Attention, lecteur, il faut d'abord lire les trois premières parties, sinon tu vas être perdu !

L'épilogue de la partie 3 a été mis en ligne, n'oublie pas de le lire :)


Mars

Lundi matin

Il n'est pas encore dix heures, mais les Trois Juges, Sarpédon et Albafica sont levés depuis longtemps. Saga vient d'arriver à la Villa et tous sont réunis autour d'un café. Le Grand Pope accepte le croissant proposé par l'ex Chevalier des Poissons et jette un discret coup d'œil en direction de Sarpédon. Dès son arrivée, Saga a remarqué immédiatement le changement de comportement du rouquin, il ne reconnaît pas le garçon rencontré peu de temps auparavant. Il n'affiche plus cette attitude effrayée et inquiète, à chercher le soutien du grand frère. A présent, il semble se suffire clairement à lui-même et son imposant Cosmos a l'air d'être mieux maitrisé.

Albafica ne m'a pas tout dit, j'en suis sûr. Ils n'ont peut-être rien trouvé dans les archives du Palais, mais il s'est clairement passé quelque chose.

Sarpédon enroule ses mains autour du mug chaud et regarde franchement le Grand Pope d'Athéna dans les yeux :

- Je pense pouvoir expliquer pourquoi Poséidon est entré en scène.

Tout aussi intéressé que Saga, les autres attendent également l'information gardée précieusement par le rouquin. Ce dernier continue :

- En réalité, Poséidon n'est pas pleinement éveillé. J'avoue avoir interféré dans son éveil et j'ajoute que quelqu'un a clairement conscience de la situation et en profite pour le manipuler.

Le Grand Pope fronce les sourcils et pose à haute voix la question que tous ont en tête :

- Manipulé ? Par qui ?

Les yeux de verts de Sarpédon ne quittent pas un instant ceux de son interlocuteur :

- Kanon.

Si le nom ne dit absolument rien aux Trois Juges, il laisse Saga stupéfait et Albafica tout aussi étonné.

- Mais Kanon est mort ! s'exclame ce dernier en manquant de renverser son café de surprise. Il a été enfermé au Cap Sounion, personne n'en revient vivant !

Le Grand Pope reste muet d'étonnement, les doigts presque tremblants autour de son croissant. Il n'ose pas croire ce qu'il vient d'entendre. Son jumeau, en vie ? Cette nouvelle l'empli d'espoir tout en l'inquiétant en même temps. Son frère peut nourrir des envies de vengeance… mais le savoir vivant est tout ce qu'il espérait. Ils pourront se retrouver, parler, il s'excusera et ils se réconcilieront pour repartir sur des bonnes bases, des bases plus saines…

Par Athéna, c'est si inespéré…

Encore sous le choc, Saga tourne la tête vers Albafica :

- C'est vrai, mais… Je suis retourné au Cap Sounion et je n'ai trouvé aucune trace de lui. J'ai pensé que la Prison avait fait le ménage pour ne laisser aucun reste, mais j'avoue avoir aussi espéré qu'il avait pu s'en sortir…

Son ancien compagnon d'armes lui adresse un sourire et s'adresse ensuite aux Trois Juges :

- Pour vous aider à situer, Kanon est le frère jumeau de Saga.

Attentif, Rhadamanthe hoche la tête :

- Un Jumeau né sous la Constellation des Gémeaux…

- C'est toujours le bordel, avec eux, commente Aiacos en remplissant bruyamment son bol de céréales.

La remarque agace le Grand Pope qui s'abstient cependant de la relever. A la place, il reporte son attention sur Sarpédon dans l'attente de la suite. Celui-ci ne détourne pas son regard du sien :

- Je dois avouer avoir un lien plus ou moins indirect avec le comportement de ton frère. Lorsque le poste de Grand Pope t'a été refusé, Kanon était en colère et déçu. Ces sentiments, il les a réellement ressentis, mais j'ai attisé ses mauvaises pensées jusqu'à ce qu'il pète un câble et qu'il attente à la vie du vieux Sage.

