Kill your darlings

Le Captain ne voulait pas lâcher le morceau, il ne voulait pas laisser Bucky Barnes tout simplement... crever. Le sang de Tony bouillonnait tellement qu'il avait l'impression d'être une bombe à retardement ne demandant qu'à exploser. Son cœur et son être tout entier criait vengeance au nom de ses parents assassinés, de sa tendre mère. Jamais n'avait-il connu pareille fureur. Il voyait rouge. Pas à un seul moment, il ne desserra les dents, et ses poings d'acier cognaient le Captain comme s'ils cumulaient ensemble des millénaires de haine et de ressentiments… alors que peu de jours auparavant, ils étaient encore amis, n'en déplaise aux apparences, n'en déplaise à leurs joutes verbales inévitables. C'était ça, le pire. De voir ce camarade pour qui il avait tant de respect, qu'il arrivait à comprendre et à aimer malgré leurs continuels désaccords (n'était-ce pas ça, la véritable amitié ?), refuser d'entendre son besoin de vengeance, prendre le parti d'un meurtrier, prendre le parti d'un type qui l'avait abandonné, et qui avait fait tant de mal autour de lui.

« C'est mon ami… » clama Steve pour se justifier entre deux envolées de violence.

Cette intervention eut pour exploit d'intensifier la rage d'Iron Man, lors même que cela avait semblé impossible jusqu'alors.

« Je l'étais aussi », murmura t-il en retour, lui refilant un coup qui lui aurait arraché la tête s'il n'était pas Captain America.

Cela ne suffit pas. Quand l'un pensait être enfin venu à bout de l'autre, l'intéressé se relevait pour reprendre de plus belle. La chasse au Bucky n'avait plus lieu d'être, le Winter Soldier avait réussi à prendre la fuite malgré les tentatives de Tony à le pourchasser, à vouloir s'envoler, le rattraper, il était sans cesse cloué au sol par le Captain. A croire que c'est tout ce que Steve savait faire, le ramener plus bas que terre ! Ses réacteurs à propulsion avaient été détruits un à un, Iron Man n'avait plus qu'à mordre la poussière. C'est ainsi que Tony éprouva le besoin de se venger du Captain. Malgré tous les coups précédents d'une violence sans nom, le combat prit une tournure qui effraya Steve… ce fut comme si son ami essayait de le tuer, lui. Il ne sut sur combien de minutes, d'heures, s'étendit cette lutte, mais quand le blond réussit enfin à détruire le générateur qui alimentait l'armure de Stark, en plus d'avoir laissé le visage du brun à découvert, la seule force qui lui resta sembla de se laisser tomber à côté d'Iron Man. Battant misérablement de la jambe droite pour se reculer vers le mur, Steve s'en servit pour se redresser au moins en position assise tout contre. Tony n'était pas dans un état moins lamentable et restait étendu sur le dos, la respiration aussi décomposée que celle de Steve. Il ne lui restait plus aucune ressource, plus rien, si ce n'est la rage :

« Traitre. Tu n'es qu'un sale traitre », cracha t-il, entre deux inspirations lourdes.

Il savait que pour quelqu'un d'aussi loyal, d'aussi dévoué que Steve, cette accusation était bien pire que toutes les insultes qui lui traversaient l'esprit en ce moment. Il avait visé juste. Un éclair de douleur traversa le regard du capitaine.

« Je ne t'ai jamais trahi »

Un rire amer s'échappa des lèvres de Tony. La bonne blague !

« Tu nous as abandonné, Natasha et moi » et Natasha était justement proche du Captain, plus proche que Tony ne le fut jamais.

