Les enceintes du coffre diffusaient Without me d'Eminem à pleins tubes et l'habitacle de la voiture vibrait tout autour de lui. Purement jouissif. Ses doigts se crispèrent sur le volant quand il vit le tremplin approcher. La ligne d'arrivée était juste derrière. Il écrasa l'accélérateur et l'Eclipse s'envola. Il eut une formidable montée d'adrénaline et dût se mordre les lèvres pour ne pas hurler. Puis la voiture bascula vers l'avant et se réceptionna assez brutalement sur la route. La ligne franchie, il freina et en profita pour effectuer un superbe dérapage. Une fois que le véhicule se fut immobilisé, il en sortit sans se presser et claqua la portière, observant avec satisfaction les traces de pneu qu'il avait laissé sur le bitume. La foule massée sur le bas-côté accourut et se dispersa autour de lui tandis que les autres voitures arrivaient. Il échangea accolades et poignées de main, reçut des félicitations et des compliments en souriant et se retrouva face à Ron, son coach et meilleur ami. Le jeune homme le serra brièvement avant de lui mettre un léger coup de poing dans l'épaule :
« Bravo, Harry !T'es le meilleur.
-Pas sûr. En tout cas, j'ai gagné cette putain de course.
-Ouais !Tu t'es fait 5000 dollars, mec !Tout est là. »répondit Ron en tapotant la poche intérieure de sa veste. Harry hocha la tête. Tout à coup, il sentit une main dans son dos. Il se retourna et se retrouva face à une superbe Noire aux cheveux parsemés de mèches rouges.
« Jen !Comment ça va ? »Elle lui offrit un grand sourire trop blanc pour être vrai. Je suis sûr que tu sourirais déjà moins si tu savais que je me fais ton frère, songea Harry.
« Ça roule. Super course, beau brun, répondit la dénommée Jen en passant sa langue sur ses dents.
-Merci. Où est Lee ?
-Là-bas.»Elle désigna un groupe de personnes près de la ligne d'arrivée. Lee grillait une clope avec des gars que Harry ne connaissait pas. Un bandeau noir retenait ses dreads en arrière et il portait un haut sans manches qui laissa voir quelques centimètres de son ventre plat lorsqu'il s'étira. Harry sentit des picotements familiers dans son bas-ventre. Il eut un bref flash : lui, en train de baiser Lee plaqué contre le capot encore chaud de l'Eclipse, et secoua la tête pour se reprendre. Il s'excusa auprès de Jen et Ron et s'en alla rejoindre le beau black. Personne ne savait, pour eux deux. Harry était sur la bonne pente, en ce moment, et si on apprenait qu'il était homo, ça risquait de le plomber pour la suite. Il avait déjà eu assez de problèmes au lycée avec ça. Il se fraya un chemin entre les gens, serra encore quelques mains et rejoignit Lee. Leurs regards se rencontrèrent.
« Félicitations, Ry.
-Merci, Lee. Tu me présentes ?
-Voici BigFoot, Johnny et Stevie. »Ils échangèrent des poignées de main, chacun d'entre eux le félicitant à son tour, puis il se tourna à nouveau vers Lee :
« T'as trouvé les jantes que je t'avais demandé ? »C'était leur code. Si Lee répondait oui, il venait à son appart cette nuit. Si il répondait non, la nuit de baise serait pour une autre fois.
« Non, désolé. Faudrait qu'on en parle, d'ailleurs. »Ah, ça, c'était nouveau. Harry fronça les sourcils et le jeune homme l'entraîna à l'écart, laissant ses amis discuter entre eux. Ils allèrent jusqu'à la ligne d'arrivée. Là, Lee commença à se tortiller les mains avant de marmonner :
« Harry, va falloir qu'on arrête de se voir.
-Oh non…tu t'es fait coincé, c'est ça ?Quelqu'un sait ?s'affola Harry.
-Non !Bien sûr que non. Mais justement, c'est ça le problème. J'en ai marre de ton égoïsme, finit-il par lâcher.
-Mon égoïsme ?!
-Harry, regarde ta réaction !Je te dis qu'on pourra plus se voir, et toi, tu t'inquiètes tout de suite pour ta réputation !Tu penses qu'à toi et à ton image. Et ça me saoule, tu vois.
-Putain, Lee, tu déconnes ou quoi ?Qu'est-ce que tu me fais, là ?!
-J'aimerai…une relation suivie. Pas deux-trois nuits par mois, quand t'as envie de baiser.
