Bonjour mes mignons sucres d'orge! Aujourd'hui, je vous propose une fic sur laquelle je travaille depuis plus d'un an et demi, sans pour autant être bien avancée dans son écriture proprement dite. Pourquoi donc? Parce que je suis une vieille folle qui se lance dans des projets sans commune mesure alors qu'elle n'en a absolument pas le temps. C'est la vie, c'est comme ça. Et pourtant, pourtant, je mènerai cette fiction à terme quoi qu'il m'en coûte, simplement parce qu'elle touche un fandom qui est plus qu'important à mes yeux. En effet, Ouran Highschool Host Club est le tout premier anime que j'ai regardé et le tout premier manga que j'ai lu. C'est un univers qui est extrêmement cher à mes yeux, et c'est pourquoi je ne pourrais jamais assez remercier Bisco Hatori pour cette création (et je profite de cette mention pour vous préciser que l'univers, le concept et certains des personnages ne m'appartiennent pas).
Et tant qu'à être dans les remerciements, merci à Froggy, ma otaku partner, comme j'aime bien l'appeler, pour me seconder dans la passion irrationnelle et les fantasmes que nous nourrissons envers cet univers et ceux qui l'habitent. Un IMMENSE merci aussi à TorikagoNoDouwa, aka Elisabeth, d'avoir accepté de devenir mon accompagnatrice dévouée dans cette folie. Sans tes conseils, tes commentaires et tes patientes relectures inlassables des mêmes chapitres, cette fic en serait restée à l'état de jargon incompréhensible pour le commun des mortels. Merci de m'aider à ordonner ce bordel qui règne dans ma tête, et j'espère sincèrement que tu y trouves une certaine satisfaction. :')
Je vous présente donc la prochaine génération d'hôtes, basée sur les idées concernant les hôtes qu'Hatori-sensei nous a laissées à la suite de l'ultime chapitre du manga. Et oui, il s'agit des charmants enfants de nos sept hôtes bien-aimés, et comme j'aime les familles nombreuses, il y en a trop. Je suis désolée. En plus, par soucis de vraisemblance, leurs noms sont d'origine japonaise. Il est donc ardus pour nous, occidentaux habitués aux noms simples tels Anne ou Étienne, de retenir ces prénoms exotiques. Ma bêta et moi avons conclu que pour vous faciliter la tâche, il convenait de vous les introduire dans des prologues, qui précèderont leur présentation officielle dans le premier chapitre. Il y en a cinq: un pour chaque famille. Ils introduisent également des éléments qui seront réutilisés plus tard dans la fiction. Il n'est pas essentiel de les lire, seulement fortement recommandé. Les plus audacieux d'entre vous pourront passer directement au premier chapitre, puisque que je publierai les cinq prologues et le premier chapitre dans la même journée pour ceux qui trouvent ces introductions banales et superflues. Je me suis néanmoins énormément investie dans leur écriture, alors il serait gentil d'au moins y jeter un coup d'oeil... mais bon, le lecteur est maître, alors faites comme vous voulez.
Donc, suite à ce blabla interminable que vous avez sûrement trouvé ennuyeux, place au spectacle! Bonne lecture!
Note : les extraits en italiques dans les dialogues sont en français dans la discussion.
Prologue 1: La famille Suou
- Je suis rentrée.
Le silence répondit à Haruhi ce soir-là, pour la première fois depuis longtemps. Il était rare qu'elle revienne si tôt : normalement, les enfants étaient déjà revenus de l'école lorsqu'elle passait le seuil de la porte et elle était accueillie par un énorme câlin de la part de ses fils, par une chienne en manque d'affection ou par le sourire attendrissant de sa plus jeune enfant. Mais ce soir-là, la maison était déserte lorsqu'elle y entra. Tamaki aussi était absent, même si cela, c'était monnaie courante : depuis qu'il dirigeait le groupe Suou, il n'était pas rare qu'il rentre après elle.
L'avocate savoura un instant le calme qui l'entourait, avant de se diriger vers le salon où elle comptait s'installer pour travailler encore un peu avant que les enfants ne rentrent. Il était si rare qu'elle ait le loisir de travailler sérieusement une fois chez elle, autant en profiter!
