Quelque part en Belgique, 20 ans avant
C'était la nuit. La porte s'ouvrit imperceptiblement dans l'obscurité opaque où était plongée la maison. La jeune femme s'avança sans un bruit. Sortir tout de suite. Discrètement. Qu'avait-elle fait? Comment pourrait-elle le regarder en face? Elle s'arrêta une seconde et se frotta les yeux. Je veux sortir de ce cauchemar. Elle se dirigea à tâtons vers une petite porte de l'autre côté du vestibule. Elle tire doucement sur la poignée, la porte s'ouvrit sans un bruit. La lumière s'alluma. C'était une petite salle de bain blanche, froide et vide. Sans hésiter Kitty ouvrit le robinet en cuivre et s'envoya un grand jai d'eau glacial sur son visage. La morsure du froid lui fit du bien.
Il fallait qu'elle fasse ses valises pour partir dès demain matin. Elle allait dire à Jacob qu'elle ne pouvait pas rester. Que c'était une regrettable erreur.
« Kitty! Est ce que tu vas bien? Tu t'apprêtes à partir n'est-ce pas? Elle se retourna vers son ami et le regarda avec étonnement. Elle ne l'avait même pas entendu se lever.
- Moi qui espérais pouvoir partir discrètement, se força-t-elle à lui avouer un peu méchamment. Il allait lui répondre, elle l'interrompit. Je suis fatiguée, Jacob, je n'ai pas envie de discuter. Et je n'ai pas envie non plus de te voir faire cette moue résignée... Cela me fait pitié!
- Toi, tu essais d'éviter mes questions.
-Mais non, quelle idée!
-Tu sais bien que je te connais, Kitty Jones! Je te fréquente depuis 20 ans, c'est-à-dire depuis que tu es née, et même si tu es une source perpétuelle de mystère pour moi, tu ne m'auras pas comme cela...
Elle le regarda sans esquisser le moindre sourire. Toute tentative d'humour serait veine ce soir.
-...Je t'entends pleurer toutes les nuits depuis que tu es ici. C'est même la raison exacte de ma présence dans ton lit. Tu cries régulièrement dans ton sommeil. Ne fronce pas les sourcils comme ça, j'ai compris qu'il y a eu quelque chose ou... quelqu'un d'autre entre ta vie. Je t'ai retrouvée changée au delà de ce que je pensais possible.
-Je ne veux pas en parler.
-Peu m'importe. Je t'aime, et que tu regrettes ou non ce qui c'est passé ce soir entre nous, je suis là pour toi. »
Elle leva lentement les yeux vers lui, encore sonnée par ce qu'elle avait entendu. Jacob avait changé et celui qu'elle avait retrouvé quelques jours auparavant était à la fois plus serein et réfléchi que le petit garçon introverti et suiveur qu'elle avait laissé partir pour l'Europe il y avait 4 ans.
Il ne semblait pas craindre sa colère. Que faire? Elle se découvrait hésitante face à lui.
« Tu m'étonnera toujours! Qu'est ce qui te fait dire que je ne peux pas rester à cause de quelqu'un?
-Je ne suis pas stupide, tu sais! Tu arrives ici l'air perdue. Tu ne mange rien, tu ne veux rien faire. Mais tu ne supportes pas non plus de rester à tourner en rond. Tu te comportes comme si tu étais un fantôme et tu ne veux voir personne. Tu te refuses à venir ici depuis 3 ans et subitement tu débarques! C'est un peu contradictoire.
-Je me cherche.
-Tu n'as même pas pris le temps de dire au revoir à tes parents. Que fuis-tu ou plutôt qui fuis-tu?
Mentir ou ne pas mentir? Comment expliquer? Quoi? Elle était fatiguée de fuir.
-C'est une longue histoire et c'est encore top récent. Tout c'est enchaîné trop vite, alors n'en parlons plus.
-Si c'est ce que tu veux. Cela ne t'empêche pas de rester encore un peu.
-Tu ne laisseras pas tomber, hein?
-Non, je ne compte pas te laisser disparaitre je ne sais où.
-Bon, bon. On en reparle demain. Je tombe de sommeil alors je crois que je vais aller me recoucher. Gares à toi si tu bouges trop, je veux dormir! Bonne nuit.
-Certaines choses n'ont pourtant pas changées n'est ce pas? Tu es toujours aussi têtue alors je suppose que ce n'est même pas la peine d'essayer de te tirer les vers du nez. »
Kitty rentra dans la chambre d'un pas décidé. Oui, elle restait. Elle ne savait pas pourquoi, mais elle avait tout son temps pour le découvrir. Tout son temps… IL pouvait bien se permettre de m'attendre. Peu importe combien de temps. Peu importe pour moi aussi, ironiquement. Tu t'es bien débrouillé pour me fuir, hein? « Je te retrouverai quand tout sera fini »...menteur! Tu savait ce qui allait t'arriver. Quand tu m'as fait partir ce n'était pas un au revoir mais un adieu. Mais même les adieux ne sont pas éternels. Seule la mort l'est. Alors je peux peut-être prendre le risque de vivre non? Une chance, une seule. Moi je ne la gacherai pas!
