La belle des lanternes rouges

La belle des lanternes rouges

Auteur : laptite-guimauve

Disclaimer : J.K. Rowling possède tout sauf l'héroine de cette histoire

Genre : Aventure/romance

Rated : M pour les chapitres à venir, mais y a le temps !

Note de l'auteur : L'histoire se situe après le tome 6, mais comme le fin ne me plaisait pas (Dumby pourquoi !) j'ai fait un micmac très libre. Donc Dumbledore est vivant, Harry est toujours à Poudlard et mène la chasse aux horcruxes de front (oui en même temps que les cours, il est très fort). Rogue, toujours égal a lui-même est confronté dés le début à mon héroïne dans une scène que j'avais trop envie d'écrire pour le « fun ». Et c'est de la qu'est partie mon histoire (hé oui très étrange tous ça…). Ah oui, Sirius n'est pas mort, parce que moi je l'aime bien, Sirius. La vous vous dites « mais c'est quoi cette merde ! » et la je répond « mais enfin, c'est un beau foutoir que j'espère très marrant et agréable à lire, si si ! ».

Chapitre 1 :

-Je voudrais voir Kyoko Suméragi.

-Pas de problème, Chéri. Attends ton tour.

La gourgandine maquillée à outrance lui fit signe de s'asseoir au bar. Il lui lança un regard empli de dédain et s'y résigna. Il ne pouvait qu'attendre.

L'homme se issa sur un tabouret, tournant le dos à la salle, mais il se rendit vite compte que les miroirs installés derrière le bar lui renvoyaient un spectacle qui l'écoeurait.

Un hôtel de passe, voilà où Dumbledore l'avait envoyé. Jamais il n'aurait cru que, en lui disant qu'il devait ramener une de ses amies à Poudlard, que le vieux sorcier l'aurait catapulté dans un tel lieu. Catapulté, c'était le mot. Il se sentait totalement étranger et insensible (bien qu'il fut un homme normalement constitué) à ce genre d'endroit. Toute ses femmes peinturlurées et vêtues de robes plus que provocantes, voir même carrément indécentes, qui se pavanaient fièrement, elles lui donnaient toutes envie de vomir.

-Un whisky.

-Voilà, monsieur.

Il saisit son verre et le vida d'un trait. Cet endroit l'agaçait profondément. Un bouge parfait pour l'autre crétin de maraudeur, mais pas pour lui. Il avait bien d'autres choses à faire que de perdre son temps à regarder des pétasses satisfaire des vieux dégelasses.

-Un autre.

Le barman fit glisser le verre jusqu'à lui. Il semblait intrigué par son sombre client.

-C'est la première fois que vous venez, non ?

-Occupez vous de vos affaires !

-Holà ! Faut pas s'énerver.

Le malheureux parti ranger ses bouteilles sous son comptoir.

L'homme grogna. C'en était foutu pour son troisième whisky. Il en aurait pourtant eu encore bien besoin. Déjà, il s'imaginait amener à Dumbledore une vieille courtisane en robe rouge et maquillée à la truelle.

-Hé chéri !

Oh non. La gourgandine de tout à l'heure.

-Chéri Kyoko est là !

Il se tourna, soulagé d'écourter son séjour au bar. Ce qu'il découvrit lui coupa le souffle, mieux qu'un coup de poing dans le ventre.

Kyoko, ce n'était pas du tout une vieille habillée de manière provocante, non.

Elle, elle était jeune. Une toute jeune femme, dont la fraîcheur contrastait violement avec l'univers de sexe et d'alcool qui l'entourait. Sa peau était aussi blanche que ses cheveux étaient noirs, de longs cheveux noirs soyeux. Une frange retombait doucement sur ses yeux, lui donnant un air innoçant. Contrairement à la pétasse à côté d'elle, elle n'était pas maquillée, excepté ses lèvres rouges. Elle était vêtue d'un kimono blanc ceinturé de rouge, découvrant ces épaules et le haut de sa poitrine.

Il déglutit avec difficulté.

-Hé oui, chéri. C'est pas pour rien que l'on appelle Kyoko, la belle des lanternes rouges.

La jeune femme le regardait intensément, elle le jugeait, comme si elle lisait en lui ses intentions. Puis, elle lui sourit et lui attrapa doucement le bras.

-Veuillez me suivre, je vous prie.

