La pluie s'écoulait le long de de ses joues pâles, suivant les traces des larmes. Akaashi leva alors son visage vers le ciel, maître de cette eau qui se déversait sur lui, collant ses cheveux à son front. Il continua alors son chemin à travers les rues gadoueuses du port de Portsmouth, errant tel un fantôme, sans destination. Avançant dans la tempête, il finit par atteindre le bassin du port. Dans ce dernier se balançait les ombres gigantesques des navires de la marine britannique. XVIIIème siècle, années de l'empire et de la domination des océans et mers britanniques mais c'était aussi le siècle de l'essor du commerce et de l'apparition des colonies avec son lot de pirateries. Le vent fouettait ses oreilles tout en lui portant les gémissements des géants de la mer qui s'agitaient sous la fureur de la tempête. Le noiraud ferma alors les yeux, se laissant bercer par le grincement des cordes, les frottements des voiles attachées et les longes plaintes des ponts en bois. La pluie battait sans relâche son visage, n'épargnant aucune parcelle de peau. Un frisson lui parcourut subitement l'échine, sa chemise et son simple pantalon de toile lui collaient sans une once de pitié, lui volant sa température corporelle habituelle. Il se tourna alors et laissa son regard dérivé le long des quais à la recherche d'un abri le protégeant des forces violentes de la nature.
Son attention fut alors attirée par de la lumière et des rires gras. Tournant la tête, il aperçut alors une taverne dont la porte oscillait aux grés des rafales de vents. Akaashi se dirigea donc vers cette dernière d'un pas décidé, prêts à tout pour trouver un refuge. Poussant l'un des battants de la taverne, le jeune homme se retrouva immergé dans un autre monde. L'odeur pénétrante de la bière avec un arrière-goût de rhum le frappa. Le noiraud observa alors ce qui l'entourait. La taverne était entièrement faite de bois, au plafond pendait un vieux lustre de fer où brulaient de grosses bougies, en face de lui se trouvaient une grande salle encombrée de tables rondes sur lesquelles de nombreux hommes buvaient et rigolaient bruyamment en entrechoquant leurs chopes de bières d'où s'écoulaient de la mousse blanche. Derrière cette scène de décadence se trouvait un long bar où s'agglutinaient d'autres hommes, certains cherchant de quoi leur remplir leurs gosiers, d'autres discutaient ou cherchaient l'attention de la fille du propriétaire. Akaashi s'avança alors vers le bar, jouant des coudes pour éviter les hommes dont le trop d'alcool leur était monté à la tête. Il atteignit alors le bar et se saisit d'un tabouret qui trainait non loin. Une jeune fille brune s'approcha alors de lui et se penchant au-dessus du bar, dévoilant ouvertement sa poitrine.
« Alors, beau marin, qu'est-ce que je peux te servir ? » lui demanda-t-elle malicieusement.
« Un verre de rhum » répondit-il brèvement.
S'éloignant de retour de lui pour lui chercher son souhait, le jeune homme ferma les yeux. Akaashi plissa son visage dans une grimace mélangeant fatigue et désespoir. La jeune fille revint alors avec sa commande tout en lui lançant une œillade prononcée dont le principal concerné se moquait, ayant bien d'autres choses à penser. Une voix raisonna alors juste à côté du noiraud, le faisant sursauter.
« Et ben, rejeter l'invitation implicite de cette jeune sirène, il faut vraiment avoir de sérieux problèmes ! »
Akaashi se tourna vers l'inconnu qui l'avait abordé. C'était un homme de la vingtaine, le dépassant de bons cinq centimètres. Il avait le visage plutôt long, des lèvres fines, des yeux noirs semblables à ceux des chats et des cheveux noirs qui se dressaient sur sa tête et qui retombait d'un côté du visage. Akaashi laissa son regard dérivé sur sa tenue. L'homme portait une chemise blanche sous laquelle on devinait aisément une musculature travaillée, résultat de longues heures de combats, recouverte d'une veste bleu ornée de brodures dorées aux manches. Une ceinture où pendait d'un côté un gros pistolet et de l'autre une fine lame retenait un pantalon de satin bleu marine et de fines chaussures en cuir. L'opposé de lui pensa-t-il, un riche. Son regard remonta alors sur le visage de l'inconnu où se dessinait un sourire fourbe.
« Alors petit, on n'a même pas assez de courage pour me répondre ? »
« Pourquoi m'abaisserais-je à répondre à votre comportement enfantin monsieur ? » répondit le plus petit d'un ton sec.
