un peu plus, ne serais-ce qu'une heure je.. L'homme soupira longuement.

J.J acquiesça puis jeta un regard furtif vers la chambre à présent vide de la jeune fille. Y trônaient quelques affaires, quelques livres, mais l'espace était relativement épuré, chose relativement rare pour une adolescente, qui y passait qui plus est le plus clair de son temps.

- Que faisait Élise, je veux dire, en dehors du lycée ?

- Parfois elle dessine, voyez, un peu. Autrement, c'est.. Il y a ces jeux en lignes, j'y comprend pas grand chose mais les gamins adorent ça. Elle est presque tout le temps en train de jouer à ça quand je rentre et elle discute.. Je l'entend parler, des stratégies de guerres, des trucs comme ça, avec d'autres gamins.

- Des amis ?

- Oui, je suppose, c'est ce qu'elle me laisse entendre.

- Pourriez vous me donner des noms ?

paru confus un instant, il entreprit de répondre plusieurs fois avant de déclarer :

- Non, non désolé je n'ai jamais pensé à.. Vous pensez que ça pourrait avoir un lien avec.. Avec tout ça ?

- Nous ne devons simplement rien laisser au hasard.

La consigne étant de ne pas faire mention du premier meurtre, J.J ne souhaitait pas s'avancer plus nécessaire. Bien que respectable, l'homme n'était pas encore au dessus de tout soupçons. La piste virtuelle était à première vue résolument l'une des plus intéressante, mais rien n'excluait fatalement le père.

Les agents sur place obtinrent très vite l'autorisation d'emporter l'ordinateur de la jeune fille et s'en alla avec deux des policiers présents, qui lui détailleraient la situation une fois au poste.

J.J le regarda partir, non sans se demander ce que cet homme allait endurer, à présent seul avec son petit garçon et le fantôme d'une enfant volée. Elle ne le pensait pas coupable (seulement elle s'abstint de faire part de ses impressions qu'elle savait plus proches du ressenti de la mère qu'elle était que de la comportementaliste). La fouille du reste de la maison, tout comme l'examen de la scène de crime, ne donna absolument rien et les équipes repartirent avant la tombée de la nuit, portant l'impression tenace de stagner.

Une fois dans les locaux leur ayant été attribués, les agents du FBI tentèrent de dresser un profil de l'agresseur, qui, n'ayant laissé de traces nul part, n'avait abandonné derrière lui que les corps des adolescents.

Tous furent d'accord pour privilégier l'hypothèse d'un homme adulte dont l'âge se situait, au vu de la force employée, entre 25 et 40 ans. Un sadique au mobile très probablement personnel, Morgan fit remarquer que l'acharnement mis à part, les victimes avaient été gardées pendant des heures, ce qui témoignait d'une réelle patience. Le critère était assez inhabituel pour que l'on s'attarde dessus, en effet, les crimes touchant de jeunes victimes étaient rarement si vicieux et ne constituaient pour l'immense majorité que l'expression rapide de pulsions honteuses. Aucun des gamins n'avait été violé et le motif restait aussi pervers qu'incompréhensible. La localisation du suspect restait, elle, extrêmement floue, s'il privilégiait l'est des États-Unis, c'était bien la sa seule restriction géographique, Boston et Philadelphie se situant à plus de 490km de distance. Ce qu'il avaient pris pour une utilisation banale des technologies chez un adolescent en étudiant le cas de Tobias semblait s'être transformé en véritable pièce centrale. Au vu du cas d'Elise, une tendance semblait se dessiner et il était devenu absolument certain au fil des heures que les adolescents se connaissaient virtuellement. Le seul lien plausible entre les victimes et leur agresseur devenait donc internet et l'équipe privilégiait la thèse d'une mauvaise rencontre, ce que Garcia s'efforçait de vérifier depuis des heures lorsqu'elle appela l'équipe alors que celle-ci s'apprêtait à quitter la salle de réunion. Son débit de parole rapide ne laissait entrevoir aucune satisfaction, même pas une once de son humour pourtant habituel, il semblait au contraire passer à travers un filtre d'angoisse :

- Écoutez, c'est la première fois que ça m'arrive mais je n'ai pas pu entrer dans les ordinateurs de ces gosses. Ils sont protégés par un système digne du notre, si ce n'est mieux. Complètement inviolables en si peu de temps, je n'ai jamais vu ça, ça relève du génie c'est un système extrêmement difficile à mettre en place et..

Hotch l'interrompit.

- Donc notre suspect aurait fait ça pour dissimuler des données ?