La situation lui échappait. Voilà qu'une femme ravissante l'entraînait je ne sais où alors qu'il était envoyé en mission par Dumbledore, mais était-ce vraiment la personne qu'il devait ramener à Poudlard ?

Soudain elle s'arrêta et lui ouvrit une porte l'invitant à enter dans la pièce.

Il découvrit une immense salle d'eau digne de la salle de bain des préfets avec un immense bassin dans lequel au moins une dizaine de personne auraient pu tenir à l'aise. L'ambiance n'était pas sans rappeler les bains japonais.

Il n'eut pas le temps de réfléchir que déjà Kyoko enchaînait.

-Déshabillez-vous, Professeur Rogue.

-Je vous demande pardon.

-Déshabillez-vous, s'il vous plait.

-Il ne me plait pas, Mademoiselle. Et maintenant vous allez m'écoutez, je n'ai pas de temps à perdre…

-Cela aura l'air louche…

-Quoi ?

-Si l'on part tout de suite, ça aura l'air louche… Je ne suis pas libre comme l'air vous savez. Il est vrai que je peux partir, maintenant. Mais juste après avoir reçu un client inconnu de la maison, un départ soudain pourrait éveiller des soupçons et pas seulement ceux de mes camarades. Est-ce un exposé suffisant, Professeur ?

Vraiment, il détestait perdre de la sorte le contrôle de la situation, mais elle avait raison et puis de toute façon il avait quelque question à poser à cette jeune femme beaucoup trop perspicace.

-Vous êtes une miko, n'est ce pas ?

-Qu'est ce qui vous fait dire ça ?

Elle venait de dire cette phrase en lui souriant, presque moqueuse. Il tenta de garder son sang froid, de ne rien laisser transparaître, comme à son habitude.

-Je ne suis pas certain que le Professeur Dumbledore puisse s'intéresser à une vulgaire prostituée. Si vous n'étiez pas une prêtresse, je me demande bien comment vous auriez pu savoir qui j'étais et ce que je voulais ?

-Exacte. Puisse que vous êtes occulmen et que, comme je le suppose vous fermez toujours vôtre esprit dans ce genre de bouge, je n'aurai certes pas pu lire vos pensées…

C'était une véritable joute verbale et la règle était de ne pas dire un mot plus haut que l'autre, à mi chemin entre l'ironie polie pour l'un et l'exaspération profonde pour l'autre.

On frappa à la porte.

-Kyoko, chérie. Je t'apporte des serviettes.

Le sang de Rogue ne fit qu'un tour. Encore cette foutue gourgandine. Il grimaça.

La dite gourgandine le regardait d'un air très soupçonneux.

-Kyoko chéri, dis le moi si ton client est bizarre.

-Ne t'en fait pas.

La jeune femme lui prit les serviettes des mains et referma la porte. Elle en tendit une au Professeur Rogue et d'un geste gracieux de la main, elle lui montra un paravent.

-Déshabillez vous, Professeur. Vous allez attirer les soupçons et je suis sûre que c'est la dernière chose que vous voulez, surtout ici.

Kyoko se dirigea vers un petit placard. Elle s'afféra à sélectionner différentes bouteilles de lotions et de crèmes. Mais le professeur ne bougea pas. Il la regardait, sa serviette dans les mains, immobile.

-Je suis une miko, professeur, alors n'ayez crainte. Je ne vous ferez rien que la morale ne réprouve. Le pouvoir des mikos repose sur leur pureté. Alors, prêtez vous au jeu… Sauf, si vous préférez que mon patron débarque pour faire un scandale. Mais ça, c'est à vous de voir…

Il la fusilla du regard, mais il savait qu'elle avait raison. S'il ne jouait son rôle du client pervers, la mission risquait d'être compromise. Fulminant, il se dirigea vers le paravent et s'exécuta.

-Vous pouvez garder la serviette dans l'eau si vous voulez…

-Trop aimable, dit-il d'un ton cassant.

Il se précipita vers le bassin et s'y glissa. Dans un petit rire amusé, Kyoko s'assit sur le bord juste derrière lui. Son regard se porta sur l'avant bras de l'homme. Le tatouage, représentant un serpent entremêlé dans une tête de mort, était plus noir que jamais.

