« Et sur les rivages de la Vingt-Cinquième Heure, Diamanda (…) s'apprêtait à leur décrire un avenir ou les ténèbres semblaient l'emporter sur la lumière une lumière elle-même incertaine qui vacillait telle une bougie par grand vent. »
Chapitre final d'Abarat : Jours de Lumière, Nuits de Guerre, par Clive Barker
Prologue : La lumière a failli
Le silence. Un silence de mort. Après la bataille finale, une chape de silence s'était étendue sur toute l'Angleterre, que rien, pas même les soupirs, n'osait briser. Chacun retenait son souffle, ravalait ses mots ou ses larmes. Même les tous jeunes enfants restaient silencieux. Et tous se mouvaient au ralenti comme si l'air avait été remplacé par de l'huile. Dans cette atmosphère épaisse et poisseuse, les infimes sons qui restaient étaient étouffés. On marchait sur du coton, on respirait de la gélatine.
Mais plus que le silence, la peur régnait. L'effroi des temps de guerre avait laissé place à une peur encore plus profonde et terrible, comme une masse de plomb qui pèserait sur les épaules de tous les sorciers du pays : qu'allait-il advenir d'eux, de leurs famille ? Quel monde s'offrirait bientôt à leurs yeux ?
Chez les Moldus, la peur de l'inconnu était plus abominable encore. Non seulement on venait de leur révéler l'existence des sorciers – un secret soigneusement gardé jusqu'alors – mais le système politique qu'ils avaient connu depuis des siècles allait être bouleversé. Ils seraient dirigés par ces « sorciers » qu'ils ne connaissaient pas et qui n'avaient pas l'air de leur vouloir du bien du tout.
Les Moldus l'ignoraient mais il y avait peu, les Mangemorts et leurs opposants s'étaient affrontés dans une bataille aussi acharnée qu'extrêmement serrée. Non seulement le camp de Voldemort avait triomphé mais le Seigneur des Ténèbres avait tué Harry Potter au cours d'un combat singulier. Le Survivant n'était plus, les opposants à Voldemort étaient soit morts, soit éparpillés. A vrai dire, il ne restait plus aucun espoir de voir le mage noir défait.
Les frimas de novembre avaient gelés la terre. Mais le froid avait aussi atteint le cœur de chaque habitant. On aurait pu croire qu'ils attendaient la guerre, mais ils savaient que c'était la paix qui viendrait.
La paix… La paix… Une paix terrible comme ce silence, comme cette peur.
Ils attendaient la paix de la nouvelle dictature.
§§§
Nymphadora Tonks était en détresse et enceinte.
Pendant la guerre, elle s'était installée avec Rémus Lupin dans une maison de banlieue Moldu, dans une ville qui ne comptait sans doute pas un seul sorcier, et ce pour des raisons de camouflages, bien sûr. Elle s'en félicitait aujourd'hui ainsi que du fait qu'elle avait pris la maison sous un faux nom et une fausse apparence. Elle espérait que ça les retarderait un petit peu.
Rémus et elle étaient des espions. Non, Rémus et elle avaient été des espions. Elle s'était servie de sa capacité de Métamorphomage pour s'approcher avec discrétion de l'ennemi ; quant à Rémus, il avait carrément infiltré les loup-garous de Fenrir Greyback…
Tonks pensa que si l'Ordre du Phénix avait appris que Fenrir savait depuis le début que Rémus était un espion, les choses auraient tournées bien différemment. Les informations que Rémus leur rapportait n'étaient pas fausses – car Fenrir tenait à ce que l'Ordre croie avoir vraiment infiltré les loup-garous – mais elles étaient totalement incomplètes. En se fiant à ces affirmations, ils avaient incroyablement sous-estimé la force de frappe des loup-garous et sans faire preuve d'humour noir, on pouvait dire qu'ils s'en étaient mordus les doigts.
Mais au fond, avaient-ils eu jamais une chance de gagner ? Et ses infiltrations à elle n'avaient pas dû servir à grand chose à l'Ordre lors de la bataille finale.
Ni Rémus, ni elle n'avaient participés à la bataille finale. Elle était presque au terme de sa grossesse et cela n'aurait vraiment pas été raisonnable de se battre. Rémus, lui, était considéré par ses congénères comme un traître à sa race, le pire criminel qui soit, et on l'avait prévenu que si d'aventure il croisait un loup-garou sur le champ de bataille, celui-ci s'acharnerait tout particulièrement sur lui jusqu'à ce qu'il ne reste plus de lui que des morceaux très très fins.
Ils étaient donc restés cloîtrés dans la maison sans essayer d'entrer en contact avec le monde extérieur. Jusqu'à ce qu'un Patronus leur apporte un très court et éloquent message : Nous avons perdu. Harry et Dumbledore mort. Poudlard occupé. Fuyez.
Elle avait alors allumé la télévision Moldu. Voldemort était sur toutes les chaînes. Non seulement il clamait l'existence des sorciers, mais aussi leur supériorité vis à vis des Moldus et annonçait son règne sans partage sur l'Angleterre. Réjouissante perspective.
Si elle n'avait écouté que son instinct, elle aurait immédiatement plié bagages et fui le plus loin possible. Mais il y avait Rémus. La pleine lune n'était pas encore passée et, s'ils s'enfuyaient ensemble dans ces temps troublés, qui sait ce qui se passerait ? S'ils perdaient leur dernière réserve de Potions Tue-Loup ? Si Rémus ne pouvait pas la prendre et se transformait en bête furieuse en liberté ? Tonks sentait chez son époux la hantise de tuer sa femme et son futur fils lors d'une de ses métamorphoses. Elle avait accepté de remettre à quelques jours leur voyage. Tout en espérant que les Mangemorts ne les retrouveraient pas tout de suite.
Dieu merci, il ne restait plus que cette nuit à passer. Demain, ils partiraient dès que l'aube aurait rendu à Rémus son apparence humaine. Pour l'instant, il était enfermé dans son bureau au sous-sol, inoffensif grâce à la Potion Tue-Loup.
Tonks se contraignit à s'asseoir et posa son front brûlant contre la surface lisse et froide de la table. Elle ne pouvait tout simplement pas dormir ! Elle ne serait pas tranquille jusqu'à ce que Rémus et elle aient mis les voiles.
Soudain, un hurlement déchira la nuit. Un hurlement de loup.
Tonks se précipita au sous-sol. Elle s'appuya contre la porte verrouillée dont elle savait que Rémus se trouvait derrière.
Elle murmura :
« Rémus, Rémus, tu sais qu'il ne faut pas hurler ! Il ne faut pas faire un seul bruit ! »
Comme pour lui répondre, un hurlement retentit. Puis un autre et encore un autre. Des dizaines de hurlements différents. Et aucun ne venait du bureau. Ils provenaient de l'extérieur de la maison. Rémus et elle étaient encerclés !
Tonks posa la main sur la poignée du bureau. Sans une seconde d'hésitation, elle déverrouilla la porte et entra. Au fond de la pièce se tenait son mari. Il avait peut-être la forme d'un loup, mais sa conscience était humaine.
Il est conseillé de laisser un loup-garou sous l'emprise du Tue-Loup seul durant sa métamorphose même s'il est en théorie inoffensif, tout comme il est conseillé de ne pas agiter un morceau de viande sous le nez d'une bête féroce, même si elle est soigneusement ligoté. On ne sait jamais ce qui pourrait arriver. Mais Tonks savait que le danger qu'elle prenait était minime à côté de celui qui les guettait tous deux et elle avait la conviction que s'il restait une once d'humanité en Rémus, il ne l'attaquerait jamais.