« Hahaha, au moins, tu ne manques pas d'insolence et étonnant, de politesse aussi. »
Akaashi baissa alors sa tête vers son accoutrement. Son état inspirait plus le dégoût qu'autre chose pensa-t-il.
« L'habit ne fait pas le moine. »
« Je t'ai peut-être jugé trop rapidement. Comment t'appelles-tu ? »
« Akaashi Keiji »
« Enchanté, Moi, c'est Kuroo Tetsuro. Que fais-tu dans la vie mon petit ? »
Les deux hommes se regardaient dans le blanc des yeux et Akaashi finit par répondre après de longues secondes.
« Rien, je suppose être à la recherche d'un abri pour cette tempête »
« Hahaha, sacrée tempête ! Moi aussi, elle m'embête beaucoup. Mon navire est coinçé au port alors qu'on devait mettre les voiles aujourd'hui. »
« Vous êtes capitaine ? »
« Non, je suis second, mon meilleur ami est le commandant du Storm, une brick de 32 mètres. Une beauté à damner une sirène. Moi je te le dis, une magnifique princesse des océans ! Mais j'ai aussi manœuvré une frégate, belle bestiole avec ces 200 hommes à bord ! J'ai été étonné de voir à quel point c'était maniable, moi qui pensais que c'était le même combat que les Ships Of The Line ! »
Akaashi le regarda déblatérer sur ce qu'il supposait être des navires et vu son air perdu, son interlocuteur le remarqua.
« T'as pas l'air de comprendre grand-chose. Tu connais pas ? »
« Non, je ne connais pas cette passion pour de simples navires. » répondit Akaashi en arquant un sourcil.
« Simples navires ! Tu me vexes ! T'as donc pas de passion dans la vie ? »
Le plus jeune le fixa et admira la flamme passionnée qui dansait dans ses yeux dès qu'il parlait des navires. Il se sentit alors las, fatigué de n'avoir aucun désir qui faisait battre son cœur autre que celui de la peur du lendemain. Il était l'opposé de cet homme qui vivait de ses passions.
« Non, j'ai plus de passions, je cherche juste un peu d'or. »
« Une raison à cette envie ? »
« Chaque homme court après la richesse. »
« Tu as raison, petit ! » s'exclama Kuroo.
« Pour aider ma sœur »
« Ta sœur ? Elle est malade ? »
« Non, elle veut se marier avec un bonhomme mais celui-là a une vieille famille qui exige une dot. Mais ma sœur travaille comme servante et moi, je travaille le jour le jour. Les deux s'aiment et il prendra soin d'elle, il vient de bonne famille et a reçu une éducation respectueuse envers les femmes. Je serai rassuré qu'elle ne dorme plus n'importe où avec moi et qu'elle trouve un toit digne de ce nom. »
Kuroo observa le plus petit et soudainement, un sourire carnassier se dessina sur ses lèvres.
« Tu cherches donc de l'or pour aider ta jeune sœur c'est ça ? »
« Oui monsieur »
« Que ferais-tu pour une belle somme d'or bien ronde ? »
« Mon meilleur. »
« Parfait, c'est ce que je voulais entendre ! Pourquoi n'embarquerais-tu pas avec nous sur le Storm ? »
« Devenir marin ? »
« C'est l'idée oui. Tu es jeune et tu as la rage pour l'or ! » expliqua-t-il avec un sourire fourbe.
« Quelle somme me proposez-vous ? Et que devrais-je faire ? »
« Le voyage est simple. On met les voiles le plus tôt possible pour la Jamaïque, c'est une île dans les Caraïbes si jamais tu connais. Tu embarques avec nous pour cinq à huit semaines, tout dépendra si le vent nous porte. On arrive là-bas, on reste deux à trois semaines et on revient. Facile non ? » répondit Kuroo.
« Que ferais-je sur le bateau ? »
« Les mêmes travaux que tous les autres, entretien, maintenance des voiles, des choses comme ça ! »
Akaashi baissa alors les yeux. Une mission sur un navire, seul, entouré d'inconnus vers une terre dont il ne connaissait rien à part le nom. Le visage de sa sœur se dessina alors dans ses pensées. Pouvait-il l'abandonner pendant si longtemps ? Qu'en pensera-t-elle ? S'y opposera-t-elle ? Sûrement, ayant trop lues d'histoires de pirates, elle ferait tout pour le retenir en lui promettant de travailler encore plus. « Non » pensa-t-il, le noiraud ne pouvait laisser sa sœur se tuer au travail alors que lui ne gagnait rien.
« Combien ? »
« Tu ne perds pas de vue ton objectif, c'est bien ! »
« Combien ? » insista alors le plus petit.
