27 mai

Le jour de l'anniversaire de Kurt. Le jeune Kurt Hummel, 12 ans tout justes.

Alors que son père Burt et lui mangeaient le petit-déjeuner, assis sur deux chaises en bois qui semblaient s'écrouler sous le poids du plus vieux, ils parlèrent de son cadeau.

-Alors Kurt, aboya le père. Que veux-tu pour ce merveilleux jour ? Que je te confectionne un arc et des flèches avec le bois ? Ou peut-être que tu préfèrerais un poignard, mon fils ?

Kurt leva des yeux incertains vers son père. Un poignard ? Et pourquoi pas une épée ! Ce n'était pas une bête sanguinaire !

-Oh non Burt ! répondit le garçon aux yeux bleus angéliques, appelant son père par son prénom. Je crois que je préfèrerais un beau tablier blanc, ou même ces longues robes vives que portaient mère Elizabeth…

Le père manqua de s'étrangler. Il se leva en colère. Sa peau devint rouge, et Kurt prit peur et se sentit ridiculement minuscule et impuissant face à ce mastodonte qui s'élevait devant lui. Les yeux de Burt Hummel semblaient être injectés de sang, ils étaient exorbités, et Kurt aurait vraiment voulu pouvoir se téléporter. Seulement, même si il était sûr que l'on découvrirait ce secret dans des milliards d'années, il était condamné à rester à la merci de ce monstre qui allait le dévorer tout cru.

-Kurt !

Le frêle garçon trembla à la voix agressive de son père.

-Kurt ! Crois-tu vraiment que je laisserai mon fils porter une robe de petite fille ! Un homme, tu es un homme, petit ! Un jour, comme tout homme qui se respecte, tu rentreras dans l'armée, tu feras la guerre, comme les autres. On ne fait pas la guerre en dentelles et bas de velours !

-Alors, je ne veux plus être un garçon ! murmura Kurt, tandis qu'une petite larme amère roula sur sa joue douce, pour atterrir sur son poing tremblant.

Il s'enfuit en courant pour s'enfermer dans une salle de la maison. Une salle comme toutes les autres, avec les murs de bois et le sol en bois, les meubles en bois et le plafond en bois… Seulement, c'était là qu'il avait vu sa mère pour la dernière fois, quand elle respira pour la dernière fois. Elizabeth Hummel était morte sur ce lit, devant les yeux de Kurt et Burt. Devant les yeux du médecin aussi. Le médecin qui n'avait pas su la guérir de son mal. Les médecins sont tous des incapables, ils ne soignent jamais personne ! Leurs formules étranges ne servaient à rien !

Une boule s'était formée dans la gorge du jeune enfant. Un tas de questions tourbillonnaient dans son petit crâne…

Pourquoi devait-il aller en guerre ? Il détestait ça. La guerre c'était pleins d'hommes qui s'entre tuaient ! Il ne voulait pas de CA !

Pourquoi n'avait-il pas le droit de porter une robe ou des volants ? Et des collants en dentelles ? Etait-ce si mal ? Pourquoi était-il né homme ? Et pas femme ? Pourquoi la vie était injuste ? Si injuste…

Il prit l'oreiller appartenant à sa mère auparavant. Il sentait encore comme Elizabeth. Il y pleura toutes les larmes de son petit corps.


15 ans. Kurt avait maintenant 15 ans, et pourtant il se posait encore beaucoup de questions ! Il venait de remarqué qu'il aimait les autres hommes, qu'il en tombait amoureux. Il se demandait encore si c'était grave, si c'était normal… Il avait donc décidé de le cacher, car il n'en avait pas la moindre idée !

Son père était gravement malade, et il se démenait pour trouver de l'argent. Il ne voulait pas perdre son autre et unique parent ! Alors, comme à son habitude, il se revêtait d'une belle jupe à volants roses pâles et d'un grand chemisier blanc. Dans la rue, sans que son père n'en sache rien, il devenait une fille, bien qu'il soit un très beau jeune homme. Il était connue sous le nom d'Emeline Hummel, et il était gouvernante chez un bourgeois, Sean Anderson. Ainsi travestit, Kurt espérait gagner de l'argent tout en échappant à la guerre des hommes.

Ce jour-là, il coiffa ses cheveux châtains en arrière. Il avait pour l'instant tout l'air du jeune homme qu'il était, mais quand il enfila sa jupe et son chemisier, même son père n'aurait pas pu reconnaitre son fils. Il ressemblait fort à une jeune gouvernante de maison, et tout le monde le reconnaissait dans le quartier, sous son pseudonyme de jeune femme.

Il sortit dans la rue, et passa devant le forgeron, un homme très énervant et collant qui lui parlait des heures en pensant que la jeune fille tomberait amoureuse de lui. Kurt ne l'aimait pas du tout, malgré ses bonnes blagues et son bon caractère.