Le loup-garou connaissait le danger encore mieux qu'elle. Il savait le sens des hurlements et reconnaissait bien ceux qui les poussait. C'était une condamnation à mort prononcée par Fenrir Greyback et sa meute envers le traître à sa race.
Comme ils s'y attendaient, les portes et fenêtres étaient bloquées. Ils retournèrent dans la cuisine pour cogiter. La lumière était restée allumée et l'ampoule délivrait sa lumière blanche et crue sur le décor de la cuisine proprette. La pièce paraissait presque irréelle dans une telle situation.
« Pourquoi ils n'attaquent pas ? », demanda Tonks à son mari, bien qu'elle savait pertinemment qu'il ne pouvait pas répondre.
Le loup-garou lui lança un regard éloquent.
« Ils veulent nous faire mourir de peur, c'est ça ? En tout cas, ça marche. Je n'ai jamais eu aussi peur de ma vie. Je ne veux pas mourir, tu m'entends. Je ne veux pas mourir ! »
Tonks réalisa qu'elle pleurait. Le loup lui donna un petit coup de museau sur la main pour la ramener à la réalité.
« Tu as raison, Rémus, c'est ce qu'ils veulent que je fasse. »
Tonks se remit à réfléchir. Il devait avoir un moyen de sortir de cette maison sans tomber sur une meute de loup-garou furieux… Une issue qu'ils n'avaient pas bloquée…
« Le toit ! Il y a une lucarne sur le toit ! »
Ils se ruèrent au grenier. Il y avait en effet une petite lucarne permettant d'accéder à la toiture. Tonks pouvait tout juste s'y glisser.
« Espérons que les loup-garous soient comme la plupart des humains et qu'ils oublient souvent de regarder en haut. »
Soudain, elle remarqua que Rémus ne la suivait pas. Il se contentait de la regarder d'un air triste.
« Pourquoi tu ne viens pas ? Je crois qu'ils sont sur le point d'attaquer… »
Le loup prit une inspiration volontairement forcé et montra sa fourrure.
« Ils te repèrent à l'odeur ? »
Alors, s'il montait sur le toit, le vent se hâterait d'envoyer à la meute l'odeur de Rémus et leur fuite serait éventée littéralement comme au sens figuré.
« Rémus… Tu ne vas pas te sacrifier… », dit Tonks en essayant de ravaler ses larmes.
Mais le regard que lui renvoya le loup était celui d'un homme résigné. Même s'il avait réussi à l'accompagner dans sa fuite, les loup-garous auraient continués à le traquer. Il n'y aurait plus eu aucun endroit sûr pour sa femme et son futur fils. Mieux valait qu'il meurt maintenant en lui laissant le temps de s'enfuir.
Il montra les dents (ce qui signifiait « File vite ! ») puis descendit les escaliers. Tonks regarda sa queue touffue disparaître. Puis, essayant de ne pas réfléchir, elle se hissa complètement sur le toit et referma la lucarne.
Dehors, il faisait un froid glacial. Tonks rampa lentement à quatre pattes sur les tuiles que le givre rendait aussi glissantes que du savon. Heureusement, elle atteint rapidement le bord du toit. Le toit de la maison suivante était à trente centimètres. C'est étonnant comme trente petits centimètres peuvent vous paraître infranchissable dans une situation pareille. D'un pas, elle aurait pu les traverser mais il n'était pas question de se mettre debout : non seulement, elle risquerait de tomber à chaque pas en marchant sur cette pente glissante ; de plus, elle serait extrêmement repérable. Il fallait trouver un autre moyen…
Le plus pratique, en temps normal, aurait été de ramper à plat ventre. En tendant les bras, elle pouvait s'agripper aux tuiles du toit d'à côté et progresser vers elles. Au bout d'un moment, ses jambes quitteraient le toit de sa maison et d'un petit coup de pied, elle se propulserait complètement sur le toit d'en face. Elle continuerait de toit en toit (quelle chance d'habiter un quartier résidentiel où les maisons sont collées les unes aux autres !) jusqu'à qu'elle ne puisse plus avancer. Puis elle s'arrangerait pour descendre et se cacher n'importe où, en attendant le point du jour.
Mais Tonks ne pouvait pas faire cela. Son ventre rond de femme enceinte excluait ce genre d'exercice. Il ne faisait vraiment pas bon ménage d'être en détresse et enceinte.
Peut-être pouvait-elle ramper sur le dos ? C'était plus inconfortable et risqué, mais c'était aussi son dernier espoir. Elle ne pouvait rester sur ce toit éternellement. Les loup-garou avaient dû attaquer, Rémus devait être en train de se battre pour qu'elle puisse s'en tirer.
Elle se força à se coucher sur les tuiles gelées. Allongée ainsi sur le dos, on avait une vue incroyable sur les étoiles. Tonks regretta de ne pas avoir pris le temps, par une belle soirée d'hiver comme celle-ci, d'observer les étoiles avec Rémus. Le genre de regret qu'on a quand on a perdu un être cher, le genre de regrets qu'on ne peut se permettre quand notre espérance de vie diminue à chaque seconde passée à lambiner.
Un véritable prédateur suit sa proie plus silencieusement que son ombre et surgit au moment où on l'attend le moins. Fenrir Greyback était un véritable prédateur. Comment Tonks sut que c'était lui ? Hé bien, peut-être parce qu'il était plus grand, plus féroce que tous les loup-garous qu'elle avait vus ou même imaginés. Ou peut-être parce qu'il lui avait sauté dessus au moment précis où elle s'accordait une seconde de souvenir ému.
Tonks ne bougea pas d'un pouce. Se débattre était inutile. Si elle s'enfuyait, il la rattraperait aisément, et contre lui, elle avait autant de chances qu'un crapaud armé d'un cure dent contre un troll des montagnes. Si elle avait eu un poignard dissimulé dans sa manche peut-être qu'elle aurait pu essayé de le lui plonger en plein cœur pour provoquer une mort immédiate. Mais elle n'avait aucune arme, pas même un cure-dent d'ailleurs.
Vu qu'il était clair qu'elle allait mourir, Tonks se dit qu'elle pouvait s'accorder quelques secondes d'émotion supplémentaire. La pleine lune était tellement magnifique. Dire que c'était elle qui avait, indirectement, précipité son destin. Mais il y avait plus horrible comme dernières visions qu'une pleine lune et un loup. C'était même assez poétique.
Elle espérait que Fenrir Greyback l'achèverait rapidement. Il était injuste qu'elle meurt si jeune, alors si elle souffrait en plus…
C'était étrange, cette sérénité. Son instinct de survie, qui avait bien fonctionné jusqu'alors, la laissait désormais tomber. Elle n'avait plus envie de se battre. Elle sentait que c'était vain, comme si son destin avait été de mourir ici avec Rémus. Son heure était venue, plus tôt qu'elle l'avait cru, mais elle était venue. Dommage pour son bébé, qui mourrait avant de goûter à la vie…
Son bébé… Si elle périssait, il sortirait de son ventre. Comme elle devait accoucher sous peu, peut-être serait-il viable… Si Fenrir ne remarquait pas le nouveau né et le laissait en paix, les gens qui découvriraient son corps pourraient le retrouver et le recueillir. Les loup-garous avaient fait un tel bruit que ses voisins ne pouvaient pas ne pas être au courant. Ils se rendraient sans doute dans la maison dès le départ de la meute et trouveraient le bébé.