Malheureusement, ses plans furent contrecarrés par une présence superbement affalée sur le sofa. Quelqu'un qui n'aurait pas dû y être.
Elle aurait exigé des explications sur-le-champ en toute autre circonstance, mais puisqu'il dormait, elle se ravisa. Tamaki devait revenir ce soir-là d'un séjour de quelques jours seulement en France, et sa femme savait très bien que le décalage horaire était pénible à vivre, surtout vers l'est. Elle se contenta donc d'aller chercher une couverture pour le couvrir.
Elle venait à peine de finir de le border lorsqu'elle sentit des bras s'enrouler autour de sa taille, avant que Tamaki ne la tire vers lui pour l'allonger à ses côtés.
- Bonsoir, Haruhi, lui murmura-t-il à l'oreille.
- Espèce d'hypocrite! s'outra-t-elle aussitôt. Faire semblant de dormir, franchement! Non mais, quel âge as-tu?!
Pour toute réponse, il se mit à rire, tout en évitant les coups qu'elle tentait de lui asséner en se débattant. Il lui avait fait le coup tellement de fois par le passé, il commençait à maîtriser l'art d'esquiver.
- Je ne faisais pas semblant, je me suis endormi en t'attendant, fit-t-il.
- Alors que tu ne devais rentrer que tard ce soir?!
- Ma rencontre de cet après-midi avec le client a été annulée, alors j'en ai profité pour devancer mon départ. Je voulais te faire une surprise.
Tamaki resserra alors son étreinte autour de la taille de sa femme, avant de commencer à parsemer son cou de baisers. Elle protesta d'abord, mais la douceur de ce moment d'intimité, le premier depuis des lustres, finit par avoir raison d'elle. Elle se retourna, et bientôt ce furent leurs lèvres qui étaient collées les unes aux autres. Un petit moment parfait…
- Allo Maman, on est rentré!
… jusqu'à ce que leurs enfants (qu'ils avaient totalement oubliés l'espace d'un moment) ne rentrent, les prenant tellement par surprise qu'ils en tombèrent du divan.
Haruhi se releva la première, et leur répondit aussitôt.
- Bonsoir les enfants! les salua-t-elle, en faisant comme si ne rien était.
Elle avait eu l'intention de rajouter quelque chose, mais elle fut interrompue par l'assaut énergique d'une énorme golden retriever qui lui fit retrouver le sol brusquement.
- Adélaïde, ici! ordonna une petite voix fluette.
La jeune chienne releva la tête et obéit aussitôt, se dirigeant docilement vers sa petite maîtresse qui l'attendait dans l'entrée.
Même si l'animal (qui avait à peine un an) s'était voulu au moment de l'achat une propriété familiale, il avait vite démontré une obéissance et un sentiment d'attachement très fort envers Tenshi, la petite benjamine de la famille. Chez cette fillette de cinq ans, c'était un talent naturel : elle était née avec un sens du leadership hors du commun, qualité que les gens de son entourage avaient appris à apprécier. Malheureusement, cette qualité avait tendance à être trop souvent oubliée lorsqu'elle sortait du cercle de ses amis proches et de sa famille immédiate, surtout à cause de sa différence. Car il faut le dire, Tenshi Suou était loin d'être une enfant ordinaire.
Elle était née blanche, toute blanche, avec pour seule touche de couleur des yeux aussi écarlates que le sang. En médecine, on appelle cela l'albinisme. C'est une caractéristique comme une autre, ce n'est pas censé faire de différence. Et pourtant, Dieu seul sait à quel point notre monde est terrifié par la différence.
Voilà pourquoi notre jeune albinos valorisait énormément sa famille. Ils étaient tout pour elle, les seules personnes qui l'avaient toujours acceptée et qui l'accepteraient toujours.