-Alors, voici donc la fameuse marque des ténèbres… Intéressant…

-Je vous déconseille de plaisanter à se sujet, répliqua-t-il d'un ton hargneux…Arg mais que…

Un torrent d'eau chaude se déversa sur sa tête. Kyoko envoya valdinguer son seau au loin. Le bruit sourd du métal sur le carrelage résonna dans toute la pièce.

Rogue se retourna violement.

-Mais vous êtes folle !

-Et vous, vous avez un foutu caractère ! Arrêtez de râler ! Vous n'avez pas de temps à perdre ? Bien ! Moi non plus ! Mais je vais enfin être libre ce soir, alors je ne vais pas laisser un professeur aigri réduire à néant ma liberté ! Retournez-vous !

Tout penaud, il obéit. Il avait maté des tas d'élève mais là, il devait bien admettre qu'il était tombé sur plus fort que lui. Il enrageait !

Il sentit un liquide froid lui couler le long de la nuque et des doigts agiles s'afférer sur son cuir chevelu.

-Je peux savoir ce que vous faites, dit-il avec la froideur d'un iceberg ?

-Un shampoing ! Quelle question !

-Je n'ai pas besoin de shampoing, merci.

-Ben voyons…

Rogue tentait de garder le contrôle de lui-même, mais Kyoko l'agaçait. Elle l'agaçait autant qu'il la trouvait jolie.

-Je n'aime pas vôtre ton, mademoiselle.

-Moi non plus, Professeur. Et comme je ne suis pas une de vos élèves, vous ne pouvez pas me donner une retenue. Quel dommage !

Cette fois si il n'y teint plus. Il s'apprêtait à se retourner pour répliquer mais le massage qu'effectuait la jeune femme sur ses tempes l'en dissuada. Ses doigts traçaient de petits cercles apaisants et d'une efficacité rare pour réussir à le calmer. Il oublia tous ses soucis. Rancunes, missions pour Dumbledore, son travail de prof, tout. Il ferma les yeux et pendant quelques minutes, et depuis bien longtemps, il ne pensa à rien, strictement à rien. L'eau chaude glissant sur sa tête le ramena peu à peu à la réalité.

-Voilà, c'est finit. Ce n'était pas bien méchant, vous voyez.

Pour toute réponse, il grommela. Il se sentait honteux de s'être laissé aller de la sorte et d'avoir ainsi baissé sa garde. Mais il dû admettre que cette fille avait quelque chose de particulier, ou qu'elle avait un effet particulier sur lui, c'est selon.

-Vous pouvez vous rhabiller. Et je pense qu'une petite discussion s'imposera sur un pourquoi, plus approfondi, de votre présence ici.

Rapide comme l'éclair il se sécha, se rhabilla et réapparu de derrière le paravent.

Kyoko l'invita à la rejoindre près d'une petite table où elle servait le thé d'une manière typiquement japonaise. D'un nouveau geste gracieux de la main, elle lui désigna une place où s'asseoir, tout près d'elle. C'est en affichant son habituelle expression impassible qu'il posa la question qui lui brûlait les lèvres.

-Qui êtes vous donc ?

-Kyoko Suméragi. Je suis japonaise. Dans mon pays, les gens comme moi sont appelées miko, c'est-à-dire des prêtresses qui lisent l'avenir, chassent des démons, protègent des objets et moult fonctions que je ne connais pas moi-même.

-Seules les femmes sont des mikos.

-Oui.

Il y eut un bref silence. Kyoko en profita pour boire une gorgée de thé. Rogue l'observait d'un regard mauvais et pénétrant.

-Ne vous fatiguez pas, Professeur, l'oculmencie ne fonctionne pas sur les mikos. Mais, venons en aux faits… Je sais qui vous êtes et que c'est le Professeur Dumbledore qui vous envoie. Cependant j'avoue ignorer pourquoi…

-Dumbledore m'envoie vous chercher.

-Je m'en doutais un peu, voyez vous. Le Professeur ne vous aurez pas envoyez ici si non. Pourquoi a-t-il besoin de mes services ?

-Il faudra le lui demander vous-même, miss Suméragi.

Sa voix était glacée et remplie d'un profond mépris. Elle décida d'ignorer cette remarque. Changeant complètement de sujet, la jeune femme passa la main dans les cheveux noirs, encore humides. Surpris par son geste, il n'eut pas le temps d'esquiver.