« C'est faux »

Ne l'écoutant pas, le philanthrope reprit avec hargne :

« Tu m'as menti, tu nous as abandonné, et tu as pris le partie de ce criminel, le meurtrier de mes parents. Cela fait de toi un traitre ! Ou est-ce que la définition de ce mot aussi est malléable pour toi ? »

« Assez, Tony ! Je ne vous ai pas abandonné et je ne vous abandonnerai jamais ! » Steve poussa un long soupir, marquant une pause, puis reprit plus calmement : « ... je sais que je ne pourrais plus combattre à vos côtés comme avant… mais je serai toujours là, si vous avez besoin de moi, si tu as besoin de moi… je suis là. »

« J'avais besoin de toi, avant que tu ne me coupes les ailes, traitre ! Tu l'as défendu mieux que tu ne nous as jamais protégé ! »

S'il avait été assez honnête dans ses accusations jusque là, il se rendit compte que la dernière relevait d'une certaine mauvaise foi. Le Cap aurait sacrifié sa vie pour chacun d'entre eux. Les deux hommes le savaient aussi bien l'un que l'autre. Steve retira rageusement la sangle qui lui barrait le menton, l'arrachant presque au passage, et jeta son casque à terre :

« Tu te rends compte de ce que tu dis ? Si tu étais à sa place, jamais je ne l'aurais laissé te faire du mal ! »

Stark tourna la tête vers lui. Ses yeux sombres portaient un regard accusateur à celui qu'il considérait, autrefois, comme son ami.

« Je ne serai jamais à sa place Steve ! Tu l'as choisi ! »

Sa voix était vrillée de douleur et Tony se maudit aussitôt pour cela. La seule chose qu'il voulait montrer, c'était sa haine, et certainement pas de la vulnérabilité. Encore moins devant lui. Et pourtant, s'il l'accusait d'être un traitre, c'est qu'il se sentait profondément trahi. En plus d'être en colère, il était blessé. Jamais il n'aurait cru que le Cap' serait capable de le blesser ainsi, mais c'était arrivé. L'once de détresse qu'il perçut dans ses mots eut pour effet de calmer aussitôt l'amertume de Steve : Tony avait le droit de faire des reproches, de lui en vouloir, pas l'inverse. Il soupira en baissant la tête :

« Je n'ai choisi personne… Bucky était sous contrôle et tu le sais. Tu ne feras pas justice à tes parents en lui ôtant la vie. Je comprends ta colère Tony, mais elle ne te mènera nul part. »

« Comment oses-tu me parler de justice, putain de hors-la-loi… »

Et putain de soldat qui se prétendait toujours intègre, toujours si droit, qui pensait avoir raison, qui tournait en dérision les convictions de Stark, génie, milliardaire, playboy, philanthrope. J'ai vu des hommes dénués de tout ça qui en valent dix comme vous.

« … je suis désolé qu'on en soit arrivé là … » même si toutes les excuses du monde ne saurait apaiser sa rage, Tony avait besoin de les entendre. Surtout de lui. Steve se traina doucement, se rapprochant de son camarade pour rester agenouillé près de lui. Il avait besoin de lui dire tout ça en le regardant bien en face. « Je suis désolé d'avoir gardé le silence sur tes parents… je me suis fourvoyé en pensant que ton ignorance te protégerait… mais je n'ai fais que me protéger moi-même. J'ai été lâche, je le reconnais. Je ne peux rien faire de plus Tony, si ce n'est espérer que tu me pardonnes un jour »

L'éclair de colère dans le regard de Tony signifiait clairement : Tu peux attendre ! mais elle s'éteignit dans le silence, laissant place à de la lassitude, et peut-être, à de la nostalgie. Stark se redressa difficilement et Steve plaça une main dans son dos pour l'y aider. Il l'y laissa même lorsque Tony fut assis à son tour. Le brun fixait le bout de ses pieds rouge métallisé, profondément amer. Il aurait bien cogné Steve, mais il ne lui restait aucune capacité décente si ce n'est essayer de respirer convenablement. Résigné, il lâcha un soupir.

« ... Moi aussi je me suis fourvoyé. Je croyais que tu finirais par ployer, que Natasha te ferait entendre raison, que tu ne renoncerais pas à notre amitié, à tout ce que nous avions... pour tes stupides idéaux », dit-il en ramenant finalement son regard sombre vers les yeux azurs de Steve.

Ce visage trop parfait n'avait jamais eu de cesse de l'horripiler, peut-être parce qu'il lui inspirait de la jalousie, peut-être parce qu'il lui inspirait aussi du désir, parfois, quand son esprit avait la faiblesse de s'égarer.