C'était peut-être un fol espoir si on se place d'un point de vue rationnel, mais Tonks avait acquis la certitude que son enfant ne partagerait pas son destin. Ainsi, son sacrifice à elle et à Rémus ne serait pas vain.
Fenrir Greyback la regardait méchamment, sa gueule déformé par ce qui ressemblait à un rictus humain. Il se pencha vers elle mais au lieu de lui trancher la gorge de ses crocs comme elle s'y attendait, il recula promptement et mordit le ventre rebondi où reposait son bébé.
Tonks poussa alors un cri, un cri qui ne lui venait pas de ses tripes ou même de son cœur mais de son âme. Un cri de rage, de tristesse, de douleur et d'horreur mêlés. Le cri d'une femme qui avait tout perdu, son mari, son enfant et voyait sa propre mort se profiler à l'horizon. Un cri si horrible et pénétrant que Fenrir Greyback s'immobilisa un instant et que tous les loup-garous en dessous de lui furent aussi saisis. Puis le cri se mua en un sanglot et Nymphadora Tonks expira.
Fenrir rouvrit ses mâchoires et lâcha le corps inerte. Mais un nouveau cri retentit. Un cri de nourrisson.
Fenrir s'immobilisa encore mais à cause de la surprise. Le bébé de la femme n'était pas mort ! Il l'avait pourtant broyé entre ses crocs !
Il regarda l'enfant. Celui-ci avait ses raisons de hurler : tout son petit corps était couvert de blessures qui saignaient abondamment, des blessures petites mais profondes : la marque des dents de Greyback. Il était donc loup-garou, lycanthrope avant même de naître.
Les loup-garous sont superstitieux. Que ce bébé aie survécu était un miracle, ou plutôt un signe du Destin. Le laisser mourir ici aurait été s'attirer le mauvais œil. De plus, il faisait maintenant partie de la meute. On ne laissait pas un frère de meute mourir.
Fenrir Greyback n'avait jamais vraiment été intéressé par la paternité. Il n'avait jamais considéré le fait d'avoir des enfants comme quelque chose d'important. Pourtant, cette femme… cette femme qui avait réussi à endurer la perte de son mari, qui avait même accepté la mort sereinement, cette femme avait crié comme ça quant il s'était attaqué directement à son fils. Le fait que son enfant n'aie aucune chance de s'en sortir lui était insupportable à ce point ? L'instinct de parent était une chose bien mystérieuse…
Fenrir devait réfléchir vite. A chaque seconde, un peu de vie s'échappait du corps de l'enfant. Il réfléchit et décida vite. Cet enfant, il l'adopterait comme le sien. Il n'aurait aucun mal à faire accepter ça à sa meute : les conditions mystiques de la naissance de l'enfant suffiraient. De plus, voler l'enfant de Lupin et le nommer comme sien était un moyen de se venger de lui : celui que le gosse appellerait papa, ce serait lui, le meurtrier de ses vrais parents.
D'un grand coup de langue, Fenrir humecta les blessures du nourrisson. La salive de loup-garou aide à cicatriser les morsures bien plus facilement que toutes les pommades dont on vous couvre à Sainte-Mangouste. Selon la tradition, comme il lui avait donné les premiers soins, il était son nouveau père.
Il prit délicatement le bébé et le réchauffa contre sa fourrure. Malgré toutes les raisons raisonnables – et même s'il ne l'admettrait jamais complètement – au fond de lui, Fenrir savait que s'il avait adopté cet enfant, c'était à cause du cri de la femme qui mourrait.
§§§
Être une mystique n'excluait pas d'être une femme pratique. Lavande Londubat, tout en exerçant le métier de professeur de divination, possédait un délicieux sens pratique.
Après l'avènement de Voldemort, Lavande avait compris qu'elle avait un sérieux problème. Bien sûr, elle ne s'était pas personnellement engagée contre lui mais son époux, Neville, s'était illustré au combat par sa grande bravoure et avait gagné ses gallons d'Auror. La bataille finale avait fait de Lavande une veuve quelques mois seulement après son mariage, si bien que les Mangemorts ne viendraient pas chez elle pour s'attaquer à Neville. Mais les familles des anciens opposants à Voldemort étaient sans doute aussi massacrées : on ne voulait pas d'héritier avide de vengeance et de future vendetta contre des Mangemorts.
Cela faisait déjà quelques temps que les serviteurs de Voldemort sillonnaient le pays pour le « nettoyer » et on n'avait pas encore été chercher Lavande. Elle avait pourtant appris le décès de son ancien professeur, Rémus Lupin, et de sa femme et celui qui l'avait beaucoup attristé, de tous les membres de la famille Weasley sauf les plus jeunes, qui avaient été raptés.
Cependant, on n'est jamais trop prudent. Il valait mieux profiter de ce répit pour organiser soigneusement un plan d'évasion.
Pour sa personne, Lavande ne s'inquiétait pas trop. Elle avait beaucoup d'amis et de membres de sa famille qui vivaient à travers tout le pays et à l'étranger. Certains n'étaient pas au courant pour son mariage avec Neville. Elle pourrait reprendre son nom de jeune fille et…
Ce n'était pas cela qui l'inquiétait. C'était sa fille, Rosemary. Lavande avait été ravie de se marier et avait toujours souhaité avoir des enfants, surtout des filles. Elle avait donc été enchantée d'apprendre qu'elle était enceinte. Malheureusement, se dépêcher de se marier et d'avoir des enfants en temps de guerre est naturel mais devient un peu embarrassant quand l'ennemi triomphe. Un nourrisson est aussi adorable que fragile et sa place est dans un foyer chaleureux, pas en fuite dans des conditions difficiles.
Lavande savait que si on venait la chercher, on rechercherait aussi ce qui était advenu de son bébé. Il fallait donc trouver un endroit où mettre son bébé en sûreté, vu qu'il était absolument exclu de l'emmener avec elle.
Même si elle aurait préféré avoir un plus grand choix, elle ne pouvait battre la ville pour rechercher une famille d'adoption à sa fille : s'éloigner trop de son immeuble attirerait l'attention sur elle. Elle ne pouvait donc choisir qu'entre les habitants de son immeuble et des deux immeubles voisins, tous Moldus.
Mais il y avait un autre problème. Si, le même jour, un de ses voisins recevait un bébé et que sa fille disparaissait, il ne faudrait pas être très malin pour deviner la supercherie.
Lavande décida de prendre ses précautions. Elle était amie avec un médecin accoucheur, un Cracmol qui avait rompu avec sa famille. Elle s'arrangea avec lui pour qu'il provoque la naissance de Rosemary une semaine avant la date prévue. Ainsi, l'adoption de Rosemary se passerait alors qu'elle était censée être encore dans le ventre de sa mère, ce qui serait beaucoup moins suspect. Lavande entrerait à la clinique le jour prévu et, malgré tous les efforts des médecins, son enfant trop faible ne survivrait pas à l'accouchement. Elle enterrerait en petit comité un cadavre d'enfant mort-né et personne ne se douterait jamais de rien.
Mais il fallait encore rechercher à qui confier son bébé.
