La petite Minerva avançait le long d'un chemin bordé d'arbres si grands qu'elle n'en distinguait pas la cime et si touffus qu'ils ressemblaient plus à des murailles de feuilles qu'à de véritables arbres. Il faisait nuit tout autour d'elle et la scène aurait pu sembler inquiétante voire terrifiante, mais la petite fille n'avait pas peur : elle savait qu'elle était en sécurité, une petite fée aux ailes vertes et roses le lui avait dit moins de deux minutes auparavant. Minerva sourit en regardant un lapin se changer en oiseau et s'envoler dans le ciel, puis une fleur se mettre à chanter, et un morceau de bois prendre feu tout seul, rependant une chaleur douce et agréable dans toute la forêt. Minerva se mit à courir sur le chemin, intriguée par les merveilles qu'elle allait surement y découvrir. Arrivée au bout, elle fut aveuglée par une vive lumière… et se réveilla.
— Je suis désolée de vous réveiller aussi tôt, Miss Minnie, mais vos parents veulent vous voir. Ils vous attendent dans le bureau de votre papa.
Miss Napitok , la vieille gouvernante russe du manoir des McGonagall, se pencha vers le lit de Minerva, et, après avoir déposé un baiser sur le front de la petite fille, elle murmura avec une tendresse et une douceur qui lui rappelaient le feu de son rêve :
— Joyeux anniversaire. Onze ans déjà, que vous grandissez vite !
Minerva remercia Miss Napitok qui ressortit rapidement de la chambre de sa démarche fatiguée. Minerva avait presque oublié qu'aujourd'hui, 4 octobre 1936, était son anniversaire ! Ses parents allaient surement l'amener manger un délicieux déjeuner dans l'un de leurs nombreux restaurants préférés, et ensuite ils sortiraient probablement faire une longue promenade dans les glens environnant, afin de respirer à plein poumons l'odeur de l'Ecosse, la patrie si chère aux yeux de la petite fille et de sa famille.
Après avoir caressé son petit chat tigré, Fistule, qui dormait paisiblement au bout du lit de Minerva, elle descendit de son lit. Ses pieds touchèrent la douceur du tapis qui couvrait le sol et elle attrapa sa robe de chambre avant de sortir à son tour de la chambre : en octobre, le manoir écossais était bien souvent froid le matin. Elle passa silencieusement devant la chambre de sa petite sœur qu'elle ne voulait pas réveiller et finit par arriver dans le bureau richement décoré de son père. Clyde McGonagall était assis sur un énorme fauteuil de velours rouge et son épouse Fergie se tenait debout derrière lui, la main posée sur son épaule.
— Bonjour ! Vous vouliez me voir ? demanda Minerva poliment.
Clyde McGonagall hocha la tête silencieusement et la regarda avec appréhension, comme s'il voyait sa propre fille pour la première fois. Minerva faillit lui demander si quelque chose n'allait pas quand son père dit, d'une voix beaucoup moins assurée qu'à l'ordinaire :
— Nous avons une… une invitée. Elle nous a informés de choses sur toi et… et… Euh, je crois qu'il vaut mieux qu'elle te les dises elle-même.
Quelqu'un se racla alors la gorge derrière elle et quand Minerva se retourna elle se trouva face à une femme assez âgée, vêtue d'une longue cape brune et d'un chapeau pointu de la même couleur. Malgré son âge visiblement avancé et sa tenue un peu étrange, Minerva trouva l'invitée de ses parents grande et élégante. Minerva sentit sa gorge se serrer un peu, impressionnée devant la sagesse et la puissance qui émanait de cette femme.
— Bonjour, Minerva, dit-elle avec un sourire en lui tendant la main. Je suis le professeur Galatea Têtenjoy, de l'école Poudlard.
— Bonjour, professeur, répondit poliment Minerva en serrant rapidement la main du professeur Têtenjoy.
— Je suis venue vous voir afin de… afin de vous informer que vous avez depuis votre naissance gagné une place dans notre école et que vous y serez attendue pour la rentrée du 1er septembre 1937.
Minerva fronça les sourcils, ne comprenant pas. N'irait-elle pas dans la même école que ses parents lorsqu'ils avaient son âge ? Comment avait-elle pu « gagner » une place dans un autre collège simplement en naissant ?
— Cette école est un peu spéciale, poursuivit le professeur Têtenjoy qui souriait toujours chaleureusement à Minerva. A Poudlard, tu n'apprendras pas les sciences, les arts ou l'anglais mais tu apprendras à faire et maitriser la magie.
— La… la magie ? répéta Minerva, de plus en plus confuse par les propos tenus par le professeur Têtenjoy.
— Poudlard est une école de sorcellerie, où les gens comme toi et moi apprenons à nous servir de la magie. J'y suis moi-même professeur de Défense contre les Forces du Mal.