« Tu gagneras 50 £, cela t'intéresse ? »
« Quand partirons-nous ? »
« Dès que la tempête se calmera. T'as à mon avis une journée pour te décider mais si la mer se montre clémente, on part demain matin » dit-il en désignant l'entrée par laquelle frappait le vent et la pluie.
Akaashi se leva, but son verre d'alcool sous le regard de Kuroo. Se tournant vers ce dernier, Akaashi annonça.
« j'observerai le port et si ta proposition tiendra encore le jour de votre départ, je me présenterai si j'embarque. »
Kuroo lui adressa alors un long sourire sournois.
« Ravi d'entendre cela. Saches pour autant qu'on ne t'attendra pas, un homme de plus ou de moins ne compromettra pas notre départ. »
Akaashi acquiesça alors, se tourna vers le bar pour y déposer le prix de sa commande mais une main l'interrompit.
« Je te paye ton pauvre verre, petit. Garde ton argent, tu en as besoin. » annonça Kuroo et déposa quelques pièces sur le comptoir. Les deux hommes se regardèrent alors droit dans me blanc des yeux jusqu'à que le plus petit coupa le contact visuel, le jugeant trop long et insistant. Il se détourna alors et se dirigea vers l'extérieur sans un mot pour l'autre qui continua à l'observer, un sourire ornant ses lèvres.
« Espérons que tu es mordu à l'hameçon, petit. » murmura-t-il.
Akaashi ouvrit le battant de la porte. La morsure glaciale du vent s'attaqua brutalement de retour à ses membres réchauffés. La pluie s'abattit sur ses cheveux de jais, les collant à nouveau à son front et ses habits firent de même sur son corps. S'avançant dans la tempête, droit devant lui, il retomba sur le bassin du port. « Moi, sur les flots… » pensa-t-il, « Quelle drôle d'idée, un monde inconnu dans lequel on ne s'échappe plus dès qu'on y pénètre. » Akaashi détourna alors le regard des puissants navires, et fuyant les intempéries, se mit à courir vers les ruelles de la basse-ville. Des centaines de questions effleuraient sa conscience sans qu'il n'arrive à faire le vide pour pouvoir se concentrer. Devait-il accepter l'offre ? 50 £, cela comblerait les livres qu'il lui manquait pour arriver à la somme demandée. Akaashi continua de courir à travers les ruelles, évitant les grosses flaques et les quelques alcooliques qui trainaient sous les porches. Il courra pendant 10 longues minutes sous la pluie battante, le vent dans le dos jusqu'à arriver aux quartiers des riches commerçants. Dans la matinée, sa sœur lui avait dit qu'elle serait chez « l'homme de sa vie » comme elle aimait tant le répéter à qui voulait bien l'entendre. Dernière ligne droite pensa le noiraud, il était arrivé dans une longue rue où s'étendait de grands jardins bien entretenus. Il courra à travers la tempête jusqu'à la dernière demeure. Il escalada alors la grille et sauta dans le jardin. Un chemin de gravier s'étendait devant lui, encadré de hauts arbres que le vent maltraité inlassablement. Il s'avança à travers le jardin vers la demeure, rassuré de l'heure tardive et de la nuit noire qui le protégeait du regard des propriétaires. C'était une grande bâtisse blanche avec 2 étages, décorée de baies vitres, fenêtres et balcons. Il regarda alors autour de lui jusqu'à voir un petit bâton fin et léger. Parfait pensa-t-il. Il empoigna ce dernier et se plaça devant la dernière fenêtre toute à droite de la façade. Il balança alors sa trouvaille qui atteignit parfaitement sa cible. Akaashi attendit quelques instants, dans l'espoir d'avoir réveillé la bonne personne si jamais il avait bien réussi à réveiller quelqu'un. La fenêtre s'ouvrit sur un jeune de son âge qui observa le jardin, cherchant la chose qui l'avait sorti des doux bras de Morphée. Il aperçut une ombre dans le jardin et plissa des yeux. Reconnaissant Akaashi, il lui fit un signe de la main auquel le noiraud répondit. Akaashi vit alors le jeune homme refermer la fenêtre et disparaitre. Akaashi espéra ne pas devoir attendre trop longtemps l'autre, la tempête ne semblait clémente et continuait de secouer les arbres autour de lui.
Quelques instants après, le noiraud aperçut la lumière vacillante d'une chandelle qui s'approchait derrière la grande baie vitrée qui lui faisait face. Il s'en approcha et vit que l'autre lui avait ouvert une fenêtre, lui offrant un abri pour la tempête. Akaashi ne se fit pas prier et pénétra à l'intérieur. Une vague de chaleur le frappa alors. Il se permit alors d'expirer un grand coup afin de calmer son corps meurtri par l'eau et le vent glacés.