Lavande, toujours en femme pratique, se dit qu'aucune personne normale n'accepterait de prendre la charge d'un enfant avec les temps qui arrivaient. Elle devrait donc se rabattre sur les personnes anormales, ou pour utiliser un terme moins péjoratif, originales. Lavande fit une liste de toutes les personnes considérées comme spéciales dans les immeubles. Puis elle barra les noms des gens qu'elle considérait comme étant inaptes à bien élever un enfant.
Pour finir, il ne lui resta plus qu'un seul nom. Elle hocha la tête avec une satisfaction résolue. Elle était convaincue que cette personne s'occuperait bien de sa fille jusqu'à qu'elle ait une position assez stable pour la reprendre avec elle. Il ne restait plus qu'à la convaincre, mais pour une personne aussi décidée et logique que Lavande, c'était de la petite bière.
Elle saisit d'une main le sac contenant les affaires de Rosemary et de l'autre, poussa le landau avec la petite dans le couloir. Déplacer une poussette dans un escalier n'est pas pratique, si bien que malgré la nouvelle loi qui interdisait formellement d'utiliser tout engin Moldu, elle appuya sur le bouton d'appel de l'ascenseur (qui n'avait pas encore été détruit).
La personne qu'elle cherchait habitait deux étages plus haut. Il s'agissait d'une vieille dame, d'origine japonaise, qui se faisait appeler Mrs Tanaka. Lavande savait que Tanaka était un nom de famille « bateau » comme Smith en anglais et Dupont en français. Or, il existe relativement peu de Smith en Angleterre et de Dupont en France. Ce qui faisait croire à Lavande que le nom de Tanaka était faux.
Lavande avait relativement peu croisé Mrs Tanaka, mais elle avait le souvenir d'une dame petite et qui marchait courbée, mais dont le visage n'était pas trop ridé et les traits, même avec l'âge, restaient très beaux. Elle avait le type asiatique : les yeux bridés et les cheveux noirs corbeaux, retenus en chignon. Et surtout, elle était toujours habillée à la manière traditionnelle, c'est-à-dire dans de magnifiques kimono de cérémonie. Son métier était justement de fabriquer ces superbes tenues à la main. Ce statut d'artisane lui donnait une très bonne position dans la nouvelle échelle sociale : en effet, les Moldus qui avaient le plus de chance de s'en sortir étaient les artisans vraiment doués, qu'ils soient bijoutiers, modistes, ébénistes ou cuisiniers car leur art pouvait plaire aux nouveaux nobles. Les kimono de Mrs Tanaka avaient eu pas mal de succès chez les riches avant l'arrivée de Voldemort et si une femme de Mangemort s'en entichait à son tour, sa subsistance serait assurée.
Lavande sortit discrètement de l'ascenseur. Heureusement, il n'y avait personne dans le couloir pour la voir avec un bébé dans une poussette. Elle se dépêcha de le traverser et d'aller sonner à la porte de la vieille japonaise.
Celle-ci lui ouvrit à la première sonnerie. Elles se regardèrent un instant sans mot dire et Lavande remarqua que Mrs Tanaka était moins ridée de près que de loin. Puis sans un mot, la japonaise la laissa entrer.
L'appartement était telle que Lavande l'avait imaginé. On retrouvait les principaux éléments d'une maison japonaise ordinaire et, en guise d'ornement, des dizaines de modèles de kimono étaient appuyés contre les murs, offrant à eux seuls une superbe décoration riche en couleurs et en motifs divers.
Son hôtesse s'assit et elle l'imita. Comme la vieille dame restait coite, Lavande entama la conversation :
« Je suis venue vous confier ma fille. »
Le visage de Mrs Tanaka s'orna d'un sourire et elle dit avec un léger accent :
« Pourquoi accepterais-je de m'occuper de l'enfant d'une inconnue ? »
Lavande ne se laissa pas démonter : elle s'attendait à une question.
« Pour pleins de raisons. Déjà, vous en avez les moyens financiers contrairement à mes autres voisins. Ensuite, même si votre travail assure votre subsistance, vous êtes âgée et vous le serez de plus en plus. Ma fille pourra s'occuper de vous après que vous vous soyez occupée d'elle.
Cette aide pourrait s'avérer capitale. Même si vous connaissez parfaitement votre métier, si vos doigts deviennent arthritiques et que vous ne pouvez plus coudre, votre expérience ne servira plus à rien. Ce serait bête de se retrouver sans le sou à la fin de sa vie parce qu'on ne peut plus exercer. Alors que si vous avez une apprentie aux main habiles pour vous épauler quand vous vous épuisez, vous serez à l'abri de cette inquiétude. Vous pourrez même lui transmettre tout votre savoir pour qu'elle reprenne votre affaire à votre mort.
Je ne sais pas quand je pourrai reprendre ma fille avec moi. Je veux qu'elle soit à l'abri du besoin et si elle apprend un métier utile, je suis sûre qu'elle pourra se débrouiller... sans moi. »
Le sourire de son interlocutrice s'élargit :
« Je ne sais même pas votre nom, madame, mais vous êtes intelligente. Votre raisonnement est parfaitement logique et il a achevé de me convaincre. J'ai en effet craint vers la fin de ma vie de ne plus pouvoir coudre et de tomber dans la misère. De plus, l'art de faire de véritables kimonos, est de moins en moins connu, et je ne veux pas mourir sans le transmettre à quelqu'un. J'ai pensé longtemps à prendre une apprentie mais il faudrait qu'elle me soit confiée dès son plus jeune âge. Je n'ai pas de parents ici, et j'étais trop vieille pour une adoption officielle. Je m'occuperai donc bien de votre petite fille… quel est son nom ? »
« Rosemary. »
« Rozumari ? », prononça t-elle d'une manière déformée par sa langue maternelle tout en prenant l'enfant endormie dans son landau.
Elle la berça un peu avant de la reposer dans la poussette et dit à Lavande :
« J'imagine que vous avez pris vos précautions pour que personne ne fasse le rapprochement entre ma nouvelle apprentie et votre fille. »
« Oui. En fait, je voulais vous demander… Est-ce que Tanaka est vraiment votre nom ? »
« Ca aussi vous avez deviné ? Non. Quand je suis partie en Angleterre, j'ai décidé de prendre le nom le moins déroutant pour les Occidentaux… Or, pour vous, tous les Japonais s'appellent Tanaka… »
« Vous ne pouviez pas garder votre vrai nom ? »
« J'ai perdu mon vrai nom quand j'étais enfant. Et je ne pouvais pas prendre mon nom de geisha… »
Lavande regarda Mrs Tanaka. Ainsi, elle avait été une geisha ? La classe…
Désormais, rester devenait gênant, mais comment dire au revoir à sa fille ?
Elle finit par prendre la petite menotte de l'enfant dans la sienne et de lui dire :
« A bientôt, Rosemary… et merci. », acheva t-elle en regardant celle qui s'occuperait à présent de sa fille.
Quelques semaines plus tard, Lavande Londubat tomba dans une embuscade tendue par des Mangemorts et mourut au combat, dépassée par le nombre.
§§§
Lunelaé'mêm n'était pas humaine, pour son malheur.
Lunelaé était une elfe. Pas une de ces créatures féeriques qui appartiennent au folklore Moldu mais une créature de chair et de sang, pour laquelle sa condition était parfois un handicap.
Peu de sorciers étaient réellement au courant de leur existence. Dire que les Moldus fans du Seigneur des Anneaux les connaissaient mieux que la plupart des sorciers !