-C'est quand même autre chose… Avec des cheveux bien propres, vous semblez déjà un peu plus…moins aigris, disons… Vous devriez arrêter d'utiliser de la gomina, ça ne vous réussit pas du tout d'avoir les cheveux aussi brillant...

Elle venait de dire cette phrase sur un ton tellement innocent, malicieux que n'importe qui aurait vu son cœur fondre. N'importe qui sauf le Professeur Severus Rogue. Il repoussa violement la main de Kyoko et la toisa de toute sa hauteur. Il jetant un regard plein d'aversion, presque du dégoût. Comment si le naturel aimable et joyeux de la jeune femme lui donnait envie de vomir. Elle se redressa et le regarda dans ces yeux noirs.

-Vous êtes un client bien difficile, dit-elle avec calme.

-Taisez-vous, siffla-t-il.

-Pourquoi tant d'aversion et d'aigreur ? Pour un malheureux shampoing ? Allons bon ! C'était pour vous détendre et vous décoincer un peu, vous êtes une vraie boule de nerfs ! C'est peut être pour ça que Dumbledore vous a envoyez ici plutôt qu'un autre, pour que vous appreniez à vous détendre un peu !

Rogue ne silla pas. Kyoko soupira.

-Hé dire qu'en quatre ans je n'ai jamais déçu un seul client. Il faut que ce soit mon dernier client qui ne soit pas satisfait.

-Je n'ai jamais demandé à être satisfait par une geisha prostituée.

Kyoko parut offensée.

-Pour répondre à cela, Professeur, je dirait que, oui, je me considère comme telle. Mais jamais au grand jamais, les geishas n'ont été des prostituées ! Les geishas ne couchent pas, vous entendez ! Je ne suis pas une poule de luxe !

Elle saisit Rogue par l'épaule et le mit à la porte.

-Il est dix-neuf heures, je suis libre. Je fais ma valise et mes adieux. Allez m'attendre dehors.

Sur ce, elle claqua la porte à son nez crochu.

Dix minutes plus tard, Rogue la vit sortir de l'hôtel des lanternes rouges. Elle traversa la rue d'un pas rapide et le rejoignit.

Kyoko s'était changée, elle portait un kimono très élégant, bleu nuit orné de papillons blancs. De la main gauche, elle tenait une vielle valise de cuir. Elle avait l'air de n'avoir servit pendant des années.

A la lueur du lampadaire, Rogue remarqua le sourire mélancolique de la jeune femme.

-Cela fait quatre ans. Quatre ans que j'étais enfermée, je suis soulagée de pourvoir enfin partir de cet endroit. Mais ça fait bizarre, c'était devenu un peu comme ma maison.

Rogue nota qu'elle avait parlé plus pour elle que pour lui. Il lui saisit le bras brusquement.

-Nous allons nous rendre à Poudlard par transplanage.

-Bien.

Il y eut un pop sonore et un instant plus tard, ils apparurent devant les grilles de l'école.

Malgré la nuit, Kyoko fut émerveillée de voir la silhouette du château se dessiner majestueuse derrière les montagnes. Les fenêtres illuminées étaient la seule source de lumière dans cette nuit sans lune, ce qui accentuait la vision impressionnante du château, comme un nouvel espace de savoir à conquérir.

Ils se dirigèrent vers le château en silence, mais d'un pas rapide, sans échanger un seul mot. C'est alors que Rogue remarqua la couleur des yeux de la jeune femme. Il se demanda comment cela avait-il pu lui échapper. Elle avait des yeux d'un bel éclat doré. Une couleur étrange et pénétrante, hypnotisante même. Comme si elle pouvait voir des choses invisibles pour les autres. Il songea que ces yeux dorés avaient quelque chose à voir avec son pouvoir, mais il ne pausa pas la question.

Ils arrivèrent devant le bureau du directeur, étrangement rapidement au goût du Professeur de potions, comme si le temps c'était arrêté pour lui, trop hypnotisé par les yeux de la miko.

-Sorbet citron, dit-il.

Le mot de passe ouvrit le passage derrière la gargouille.

-C'est un mot de passe bien étrange… Le Professeur Dumbledore est un original, non ?

Rogue ne répondit pas. Son mutisme agaça Kyoko, qui s'engouffra dans le passage les sourcils froncés.

Elle frappa à la porte du bureau. Des voix lui parvenaient de derrière le panneau de bois.