Il rouvrit les yeux. Le noiraud se trouvait dans un grand salon dont un mur n'était que verre. Au plafond pendait un majestueux lustre qui se balançait légèrement. A droite se trouvait une grande cheminée de marbres où étaient différents vases richement décorés. En face de cette dernière se trouvait un ensemble de fauteuils avec des coussins, une longue table basse où se trouvaient soigneusement alignés des fleurs, des journaux et des bouteilles.
Akaashi se retourna alors vers son sauver qui lui avait ouvert une fenêtre. Le jeune le regardait et Akaashi observa le jeu d'ombres qu'offrait la chandelle sur le visage de son interlocuteur. C'était un jeune homme d'un an son ainé aux cheveux noirs, aux sourcils broussailleux et au visage bienveillant. Il prit alors la parole.
« Akaashi, que faites-vous ici ? Je ne pensais pas recevoir de visite, surtout par cette tempête, venez allons réveiller ta sœur. »
« Non » répondit Akaashi froidement. Il réfléchissait, essayant de combattre le dilemme intérieur qui le travaillait. Devait-il confier sa sœur à Sarukui ? C'était un homme droit, bien élevé qui pourrait sortir sa sœur de la misère dans laquelle ils vivaient. « Ma sœur ne doit rien savoir avant mon départ, elle trouverait toutes ruses pour me retenir. »
« Voulez-vous partir ? » demanda Sarukui. « Mais pourquoi ? Je réussirai à convaincre mes parents de t'aider ! Après le mariage, nous trouverons une assez grande maison et nous vivrons tous les trois, comme une famille ! »
« Non, je ne viendrais pas, ma sœur veut fonder une famille et cette famille, elle sera avec toi, plus avec moi, il faut que je l'accepte. Je sais que tu veilleras sur elle comme le plus grand des trésors. Je vous donne ma bénédiction, puisque nous n'avons plus de figures parentales, je suis son grand frère et son tuteur. Et de ce fait, je t'accorde sa main. Et arrêtes de me vouvoyer, je suis plus jeune. » déclara calmement Akaashi.
« Akaashi… je… je ferais tout… tout pour la satisfaire. » bégayait le plus âgé. « Mais mes parents s'y opposent sans la dot. Ils suivent les traditions familiales. »
« Je sais, je t'avais donné chaque soir l'argent que je gagnais durant la journée pour ne pas me le faire voler. Garde le. Je sais qu'il n'y en a pas assez c'est pour cela que te demande une dernière faveur. »
« Je t'écoute. »
« Dès que la tempête se calmera, j'embarquerai à bord d'un navire qui fait voiles vers une île appelé Jamaïque je crois. »
« Pardon ? Non, tu ne peux partir, elle va être désespérée et morte d'inquiétude ! » s'écria Sarukui.
« C'est moi qui suis mort d'inquiétude, de la savoir si jeune et belle et sans toit. Avec toi, elle n'aura aucun problème. »
« Je… »
« Tu devras aller chercher la somme que l'on m'a promise pour mon entrée dans l'équipage. Elle s'élèvera à 50£. C'est le montant suffisant pour atteindre la somme demandée. »
« Mais attends, nous pourrions trouver une autre solution où tu ne devrais pas t'exiler dans les eaux gorgées de pirates des Caraïbes ! » s'écria Sarukui. » De plus, la vie à bord des grands navires est un cauchemar ! Tu ne dois surtout pas faire ça ! »
Akaashi observa le jeune homme. Il fut alors sûr qu'il avait pris la bonne décision. Sarukui était le mari parfait pour sa sœur, Sarukui s'inquiétait pour lui, lui qui le trouvait trop parfait, trop naïf par rapport à la vie que lui et sa sœur menaient. Sarukui était la tendresse incarnée, la douceur qu'il fallait à sa sœur, cette douceur qu'il n'avait jamais pu donner à sa sœur dans ce monde qui ne leur avait rien offert.
« Tu trouveras sûrement un moyen de récupérer cet argent, apporte-le à tes parents et épouse ma sœur. Rends-la heureuse ! Veille sur elle pendant mon voyage, je vous écrirai dès que je pourrais. » annonça calmement Akkashi en regardant son interlocuteur dans le blanc des yeux. Ce dernier hocha alors la tête, son visage ornait d'une grimace mélangeant tristesse, appréhension et inquiétude mais dans ces yeux brulait une flamme de détermination.
« Je le ferai. » annonça Sarukui.