L'aveu laisse Albafica stupéfait. Apprendre que le frère du Minos est responsable de la condamnation de Kanon n'est pas facile à entendre pour lui. Il tourne les yeux vers son Supérieur, inquiet quant à sa réaction. Le Grand Pope a serré un poing sous la table et sa mâchoire est crispée, néanmoins il reste maître de lui-même :

- Continue.

- Ma culpabilité peut être allégée par le fait que Kanon a survécu. Il a trouvé une faille dans la Prison du Cap Sounion.

- Un instant, j'aimerai comprendre un détail, intervient Rhadamanthe en fronçant les sourcils.

Minos réprime un bâillement d'ennui en se demandant où cette conversation va bien pouvoir les mener. De son côté, Aiacos semble avoir totalement décroché.

Le Spectre du Wyvern reprend la parole :

- Si je comprends bien votre politique, vous jetez et condamnez les traîtres à la noyade au Cap Sounion. Mais, arrêtez-moi si je me trompe, il me semble pourtant que ce lieu appartient à l'Empereur Poséidon et non à Athéna…

Saga boit une gorgée de café, avant de répondre :

- C'est le cas. Le territoire appartient au Dieu des Mers, mais notre Déesse se l'aie approprié après l'avoir vaincu.

- Manque pas de culot, celle-là… marmonne le Spectre du Griffon.

Préférant l'ignorer, Albafica saisit la cafetière encore à moitié pleine et remplit son mug :

- Un territoire de Poséidon ?

Sarpédon acquiesce en adressant un léger sourire au jeune homme :

- Oui, tu as bien noté le détail. Kanon a décelé une faille dans sa prison et cette faille dissimulait une pièce où était enfermé le Divin Trident de Poséidon. Il a touché cette Arme qui l'a transposée au Temple du Seigneur des Mers où il a trouvé l'Amphore dans laquelle reposait la Divinité.

- Il a tiré l'Empereur Poséidon du sommeil, devine Rhadamanthe.

Le rouquin acquiesce :

- Oui, et il a menti à ce moment-là en lui disant qu'Athéna et ses Chevaliers comptent annihiler son Armée de Marinas.

- L'idiot… laisse échapper Saga dans un murmure en baissant le regard vers sa boisson en train de refroidir.

- Poséidon a donc choisir de revenir et de s'incarner dans un hôte humain.

- Un hôte ? Pourquoi ne pas revenir directement avec un corps divin ? demande Albafica tandis que Minos lui chipe son mug plein.

- C'est un effort qui lui aurait demandé trop d'énergie et plus de temps. Il ne voulait pas perdre ce temps alors que la situation paraissait assez urgente, répond Sarpédon sans hésiter.

Vaguement intéressé par ce qu'il entend, Aiacos lève les yeux de sa boîte de céréales :

- Comment il s'est incarné ? Maître Hadès et Athéna s'incarnent dans des bébés, mais d'après ce que dit Sarpédon, on dirait que le cas est différent, là.

Le Griffon avale quelques gorgées avant de rendre la tasse à Albafica qui termine la boisson. Saga les observe du coin de l'œil, constatant que le Chevalier des Poissons semble étrangement parfaitement à son aise dans cette étrange famille. Il semble même plus heureux et épanoui que lorsqu'il travaillait avec les Chevaliers.

La vie est pleine de surprises.

Il est distrait de ses pensées par les explications de Sarpédon, interloqué par cet étrange garçon qui possède de phénoménales connaissances.

- Il y a une famille dévouée à Poséidon, depuis des Générations, la famille Solo. Le Dieu, quand il s'incarne sur Terre, passe par cette famille qui donne toujours naissance à un héritier mâle prêt à le recevoir à n'importe quel moment de sa vie. Cependant, quand le Dieu prend pleinement possession de son hôte, ce dernier disparait en laissant sa place et ses souvenirs. Il arrive également que l'enveloppe charnelle finisse également par s'effacer au profit du vrai corps Divin. Il ne reste alors plus rien du mortel.