-Quand j'ai envie de baiser ?Parce que t'as pas envie, toi ?
-Si, mais…
-Mon égoïsme !répéta Harry. J'y crois pas !Je suis désolé, Lee, mais moi, j'ai une image à conserver. Et tu l'as toujours su.
-Ouais, ben maintenant ça me casse les couilles !
-Tout d'un coup, comme ça ?Dit-moi la vérité, putain !
-Je…j'ai rencontré quelqu'un d'autre, ok ?avoua Lee.
-C'est donc ça !Et c'est lui qui t'a dit de me lâcher parce que j'étais « égoïste » ?!
-Non !Y'a aucun rapport. Je me suis juste rendu compte que lui, il avait plus à me donner. Il a pas honte de moi et de ce qu'il est !
-Parce qu'il a rien !Moi, j'ai ma bagnole, et les courses !
-Mais ça représente quoi, tes courses, Harry ?!Tu te crois dans Fast and Furious ?Je…ça n'a aucune valeur !C'est des putains de courses clandestines, merde !Si la police te chope, t'iras en taule et t'auras…
-Ta gueule !hurla Harry, humilié. Je me suis fais 5000 dollars ce soir !Certainement plus que ton job minable de serveur ! »Il se rendit alors compte qu'on les observait. Lee serrait les dents. Il lui jeta un regard méprisant avant de tourner les talons. Harry shoota dans un caillou, furieux. Il alla chercher Ron, ignorant les têtes étonnées qui se tournaient sur son passage, et dit à son meilleur ami qu'il voulait rentrer. Celui-ci haussa les sourcils mais obéit. Ils grimpèrent dans l'Eclipse et roulèrent en silence durant quelques minutes, avant que Ron n'ose ouvrir la bouche :
« Qu'est-ce qui se passe ? »Un grognement inintelligible lui répondit. Il se racla la gorge.
« Pardon ?
-Me suis engueulé avec ce con de Lee, reprit Harry à peine plus fort.
-Lee Jordan ?
-Ouais.
-A quel sujet ?
-Il m'a dit que ce que je faisais n'avait aucune valeur, fit le jeune homme, omettant volontairement le reste de leur conversation.
-Bah !Il est juste jaloux, comme tant d'autres.
-Ouais. »Harry était un peu rassénéré par la dernière remarque de Ron. Il avait raison, ce sale con était juste jaloux de son succès. Bon débarras !Mais une part de lui continuait à ressentir un certain malaise.
Après avoir déposé Ron, il rentra chez lui. Il regarda l'heure sur le tableau de bord. Onze heures à peine. En général, après une course, il ne rentrait pas avant trois heures du mat. Tant pis. Il laissa sa voiture dans le garage miteux qu'il louait 50 dollars par mois, mais qu'il avait équipé d'une alarme à 65 dollars. Son Eclipse, c'était sa vie, son gagne-pain. Il avait investi toutes ses économies dedans, et il avait eu raison. Elle lui ramenait un max. Elle était rouge et jaune, avec un lion rugissant sur chaque flanc. Super tunée. Pleines d'accessoires. Il l'adorait. Il verrouilla le coffre et les portières et ferma la porte du garage avec un gros cadenas. Son studio était au quatrième, sans ascenseur. Il s'en foutait, il avait 21 ans et une santé de fer. Il ouvrit la porte et alluma la lumière. C'était pas très grand, 20 m² à tout casser, mais ça lui suffisait amplement. Il jeta un regard circulaire sur la kitchenette, enfoncée dans un coin de la pièce, le placard mural, la mini fenêtre, l'écran plasma, le clic-clac et les étagères bourrées de livres, de DVDs et de CDs. Tout ce qu'il avait, avec l'Eclipse. Il laissa ses clés sur le plan de travail de la kitchenette et ouvrit le petit congélo, rempli de pizzas. Ça faisait vingt ans qu'il ne mangeait que ça, et ça lui convenait très bien. Il en choisit une au hasard, déchira l'emballage et la fourra dans le four. Puis il alla s'affaler sur son clic-clac avec son dîner. L' « incident Lee » lui revint en tête alors qu'il entamait une part recouverte de fromage fumant. Mais il réussit à se convaincre que Ron avait raison. Ce connard était jaloux de sa réussite. Qu'il aille se faire enculer par un autre couillon, Harry n'en avait rien à foutre. Il trouverait quelqu'un d'autre. Il s'endormit sur ces pensées réconfortantes.
