MAES
La pluie ruisselle sur les vitres de la voiture. L'averse gronde au dehors. Nous filons à travers la campagne, droit vers East City.
Je sifflote avec entrain, malgré la morosité du paysage et l'atmosphère tendue qui règne dans l'habitacle. Mon passager rajuste son col pour la dixième fois, passe nerveusement ses doigts dans ses cheveux.
- Je vais profiter du mauvais temps pour faire les magasins, je dis d'un ton enjoué. Je trouverai bien quelque chose de joli pour ma femme !
- Ok.
Je lui jette un coup d'œil de biais.
- Je te déposerai juste devant le poste militaire pour que tu ne sois pas trempé.
- Ok.
Il ne m'écoute même pas.
- Tu me prêterais deux cent balles ?
- Ok… hein ?
J'éclate de rire.
- Tu n'écoutes que dalle !
- Désolé… murmure-t-il sans quitter son reflet du regard.
- Tu es impeccable comme ça, Roy. Je t'assure, tout va bien se passer.
Il hoche la tête.
- Oh, oui, sûrement… je ne sais pas en quoi consiste mon boulot, je suis affecté dans une ville où je n'ai jamais mis les pieds… - ses doigts gantés pianotent contre la portière.- et tu sais bien que je déteste la pluie !
- Il arrive qu'il fasse beau, ici, et pour le reste, tu t'y feras très vite. Regarde, moi par exemple, je me débrouille très bien à Central !
Il acquiesce lentement.
- Tu ne seras plus là pour me coller aux fesses, ce sera déjà ça de gagné …
- Il me reste toujours le téléphone, mon vieux !
- Je ne doute pas que tu en feras bon usage… ironise mon compagnon en se contorsionnant pour enfiler son long manteau noir. C'est East City, là-bas ?
Je plisse les yeux, distinguant effectivement l'agglutinement d'une ville devant nous.
- Tiens, oui… Tu l'as vue avant moi.
Je ne suis pas mécontent d'arriver. Conduire dans cette cambrousse avec toute cette boue, ce n'est pas une partie de plaisir. J'espère être de retour à la maison avant la nuit…
Nous dépassons les premières maisons, puis rentrons réellement dans la ville. Il y a peu de trafic à cette heure matinale. Bientôt se dressent devant nous les hauts murs du quartier général de l'Est. Roy baisse les paupières une seconde.
- Une étape, souffle-t-il. Juste une étape…
Je freine tout près du portail.
- Tu es arrivé.
Il me serre la main avec force.
- Merci, Maes.
- Grouille, tu vas être en retard pour ton entretien avec le général…
Je ne démarre la voiture qu'après l'avoir vu franchir les portes.
- Bonne chance, colonel…