- Fascinant… ne peut s'empêcher de commenter Aiacos.

Albafica a écouté les informations avec une grande attention et réfléchit à tout ce qu'il entend depuis quelques minutes. Il suit du doigt le rebord en porcelaine de sa tasse.

- Mais, si j'ai bien suivi, Poséidon était enfermé depuis plusieurs siècles. Son Armée est tout de même restée active ?

C'est Rhadamanthe qui prend la peine de lui répondre :

- Oui, les Marinas ont préféré rester prudents. Leur Maître reviendrait forcément un jour. A chaque génération, ils se sont transmis les Armures Scales et les techniques de Cosmos, en attendant son retour.

- Tu es bien placé pour savoir que les Chevaliers d'Athéna font la même chose entre deux Guerres Saintes, histoire d'être aptes au combat quand Athéna et Hadès s'incarnent, achève Minos en se laissant aller contre le dossier de sa chaise et en croisant les doigts sur sa nuque.

Le beau jeune homme opine du chef en se sentant idiot d'avoir posé la question.

Sarpédon tourne brièvement la tête vers la fenêtre et observe d'un air absent l'inlassable pluie frappant les vitres :

- Toujours est-il, poursuit le rouquin, que le bobard a fonctionné dans la mesure où Poséidon a vu l'occasion inespérée de se venger d'Athéna. Quant à Kanon, il a donc vite réalisé que le Dieu n'était pas totalement éveillé, puisque j'ai volontairement interféré, par crainte de voir mes projets de l'époque interrompus… et j'avoue que je m'amusais à imaginer une confrontation entre les deux Gémeaux-Jumeaux.

Une lueur de colère flamboie dans les yeux de Saga. Rhadamanthe se racle la gorge :

- Ce Kanon a donc sauté sur l'occasion. Quel est exactement son rôle auprès de l'Empereur des Mers ?

- Il est quasiment son confident et clairement son Conseiller. Poséidon l'a nommé Premier Général, il a donc également le contrôle de l'Armée de Marinas et possède la Scale du Dragon des Mers.

- Il a dû être ravi d'avoir sa propre Armure, marmonne le Grand Pope. Et je parie qu'il a dû s'ancrer dans son mensonge pour ne pas avoir d'ennuis. L'enlèvement d'Athéna est certainement son idée et il a dû orchestrer l'opération !

Il soupire en se massant les tempes d'un air fatigué en continuant :

- Kanon en profite pour se venger de l'enfermement qu'il a subi durant toutes ces années. Il se fiche d'Athéna, c'est moi qu'il vise.

Tout en lui lançant un regard compatissant, Albafica hoche la tête, songeur :

- Maintenant, nous savons comment Poséidon savait où trouver notre Quartier Général.

- Au final, Poséidon est un pantin et notre ennemi c'est ce Kanon, remarque Aiacos.

Cette idée est loin de rassurer Saga qui commence à craindre la suite des évènements. Même si son petit frère se comporte comme un abruti actuellement, il a la chance d'apprendre sa survie et, malgré tout, cette nouvelle le réjouit.

Mais comment ça va se passer quand Poséidon découvrira qu'on lui a menti… ? Vais-je retrouver mon petit frère pour le perdre aussitôt… ?

Tandis que le Grand Pope est plongé dans ses pensées, Minos tourne les yeux vers Sarpédon :

- Eh, le Lutin… Comment tu sais tout ça… ?

Le rouquin hausse les épaules :

- Je le sais, c'est tout.

Cette réponse évasive arrache un froncement de sourcils au Griffon. Il n'aime pas trop cette impression, mais il a la sensation que son petit frère en sait beaucoup beaucoup beaucoup beaucoup plus et qu'il dissimule plus ou moins volontairement des informations de la plus haute importance.

Si ça se trouve, il sait en réalité comment se rendre au Royaume Sous-Marin et il ne nous dit rien.

Du coin de l'œil, Minos voit Aiacos sortir sa main du paquet de céréales en brandissant triomphalement une babiole en plastique et Rhadamanthe qui secoue doucement la tête d'un air blasé.