Les courses se succédèrent et Harry les remporta toutes. Avec l'argent, il équipa encore un peu plus sa voiture, si c'était possible. Mais il lui semblait qu'il pouvait toujours améliorer quelque chose dans l'Eclipse. Et comme pour confirmer cette idée, il continua à gagner. Il évinçait les autres concurrents sans aucune difficulté. Désormais, quand il était derrière le volant en cuir rouge, il avait l'impression d'être surpuissant. Sauf qu'il se rendit rapidement compte que la surpuissance amenait l'ennui. Il n'y avait plus de concurrence, plus de compétition. Les autres se laissaient distancer dès le premier tour. L'adrénaline ne montait plus. Et où est le plaisir de la course quand on franchit la ligne d'arrivée en soupirant ?Il se décida à en parler à Ron, mais celui-ci le devança. Il vint le voir à son appartement un beau samedi matin et s'exclama, souriant jusqu'aux oreilles :
« J'ai une grande nouvelle pour toi !
-Ouais ?fit Harry, dubitatif.
-On part en Angleterre ! »Le jeune homme écarquilla les yeux. En…Angleterre ?C'était quoi ce délire ?!
« Quoi ?!
-Ry, j'ai bien vu que tu ne prenais plus aucun plaisir à la course ces derniers temps. Tu gagnes presque trop facilement. J'en ai parlé avec Hermione, et on cherchait une solution quand un mec m'a appelé. Il s'appelle Tom Jedusor, et il habite près de Londres. Un vieux. Il doit avoir quarante piges au moins. Mais il a une équipe, un truc comme ça, il m'en dira plus quand nous serons là-bas. D'une manière ou d'une autre, il t'a repéré et il trouve que tu te débrouilles bien.
-Je me débrouille bien ?! J'ai gagné vingts courses d'affilée !
-Je sais bien. Il pète plus haut que son cul, c'est tout. Il est même un peu zarb, je dirais. Bref. L'essentiel, c'est qu'il nous invite tous les trois, toi, Hermione et moi, dans son Manoir, pour une semaine. Il voudrait que tu t'opposes au meilleur de son équipe, un certain Dray. Apparemment, ce mec est une bête et il veut…
-Il veut quoi ?
-Je sais pas si je dois te le dire tel quel, marmonna Ron en se mordant la lèvre. Comme je t'ai dit, il se prend pas pour de la merde et…
-Accouche, Ron.
-Ok, ok. Il a dit : « Dray s'ennuie en ce moment. Ce Potter devrait l'occuper un peu. »
-Putain…quel putain d'enfoiré !Il me prend pour un jouet ou quoi ?
-Je te l'avais dit. T'énerves pas.
-Qu'il aille se faire foutre.
-Mais Harry, réfléchit !Tu pourrais l'écraser et lui prouver qu'il se fourre le doigt dans l'œil. Ce serait l'humiliation suprême pour lui et la gloire pour toi. Reconnu aux states et en Angleterre, en Europe quoi.
-On est la première superpuissance du monde, mec. Cours de seconde. Je m'en fous d'être reconnu dans un bled pourri. Je suis reconnu dans le pays le plus important du monde.
-Harry…
-Non. Je te dis, qu'ils aillent tous se faire mettre. »
Sauf que Tom Jedusor et son équipe n'allèrent jamais se faire mettre. Le lundi suivant sa conversation avec Ron, Harry alla faire quelques courses. Mais pas dans le petit supermarché au coin de sa rue, comme il en avait l'habitude. Il avait décidé que cette boutique était devenue trop minable pour lui et s'était rendu dans une grande surface. Arrivé à la caisse, il sortit un billet de dix dollars froissé de sa poche – prélevé sur les 3500 dollars que lui avait rapporté sa dernière course. La caissière le prit délicatement, souriant d'un air charmeur, et le passa devant une petite borne avant de le mettre dans le tiroir de la caisse. Sauf que la machine émit un « bip » sonore au passage du papier vert. La caissière suspendit son geste et son sourire s'affaissa un peu. Elle le repassa une deuxième fois et il bipa à nouveau. Cette fois-ci, elle perdit son sourire pour de bon. Harry, qui commençait à comprendre que quelque chose clochait, fronça les sourcils et demanda :
« Quelque chose ne va pas ? »Mais elle ne l'écoutait pas. Elle prit son micro et appela la sécurité. Harry, qui commençait légèrement à s'inquiéter, répéta sa question. La caissière lui adressa une moue méprisante :
« Ce billet est marqué, Monsieur. »Il n'avait aucune idée de ce qu'elle voulait dire. Mais en voyant deux types en costard-cravate arriver au pas de charge, il fit volte-face et se mit à courir vers la sortie.