Il y avait tout d'abord son grand frère Hiroshi. Tout le monde l'appelait Hiro-kun ou Suou-sempai, mais pour elle, il avait toujours été et resterait toujours Hiroshi-oniichan. Elle s'entendait vraiment bien avec lui, principalement parce qu'ils ne se ressemblaient pas beaucoup : alors qu'elle préférait être celle qui dirige, il ne se sentait pas vraiment à l'aise dans les rôles d'importance. Même au niveau physique, ils ne partageaient absolument aucune ressemblance. Hiroshi avait de courts cheveux bruns et des iris marron et doux qu'il tenait de sa mère. Il était quelqu'un simple, un jeune homme de dix-huit ans aux allures candides trainant un ourson en peluche prénommé Kuma-chan avec lui tout le temps. Sa petite taille et sa stature peu imposante en faisaient quelqu'un de très approchable, et son caractère paraissant enfantin et naïf au premier abord cachait une maturité insoupçonnée et un confident attentif. Il se savait déjà destiné à consacrer sa vie aux plus démunis, voilà pourquoi il avait renoncé à son droit d'aînesse en ce qui concernait la succession du groupe Suou.
Et puisqu'il avait abandonné son droit sur ce poste, il revenait donc à Katsumi, son frère qui était son cadet d'un an seulement, d'assumer la fonction d'héritier du groupe. C'était une chance: il semblait fait pour ce rôle. Il prenait cette responsabilité très à cœur, notamment par respect et admiration envers son père. Il ressemblait beaucoup à Tamaki, d'ailleurs: il avait les mêmes cheveux d'or et les mêmes iris bleu-violet si uniques. Au premier abord, il pouvait sembler idiot et naïf, mais son entourage savait bien que sous ce personnage haut en couleur se cachait un véritable prince au cœur bon et altruiste. Quelqu'un capable de lire les gens, de les comprendre, alors qu'eux-mêmes en étaient incapables parfois.
Et ses frères étaient certes très importants aux yeux de Tenshi, il n'en restait pas moins qu'elle aimait ses parents plus que tout. Sa mère, touche de stabilité dans un univers rocambolesque, et son père, musicien, qui armé seulement d'un piano, pouvait ouvrir même le plus endurci des cœurs.
Et il y avait aussi… Non, il valait mieux ne pas y penser. La grande silhouette de son papa adoré venait de se relever aux côtés d'Haruhi dans le salon; il était inutile de gâcher la joie de le revoir plus tôt que prévu avec d'aigres et inutiles pensées.
Car oui, sitôt qu'elle le vit, la jeune albinos se précipita avec un immense sourire aux lèvres vers Tamaki, et avec un sourire tout aussi sincère, il la prit dans ses bras.
- Papa! s'extasia la petite. Tu m'as tellement manqué!
- Bonsoir ma princesse, la salua-t-il. Tu m'as manquée aussi.
Il aurait bien ajouté autre chose, mais ses deux fils et sa fille cadette le bombardèrent bien vite de questions.
- Est-ce que tu es allé rendre visite à Mamie et Papi?
- Ils vont bien?
- Est-ce qu'on va aller les visiter tous ensemble cet été?
- Est-ce que tu repars bientôt?
- Eh, les enfants, calmez-vous un peu! s'interposa Haruhi. Votre père vient d'arriver, laissez-lui le temps de respirer! Les garçons, je suis certaine que vous avez des devoirs à faire. Quant à toi, fit-elle en se tournant vers Tamaki, emmène Tenshi faire une leçon de piano. Elle a profité de ton absence pour paresser, il est temps de rattraper le temps perdu.
Son ton était autoritaire, et même si tous protestèrent, elle réussit à tous les jeter hors du salon en promettant que leur dessert favori trônerait sur la table à la fin du repas.
Après de longues minutes, elle se retrouva seule dans le salon, et ce n'est qu'alors qu'elle s'autorisa à soupirer. Pas étonnant que sa vie soit sans dessus dessous avec une famille pareille! Mais en même temps, sa réalité lui convenait parfaitement : elle savait pertinemment que son bonheur était ce désordre. C'était la voie qu'elle avait choisi des années plus tôt en épousant Tamaki Suou. Et elle ne regrettait rien.