Lunelaé avait elle-même lu et apprécié le Seigneur des Anneaux mais elle ne pouvait s'empêcher de relever de nombreuses inexactitudes.
Premièrement, que les elfes puissent vivre éternellement à moins d'être tué. Cette croyance en l'immortalité des elfes devait venir de l'écart entre la plus longue longévité des elfes et celle des humains qui, dans les temps anciens, était beaucoup plus courte. Dans la réalité, la plupart des elfes atteignent cent ans, mais guère plus. Ils ont aussi la chance d'avoir une vieillesse plus douce et plus tardive, ce qui avait aussi dû donner aux aïeux des humains l'impression qu'ils restaient éternellement jeunes.
Ensuite, dans les livres, tous les elfes paraissaient d'une beauté incroyable, possédant une aura surnaturelle. Il était vrai que les elfes ont des traits un peu plus fins que les humains mais nul trace d'aura magique. Les seuls traits physiques qui les différencient vraiment des humains sont les oreilles légèrement pointues (quelque chose que les Moldus ont bien retenu) et une chevelure d'une couleur argentée (qu'ils ont déformé en les faisant blonds pour la plupart).
Dans de nombreuses histoires, on avait prêté aux elfes des pouvoirs magiques et des aptitudes hors normes. Encore une fois, ce n'était qu'à moitié vrai. Les véritables elfes possèdent une bonne aptitude pour la course, de meilleurs sens et des réflexes plus rapides. Ils ont bien quelques pouvoirs magiques axés sur la métamorphose et les éléments, même s'ils n'ont rien à voir avec les sorciers.
Si les elfes étaient peu à peu sortis des manuels des sorciers, c'était à cause de leur plus grande faiblesse, qui les vouait à disparaître peu à peu. Elle ne se trouvait pas dans leur corps, plus robuste que celui des humains, mais dans leur cœur.
Les elfes étaient un peuple émotif. La violence les répugnait, et plus les humains tombaient dans l'agressivité et se combattaient, plus ils devenaient amoureux du calme et de la paix et vivaient paisiblement ensemble.
Mais l'amour, justement, était leur plus gros problème.
Certains humains sont sans cesse en quête du grand amour. D'autres se suicident ou meurent de désespoir après un déboire amoureux. Mais chez les elfes, ce n'était pas le cas de quelques personnes, mais de toute la population.
Dans le livre sacré des elfes croyants, il y avait deux passages, que Lunelaé savait par cœur, et qui traduisait bien cette différence.
« Comment Dieu modela le premier homme et le première elfe.
A l'homme Dieu donna un corps de cire fragile et un cœur d'acier et Il le prévint :
« Si tu quittes le jardin d'Eden, ton enveloppe charnelle sera si fragile que tu seras frappé par tous les maux de la terre ; la vieillesse, la maladie et la blessure s'acharneront sur toi et décimeront bien des tiens. Mais dans ton cœur si dur se trouvera la volonté de survivre, même par les pires moyens.
Garde de toi de pêcher si tu ne veux pas connaître ce destin ! »
Mais l'homme pêche en mangeant le fruit de l'arbre défendue. Il connaît alors la différence entre le Bien et le Mal et doit choisir entre ces deux forces au cours d'une vie de peine et de labeur.
Dieu décide ensuite de créer une autre créature :
« A l'elfe Dieu donna un corps de briques solides et un cœur de porcelaine et Il le prévint :
« Si tu quittes le jardin d'Eden, ta longévité sera plus grande, ta vieillesse et ta mort seront douce et tu ne connaîtras point la maladie. Mais ton cœur est de porcelaine et une seule déception amoureuse suffira à le briser et à te mener au désespoir et à la mort.
Garde de toi de pêcher si tu ne veux pas connaître ce destin ! »
Mais l'elfe pêche par curiosité : il veut connaître ce sentiment d'amour qui peut lui être tellement fatal. Il goûte le fruit de l'arbre défendu et sort des pépins de la pomme la première elfe. L'elfe est tout d'abord ravi de trouver la compagne tant désirée mais le cadeau se révèle empoisonné quand celle-ci meurt piquée par le serpent qui a été son tentateur. Incapable de surmonter son chagrin, il décède lui aussi non sans avoir laissé une nombreuse descendance. A cause du pêché de curiosité de leur père, ces enfants doivent aller dans le monde et y chercher aussi l'âme sœur, même si cette quête risque de leur être fatale.
Lunelaé trouvait que cette parabole était excellente car même si le premier elfe était averti de son destin, il n'avait pas pu s'empêcher de chercher l'amour, juste par curiosité. En effet, c'était si facile de se dire qu'il suffisait de rester au sein de sa petite communauté sans voir un visage nouveau mais au bout d'un moment, immuablement, l'envie de « savoir ce que c'était » vous démangeait et on partait à son tour, en priant pour que ce soit un amour heureux.
Pourtant, Lunelaé avait été raisonnable. Malgré la tentation qui l'envahissait, elle n'était pas allée courir le guilledou. D'autant plus qu'elle n'était pas une simple elfe, mais une princesse de sang, avec les responsabilités qui s'ensuivaient. Mais elle avait juste… bon, disons qu'elle s'était un peu promenée. La Forêt Blanche était un bien bel endroit, mais elle avait d'autres paysages. Le littoral par exemple.
C'était par hasard qu'elle l'avait croisé.
L'un des proverbes humains dit « Malheureux aux jeux, heureux en amour. ». L'équivalent elfe dit au contraire « Heureux au jeu, heureux en amour. ». En effet, lorsqu'un elfe tombe amoureux, c'est presque toujours un coup de foudre brutal, et non pas le fruit d'une longue relation qui a eu le temps de mûrir. Une personne chanceuse tombera sur quelqu'un avec lequel elle peut être heureuse alors que quelqu'un qui a toujours la poisse…
Lunelaé était plutôt du genre poissarde. Mais même en sachant cela, elle n'aurait jamais imaginé tomber sur un type pareil.
Elle l'avait entraperçu une fois… elle était tombée amoureuse de Lord Voldemort.
Lunelaé n'était pas née de la dernière pluie, ce qui signifiait qu'elle ne croyait pas n'importe quelles balivernes. Elle savait que quelqu'un comme Voldemort était puissant, intelligent, maléfique, charismatique etc.… mais aussi insensible qu'une pierre. Jamais il ne pourrait tomber amoureux d'elle, ou de qui que ce soit d'ailleurs ! Elle avait donc résisté au désir de le revoir qui la rongeait, et accepté de dépérir.
Mais le Destin n'en avait pas décidé ainsi. Au cours d'une de ces promenades, elle était tombée sur des Mangemorts et ils l'avaient capturée. Avec toutes ces émotions, elle avait oublié qu'elle était une princesse.
Quant ils l'avaient amenée devant Voldemort, elle lui avait expliqué patiemment : oui, elle était bien quelqu'un d'important pour son peuple, mais, non, elle ne pouvait lui être utile en rien car son peuple refuserait de collaborer avec lui, qu'ils étaient tout simplement incapables de la moindre violence. Et au passage, elle lui avait dit qu'elle l'aimait, parce qu'à se faire avadakedavriser, autant partir avec panache, et parce que les elfes ont depuis toujours l'habitude de la franchise.
A sa plus grande surprise, Voldemort ne l'avait pas tuée. Lui considérait qu'elle pouvait lui être utile.