Non, je ne dois pas juger Sarpédon ainsi parce qu'il se la joue Monsieur le Mystérieux…. Je ne dois pas le soupçonner à la moindre occasion pour tout et rien. Ce qui est surtout pénible avec lui, c'est que nous n'avons aucune idée de ses capacités précises, de ses limites et de l'étendue exacte de ses connaissances.

Constatant que plus personne ne boit et mange, Rhadamanthe se lève et commence à débarrasser la table :

- Quoi qu'il en soit, le problème de base est toujours là, il nous faut trouver l'entrée du Sanctuaire Sous-Marin afin de parlementer avec ce Kanon, ou carrément avec l'Empereur Poséidon. Je vais aller au Manoir dès aujourd'hui pour commencer les recherches là-bas.

Albafica quitte également sa chaise pour l'aider, pendant que Saga a l'impression d'avoir vieilli prématurément. A l'inquiétude ressentie pour la Déesse Athéna s'ajoute à présent celle pour la survie de Kanon… Affichant un sourire poli sur ses lèvres, il adresse à nouveau la parole à Sarpédon :

- Je te remercie pour ces informations. Tenez-moi au courant si vous avez du nouveau.

En quelques minutes, le Grand Pope prend congé de cette famille peu commune.

De retour dans sa suite au treizième étage, il plaque son front contre la vitre glacée de la porte-fenêtre donnant sur le balcon. Il n'est pas mécontent de retrouver son domaine, ici il peut être lui-même sans avoir besoin d'afficher un air faussement poli devant les autres.

Ce Sarpédon… !

Saga serre rageusement les poings.

Mon frère a été condamné par sa faute ! Et il est maintenant en mauvaise posture par sa faute encore ! Finalement, si on réfléchit bien, Athéna est prisonnière à cause de cet enfoiré ! Et il a le sang de beaucoup de Chevaliers sur les mains, de Spectres également.

Agacé, il abaisse rageusement la poignée et sort à l'extérieur. En quelques secondes à peine, le Grand Pope est trempé jusqu'aux os. Il reste cependant immobile en regardant l'eau qui tente de s'infiltrer dans ses chaussures.

Cependant…. Je dois reconnaître que sans tout son bordel, les Chevaliers d'Athéna et les Spectres d'Hadès n'auraient jamais conclu de trêve. Nous serions peut-être déjà tous morts sans cette paix.

Un long soupir lui échappe.

Rien n'est tout noir ou tout blanc et il est difficile parfois de prendre les bonnes décisions au bon moment. Ce Sarpédon a commis des erreurs, mais peut-être en regrette-t-il certaines… ? Je ne peux pas me battre contre lui, ni m'amuser à lui déclarer une guerre que je sais perdu d'avance.

Saga ferme les yeux en se mordant les lèvres.

Calme-toi, tu es le Chef des Chevaliers. Tu dois agir en fonction de ce qui est bon pour les tiens, et non par égoïsme ou pour te soulager toi-même. Les agissements de Sarpédon remontent maintenant à plusieurs mois en arrière et la trêve se passe extrêmement bien. Les Spectres sont même nos alliés maintenant et viennent en aide aux humains, c'est exceptionnel ! Il faut préserver cette entente à tout prix, elle est bénéfique pour tout le monde.

Le Grand Pope rouvre les paupières et lève le menton, présentant son visage à l'averse, les yeux mi-clos et le regard fixé sur le ciel terne et gris. La pluie plaque ses cheveux contre sa peau et ruisselle dans sa nuque. Ses pensées se tournent à présent vers son jumeau.

Kanon…

C'est facile d'accuser Sarpédon d'être plus ou moins responsable de l'enlèvement d'Athéna, mais je suis également fautif. Peut-être que si j'avais eu le courage de faire officiellement connaître sa présence, si je m'étais rebellé contre les règles au lieu de le dissimuler…

Ses yeux s'humidifient.