…
Elle n'aurait pas dû être surprise qu'une douce odeur vienne lui chatouiller les narines alors qu'elle venait à peine d'entrer dans l'immense cuisine, son lieu de loisir de prédilection dès qu'elle rentrait chez elle. Ce n'était un secret pour personne : elle adorait cuisiner. Et depuis quelques années, elle n'était plus la seule de son foyer qui se réfugiait entre les livres de recette et les plats de toutes sortes dès qu'elle en avait l'occasion.
En effet, celle qui était à l'origine de ce fumet tout à fait alléchant n'était autre que sa fille Hatsu. Haruhi avait été un tout petit peu étonnée de ne pas la voir rentrer en même temps que ses frères et sœurs, mais avait vite oublié ce petit détail. Et la voir dans la cuisine n'aurait pas dû l'étonner. Après tout, au cours des deux dernières années, elle avait pris pour habitude de passer par les cuisines plutôt que par l'entrée principale à son retour de l'école de manière assez régulière, et ces soirs-là, c'était elle qui se chargeait du souper. Or, il y avait quelques temps déjà qu'elle ne s'était adonnée à cette routine.
- Oh, bonsoir Maman, la salua la jeune fille en la voyant entrer. J'ai préféré rentrer par la cuisine ce soir, j'avais envie de faire un sukiyaki. Tu veux venir m'aider?
La mère acquiesça, retroussa ses manches et se mit à l'ouvrage, laissant un silence planer entre elles, au milieu des bruits de couteaux claquant sur le bois et le crépitement de l'huile dans la poêle. Les mots étaient inutiles, car derrière son sourire avenant et sa gentillesse, Haruhi avait parfaitement senti le trouble de sa fille. Après tout, elle la connaissait mieux que quiconque, et lorsque la jeune brune descendait à la cuisine plutôt que de rentrer avec les trois autres, il y avait toujours une bonne raison, et depuis deux ans, c'était toujours la même.
Hatsu était une jeune fille calme, très assidue et terre à terre de l'avis de ses professeurs. Ils la décrivaient souvent comme très mature pour une adolescente de quinze ans. Elle tenait de sa mère de longs et magnifiques cheveux bruns, alors que ses immenses yeux d'un bleu tirant sur le mauve prouvaient sans l'ombre d'un doute qu'elle était la fille de Tamaki Suou. Et même si elle rêvait de devenir avocate comme sa mère, même si tous les adultes de son entourage lui faisaient remarquer qu'elle se comportait exactement comme Haruhi au même âge, sa famille rapprochée savait que malgré cette part d'elle-même qui la faisait passer pour la réplique parfaite de sa mère, elle tenait de Tamaki bien plus qu'on ne pouvait l'imaginer au premier abord.
Tout d'abord, elle avait un charme assez déconcertant qui attirait les regards du sexe opposé. Les prétendants s'enfilaient les uns après les autres, mais aucun ne faisait long feu, et certains finissaient même avec le cœur brisé. Elle se sentait souvent coupable pour ces pauvres bougres, mais se réconfortait un peu en se disant qu'au moins, elle avait essayé.
Et malgré ce côté assez positif de son héritage génétique paternel, il venait aussi avec de bien moins reluisants côtés. Dont un en particulier, qui était la vraie raison de sa présence entre la cuisinière et le comptoir ce soir-là, sa mère le savait.
…
Deux ans plus tôt, sa petite sœur Tenshi était entrée à la maternelle. La jeune albinos était toute excitée de faire son entrée dans « le monde des grands », et tout le monde l'encouragea à essayer de se faire de nouveaux amis au cours de cette première journée d'école. Elle était partie de la maison le sourire aux lèvres, tenant la main de son grand frère Hiroshi et de sa sœur.
Et elle en était revenue en larmes, seule. Personne n'a jamais su ce qui est arrivé cette journée-là. Personne… sauf Hatsu.
La jeune adolescente était rentrée un peu plus tard ce soir-là, pour trouver sa jeune sœur pleurant dans les bras de sa mère. La vue de la fillette si désemparée la troubla à un tel point qu'elle figea sur place. Pourtant, il fallut qu'elle laisse son sac tomber sur le sol pour qu'on remarque sa présence. Le bruit que fit la porte en se refermant n'avait pas été suffisant.