« Je ne renoncerai jamais à notre amitié. Je te l'ai dit, je serai toujours là si tu as besoin de moi »

Les yeux sombres de Tony lui hurlaient tous les reproches du monde, tous les questionnements du monde, et par dessus tout : "Comment peux-tu me faire ça à moi ?!", mais paradoxalement sa voix fut très calme. Eteinte.

« Ce n'est pas une promesse ça, Steve, c'est un adieu »

Du regret, le regret qu'il perçut dans sa voix transperça le cœur du soldat, autant que la crainte qu'il eut raison. Mais que pouvait-il faire ? Que pouvait-il changer ? Ils avaient choisi leur voie… Steve se pencha et déposa ses lèvres sur le front de Tony. Un baiser. La plus grande marque d'affection qu'il n'y avait jamais eu entre eux… et il avait fallu en arriver là pour ça.

« Prends soin de toi »

C'était bien un adieu. Et le regard stupéfait de Stark devant le geste de Steve se remplit à nouveau de colère. Le captain semblait enfin prêt à se lever… et partir. Stark saisit fermement son bras de ses deux mains, l'empêchant de se redresser, et le tira sèchement vers le bas. Surpris, le genou du Capitaine s'écrasa de nouveau au sol. Il venait de manquer de peu de tomber sur Tony.

« C'est tout ? "Désolé, salut, prends soin de toi" ? C'est tout ce que t'as à me dire ? », Il murmurait, sifflait de rage, serrant l'avant-bras du Captain de toutes les maigres forces qu'il lui restait, comme s'il comptait les briser. Dieu, qu'il en faudrait plus pour ça. Stark le secoua sèchement, frappant le torse de Steve avec au passage. « Regarde-moi » ordonna t-il sèchement.

Alors qu'il avait gardé les paupières basse, Steve ferma un instant les yeux comme pour chercher en lui n'importe quel forme de courage, puis il les rouvrit vers Tony. Et ça, il le regretta. Quelle idée stupide de briser l'armure faciale. Tony avait toujours eu un visage si expressif, c'était diablement difficile d'en être témoin, de lire aussi aisément tous les sentiments négatifs qu'il pouvait lui inspirer. Le soldat avait tant de choses sur le cœur, c'était indéniable. Mais que pouvait-il dire à cet instant ? Qu'avait-il droit de dire ?

« Que veux-tu entendre, Tony ? »

Certainement pas cette question en tout cas. L'ombre de la déception traversa le visage du génie. Tony le lâcha lentement en détournant le regard, presque comme s'il n'arrivait pas à réaliser la situation, ou au contraire, qu'il n'en mesurait que trop bien la gravité.

« Rien. Va t'en » dit-il dans un souffle tout juste audible.

Steve détourna le visage. Alors c'était comme ça que ça devait se terminer ? La haine de l'un, la peur de l'autre ? Lentement, difficilement, le Capitaine se releva et s'éloigna, ramassant son bouclier au passage. Il n'osait pas regarder en arrière. Jamais il ne réussirait à partir si son regard croisait à nouveau celui de Tony.

« Tu ne mérites pas ce bouclier ! » Le capitaine se figea « De quel droit vas-tu célébrer ta victoire avec ?! Mon père a fait ce bouclier !»

Steve resta le visage bas.

« Quelle victoire ? » Je t'ai perdu.

Steve lâcha le bouclier. Il lui sembla que c'est son cœur qu'il venait de laisser tomber. Le bruit résonna sèchement entre les murs. Sans un regard en arrière, comme il se l'était promis, il partit. Tony l'observa disparaitre, dubitatif, sa vue se brouillait de larme qu'il essuya avec tant de rage que le métal de son armure racla sa peau. A dire vrai, il avait espéré quelque chose. N'importe quoi… juste quelque chose… un mot, l'expression d'un regret, qu'il reste, qu'il le relève, qu'il l'emmène, ou au moins un dernier regard, quelque chose… mais rien.


Ce genre de fin m'enquiquine... je crois que j'écrirais une suite, quand j'aurais le courage XD
J'espère que ce OS ne vous aura pas déplu ceci dit