« AU VOLEUR !AU VOLEUR !ARRETEZ-LE ! »Mais ta gueule, pétasse !J'ai rien volé !Des gens essayèrent de le retenir. Il envoya des coups de poing à l'aveuglette et continua à courir. Arrivé à sa voiture, il s'empressa de l'ouvrir et bondit à l'intérieur. Il vit les deux types sortir du magasin à leur tour dans le rétroviseur. Il dût s'y reprendre à trois fois pour mettre le contact, écrasa l'accélérateur et manqua renverser une mamie avec son caddie. Les gars de la sécurité le repérèrent rapidement. Pour une fois, Harry maudit sa voiture trop voyante. Il quitta le parking et rentra chez lui en dépassant les limites de vitesse d'au moins 50 km/heure. Il s'empressa de barricader l'Eclipse dans le garage et monta à son appart, le cœur battant. Il ferma la porte à double-tour derrière lui et essaya de se calmer. Peine perdue. Le moindre bruit le faisait sursauter et il lui semblait entendre le hurlement d'une sirène de police toutes les cinq minutes. Bordel !Qu'est-ce que c'était que cette histoire de billets marqués ?!Il fallait qu'il en parle à Ron !Les nerfs en pelote, il saisit le combiné et composa le numéro de son meilleur ami :
« Allô ?
-Ron, c'est Harry !Je suis dans la merde !
-Qu'est-ce qui se passe ?!
-Y'a un problème avec les 3500 dollars qu'on a reçu à Chicago !
-Quoi ?
-Je suis allé acheter une putain de pizza et mon billet était…heu…marqué…ça veut dire quoi ?
-Merde, merde !C'est pas vrai !Ce sont des billets volés !
-Putain !Les enculés !T'as déjà utilisé le fric ?!
-Non !Mais si ils te chopent, ils remonteront jusqu'à moi et jusqu'aux courses !Merde !
-Tu te fais des films !répliqua Harry qui sentit son sang se glacer dans ses veines. C'est pas possible !
-Bien sûr que si !
-Putain, mais alors qu'est-ce qu'on va faire ?!
-Je sais pas, j'en sais rien !Je…Si !Je sais !On va aller en Angleterre !
-Hein ?!
-On va se planquer là-bas le temps que ça se tasse !On expliquera à Jedusor, il nous gardera plus longtemps. Enfin…j'espère !
-Je sais pas si c'est une bonne idée…
-On a pas le choix, Ry !Faut quitter les states !Fais ta valise, j'avertis Hermione et on vient te chercher dans une demi-heure !
-Et ma caisse ?
-Faut la laisser ici !
-T'es malade ?!
-Bordel, si on la prend pour aller à l'aéroport, c'est foutu d'avance !Tant pis !Laisse-la dans ton garage et croise les doigts pour que personne ne la trouve. »Sur ce, Ron raccrocha. Bouleversé, Harry alla chercher son vieux sac de sport et y fourra des vêtements et des sous-vêtements au hasard. Il chercha quelques affaires de toilettes, les jeta dans une pochette intérieure et ferma la fermeture Eclair si vite qu'il faillit se coincer un doigt à l'intérieur. Il enfila son blouson, rassembla ses papiers dans son porte-feuille en cuir usé, prit ses clés et ferma l'appart derrière lui. Il n'était pas sûr de le revoir avant un petit moment !Arrivé en bas, il retourna au garage. Il ouvrit le cadenas avec des gestes mal assurés et jura. Il fallait qu'il se reprenne. Il entra et murmura :
« Bon, ma belle Eclipse, tu vas rester ici quelques temps…Je reviens te chercher dès que je peux ! »Il la dissimula sous une grosse bâche bleue, boucha la petite lucarne du mur avec un morceau de carton et enclencha l'alarme avant de sortir. Il referma le cadenas et alla attendre près d'un vieux chêne. Il enfila la capuche de son sweat et resta dissimulé derrière le tronc, à l'abri du regard des passants, jusqu'à ce qu'il avise le vieux break de Ron. Il alla sur le trottoir et vit, surpris, qu'il n'y avait que Hermione dans la voiture. Il grimpa sur le siège conducteur et balança son sac sur la banquette arrière. La jeune femme repoussa ses longs cheveux ondulés derrière ses épaules et grimaça un sourire :
« Comment ça va ?