- Hatsu! s'exclama alors Haruhi.
Sitôt qu'elle entendit le nom de sa sœur, les soubresauts de Tenshi cessèrent, de même que le hoquet de ses sanglots s'arrêta d'un coup. Et son visage encadré de mèches d'argent en bataille se retourna pour rencontrer l'immobilité silencieuse de son aînée.
Le regard écarlate de Tenshi avait brûlée Hatsu de l'intérieur, ce soir-là. Des flammes de haine dansaient dans ses yeux, un feu ardent de colère, si intense qu'il faisait rouler des perles de rage étincelantes sur ses joues.
Et pour répondre à la frustration, un effroi teinté de culpabilité, dans un regard couleur lavande, cette fois-ci. Et des larmes, encore une fois. Puis les yeux d'Hatsu se fermèrent, alors qu'elle tombait à genoux, le visage caché dans les mains et les épaules secouées de soubresauts.
- C'est de ta faute… murmura alors Tenshi d'une voix vide, ne concordant pas avec ses traits hargneux, en se levant pour aller rejoindre la silhouette affaissée de sa grande sœur.
- Je sais… répondit Hatsu entre deux sanglots, baissant honteusement la tête. Pardonne-moi…
Son visage ruisselant de larmes se releva vers sa petite sœur, et elle tendit une main tremblante vers la jeune albinos. Une demande de pardon.
Une demande de pardon que le petit ange* jugea arrogante, car elle y répondit par une gifle brutale. Haruhi, qui assistait à la scène, héla aussitôt sa fille cadette sur un ton outré, mais la fillette n'en eu cure. Elle regardait de haut la silhouette recroquevillée de sa grande sœur, la fureur faisant frissonner chacune des fibres de son être. Ses larmes ne coulaient plus. Elle ne les laissait plus couler.
- JE NE TE LE PARDONNERAI JAMAIS! hurla-t-elle avant de s'enfuir en courant de la pièce.
Haruhi avait essayé de la retenir, s'était même lancée un bref moment à sa poursuite, en vain. Le silence avait donc plané, et elle s'était tournée vers l'aînée de ses deux filles. Hatsu s'était relevée, sans toutefois porter sa main à sa joue où des traces de doigts encore rouges étaient bien visibles. Elle paraissait plus que calme, alors que sa mère, quant à elle, explosa. Elle ne comprenait absolument rien à ce petit manège, sa connaissance très basique de la langue française ne lui permettait pas de comprendre les paroles que Tenshi avait lancées un instant plutôt, et de toute façon, elle trouvait que ce qui venait de se passer dépassait largement les bornes.
- Hatsu, pour l'amour du ciel! se fâcha-t-elle. Pourrais-tu m'expliquer ce qui vient de se passer? Et pourquoi Tenshi est-elle rentrée en pleurant? Elle n'a rien voulu me dire!
Haruhi tempêta encore un moment en exigeant des explications, jusqu'à ce que la jeune adolescente contre qui elle pestait de la sorte se lève. Et alors, Hatsu Suou, cette jeune fille calme et droite qui n'avait pas pour habitude de cacher ce genre de choses à ses parents, fit une chose inhabituelle. Sa réaction prit sa mère par surprise, à un tel point qu'elle en resta bouche bée de longues minutes.
Elle se tourna de dos à sa mère, et lâcha d'une voix éteinte et sèche :
- Tu n'as pas en t'en faire avec ça. Je suis capable de gérer cela moi-même. Tout ira bien. Oubliez-moi pour le souper, j'ai beaucoup de devoirs.
Puis elle quitta la pièce, un pas à la fois, laissant les cheveux un peu trop long de son toupet cacher une bonne partie son visage. Et sa mère, totalement impuissante, la regarda partir, une peine immense lui enserrant la poitrine.
…
Elle n'avait pas déjeuné et à peine soupé tous les jours pendant les deux semaines suivantes. Et pourtant, elle avait retrouvé son caractère d'avant, et Tenshi aussi. Mais leur mère les connaissait assez pour voir la vérité : même si elles agissaient comme si ne rien était, elles n'allaient pas bien, surtout Hatsu. Haruhi le savait, car elle non plus n'avait pas beaucoup tendance à s'ouvrir aux autres lorsqu'il s'agissait de ses peines personnelles. Et cette peine, d'ordre familial, semblait être le mauvais sort personnel d'Hatsu, comme c'avait été le cas avec son père des décennies plus tôt.