Il l'utilisait pour des choses qui ne froissaient pas sa nature pacifique d'elfe. Souvent, elle figurait à ses côtés quand il devait passer incognito. En effet, même si la nouvelle apparence de Voldemort, terrifiante à souhait, était parfaite pour faire régner la terreur, elle n'était guère discrète. Alors que quand il prenait sa jeune apparence (comme vous et moi enfilons un masque), on lui donnait le bon dieu sans confession. Avec Lunelaé, ils passaient pour un jeune couple adorable.
Lunelaé était heureuse d'être à ses côtés mais, avec la culpabilité d'aider quelqu'un comme Voldemort, un autre sentiment la tracassait : elle sentait bien que ces menus services n'étaient pas la vraie raison pour laquelle il l'avait laissée en vie. Il attendait quelque chose d'elle, elle en était sûre, mais quoi ?
Un jour, elle avait craqué et lui avait demandé. Pourquoi donc l'avait-il épargnée ? Pourquoi il la gardait à ses côtés ? Pourquoi il couchait avec elle ? Ce n'était pas parce que tout travail mérite salaire, la plupart des Mangemorts ne recevant jamais ce qu'ils étaient venus chercher en épousant la cause de Voldemort.
Voldemort avait souri d'un air cruel et à son plus grand étonnement, lui avait répondu sans détour :
« Je veux un fils. »
Lunelaé avait manqué de s'étrangler avec sa propre salive tellement elle avait été interloquée par cette réponse. Voldemort ressentir de l'instinct paternel ? C'était grotesque.
Il semblait avoir lu dans ses pensées car il expliqua :
« Pas pour l'aimer, bien sûr ! Pour l'utiliser.
Cette belle apparence que tu vois n'est qu'un déguisement temporaire. Quand je triompherais, je ne l'endosserais plus, car je pourrais alors gouverner par la terreur sous ma véritable apparence. Cependant…
Cependant, je ne suis pas idiot. Je sais ce qui convient aux masses. Un leader incontestable bien sûr. Mais mes partisans aiment aussi être séduits…
Je veux un fils qui ressemblera à ce que j'étais avant. Un fils dont je ferais un Prince. Bien sûr, en réalité, il ne serait qu'une poupée, comme les autres, mais il me sera bien utile. Il incarnera la beauté et la jeunesse de ma Nation. Les petits garçons désireront lui ressembler, les jeunes filles voudront l'avoir comme fiancé et les mères pour gendre… Et pendant que la noblesse se pâmera dessus, ils ne se révolteront jamais contre moi. »
Lunelaé faillit dire « Vous êtes ignoble. » mais il l'aurait pris comme un compliment. A la place, elle demanda avec une colère farouche qu'elle dissimula tant bien que mal :
« Pourquoi moi ? Je suis sûre que Bellatrix Lestrange aurait bien voulu jouer les mères courages… »
Sans un mot, il pointa son doigt vers le médaillon qui tombait sur sa poitrine.
« Cette vieillerie ?, s'exclama Lunelaé. Elle n'a aucun pouvoir ! »
« Je crois au contraire qu'elle est le commencement du chemin qui mène à un grand pouvoir, répondit Voldemort d'une voix douce. Et, de toutes façons, le pouvoir qui m'importe est déjà en toi. N'est-ce pas, princesse ? »
Lunelaé rougit et baissa les yeux. Pour la première fois, Voldemort la regarda avec convoitise.
« Ainsi, je ne me suis pas trompé… Ce pendentif est bien le legs de Serdaigle à ses descendants. Tu es l'une des descendantes de Rowena Serdaigle et de ce prince elfe qu'elle a épousé.
Tu comprends maintenant pourquoi je t'ai choisie ? Je suis l'héritier de Serpentard, et toi celle de Serdaigle ; avec une telle lignée, notre fils ne peut être que le Prince que je ferais de toutes façons de lui.
Sans compter qu'il y a les pouvoirs… Elémentarisme, n'est-ce pas ? »
Elle hocha la tête, les yeux toujours baissés.
« Je ferais tout pour ne pas tomber enceinte. », murmura t-elle.
Voldemort rit.
« Tu crois que je t'aurais prévenu… si ce n'était pas déjà trop tard ? »
Lunelaé ouvrit de grands yeux, porta l'une de ses mains à sa bouche et une autre à son ventre. Ainsi elle était enceinte ?
Ce n'était pas qu'elle n'avait pas le désir de procréer, au contraire, elle avait toujours désiré avoir des enfants. Et c'était justement par amour pour son futur fils qu'elle ne voulait pas qu'il aie Voldemort pour père. Si le Seigneur des Ténèbres était renversé, elle aurait été ravi de lui donner sa chance, mais s'il triomphait, elle sentait que l'avenir de son fils serait plus terrible que la mort.
Après ce jour-là, Voldemort ne vint plus la voir hormis une seule fois, pour lui annoncer son triomphe face à Harry Potter, qui scellait son sort et celui de leur fils.
Elle était traitée comme une reine : après tout, n'attendait-elle pas un Prince ? Son ventre grossissait, et elle dépérissait de jour en jour. Ce fut un miracle si elle put accoucher d'un fils en bonne santé.
Mais le bébé vécut. Epuisée par le travail, et de toutes façons condamnée à mourir pour sa nouvelle inutilité, elle obtint l'ultime droit de le nommer.
Ti'lan. Le Prince. L'héritier.
L'ultime réconfort de Lunelaé'mêm fut que Voldemort vint la tuer en personne.
§§§
Ginny Weasley était une fugitive. Depuis les lendemains même de la bataille finale, les Mangemorts la traquaient comme un animal. Et alors même qu'elle n'en avait réchappé que de peu, et qu'elle s'était rendue compte en cours de route qu'elle était enceinte, elle avait fui, elle s'était accrochée à la vie.
Ginny savait pourquoi on la traquait sans relâche depuis si longtemps. C'était à la fois à cause d'elle et à cause du bébé. Voldemort avait doublement raison de les vouloir tant.
Il y avait peu, Ginny s'était découverte des pouvoirs, et l'un d'eux en particulier lui avait causé bien des malheurs. Elle était une chaman, c'est à dire qu'elle avait le pouvoir de voir de temps en temps en songe des événements passés ou futurs, de façon assez floue. Elle ne savait pas d'où ça lui venait, car le pouvoir chaman était exclusivement féminin et il y avait très peu de filles parmi les Weasley, le dernier membre féminin devait remonter à des décennies. Peut-être que ça lui venait d'une lointaine aïeule, comme Helga Poufsouffle, dont les nombreux enfants avaient fondé toutes les plus anciennes familles de sorciers, les Smith, les Bones, les Weasley, les Prewett…
Ah oui, Ginny pouvait aussi bénir ou maudire, mais cela, tous les sorciers le pouvaient, et elle ne savait pas encore en quoi ses bénédictions ou malédictions étaient plus puissantes que les autres.
Présenté comme cela, le chamanisme ne paraissait pas folichon, et Ginny n'avait jamais été enchantée de posséder ce don. Mais, apparemment, il était aussi rare que prisé, et dès que ses pouvoirs s'étaient déclarés, Voldemort avait voulu la capturer pour les exploiter. Qu'est-ce qu'il s'imaginait, que ses rêves venaient sur commande ? Alors, à l'époque, Dumbledore lui avait expliqué que Voldemort comptait sans doute la plonger la plupart du temps dans un sommeil artificiel additionné de substances favorisant l'apparition de ses rêves. Les substances en question étant des drogues dangereuses pour la santé. En vivant une telle vie, elle ne passerait pas dix ans.