-Pas très bien. Où est Ron ?
-Il est allé chercher…quelque chose. On le prend au passage.
-Ok. Je…je suis désolé de te fourrer là-dedans, Mione, fit Harry, sincère. Déjà que tu n'apprécies pas que Ron m'assiste aux courses…
-C'est bon, Harry. C'est vrai que je n'aime pas ces courses, mais ça rapporte beaucoup d'argent à Ron. Et je ne vais pas cracher dessus. »Hermione était une fille intelligente. Elle avait fait une fac de droit pour devenir avocate et avait brillament réussi l'examen du barreau, après six longues années d'études. Malheureusement, le cabinet qui s'était engagé pour l'accueillir après ses études avait coulé et elle s'était retrouvée sans emploi. Elle avait cherché une place ailleurs, mais il n'y en avait plus nulle part. Elle avait dû se résoudre à ouvrir son propre cabinet. Sauf que la concurrence était rude et que ça ne marchait pas. Et Ron, avec son salaire d'entraîneur, avait beaucoup de mal à les faire vivre tous les deux. Alors, l'argent que leur rapportait les courses d'Harry était une bénédiction. Ils restèrent silencieux jusqu'à ce qu'Hermione s'arrête à une station-service pour récupérer Ron. Harry passa derrière et son meilleur ami prit sa place. Celui-ci déposa un rapide baiser sur les lèvres de sa petite amie et sortit une grande enveloppe de papier brun de sous sa veste. Il l'ouvrit, la retourna et fit tomber son contenu sur ses genoux : trois passeports.
« Un…ami me les a filés il y a deux minutes, expliqua t-il en en passant un à Harry. On a pas le temps d'en faire des faux. Mais les personnes sur les photos nous ressemblent beaucoup et ça devrait passer. Pardon, Mione, ajouta t-il à l'adresse de la jeune femme. Mais personne ne doit savoir qu'on a quitté les Etats-Unis.
-Désolé, renchérit Harry. Si seulement je n'avais pas utilisé ces foutus billets ! »Ils savait qu'il en coûtait à Hermione d'enfreindre ainsi la loin, elle qui s'était donné pour mission de la défendre !Elle laissa échapper un léger soupir et raisonna :
« Nous n'avons pas le choix. Et puis, si tu n'avais pas utilisé cet argent aujourd'hui, Ry, tu l'aurais fait demain, ou après-demain. Ou ça aurait été Ron ou moi. »Harry hocha doucement la tête et ouvrit son nouveau passeport. Désormais, il s'appelait Dennis Jones. Le mec lui ressemblait beaucoup. Tant mieux.
Ils arrivèrent à onze heures à l'aéroport. L'avion décollait à treize heures trente. Ils enregistrèrent leurs bagages, passèrent un contrôle, puis deux, puis trois…et là, le douanier garda le passeport de Harry un peu plus longtemps que prévu.
« Vous avez les yeux verts. Et ils sont bruns sur la photo.
-J'ai des lentilles de couleur. »Il ouvrit bien grand les yeux, le cœur battant furieusement dans sa poitrine. C'était des lentilles de contact, mais le type l'ignorait. Et Harry savait qu'on voyait distinctement le contour de la lentille sur le blanc de l'œil.
« Ouais. Allez-y. »dit finalement le douanier en lui rendant son passeport. [Je rappelle que ceci est une fiction !J'étais aux USA, et croyez-moi, on passe pas avec un faux passeport !!! :P] Ils allèrent acheter des sandwiches et s'installèrent à une table. Ron empoigna l'épaule d'Harry et lâcha :
« De peu, mon pote.
-C'est bon. C'était le dernier contrôle. On va prendre cet avion et atterrir en Angleterre sans le moindre problème. »Ron hocha la tête et leurs regards restèrent fixés à l'horloge, au mur, jusqu'à ce que les passagers soient appelés pour l'embarquement. Ils montrèrent tickets et passeports et passèrent les portes vitrées pour aller à l'extérieur. C'est en grimpant l'escalier métallique jusqu'à la porte de l'avion que Harry se rappela qu'il n'avait jamais pris ce moyen de transport. Il se figea et sentit son estomac se nouer. Mais les passagers, derrière lui, se mirent à vociférer et il fut contraint d'avancer. Il adressa un sourire grimaçant aux hôtesses de l'air, accepta un bonbon au citron et regarda tout autour de lui. Wow !Les sièges étaient en cuir bleu, très larges et agrémentés de petits coussins blancs. Tous étaient pourvus d'une tablette et d'un petit écran TV, avec télécommande et écouteur. Harry allait s'asseoir dans l'un d'entre eux quand Hermione, devant lui, se retourna pour regarder son ticket.