Tout le monde avait essayé d'apprendre ce qui s'était passé ce fameux jour pour que les choses changent aussi radicalement entre les deux sœurs. Mais elles restèrent toutes deux muettes, et au fil des mois, l'espoir de leurs proches finit par s'estomper. Ils décidèrent donc de laisser courir, espérant que le temps arrangerait les choses.
Cela faisait deux ans, et pourtant, les choses n'étaient toujours pas réglées. Elles s'évitaient en permanence, et ne s'adressaient presque jamais la parole. Et dès qu'elles se trouvaient dans la même pièce, l'atmosphère s'alourdissait en le temps de le dire. La situation était très pénible, surtout pour leur famille qui se trouvait prise entre les deux, mais ils savaient tous qu'il n'y avait absolument rien d'autre à faire que de les laisser gérer cela par elles-mêmes. Elles refusaient l'aide qu'on leur proposait depuis si longtemps, ce n'était pas parti pour changer de sitôt.
Et ce soir-là, si Hatsu était descendue directement à la cuisine en rentrant de l'école, c'était évidemment parce qu'elle voulait éviter Tenshi une fois de plus. Sa mère avait remarqué depuis longtemps que la cuisine était le moyen de prédilection de sa fille pour se changer les idées.
- Tamaki est rentré, lâcha alors Haruhi, espérant briser le silence et engager la conversation.
- Oh, c'est bien. Elle devait être contente de le voir.
Elle. Pas Tenshi, jamais. Elle.
- Oui, très, et les garçons aussi, confirma sa mère. Il a vraiment fallu que j'y mette toute mon énergie pour réussir à les envoyer faire autre chose. J'ai même dû leur promettre une tarte aux pommes! C'est simplement un peu dommage : je ne suis pas aussi douée qu'Anne pour ça…
- Veux-tu que je t'aide? lui proposa Hatsu. J'ai passé l'été dernier à me pratiquer avec Grand-mère, et je maitrise assez bien sa recette.
Avec un grand sourire, Haruhi accepta, heureuse de partager un moment aussi privilégié avec sa fille. Mais une petite voix lui rappela ce que Hatsu faisait réellement là, et elle ne put s'empêcher de soupirer en son for intérieur. Son bonheur était brisé, car sa famille l'était aussi, et depuis bien trop longtemps. Où étaient les miracles quand on avait besoin d'eux?
« Chère Maman qui est au ciel,
Je sais parfaitement que je suis impuissante. Elles ne m'écouteront pas, ni l'une ni l'autre, et de toute façon je ne peux pas comprendre : je n'ai pas de sœur. Mais comment faire, quand on est une mère, pour rester impassible alors que nos enfants souffrent? Comment vivre avec le fait de ne pas savoir? Donne-moi la force, je t'en prie, de tenir. Même si elles se sont abandonnées l'une l'autre, moi, je ne peux pas les abandonner. »
*En japonais, « tenshi (天使) » signifie « ange ».
Bon, alors voilà les amis, le premier prologue. Qu'est-ce que vous en dites? Je sais, je sais, ce que j'ai fait est impardonnable... j'ai osé faire disparaître Antoinette de la vie de Tamaki. J'ai osé faire de ce chien une créature mortelle qui a trépassée au bout d'une quinzaine d'années d'existence. Pire: j'ai même osé la remplacer! Je ne mérite en aucun cas votre pardon.
Allons, plus sérieusement, qu'en pensez-vous? Ce sera un projet de longue haleine, et la famille Suou en sera un des éléments-clés... il est donc impératif qu'elle ne vous laisse pas indifférents. Un petit commentaire serait apprécié, j'aime lire ce que vous avez à m'en dire.
Sur ce, pour ceux qui sont encore intéressés, retrouvons-nous au deuxième prologue!
Votre dévouée,
-Honey