Elle n'avait jamais été capturée mais les ennuis causés par son pouvoirs avaient été bien différents. Ses deux frères, Fred et Georges, étaient morts en essayant de la protéger contre les Mangemorts venus l'enlever. Ca avait été un choc terrible pour elle, si bien qu'elle avait gardé les cheveux écarlates, comme leur sang versé.
Et après, on avait continué à la poursuivre et la vie d'Eméra était incertaine.
Eméra était sa petite fille. Elle était née au cours de sa fuite et avait été son unique compagne d'infortune.
Ginny adorait Eméra. Elle l'avait d'ailleurs baptisée du nom de la déesse du jour, parce qu'elle espérait qu'elle ramènerait un peu de lumière dans cette époque décidément si sombre. Ginny était sûre que sa fille serait douée. Elle avait sans doute hérité de quelque uns de ses pouvoirs. Et même si elle ne les avait pas reçus, Voldemort l'aurait tout de même recherchée.
Eméra n'était pas que sa fille. Elle était aussi sa fille à lui. Harry.
Ginny avait été si proche du bonheur. Elle avait failli être Mrs Potter.
Mais maintenant, Harry était mort. Son frère, Ron, était mort. Ses deux meilleures amies, Luna et Hermione, étaient mortes. Neville était mort. Tout le monde était mort.
Sauf elle.
Même Eméra était partie. Ils la lui avaient arrachée. Ils lui avaient pris sa fille, et son cœur aussi. C'était arrivé quand la petite n'avait que deux mois. Une belle soirée d'octobre. Elle n'avait pas remarqué qu'on avait retrouvé leur trace. Les Mangemorts avaient d'abord pris Eméra avant d'essayer de l'attraper, mais elle leur avait échappé et avait essayé de récupérer sa fille, sans succès. Finalement, ils avaient préférés partir avec l'enfant pour être sûr de le ramener à leur maître, plutôt que de risquer de se le faire reprendre.
Après cet enlèvement, Ginny s'était retrouvée seule. Complètement seule.
Elle avait pensé à essayer d'entrer à Poudlard et de reprendre Eméra. Les Mangemorts se rueraient sans doute sur elle pour la capturer, mais elle ne se laisserait jamais prendre vivante. C'était du suicide, bien sûr, mais quelles raisons lui restaient-elle de vivre ?
Ginny réfléchissait sérieusement à cette solution quand un rêve la réveilla en sursaut et changea la donne du tout au tout.
Dans ce rêve, Ginny avait vu que tout espoir de vaincre Voldemort n'était pas perdu. Il se trouvait dans la jeune génération, ces bébés de l'âge d'Eméra. Ce serait eux qui devraient reprendre le flambeau de tous ceux qui avaient jamais combattu Voldemort.
Ginny se concentra pour se souvenir des détails du rêve. Cette fois, il n'y avait pas qu'une seule personne face à Voldemort mais tout un groupe. Combien ils étaient déjà ? Plus d'une demi-douzaine. Huit, voilà, ils étaient huit ! Et le nom du groupe…
Ceux-qui-doivent-ramper. Ceux-qui-doivent-ramper serait leur nom.
Ginny sourit. Savoir qu'une opposition se créerait lui redonnait un peu d'espoir.
Mais ce rêve ne lui avait pas été envoyé juste pour lui rendre le moral. Un rêve de chaman n'est jamais fait au hasard. Elle avait peut-être encore un rôle à jouer dans la lutte contre Voldemort…
Quel pouvait-être ce rôle ? Elle essaya de se souvenir du visage de Ceux-qui-doivent-ramper. Même si leurs traits restaient flous, ils semblaient jeunes et tristes. Si tristes…
Et puis différents les uns des autres. Très différents comme s'il n'y avait aucun dénominateur commun entre eux.
Comment un tel groupe avait pu se réunir ?
C'était peut-être là qu'elle était utile… Elle devait peut-être trouver un moyen, un moyen pour que dans un futur lointain, ils se retrouvent et s'unissent.
Elle avait désormais une mission… et une raison de vivre.
Ginny réfléchit et décida qu'elle ne pouvait elle-même rassembler Ceux-qui-doivent-ramper. Elle devait choisir un « sélecteur », un enfant de l'âge de sa fille auquel elle donnerait le pouvoir nécessaire pour accomplir cette tâche. Et cet enfant devait avoir quelqu'un qui l'informerait de sa mission et l'encouragerait à l'accomplir.
Autant dire qu'après presque un an de règne de Voldemort, les enfants qu'elle connaissait et qui remplissaient ces conditions ne couraient pas les rues. Les jeunes mères ou les femmes enceintes dont elle se souvenait avaient probablement trépassé et pas moyen de savoir ce qui était advenu de leur progéniture. Pourtant, il y avait bien…
Ginny se rappelait parfaitement de son amie Luna Lovegood. Comme la plupart des jeunes filles en tant de guerre, elle s'était mariée à son fiancé dès sa majorité et était rapidement tombée enceinte. Cela ne l'avait pas gênée car elle adorait les enfants. Bref, Ginny se souvint qu'elle avait accouché juste avant la bataille finale, où elle avait d'ailleurs péri. Mais elle était sûre que le père de l'enfant, qui n'avait pas d'engagement politique, était en vie. Il lui semblait l'avoir aperçu juste après le combat. Il avait du prendre sa petite fille en charge.
Le problème, c'était que Ginny n'arrivait pas à se souvenir de son nom. Elle concentra toutes ses pensées sur l'homme. C'était un gars affable, le visage d'une mollesse sympathique. Il était journaliste. Luna et lui s'étaient sans doute rencontrés au cours d'une quelconque conférence sur les Ronflaks Cornus. Mais son nom… c'était une autre affaire. Voyons… Wuz… non, Qui… Pourquoi ce nom était-il si alambiqué ?
Sitôt la question posée, sa réponse lui traversa instantanément l'esprit. Le mari de Luna était étranger. Il parlait pratiquement sans accent alors on ne s'en apercevait pas immédiatement mais son nom si étrange et impossible à retenir pour des anglais le trahissait ! Ginny se souvenait maintenant que quelqu'un lui avait mentionné son origine : il venait d'Europe du Nord, de Finlande plus précisément.
Ce qui était sûr, c'était que tous les sorciers disposant d'un pied à terre à l'étranger avaient fui l'Angleterre. En tant que veuf d'une opposante à Voldemort, l'époux de son amie avait dû repartir le plus vite possible dans son pays d'origine. C'était donc en Finlande qu'elle devait aller.
Quitter l'Angleterre fut très ardu, vu le peu de pays libres qui restaient en Europe. Les idées de Voldemort avaient contaminées l'Europe, où régnait désormais la « Dictature des Sang-Purs ». Mais Ginny n'eut pas à passer par la terre car elle réussit à s'infiltrer dans un bateau en partance pour Oslo. Elle rejoint ensuite la frontière finlandaise à grande peine. Les loups-garous, qui venaient de s'approprier l'Europe du Nord en plus de la Russie, faisaient des ravages. Mais le désordre était telle qu'on ne la remarqua pas.