- Négatif, ces systèmes sont présents depuis un bout de temps et ne sont pas installables à distance.. On dirait bien qu'ils émanent des enfants. Je ne vois vraiment pas comment ils ont pu atteindre un tel niveau, c'est..

- C'est comme ça qu'ils ont pu se rencontrer, n'est ce pas ?

- Exact, très peu de personnes peuvent mettre ça en place, on compte ce genre de hackers sur les doigts d'une main dans la région.

- Des hackers ?

- Oui, ce genre de trucs n'émane pas du web que vous connaissez, c'est poussé. Je peux récupérer les données, avec nos ordinateurs à nous, mais.. Il va me falloir du temps.

- Combien ?

- Pas avant demain matin.

Hotch regarda sa montre, 17h. D'ici la et au rythme ou il allait, leur suspect allait non seulement leur échapper mais également réitérer les dégâts.

L'équipe veilla jusque minuit, moment ou ils n'eurent absolument plus rien à développer, l'enquête battait de l'aile du fait du manque d'éléments et le portrait restait sommaire. Ils s'en remirent à Garcia et passèrent une courte nuit, à l'affût d'avancées dès l'aube. Dans un premier temps, les choses continuèrent de stagner, les interrogatoires des proches des victimes n'ayant rien donné, les parents n'étant visiblement pas au courant de l'étendue des capacités informatiques de leur progéniture. De cela la BAU pu simplement conclure qu'ils ne tenaient pas leur connaissances de leurs aînés. Du gâchis, pensa Reid, l'ampleur de ce talent qui ne se développerait plus..

Garcia, dont le visage (et la demi douzaine de tasses de café posées sur son bureau) laissait ouvertement paraître qu'elle avait veillé toute la nuit, rappela vers 9h et patienta jusqu'à ce que l'équipe se soit enfermée dans une large salle de visioconférence avant de commencer à parler :

- Bon, classique, j'ai une bonne et une mauvaise nouvelle. La mauvaise d'abord, les données ne sont pas toutes récupérables sans mots de passes, je n'ai accès qu'à.. Environ 60% d'entre elles, je ne peux pas accéder aux conversations archivées. C'est un espèce de système très instable. Je peux seulement vous affirmer avec certitude qu'Élise et Tobias se connaissaient, j'ai un groupe de 4 personnes communicant très régulièrement ensembles, probablement d'autres hackers de haut vol. Les conversations semblent en partie liées à un MMO, ils jouaient ensembles, j'en suis quasiment sûre. Reste à retrouver ces partenaires de jeu réguliers. C'est la qu'intervient la bonne nouvelle, je peux accéder aux messages reçus juste au moment ou j'ai pris le contrôle partiel des ordinateurs, et j'ai une source qui émet vers les deux.

- Vers les ordinateurs des victimes ?

- Oui, une des 4 personnes de leur.. Groupe. L'autre n'émet plus depuis la semaine dernière.

- Avant les meurtres donc.. Tu peux le localiser ?

- Non, pas celui qui n'émet plus, absolument impossible à moins qu'il ne réapparaisse de lui même. J'essaie de localiser l'autre, celui qui émet, je devrais y arriver assez rapidement, en fait. Je ne peux pas lire ce qu'il écrit, simplement savoir à quelle cadence les messages sont envoyés.

Reid intervint:

- D'accord, en considérant qu'il serait parfaitement absurde que le tueur essaie de contacter ses victimes post-mortem, on a peut être à faire à un troisième gamin, auquel cas on doit vite le localiser avant que notre homme ne lui tombe également dessus. Le quatrième membre de la conversation reste suspect mais on ne peut pas exclure l'hypothèse d'une quatrième victime potentielle.

Hotch acquiesça et s'adressa directement à Garcia :

- Très bien, rappelle nous quand tu auras localisé celui qui essaie d'entrer en contact, il nous mènera certainement à l'autre.

- Tr.. Attendez ! Attendez, restez avec moi ! Le logiciel s'excite, je crois que j'ai quelque chose.. Ou que ça ne va plus tarder. Attendez.

Tous restèrent fébriles quelques instants, à l'écoute du clavier de Garcia sur lequel on l'entendait frénétiquement taper.

- Au Texas.. Oui, Austin, Texas. J'ai une adresse. Ça y est.

- L'ordinateur qui émet ?

- Oui. Qu'est ce que je fais ?

- Absolument rien, ça pourrait l'effrayer, les hackers et les fédéraux.. Donne nous seulement l'adresse et on fonce avant que ça ne recommence.

Hotch récupéra sa veste, bientôt imité par le reste de l'équipe, et tous étaient prêts à partir dans l'heure.