Rien ne sert de refaire le passé…

Il se mord les lèvres tandis que ses larmes se mêlent à la pluie. Lui-même ne sait pas exactement pourquoi il pleure… à cause de l'enlèvement d'Athéna qu'il n'a pas su éviter ? De Sarpédon qui avoue sa culpabilité et de savoir qu'il ne peut rien contre lui ? Ou est-ce d'apprendre que son jumeau est en vie mais est en train de jouer à un jeu trop dangereux où il risque d'être exécuté ? Il y a également tous les Chevaliers qui comptent sur lui et sur ses instructions pour sauver tous ces mortels de la colère de Poséidon et de Kanon…

Son cœur se serre douloureusement. Saga connaît bien son frère et ce dernier ne lui pardonnera pas l'épisode du Cap Sounion. A cet instant, il a presque la sensation de sentir la haine vengeresse de son jumeau à son encontre.

- Que de tourments logés dans ton cœur, murmure une voix douce dans son dos.

Le Grand Pope tressaille et s'empresse de s'essuyer les yeux, bien que conscient de l'inutilité du geste au milieu de l'averse, avant de se retourner :

- Asmita…

Voyant que le Chevalier de la Vierge s'apprête à franchir le seuil de la porte-fenêtre pour le rejoindre sous la pluie, Saga se dépêche de rentrer à l'abri, ne souhaitant pas le voir se mouiller inutilement :

- Je te croyais à ton Centre…

Le Chevalier Aveugle lui sourit gentiment et attrape une serviette éponge préalablement posée sur le dossier d'une chaise. Il la donne à Saga :

- Avec ce mauvais temps, mes patients restent chez eux pour la plupart et Shaka suffit amplement pour s'occuper de ceux qui restent. Pour le moment, tu as davantage besoin de moi qu'eux.

Machinalement, le Grand Pope s'essuie le visage tout en se dirigeant vers son armoire :

- Tu n'avais pas besoin de te déranger, marmonne-t-il en appréciant la douceur de la serviette.

Un peu étonné, il regarde le tissu et le hume discrètement.

Odeur d'encens et elle n'est pas à moi. Il est venu en sachant que je serai dehors…

- Qu'est-ce qui te tracasse ? demande Asmita en frôlant délicatement le rebord de la commode.

Saga soupire et se déshabille. Laissant ses vêtements mouillés par terre, il s'essuie rapidement :

- Je me demande si j'ai les épaules pour être votre Chef…

Au hasard, sa main se referme sur un pantalon sec qu'il enfile. Un léger sourire flotte sur les lèvres de son compagnon d'armes :

- Un bon Grand Pope se remet en question et a autant à apprendre des autres, que les autres de lui.

Renonçant à enfiler une chemise, il ramasse le linge trempé et gagne sa salle de bain pour le faire sécher sur le rebord de la baignoire. Asmita le suit comme une ombre :

- Mais ce doute n'est pas le sujet principal de tes tourments. Tu es parti sur l'Ile tantôt et tu es revenu bouleversé.

Saga ouvre la bouche dans l'idée de lui demander de prendre congé, que ça ne le concerne pas et qu'il doit gérer seul ses soucis… mais les mots restent bloqués dans sa gorge. Ses yeux observent le visage serein de son ami, les mèches d'un blond d'or caressant son front, ses joues et son dos, les demi-lunes des cils noirs, ses paupières closes… Presque malgré lui, Saga craque et dévoile toutes ses pensées et ses doutes à Asmita, il lui parle de Sarpédon, de Kanon, de ses peurs et même d'Albafica qui semble si bien s'accoutumer aux Juges…

Sans l'interrompre, le Chevalier d'Or l'écoute tout en le ramenant dans la partie salon où il le fait assoir. Il retourne dans la chambre récupérer la serviette, avant de revenir près de lui. Saga achève ses confidences au moment où son camarade commence à lui essuyer les cheveux. Un certain poids vient de délaisser ses épaules, se confier lui a fait plus de bien que ce à quoi il s'attendait et les gestes doux d'Asmita parviennent à le réconforter.