La jeune femme entra après y avoir était invitée. Elle découvrit une grande pièce remplie de livres et d'instruments magiques tous plus incroyables les uns que les autres, certains produisant une légère fumée aux couleurs changeantes. L'ensemble de la galerie des portraits des anciens directeurs de l'école lui réserva un accueil emprunt d'une surprise polie de voir débarquer une telle beauté dans le bureau du directeur. Ce dernier était derrière son bureau, occupé à nourrir un magnifique phénix. Il tourna la tête à l'entrée de la jeune femme.

-Je vous souhaite la bienvenue à l'école Poudlard, Miss Suméragi.

-J'en suis très honorée, Professeur, dit-elle.

Elle s'inclina pour lui rendre son salut. Dumbledore parut amusé et enchanté par la réaction de la jeune femme, appliquant à la lettre les coutume de son lointain pays.

-Avez-vous fait bon voyage ?

-Très bon, Professeur. Je vous remercie.

Elle s'inclina à nouveau. Rogue fut agacé par son comportement rempli de courbettes. Son amertume grandit d'avantage car il se demandait pourquoi la japonaise n'avait pas eut le même comportement de soumission polie à son égard.

Kyoko s'assit sur invitation d'un geste de Dumbledore, elle posa sa valise à ses pieds, attendant que le vieil homme lui explique la raison de sa venue à l'école.

-Je suis heureux que vous ayez enfin pu sortir de cette maison de passe, déclarat-il après un silence. Ce n'était pas une situation confortable pour une jeune femme telle que vous…

-Détrompez-vous. Je me suis très bien accommodée à cette « situation » même si ma condition de miko était délicate dans ce genre d'établissement.

Dumbledore leva un sourcil amusé, ces années avaient forgé le caractère de la jeune femme. Il croisa le regard de Rogue. Comprenant que la suite de la conversation aller s'orienter sur des révélations qui ne le regardaient peut-être pas, il prit les devant.

-Désirez vous que je vous laisse, Monsieur ?

-Non, Severus. La décision ne m'appartient pas.

-Personnellement, cela ne me dérange pas… Si comme je le présume, ma venue ici est susceptible d'influencer la communauté magique, le Professeur Rogue devra être mis au parfum tôt ou tard…

Les yeux dorés se plantèrent dans le regard noir, comme pour lui signifier que les révélations qu'elle consentait à lui faire entendre était sa manière de s'excuser pour l'insolence de sa conduite antérieure.

-Bien, entama Dumbledore en croisant ses mains sous son menton. Avant de commencer, je tiens à vous dire que votre maître était un de mes amis, bien que je n'aie jamais compris sa passion pour les jeux d'argent et de hasard. Passion qui vous a malheureusement envoyée dans cet établissement pour expier sa dette de jeux.

Kyoko hocha la tête d'un air entendu. Rogue ne laissa rien transparaître de son indignation. Alors comme ça s'était à cause d'un maître vénal qu'elle s'était retrouvez à jouer les prostituées dans ce bouge ?

-Il m'avait demandé de prendre soin de vous, ici à Poudlard, si jamais quelque chose lui arrivait lorsque que vous sortiriez de l'établissement où il avait malheureusement dû vous envoyez.

Le cœur de Kyoko manqua un battement dans sa poitrine, elle avait l'impression que l'on venait de la frapper de plein fouet avec un poignard.

-Vous voulez dire qu'il est…

-Oui, Miss Suméragi. Votre maître a été retrouvé mort il y a quelques mois déjà. La marque des ténèbres flottant au dessus de sa maison. Je suis désolé.

Kyoko baissa la tête et se mordit la lèvre. Elle ne relâcha la pression que lorsqu'elle sentit le goût métallique du sang envahir sa bouche. Elle réprima un sanglot étouffé qui n'échappa aux deux hommes. Rogue se demanda comment Kyoko pouvait éprouver de la peine pour un homme qui l'avait utilisée pour payer une dette de jeu.

-C'est impossible, murmura-t-elle. Je n'ai pas ressenti sa mort. J'aurai dû le sentir dans ma chaire, dans mon cœur. Impossible…

-Je suis navré mais je me suis moi-même rendu auprès de lui pour lui rendre un dernier hommage. Je peux malheureusement vous affirmer que cette bien triste nouvelle n'est que la vérité, dit le vieil homme d'une voix douce.