« Bien. »
Les deux hommes s'échangèrent alors une accolade lourde en signification. Akkashi s'éloigna alors de retour de Sarukui et se retourna vers la baie vitrée. Il s'avança jusqu'à cette dernière, l'entre-ouvrit et se glissa à l'extérieur sans un regard vers celui qu'il laissait seul. Akaashi se retrouva alors de retour exposé aux forces de la nature. Le vent lui glaçait le sang et la pluie battait ses joues. Le noiraud s'élança à travers le jardin le plus discrètement possible, escalada à nouveau la grille et courut à travers la longue rue pour rejoindre les quartiers populaires, ne se sentant pas à l'aise dans cette richesse. Il continua son chemin durant de longues minutes, refaisant la même route que lors de sa venue. En arrivant vers le quartier autour du port, le jeune homme ralentit sa course jusqu'à s'arrêter. Il leva les yeux au ciel. La tempête s'est calmé pensa-t-il, le ciel lui semblait plus clair et la pluie et le vent moins agressifs. Peut-être prendra-t-il le large le lendemain…. Le vent semblait plus doux et la pluie se transformait lentement en une sorte de brume. Le calme après la tempête, c'est ce qu'Akaashi pensa en observant son environnement. Il était arrivé dans les ruelles avoisinant le bassin du port. Les grandes demeures des riches commerçants avaient cédé leur place aux petites maisons des pêcheurs, ces petites maisons toutes faites de bois qu'un vent trop fort pourrait arracher du sol. Akaashi pensa alors qu'il se sentait mieux ici, dans cette pauvreté et précarité évidente que dans ces demeures où l'on n'imaginait même pas le prix. Lui qui était né dans la misère continuera à évoluer dans la misère. Il n'aura jamais la chance de sa sœur, trouver amour et stabilité. Tout cela ne lui était pas réservé. Il était né avec rien et mourra avec rien. La société était construite de telle manière, chaque personne reste dans son milieu social. Sa sœur était l'exception qui confirmait la règle. Akaashi reprit alors son chemin en marchant, l'esprit vidé de toutes pensées. Il errait alors dans les rues, cherchant un abri dans la rue. Il observait les coins de ruelles, fouillant les ombres à la recherche d'un petit endroit pas trop désagréable. Akaashi finit par arriver au bassin du port, relevant les yeux, il aperçut de retour les ombres des navires. Les grands bâtiments marins ne tanguaient plus, ils suivaient seulement les mouvements de la caresse du vent sur leur ossature de bois. Les légers grincements qui en découlaient ne sonnaient plus comme des plaintes aux oreilles du noiraud mais comme une douce mélodie, avec un rythme régulier qui pouvait s'apparenter à une berceuse. La mer s'était donc calmé. Parfait pensa le noiraud, demain il se présentera et vivra si le voyage dure longtemps quatre mois sur l'un de ces navires. Akaashi s'approcha alors encore plus, curieux de savoir sur lequel il naviguera. L'autre avait dit « Storm » si ça mémoire ne lui jouait pas de tours et que le navire en question était une « brick ». Akaashi se demanda alors ce que cela signifiait. Il n'en n'avait aucune idée, lui qui ne s'était jamais intéressé à ce genre de choses, il le regretta soudainement. Il aurait pu avoir un aperçu du monde inconnu dans lequel il se jetait tête la première. Il se détourna alors de retour, abandonnant sa curiosité. Même s'il s'y connaissait, l'obscurité profonde du bassin dans lequel dormait les géants des mers l'aurait empêché de lire le nom des navires. Il se détourna et hésita à retourner à la taverne mais se ravisa, préférant la solitude qu'il ne pourra plus apprécier avec un équipage à ses côtés. Akaashi se dirigea alors vers les ruelles. Il se mit à scruter attentivement chaque coin de ruelles, fouillant de ses yeux perçants les ombres. Il finit par trouver une impasse avec un entassement de paille qui avait survécu à la tempête grâce à la présence d'un toit fabriqué de planches de bois. Akaashi s'assit alors dans le recoin, reposant son dos au mur et réfléchit. Comment sera sa vie au sein d'un équipage ? Comment seront ses compagnons de galère ? Grands ? Forts ? Musclés ? Il se l'imaginait. Il fera bien pâle figure à travers ses hommes bâtis comme des armoires. Et son lit ? En aurait-il un ? Ou dormira-t-il comme aujourd'hui ? Comment sera son capitaine, ou non, Kuroo avait parlé de « commandant », comment sera-t-il ? Le jeune homme plongé dans ses réflexions sentit la fatigue de la journée le rattraper et il se laissa aller dans les bras de Morphée.
