Engrenages

La plupart des gens pensaient que la relation entre Shizuo et Izaya était surtout difficile à vivre pour le blond. Mais ils avaient tort. Shizuo ne pensait pas à après. Alors qu'Izaya avait fortement conscience de lui-même, car pour se mentir à soi-même, il fallait bien qu'il soit capable d'être conscient de qui il était vraiment. Il réfléchissait et analysait tout ce qu'il faisait et tout ce qu'il disait. C'était plus fort que lui, il ne pouvait pas stopper les engrenages de son cerveau, quand bien même il le voulait plus que tout parfois.

C'est pourquoi il savait. Il savait que revenir à Ikebukuro n'était pas anodin. Il savait qu'il pouvait continuer ses affaires à Shinjuku, où il s'était établi la majorité du temps. Il savait que ses plans avaient de meilleures chances de succès s'il ne revenait pas, s'il n'y avait pas cet aléatoire qu'était Shizuo. Il savait aussi qu'il arrivait toujours à justifier son retour, de manière plus ou moins crédible, même pour lui-même. Enfin, il savait également qu'il haïssait Shizuo plus que tout. Et sa pensée s'arrêtait ici. Même si les engrenages continuaient de tourner à l'arrière de sa tête et qu'il se forçait à fixer son écran, pour réfléchir à quelque chose d'utile. Il avait beau être concentré sur son travail et l'effectuer avec brio, comme toujours, les engrenages continuaient leur course folle, comme si sa pensée n'avait pas vraiment besoin de lui, presque hors de contrôle.

Toutefois, Izaya avait l'habitude de ce petit manège, dont il n'était pas maître. Et même s'il n'y avait personne avec lui dans la pièce et certainement personne pour entendre le fond de ses pensées, il se sentait malgré tout comme obligé de se justifier. Justifier le fait de penser si longuement à Shizu-chan; c'était parce qu'il le haïssait plus que tout. Justifier le fait de revenir si souvent; c'était pour faciliter son accès à l'information et être au contact de ses humains. Justifier le fait qu'il ne puisse passer une journée sans chercher ce que Shizu-chan faisait: surveiller son ennemi pour qu'il n'intervienne pas malencontreusement dans ses projets. Justifier le fait d'aller à sa rencontre, jour après jour, mois après mois, année après année; la vengeance, comme il ferait payer éternellement Nakura d'avoir poignardé Shinra, il se vengerait de Shizuo pour interférer dans ses plans pour toujours. Enfin, justifier ce petit jeu du chat et de la souris, de ne jamais en avoir terminé avec Shizuo ; …

Izaya aimait à penser qu'il n'avait pas vraiment à justifier ça. Car après tout, Shizuo non plus n'avait jamais donné son maximum et semblait se complaire dans cette relation destructrice. C'était sûrement leur seul point commun. Et pour Izaya, c'était suffisant.