-J'aurai dû être la pour le protéger. Si j'avais été auprès de mon maître…

-Vous n'auriez rien pu faire.

La voix de Rogue éclata dans la pièce, froide et dure.

-Les mangemorts sont impitoyables. La mort de votre maître était inévitable…

Kyoko leva un regard haineux vers le maître des potions. Il prit une inspiration pour dire ce qu'il pensait du comportement de cet homme lorsqu'elle l'interrompit.

-Je vous interdis d'insulter mon maître !

-Mais je n'ai…

-Vous vous apprêtiez à le faire !

-Je vous rappelle, Miss Suméragi, que c'est vous-même qui m'avait autorisé à assister à cet entretient…

-Oui hé bien, si j'avais su…

-Mais vous auriez dû le savoir ! Qu'en est-il de votre pouvoir de miko…

Dumbledore se racla bruyamment la gorge pour ramener le calme.

-Severus. Les mikos ne peuvent voir de l'avenir que ce que l'avenir daigne leur montrer. Dans le cas contraire un tel pouvoir serait terriblement effrayant.

Rogue se renfrogna de par son ignorance et le ton accusateur de Dumbledore.

-Miss Suméragi…

Kyoko leva la tête vers le vieil homme.

-Avec le temps l'on peut arriver à comprendre bon nombre de choses. Et si le temps ne m'a pas fait défaut, je pense avoir comprit - et mon intuition s'avère généralement juste, je vous prie de le croire - que votre maître vous a envoyé en Angleterre pour votre sécurité, sous le couvert de sa dette. Ayant était un grand ennemi de Lord Voldemort, il savait que les manifestations qu'il percevait d'Europe étaient le préambule de son retour proche. Il n'a donc souhaité que votre bien.

-C'est absurde, coupa Kyoko. Mon devoir était de protéger mon maître. C'est moi qui aurais dû mourir pour lui, et non l'inverse.

-Ah… Les japonais et leur sens du devoir, soupira le directeur.

Il regarda la jeune femme par-dessus ses lunettes en demi-lune, plantant son regard bleu et perçant dans les yeux dorés.

-Est-il vrai que vous avez reformé l'Ordre du Phénix ?

Dumbledore eut un léger sourire en constatant l'éclat déterminé et volontaire qui s'était allumé dans les pupilles de Kyoko.

-Oui, c'est exact. Votre maître a également faire partie de l'Ordre, aussi bien dans sa première que dans sa seconde création. Même si je dois avouer que sa participation à notre combat n'a été que de courte durée, écourtée par la cruauté des mages noirs.

-Mon maître s'appelait Suzaku, avoua la jeune femme dans un souffla.

Elle ferma les yeux, le vieil homme observant le voile triste qui passait sur son beau visage.

-Suzaku, le phénix… Mais contrairement à votre oiseau, il ne se relèvera pas de ses cendres, n'est ce pas ?

Dumbledore approuva silencieusement. La miko se redressa sur sa chaise.

-Je veux en être. Je veux me battre à vos côtés. C'est bien la raison pour laquelle je suis ici ?

Cette question était une affirmation dissimulée. Dumbledore prit alors un air grave, fixant toujours la jeune femme dans les yeux.

-Une telle décision ne se prend pas à la légère… Etes vous réellement prête à intégrer l'Ordre, tout en assumant les conséquences que cela implique ?

Kyoko eut un grand mouvement affirmatif de la tête.

-Ai !

-Je voudrais cependant être sûr que vous n'intégrez pas l'Ordre pour des motifs tel que la vengeance… Comprenez qu'une miko aussi puissante que vous nous serait d'une grande utilité dans notre lutte contre le Seigneur des Ténèbres. Votre maître aurait souhaité, j'en suis certain, que vous repreniez le flambeau de son combat…

-Je mentirais, Monsieur, si j'affirmais que je n'intégrais pas l'Ordre par vengeance. Mais par delà la mort, je reste liée à mon maître, que mes idées soient en accord ou non avec les siennes, cela importe peu… Je continuerais le combat de mon maître !

« Son maître, son maître… » Rogue la trouvait terriblement agaçante avec son maître par-ci, son maître par-là. L'impression de soumission que lui donnait Kyoko face à cet homme disparu le dérangeait, sans qu'il sache pourquoi. Elle lui avait semblé tellement plus libre lorsqu'elle était enfermée aux « lanternes rouges », c'en était troublant. Il eut l'impression que des chaînes invisibles la reliaient à un individu bouffant les pissenlits par la racine à des milliers de kilomètres de là.