Une fois en terre finlandaise, il lui fallut retrouver celui qu'elle cherchait. Difficile vu qu'elle n'arrivait pas à se souvenir de son nom. Alors elle se renseigna sur les anciens journaux (sorciers bien sûr) de Finlande et finit par retrouver celui où il travaillait, une sorte de Chicaneur national. Elle interrogea les anciens collègues du mari de Luna qui lui indiquèrent son nom et même l'endroit d'où il venait, une région rurale, qui était sans doute aussi l'endroit qu'il avait rejoint.
En effet, une fois sur place, on lui apprit que le monsieur qu'elle cherchait s'était installé avec sa petite fille sur le domaine qu'ils avaient hérités de ses vieux parents pour exercer le métier d'agriculteur, un très bon métier sur les terres des loup-garous. Il avait bien de la chance de posséder la terre !
Ginny était anxieuse à l'idée de l'accueil qu'on lui ferait. Bien sûr, elle avait été très proche de Luna, mais d'elle seule. Elle avait à peine croisé son mari, le temps de s'échanger les politesses en règle. Quant à la fille de Luna, qui s'appelait, elle le croyait, Lucy, elle était née trop peu de temps avant la bataille finale pour que Ginny aie plus qu'un souvenir flou d'elle.
Pourtant, Mr Bec… Mr Suys… enfin le mari de Luna la reconnut assez rapidement quand elle vint frapper à sa porte. Il avait la mémoire des visages, et personne n'avait les cheveux aussi rouges que Ginny. Mais la gêne revint quand il lui demanda pourquoi il venait la voir.
Elle commença par tourner autour du pot :
« Voulez vous à tout prix que Voldemort soit vaincu ? »
« Quelle question ! Vous êtes l'une des premières à savoir qu'il m'a pris ma femme… »
« Oui, bien sûr… Mais, votre fille… est-ce que je peux la voir ? »
Son interlocuteur sembla assez déconcerté de ce brusque changement de sujet. Cependant, il m'emmena dans la chambre de la petite. C'était un bébé d'environ un an, en pleine santé, aux cheveux blonds et emmêlés.
Ginny s'en voulait de mêler cette petite fille et son père, si gentils, si… normaux à tout cela. Mais seule Lucy convenait au rôle qu'elle lui destinait, ou du moins, c'était à Lucy qu'elle avait tout de suite pensé.
Cela lui rappelait affreusement la prophétie dont Harry était l'élu. L'enfant de cette prophétie devait naître en juillet de parents qui auraient défiés Voldemort par trois fois. Il y avait deux personnes qui correspondaient, et c'était Voldemort qui avait choisi Harry. Maintenant, il fallait un enfant d'un certain âge qui aie un adulte responsable pour l'élever pour être le « sélecteur », et c'était elle qui avait suivi la piste de Lucy. C'était une lourde responsabilité, qu'incomber à cette si petite fille une tâche future si lourde et importante.
« J'ai eu une vision. », murmura t-elle.
« Quoi ? », demanda le père de Lucy.
« J'ai eu une vision. Luna vous a parlé de mon pouvoir ? »
« Oui, elle m'en a touché mot. Qu'avez vous vu ? »
« J'ai vu qu'il y aurait des gens qui s'opposeraient de nouveau à Voldemort, des gens de la génération de votre fille. Il n'y aura pas un seul Elu face au Seigneur des Ténèbres cette fois, mais plusieurs. »
« C'est une bonne nouvelle… n'est-ce pas ? »
« Oui… pour nous tous. Mais, je sais ce que ressent un parent, et c'est pourquoi j'ai peur de vous annoncer que vous serez sans doute plus particulièrement impliqué. Enfin, Lucy surtout. »
« Quoi… Lucy… qu'est-ce qu'elle a à faire là-dedans ? »
« Il va y avoir un « sélecteur ». Une personne qui rassemblera les membres de Ceux-qui-doivent-ramper, le groupe qui doit affronter Voldemort. Ce « sélecteur » est votre fille. »
« Lucy n'a rien de particulier… Vous êtes sûre de ne pas faire erreur ? »
« Oui. », coupa Ginny.
Elle avait honte de mentir à cet homme en lui faisant croire que le Destin lui avait désigné sa fille alors que c'était elle qui avait tout décidé. Mais il n'y avait pas d'autre réponse possible. Ginny n'avait pas menti en disant qu'elle savait ce que ressentait un parent. Si elle lui laissait entendre qu'il y avait un autre choix que sa fille, il refuserait qu'elle assume cette charge. C'était évident.
« Ne vous inquiétez pas. Le pouvoir dont elle a besoin, je vais le lui transmettre. »
Son ton était assuré mais elle n'avait pas la moindre idée de comment faire et de même si elle était capable de transmettre un quelconque pouvoir.
Le père de Lucy regardait sans cesse son enfant endormi comme si elle allait s'envoler. Mais Ginny fut si catégorique, cacha si bien son trouble qu'elle le convint que sa fille était une élue et que Ginny, guidée par le Destin, était venue lui transmettre un fantastique pouvoir. Elle lui donna enfin toutes les autres informations dont elle était au courant et qui seraient utiles à Lucy.
« Je vous laisse… faire ce que vous avez à faire. »
Alors, elle se pencha sur le berceau de Lucy.
Aussitôt, lui revint en mémoire un passage de la Belle au Bois Dormant où les trois marraines donnent leur bénédiction à la princesse Aurore et lui confèrent une qualité. Peut-être pouvait-elle faire de même. De quoi avait besoin Lucy pour accomplir ce qui était désormais sa mission ? Ginny réfléchit puis dit, une main sur le front de l'enfant :
« Tu toucheras leur corps mais tu verras leur cœur. Leur nature profonde, leur souhaits véritables, tu le sauras. Tu différencieras le traître de celui dont les intentions sont vraies. Ce pouvoir je te le donne pour que tu rassembles Ceux-qui-doivent-ramper. Pour que tu nous sauves tous, je donne ma vie et te bénis. »
C'était bien plus que de simple paroles. C'était une Bénédiction.
Une véritable Bénédiction change le destin d'une personne à jamais. Une chaman ne peut modifier un destin comme ça, et continuer après son chemin. Il faut qu'elle donne quelque chose en échange, une chose vraiment précieuse, dont la perte modifiera son propre destin.
Ginny avait tout perdu, sauf la vie. Pour donner à cette fille le formidable pouvoir de lire dans les âmes, elle l'abandonnait à son tour.
Alors que son énergie vitale sortait de son corps et que le pouvoir affluait dans celui de la fillette, Ginny eut une dernière vision, qui n'était pas un rêve. Elle vit une cité volante aux parois étincelantes, qui n'était pas le fruit de la magie, ni celui de la technologie, mais des deux et qui dépassait en grâce et en beauté toutes les cités humaines du monde. Elle vit un monde où les hommes, sorciers et Moldus, se comprenaient un peu plus et apprenaient lentement à vivre ensemble.
Cette vision était sa récompense. Elle lui montrait que le bien, même temporairement vaincu, était supérieur au mal triomphant. Qu'elle se réalise finalement ou pas, elle avait contribué à son accomplissement.
Elle sut qu'elle avait fait le bon choix.
Et elle mourut.
Le chapitre suivant sera intitulé Lucy au pays des loup-garouset publié le 3 mars (c'est-à-dire dans deux semaines). Vous pouvez retrouver "Learn to crawl" sur le blog learntocrawl (adresse dans mon profil).
