La Voix de la Mer

Legolas Greenleaf, long under the trees
In joy thou hast lived. Beware of the Sea!
If thou hearest the cry of the gulls on the shore
Thy heart shall then rest in the forest no more!

J.R.R. Tolkien, « The Two Towers »

Prologue

- Alors, après avoir cherché Nimrodel en vain, Amroth vint aux Havres Gris...
La lumière de la lune filtrait à travers le fin voile des rideaux verts, ondulant légèrement sous le souffle du vent. Legolas voyait la silhouette de sa mère dans le cadre de la fenêtre, sa voix le berçant doucement, l'enveloppant d'un voile brumeux pareil à celui des rideaux, et l'emportant dans des pays lointains où il n'a jamais été. Il entendait le murmure des vagues et la plainte des mouettes, sentait la légère caresse du vent, voyait les couleurs chaudes du soleil couchant se refletant dans l'eau. Un grand bateau ce tenait là, pret a partir au large, vers les terres immortelles du royaume beni ou regne un seul roi pour l'éternité. Legolas ne l'a jamais vu, mais il l'imaginait très bien, assis sur son trône de pierre, un sceptre d'argent à la main et une couronne de feuilles sur la tête, sevère et majestueux, comme son père, lorsqu'il le voyait des fois, les jours des grandes cérémonies.

- Maman, est-ce qu'il a une reine, le roi de Dhor-Rodyn? Une aussi belle que toi? - demanda-t-il d'une voix un peu endormie.
Elle sourit. Il aimait tellement, quand elle lui souriait comme ca, tendrement, reveusement...
- Peut-etre. On ne le sait pas vraiment.
- Mais il devrait. Tous les rois doivent avoir une reine, c'est la loi. Et beaucoup d'enfants aussi, deux au moins.

- En tout cas, nous sommes en règle. - Laeriel embrassa son fils. - bonne nuit.

- Bonne nuit, maman…

- Puisse Lorien t'apporter de beaux rêves...

OoOoOoOoO

- Dame Laeriel, tout est prêt.
Dernier sourire, dernier baiser, dernieres paroles...
Elle était partie il y a des siècles. L'ombre laissa une plaie trop profonde dans son coeur, et elle ne pouvait rester. La mer l'appelait.

Legolas n'avait qu'à fermer les yeux pour la voir, à travers un filtre argenté de larmes, sur le quai, près d'un grand bâteau aux voiles blanches, comme celui de ses rêves, dans la lumière sanglante du soleil couchant. Il voulait tenter, encore et encore, lui dire, elle avait tort de les laisser, elle n'en avait pas le droit... Mais toutes ses paroles étaient vaines, a toutes ses questions, une seule reponse. « Tu comprendras... »
Elle était partie, et depuis ce jour tout la lui rappelait. Lorsque la nuit tombait, et dans le ciel apparaîssaient les brillante étoiles, il revoyait la flamme de la bougie se reflètant dans la profondeur de ses yaex. Le vent printannier lui caressant le visage, apportant avec soi le parfum frais fraîs des fleurs, lui rappelait le toucher doux de ses mains et dans le murmure du ruisseau il entendait l'echo lointain de son rire. Seul la forêt ne lui parlait pas d'elle. Pouquoi? Il ne le savait pas. Personne ne savait, pourquoi etait-elle si étrangère à sa reine.

« Tu comprendras… »

Il avait essayé de le comprendre.Tous les jours il venait sur une clairière où les rayons du soleil étincelant, comme des milliers de ses sourires jouaient avec les gouttes fraîches de la rosée du matin. Il restait la, pendant des heures, écoutant les recits de la forêt: elle lui parlait des Elfes, du roi, de lui-même, de sa soeur, et encore de milliers d'autres choses. Mais jamais rien de Laeriel des Havres, reine d'Eryn Galen.
Les années passaient, comme les feuilles tombant des arbres, et il revenait de plus en plus rarement sur cette clairière, écouter les voix de la nature. Mais les dernières paroles de sa mère résonnaient toujours dans son cœur.

« Tu comprendras… »