« 18B. Parfait, nous sommes côte à côte tous les trois.
-Les fauteuils sont vachement grands !commenta le jeune homme, extasié.
-Heu…c'est la première classe ici, Harry. Ce n'est pas pour nous. »Ils passèrent un rideau et se retrouvèrent face à deux rangées de sièges séparées par un étroit couloir. Effectivement, c'était moins classe ici. Mais déjà pas mal. Ses amis lui laissèrent la place à côté du hublot et il découvrit dans la pochette devant lui un petit coussin, une couverture, des écouteurs et un masque rouge, un de ces trucs qu'on mettait sur les yeux pour dormir.
« Super ! »s'exclama t-il. Il avait l'impression d'être un gamin. Tant pis !Tout ça était nouveau pour lui. Ses parents étant morts dans un accident de voiture, il avait été élevé par son oncle Vernon. Entre alcools forts et magouilles, ce dernier n'avait pas été très présent pour son neveu et il n'aurait jamais pensé à l'emmener faire un voyage en avion !Harry regarda dehors pour ne plus y penser. Oncle Vern était mort depuis longtemps. Paix à son âme !
« C'est la première fois que tu prends l'avion, n'est-ce pas ?demanda Hermione, installée à côté de lui.
-Ouais. C'est génial !
-Oui. Tu as vu ?Dans la pochette, il y a aussi le menu et la programmation des films. »dit-elle en désignant le petit écran sorti du plafond, juste devant eux. Surexcité, Harry fouilla la pochette et trouva le programme :
Enfants : Volt, Monstres contre Aliens, Ponyo sur la falaise
Adultes : XMEN Origins Wolverine, Confessions d'une Accro au Shopping, Anges et Démons
XMEN Origins !Géant !Il regarda ensuite le menu, et constata avec soulagement qu'il y avait des pizzas. Puis la voix de l'hôtesse résonna dans l'avion :
« Mesdames et messieurs, bienvenue à bord. Nous allons diffuser les règles de sécurité. J'espère que vous passerez un bon vol en notre compagnie. »Harry suivit avidement les consignes à l'écran et le nœud revint dans son estomac. Et si ils s'écrasaient ?!Il sentit soudain une main sur son avant-bras. Il se tourna. Hermione lui dit d'une voix apaisante :
« Ne t'inquiètes pas, tout va bien se passer. »Il hocha la tête et reporta son attention sur l'écran. Enfin, l'avion bougea. Il alla se positionner au départ de la piste et s'arrêta. Une dizaine de secondes s'écoulèrent et il redémarra, prit une incroyable vitesse. Harry agrippa ses accoudoirs, le cœur battant la chamade. Quand l'appareil prit son envol, il inspira brutalement. Les émotions le submergeaient, peur, joie, excitation. Il colla son nez au hublot et vit les routes devenir de minces rubans gris, les maisons des petits carrés rouges et noirs, les jardins des rectangles verts et les piscines des ronds bleus scintillants. C'était incroyable !Il s'enfonça dans son siège et sourit d'un air rêveur. XMEN commença et il brancha ses écouteurs dans son accoudoir. Il s'endormit alors qu'Anges et démons allait débuter.
Lorsqu'il se réveilla, l'avion entamait sa descente vers la terre ferme. Il bailla à s'en décrocher la mâchoire et regarda à travers le hublot. Ils étaient dans une mer de nuages blancs et cotonneux. Impossible de voir ce qu'il y avait en-dessous. Hermione lisait un roman. Ron se pencha par-dessus ses genoux et donna une petite tape sur l'avant-bras d'Harry :
« De retour parmi nous, Mr Marmotte ?!
-Hey, j'ai bien le droit de pioncer !
-Mais ouais, je déconne.
-Il a raison. Le décalage horaire est important, fit Hermione. Il est presque une heure du matin chez nous.
-Et ici ?
-Sept heures. La journée va être longue. »L'avion atterrit tout en douceur, mais cela n'empêcha pas Harry de se cramponner à nouveau à ses accoudoirs. Ils arrivèrent à l'aéroport, récupérèrent leurs bagages et allèrent attendre dans le hall.