- Tu n'as pas à te mêler de la voie choisie par Albafica et tu n'as pas à t'inquiéter pour lui. Le chemin qu'il a emprunté nous paraît surprenant, mais j'ai la conviction qu'il nous réserve d'autres surprises et qu'il est parfaitement à la place qui lui était destinée.

Le Grand Pope acquiesce machinalement. Le Chevalier Aveugle continue :

- Kanon a peut-être été manipulé lorsqu'il s'en est pris à toi et à Sage, mais il ne l'était plus lors de sa rencontre avec le Seigneur Poséidon. Personne ne l'a obligé à mentir et à maintenir cette version falsifiée des faits… S'il lui arrive quelque chose à cause de cette tromperie, tu ne devras pas te sentir coupable.

Asmita pose la serviette sur le dossier d'une chaise.

- Le cas de Sarpédon m'intrigue beaucoup plus… D'après tes informations et ce que je peux percevoir de son Energie, je peux te confirmer qu'il n'est pas commun. Chacun d'entre nous, Dieux compris, possède une Empreinte propre à sa Cosmo-Energie, un peu comme une odeur liée à une seule et unique personne.

Saga hoche à nouveau la tête, avant de se souvenir que son compagnon d'arme ne peut pas voir le mouvement :

- Et celle de Sarpédon ? Elle n'est pas comme nous ?

- Exactement. En simplifiant, je dirais que son Empreinte oscille entre trois ou quatre odeurs différentes… peut-être même davantage tant elles se mêlent sans interruption.

Fronçant les sourcils, le Grand Pope pose les coudes sur ses genoux, puis croise les mains sous son menton :

- Qu'est-ce que cela signifie, selon toi ?

Asmita prend place à côté de lui :

- Je n'en sais trop rien… Son Cosmos semble composé de plusieurs Energies différents, c'est très étrange et unique en son genre.

- Tu crois qu'on doit se méfier de lui ? Qu'il pourrait se retourner contre nous ?

Le Chevalier de la Vierge tarde temps à répondre que Saga commence à se demander si son ami ne s'est pas endormi sur place.

- Non… finit par déclarer Asmita à mi-voix. Je pense que nous n'avons rien à craindre de lui. Néanmoins…

Il se tait, hésitant. Intrigué, son camarade insiste :

- Néanmoins ?

Un pli soucieux vient barrer le front de l'Aveugle :

- Je ne suis sûr de rien, Saga… mais j'ai la sensation que rien n'arrive par hasard. Ton frère qui éveille le Dieu des Mers, la trêve, Sarpédon et son étrange Energie, Albafica qui se lie au Griffon… Tous ces évènements vont nous conduire quelque part, j'en suis persuadé. Mais j'ignore si ce qui nous attend au bout du chemin est positif ou négatif.

Un soupir las franchit les lèvres de Saga qui se laisser aller contre le dossier du canapé :

- Du moment qu'on arrive à s'en sortir sans trop de dégâts…

Il observe Asmita du coin de l'œil et finit par sourire légèrement :

- Merci d'être venu parler avec moi.

- Je t'en prie, répond le Chevalier en se levant pour partir.

Saga le retient par le bras :

- Si tu n'as rien d'urgent… reste encore un peu. Je… Je n'ai pas très envie de rester seul…

Sans se faire prier, l'Aveugle se rassoit et s'installe plus confortablement entre les coussins.

-… Merci… murmure le Grand Pope en fermant les yeux.

La présence de Kanon lui manque, il s'est tellement habitué à vivre avec quelqu'un depuis tout petit que la solitude dans ses quartiers l'angoisse quelque peu maintenant. Certes, la présence d'Asmita est très différente de celle de son jumeau, mais ce n'est pas grave. Le Chevalier de la Vierge dégage une Energie douce et réconfortante, c'est un ami cher et à l'écoute qui sait donner de bons conseils.

Apaisé et se sentant en total confiance en sa compagnie, Saga somnole sans prendre conscience que ses doigts ont lâché le bras d'Asmita pour mieux prendre sa main et que ce dernier ne tente aucunement de délier leurs doigts entremêlés.