-Monsieur Dumbledore, murmura-t-elle, êtes-vous vous-même bien conscient de la conséquence de votre engagement auprès de maître Suzaku ?

Rogue nota ce changement nominatif avec une méfiance toute dissimulée. Où voulait-elle en venir ?

Le vieil homme sourit à Kyoko.

-J'en ai bien conscience, Miss Suméragi, dit-il sur le même ton de confidence que cette dernière. En vous confiant à moi, votre maître a établi un contrat magique entre nous. Au moment même où Suzaku est décédé, il s'est activé, ce qui explique le fait que vous n'ayez pas ressenti la disparition de votre maître…

Rogue fronça un sourcil, il venait de comprendre.

-… puisque votre maître se tient devant vous. J'accepte donc de relever mes engagements auprès de vous, même si, je dois l'avouer, je compte le faire de façon très personnelle. Au risque de vous choquer, j'en conviens.

La jeune femme se leva et s'avança au centre de la pièce, suivie par un Dumbledore au visage fermé et impénétrable. Le professeur de potion se décala contre un mur pour ne pas géner dans l'opération à suivre.

-Il est temps d'officialiser notre lien, dit-elle.

Elle s'agenouilla et dégagea son bras gauche de son kimono, dans un geste élégant, dévoilant son épaule et le haut de sa poitrine. Rogue déglutit devant la sensualité de la jeune femme, se demandant bien à quel jeu elle se prêtait. Un signe apparut sur son épaule nue, un tatouage étrange, trois six s'enroulaient en un cercle, formant un sorte de fleur stylisée, du moins fut se qu'en conclut Rogue. « 666 » pensa-t-il alors. Soudain la marque rougeoya, Kyoko réprima une grimace en ressentant une brûlure lancinante. Dumbledore tendit la main vers le signe pourpre et brillant, un pentacle se traça alors sur le sol. Les deux protagonistes se tenaient au centre de l'étoile. Le vieil homme, la main toujours tendue vers son épaule, entama sur un ton neutre :

-Kyoko Suméragi, Gardienne de la Flamme de l'Est. Moi, Albus Dumbledore, m'engage par le contrat qui nous lie, à devenir ton nouveau maître. T'engages-tu à m'obéir et à me servir en ta qualité de miko?

-Oui, maître.

Le signe rougeoyant s'imprima sur la paume de Dumbledore, comme pour seller le lien qui venait de s'établir entre lui et la jeune femme. Puis, les marques s'estompèrent tout comme le pentacle apparut au sol. Rogue fronça les sourcils devant la rapidité d'exécution de cette « cérémonie ». Kyoko se rhabilla rapidement et se releva pour faire face au directeur.

-Je suis très heureux de devenir le « maître » d'une jeune femme aussi charmante. Cependant, je vous prierais de bien vouloir ne jamais m'appeler ainsi. Même si j'ai consentit à le devenir, je dois avouer que l'utilisation d'un tel terme me dérange. Aussi je me contenterais d'un « Monsieur » ou « Dumbledore » ou encore « Professeur », bref vous l'avez compris, tous sauf « maître ».

Le ton était donné, pensa Kyoko.

-Je tiens également à vous dire que je me considère plus, à votre égard, comme un tuteur que comme « autre chose ».

Kyoko et Rogue notèrent qu'il évitait d'utiliser le terme de maître, cette idée de soumission d'un individu devait le déranger. Ou alors était-ce le fait d'être nommé de la même manière que le Seigneur des Ténèbres par ces serviteurs ?

-Étant donné votre âge, il serait étrange de vous accueillir comme élève. Aussi j'ai décidé que, pour justifier votre présence parmi nous, vous assisterez Mme Pince notre bibliothécaire. Bien sur, je vous confierais des missions à remplir pour l'Ordre du Phénix.

Dumbledore marqua une pause et fixa la jeune femme de son regard bleu et pénétrant.

-Ce programme vous convient-il, demanda-t-il d'un ton joyeux ?

Kyoko était intriguée par ce vieil homme à la fois original, enjoué et incroyablement prespicace. Elle en était sûre, elle avait largement gagné au change, sa vie allait prendre une tournure intéressante.

-Parfaitement, déclara-t-elle.