En acceptant ce nouveau job au Japon, je n'aurais jamais pu imaginer ce qui allait m'arriver. J'étais une jeune fille ordinaire. Dix-sept ans, des amis, de bons résultats, j'avais une famille aimante, une vie simple que beaucoup qualifieraient d'agréable. J'ai choisi de les ignorer, j'ai choisi l'inconnu au bonheur acquis. J'étais peut-être idiote ou même complètement folle, mais cela ne compte plus. Je pensais être simplement différente et ce voyage a changé ma vie à jamais, bouleversant tout ce que je croyais. J'allais découvrir l'irréel et en payer les conséquences.
I
Je fus réveillée par les rayons du soleil qui traversaient le store. Je jurai à l'encontre de cet intrus. Emergeant finalement de mon sommeil de plomb, je me rendis compte d'un détail. « Ce n'est pas mon réveil qui m'a tiré de mon lit ». Je me précipitai sur mon téléphone. En retard. Totalement réveillée, je courus vers la salle de bain afin de paraître un minimum présentable. Le miroir ne me renvoyait qu'une image floue due à l'humidité de la pièce, je m'efforçai de le nettoyer. Mon visage apparut enfin. Un visage pâle, de grands yeux bruns, de longs cheveux châtains en pagaille. Oh mon dieu ! Ces cernes sont abominables ! Quelle poisse ! Le jour d'un entretien. J'appliquai rapidement l'anticerne ainsi qu'un peu de mascara et j'attachai mes cheveux en une tresse afin de ne pas faire fuir mon potentiel employeur. J'embrassai la chambre d'hôtel du regard et avisant mon sac à main, je le saisis et sortis.
Je marchais le plus rapidement possible tout en m'efforçant de ne pas courir, avec mes chaussures à talons et ma jupe puisque cela ne m'aurait causé qu'une cheville tordue, jusqu'à la station de métro la plus proche. Je me faufilai tant bien que mal vers l'entrée du wagon arrivé. C'était officiel, je détestais le métro, coincée entre tous ces gens dans diverses odeurs écœurantes, accrochée à la barre comme si ma vie en dépendait, je jurai contre l'inconfort des transports en communs. De plus, les gens sont d'un incivisme stupéfiant, même les mamies et les enfants sont poussés sans scrupule. Le trajet semblait durer une éternité, c'était peut-être dû aux pervers qui me déshabillaient du regard et me faisaient sans cesse réajuster ma jupe par malaise.
Le métro atteignit enfin mon arrivée et je pus m'enfuir de cet enfer. Je me dépêchai autant que possible tout en jetant un œil à l'adresse de mon rendez-vous ainsi qu'à la circulation parisienne toujours aussi dangereuse. J'arrivai enfin devant l'immeuble et pris l'ascenseur. Le dernier étage. Je scrutai les portes et m'arrêtai devant celle de Monsieur Sakamaki. Un homme charmant d'une trentaine d'années vint m'ouvrir.
« Je suis bien chez Mr Sakamaki ?
- Que me voulez-vous ? » Il avait une voix envoutante et autoritaire et je décelais un léger accent malgré son français de qualité. C'était un homme d'une stature imposante au regard perçant, il vous faisait vous sentir tellement vulnérable que j'aurais aimé pouvoir disparaître afin de ne plus subir ces regards.
- « J…Je suis ici suite à votre annonce…, balbutiais-je faiblement, je n'y pouvais rien, il était tellement impressionnant.
- Oh, je vois … Entrez. »
J'entrais dans l'appartement et fus surprise du luxe et du bon gout se dégageant du lieu. Ma surprise due être visible puisque j'aperçus un mince sourire satisfait étirer les lèvres de monsieur Sakamaki. Je me repris assez rapidement cependant et le questionnai.
« Vous cherchez donc quelqu'un qui puisse s'occuper de vos enfants si j'ai bien compris.
- C'est cela, sourit-il, pour mes six fils.
- Six ?! Excusez-moi, c'est que c'est peu commun.
- Ce n'est pas la peine de vous excusez, il est vrai que cela peut être assez surprenant. Je me suis marié plusieurs fois.
- Oh, bien. J'imagine que vous avez vu mon CV, je suis donc plutôt étonnée d'être ici.
- Pourquoi ?
- Et bien je suis jeune et je n'ai pas vraiment d'expérience dans ce domaine bien que j'ai déjà gardé plusieurs enfants.
- C'est justement parce que vous êtes jeune que je vous ai fait venir, je souhaitais vous rencontrer en personne afin de déterminer si vous plairiez à mes enfants. Quel âge avez -vous exactement ?
- Dix-sept ans. Vous ne voyez pas d'inconvénient à ce que je sois mineure ?
- Au contraire, par contre je dois m'assurer que cela ne vous dérange pas d'être éloignée de votre famille. Etes-vous très liés ?
- Plutôt oui, mais il n'y a pas de problème vis-à-vis de la distance. Au fait, où sont vos enfants ?
- Au Japon.
- V..Vraiment ?
- Oui et si vous n'y voyiez pas d'inconvénient vous allez bientôt les rejoindre.
- Je suis embauchée ?
- Je suis sure que mes fils vont vous adorez, ainsi que Yui la jeune fille qui vit actuellement avec eux.
- Oh ! Quel âge a-t-elle ?
- Le même âge que vous c'est pour cela que votre âge est parfait. Je suis sure que vous ferez du bon travail avec mes fils.
- Merci beaucoup Monsieur.
- Je vous recontacterez pour vous transmettre les dernières informations. Je vais aussi m'occuper des formalités administratives.
- Merci et Au revoir. »
En sortant de l'immeuble, je soupirai et souris. J'avais le poste !