-Bonjour, pucelle Hummel !

- Bonjour…

-Vous allez chez les Anderson ?

-Oui et, oh, je suis en retard, je ferai bien de me dépêcher !

Il accéléra le pas pour lui échapper. Arrivé devant la maison des Anderson, il sonna à la porte. Ce fut le fils qui vint lui ouvrir. Il s'appelait Blaine. Ces cheveux bruns formaient des boucles, de grosses boucles. C'est qu'il en avait des cheveux ! Il regarda de ses deux yeux dorés ceux bleu turquoises de le/la gouvernante. Le rouge monta aux joues de Kurt : que le garçon le dévisage ainsi le mettait très mal à l'aise. C'est qu'il était vraiment beau pour Kurt, il le trouvait magnifique ! Il trembla quand leurs regards se croisèrent. Il ne voulait qu'une seule chose, c'était de l'embrasser.

Pendant l'heure de la sieste de M. Anderson, Kurt devait amener Blaine dans l'écurie pour s'entraîner avec son cheval. C'était devenu un moment sacré pour les deux jeunes, le seul moment où ils se retrouvaient seuls entre jeunes de leur âge. Le seul moment où aucune oreille indiscrète ne pouvait écouter leurs conversations. Le seul moment où Kurt pouvait observer Blaine tranquillement sans que cela ne paraisse étrange.

Ils étaient très vite devenus très amis, voir plus…

-Oh, c'est vous ! Bonjour. Dit Blaine avec un large sourire. Comment va votre père ?

Kurt passa d'une expression joyeuse à une plutôt triste, et c'était plutôt comique. Un ascenseur émotionnel très rapide.

-C'est de pire en pire !

-Et vous ?

-Je me porte comme je peux… Je lui donne ces médicaments, il me demande comment s'est passée ma journée, alors je lui raconte.

-Père est dans sa chambre. Il attend la lecture avec impatience pour pouvoir s'endormir aisément. Il est très fatigué, il risque de s'endormir rapidement… Oh, mais entrez !

Kurt s'exécuta et rentra gracieusement dans la maison.

-Bon, et bien je vous laisse. A tout à l'heure Mlle Hummel.

-Merci bien Anderson…

Kurt monta les escaliers tout doucement, les plis de sa robe dans la main pour ne pas tomber. Le bruit de ses chaussures de ville à talons s'entendait dans la maison et résonnait contre les murs. Toute l'entrée de la maison gigantesque était éclairée par un immense lustre doré. Juste au-dessous, Blaine regardait Kurt monter les escaliers, qui lui était toujours bouche bée devant la magnificence du lieu.

Le jeune entra dans la chambre de Sean Anderson. La chambre en question était immense, avec une table au milieu de deux fauteuils verts en velours. Un vase bleu remplit de fleurs blanches se trouvait sur une commode en bois verni. Et sur son lit à baldaquin crème, M. Anderson se rongeait les ongles.

-Bonjour M. Anderson !

-Bonjour Mlle Hummel, vous avez 5 minutes de retard ! J'attends la lecture avec beaucoup d'impatience ! Cela fait presque 1 an que vous êtes à mon service. Mon fils vous apprécie beaucoup. Bref, on fêtera ça plus tard… On fera une fête pour vos un an ici, hein, pas parce que mon fils vous apprécie ! Bon vous pouvez commencer.

Sean Anderson était un homme grand, aux cheveux tirés en arrière, poivre et sel, et à l'air bourru.

Kurt attrapa un gros roman et commença à le lire. Ils étaient ensemble rendus au chapitre 16, lorsque que l'on apprend que Teen Green est le meurtrier, et que le nouveau capitaine se lance à sa poursuite sur l'île. Le livre était très ennuyeux, mais Kurt savait que c'était le livre préféré de M. Anderson.

Pendant qu'il lisait, Kurt entendait Blaine s'entrainer dans la salle d'à côté, la salle d'entrainement. Il était avec son maître d'armes. En ce moment, il apprenait à manier l'épée.

Le statut de bourgeois de son père l'épargnait de la guerre pour le moment, il suffisait juste de verser de l'argent, et pour les Anderson ce n'était pas un problème. Mais Sean avait promis que Blaine ferait la guerre s'il le voulait, bien qu'il ne veuille pas perdre son fils unique… On entendait Blaine hurler quand il donnait un cou.

-Blaine, tournez-vous, voilà l'épée constamment en avant pour ne pas se blesser d'accord ?

-Bien, maître !

-C'est mieux ainsi, vous êtes meilleur qu'avant !

Alors que Kurt écoutait, émerveillé, les hurlements de Blaine, il entendit un bruit sourd à ses côtés. M. Anderson ronflait bruyamment, ce qui signifiait que la lecture était terminée ! Il se leva, lissa sa jupe et se dirigea vers la salle d'entraînement. Il entrouvrit la porte et déclara de sa voix fluette et claire :

-Je viens chercher le fils Anderson.