N'y tenant plus, Minerva se retourna vers ses parents, bien décidée à savoir pourquoi cette femme était venue dans leur manoir afin de lui débiter de telles sornettes.
— Papa… Maman… je… je dois avouer que je ne comprends pas bien quel est le but de tout ceci… Est-ce… Est-ce une farce que vous m'avez préparée pour mon anniversaire ?
— Non, Minerva, répondit le professeur Têtenjoy derrière elle.
Minerva se tourna à nouveau vers la vieille femme qui avait sorti un morceau de bois long, fin et élégamment taillé de l'une des poches de sa cape.
— Ceci est ma baguette magique, expliqua-t-elle, son sourire toujours présent sur son visage ridé.
Elle regarda autour d'elle puis se dirigea vers un des vases précieux de son père, ramené d'un quelconque voyage dans la colonie d'Inde.
— Regarde bien ce vase, dit le professeur Têtenjoy d'une voix enjouée. Je vais le changer en chapeau !
Elle marmonna quelque chose et des étincelles dorées surgirent de son morceau de bois. Quand elles eurent touché le vase, celui-ci se mit à vibrer et briller, et quelques instants plus tard, un chapeau pointu noir se tenait à sa place. Minerva ouvrit la bouche de stupeur, et, apeurée, se tourna une fois de plus vers le professeur Têtenjoy.
— Comment… Comment avez-vous fait ? Demanda-t-elle.
— Je l'ai appris à Poudlard, répondit simplement le professeur Têtenjoy. A l'époque où j'étais élève, c'était le professeur Clark qui enseignait la métamorphose. Désormais, c'est le brillant Albus Dumbledore. Un des meilleurs professeurs de l'école, sans aucun doute ! Mais je ne doute pas un seul instant que vous serez aussi douée que lui, Minerva !
Minerva avait à peine écouté ce que racontait le professeur Têtenjoy. Ses yeux étaient rivés sur le chapeau noir qui trônait à la place du vase de porcelaine bleue et elle repensa à la fois où elle avait été incapable de retrouver son cahier d'écriture et qu'elle avait à la place découvert un joli collier à l'endroit où elle avait pourtant posé le cahier. Elle avait cru que Miss Napitok avait remplacé le cahier par le collier afin de la féliciter de ses progrès mais… Minerva se demandait désormais si elle n'avait pas plutôt changé le cahier en collier elle-même sans s'en rendre compte…
— Vous avez surement dû faire des actes magiques sans vous en rendre compte, et j'espère que vous comprenez mieux, désormais, expliqua le professeur Têtenjoy.
Minerva déglutit difficilement, mais elle n'eut pas d'autre choix que d'affirmer les propos du professeur Têtenjoy en hochant la tête.
— Durant l'été prochain, vous recevrez la liste des fournitures scolaires à acheter pour la rentrée. Si vous avez besoin de nous contacter afin de savoir où les trouver, n'hésitez pas un seul instant à nous envoyer un hibou… Maintenant que vous savez que vous êtes une sorcière, vous n'aurez aucun mal à en attraper un pour nous envoyer du courrier, il vous suffira d'en appeler un et il viendra vers vous.
Le professeur Têtenjoy hésita un instant avant de demander :
— Est-ce que vous aimez la lecture, Minerva ?
Minerva répondit « oui » en hochant la tête. Le professeur Têtenjoy sortit sa baguette magique et donna un petit coup sec dans le vide. Aussitôt, un livre apparut. Elle le tendit à Minerva qui y lut, sur la page de couverture, Histoire de Poudlard.
— C'est un de mes livres préférés, j'espère qu'il vous plaira.
Elle regarda rapidement sa montre, puis dit :
— Je vais devoir vous quitter, mon cours avec les élèves de septième année commence dans moins de vingt minutes.
Le professeur Têtenjoy adressa un signe poli aux parents de Minerva, puis elle se pencha vers la petite fille et lui souhaita une bonne année, lui disant qu'elle la reverrait avec plaisir à la rentrée suivante. Elle sortit de la pièce et Minerva la regarda s'éloigner. Une question traversa son esprit et elle se précipita vers la sorcière.
— Attendez ! cria-t-elle.
Le professeur Têtenjoy se retourna vers elle.
— Oui ?
— Je… je voulais savoir quelque chose… Est-ce que ma petite sœur est une sorcière, elle aussi ? demanda Minerva en serrant le livre contre sa poitrine.
Le professeur Têtenjoy regarda Minerva, sortir un morceau de parchemin de l'une de ses poches et y lut :
— McGonagall, Minerva : rentrée en septembre 1937... McGonagall, Myrtle : rentrée en septembre 1940... Oui, Minerva, votre petite sœur ira à Poudlard elle aussi.
Minerva regarda le professeur Têtenjoy disparaitre dans un craquement sonore, et sans qu'elle ne s'en rende compte, elle se mit à sourire elle aussi.