-Je finis mon combat ! Répondis l'intéressé.

-Très bien.

Kurt s'assit sur le sol froid de la salle d'entraînement et regarda Blaine se battre avec agilité. Il était magnifique, précis, léger, merveilleux, doué, passionné… Les yeux de Kurt descendirent légèrement plus bas que le torse de Blaine, et il rougit instantanément, honteux de la stupidité de ce geste. Qu'il était bête ! Il releva les yeux vers la main de Blaine. Celui-ci asséna un coup d'épée précis dans la côte du maitre d'armes, qui répliqua avec une attaque dans la poitrine, mais Blaine esquiva et lui rendit son coup, en plein sur le torse.

-Bien, Blaine, vous vous améliorez, vous êtes certainement mon meilleur élève. Bon à présent, vous pouvez disposer, la servante vous attend !

- Je suis une gouvernante ! Persiffla Kurt d'une voix particulièrement aiguë.

Mais les yeux d'Hummel brillaient d'émerveillement devant le combat prodigieux que venait de faire Blaine. Il se leva et déclara à celui-ci :

-Tu es merveilleux !

-Vous me tutoyez ? Vous êtes la gouvernante, et vous me tutoyez ?

Kurt rougit et bafouilla :

-Oh, pardonnez-moi, je suis sotte !

-Non, ça ne me dérangeait pas du tout. Tutoyons-nous… tutoyons-nous. Et merci pour ton compliment Emeline, mais je suis encore un médiocre escrimeur, très médiocre, je ne suis pas fait pour entrer dans l'armée.

-Ce n'est pas une honte de ne pas rentrer dans l'armée, bien au contraire…murmura Kurt. Puis il reprit moins bas : Ne dis pas n'importe quoi, tu es très doué pour manier l'épée, et l'armée serait heureuse d'avoir des soldats aussi doués que toi… En plus tu es superbe à cheval ! Tu imagines des combats à cheval ?

Kurt imaginait très bien Blaine combattre, le tête haute, sur des chevaux...

-Je ne préfère pas imaginer les combats, ni entrer dans l'armée… comme tu le disais ! s'exclama Blaine. Tu me suis à l'écurie ?

Kurt acquiesça et attrapa la main que le jeune Anderson lui tendait. Il déglutit bruyamment. Il pleuvait fort au dehors et le vent soufflait et décoiffait les deux garçons. Blaine se mit à courir jusqu'à l'écurie, mais Kurt lui allait bien plus doucement avec ses chaussures de filles. Il arriva essoufflé et trempé.

-Est-ce que tu vas bien ? Tu vas avoir froid comme ça tu ne veux pas mon pull ?

-Oui je vais bien.

Blaine pris son pull, mais Kurt le laissa tomber sur le sol. Blaine le regarda étonné.

Le jeune travesti pris Blaine par la taille et posa ses lèvres sur les siennes. Blaine se raidit instantanément, puis se détendit et pénétra sa langue dans la bouche entrouverte de Kurt, qui émit un petit bruit de satisfaction.

Blaine se retira et déclara :

-Emeline… je… je suis confus… je t'aime, mais tu es une femme, et d'habitude, oh non, ne répète rien à mon père, j'aime les hommes… Je ne sais plus ce que je fais…

Kurt regarda Blaine, stupéfait. Lui aussi ? Lui aussi était « différent » ? Lui aussi était une paria ? C'était bien la peine d'être ainsi habillé en femme.

-Mon cœur, expliqua-t-il, justement, si tu m'aimes c'est parce que je suis un garçon ! Je m'appelle Kurt Hummel, j'ai vécu 15 années, et je suis aussi un homme qui aime les hommes…

-Oh !

Blaine le regarda, étonné, il ne le croyait pas. Alors, comme preuve, Kurt déboutonna son chemisier blanc en dentelles et son torse nu d'homme apparut. Il retira sa jupe rose claire pour découvrir sous ses collants transparents ses jambes d'homme. Il se retrouvait ainsi en collants devant l'homme qu'il aimait et il rougit brutalement alors que Blaine l'entraîna dans un tas de paille et l'embrassa tendrement. Ses mains descendirent sur son torse et Kurt haleta contre ses lèvres.

-Je préfère te chevaucher plutôt que de chevaucher mon cheval… Nous avons une heure devant nous.

Kurt le regarda innocemment et passa ses mains sous la chemise de Blaine, qui lui effleurait la peau du cou avec ses lèvres. Kurt étouffa un gémissement. Il paniqua quand il entendit du bruit dehors et la voix de Sean criant son nom.

-Emeline !

-Caches-toi dans la paille ! lui conseilla Blaine en murmurant.