Je sortais tout simplement de la taverne, un peu éméchée, lorsque le type m'aborda. Il était grand et portait la barbe plus longue que celle des maîtres nains. Quelque chose dans son regard me fit immédiatement changer le mot « type » de ma première phrase pour le remplacer par « seigneur-mage-puissant-a-qui-on-ne-cherche-pas-de- noises ». En vérité, il ne m'aborda pas réellement. Il me fixa, un moment, et je ne pouvais détourner le regard. Lorsque je décidai de le faire, il se mit à parler.
« -Vous devez être Kat, la jeune faune dont on m'a parlé…
-On vous à parlé... De moi ? Parlé de moi ?
-Ma foi, oui. »
Si j'avais réussi à parler sans bégayer, c'était simplement grâce à l'alcool. En effet, cette grande silhouette barbue m'intimidait grandement. Il pencha la tête, et je crus discerner un sourire amusé dans sa barbe.
« -Et qui, si je puis me permettre ?
-Tseyan, elle s'appelait.
-… ? Je ne connais pas de Tseyan…
-Mais vous n'avez pas besoin de la connaître… Elle s'en occupe.»
L'entretien devenait très spécial… Je ne savais si c'était l'alcool ou si cet homme était bien réel. Et il me faisait dans tous les cas un peu peur. Lui-même devait être bien ivre.
« -Je dois vous laisser… Ma tante m'attend chez elle pour le thé !»
Lâchai-je en faisant demi-tour. C'était plus ou moins vrai. C'était ma tante adoptive, une hobbit. Mes parents faunes étaient morts, et le couple hobbit qui m'avait adopté… N'avait pas tenu longtemps. En effet, le jour où ils m'avaient trouvé dans la forêt, ils étaient tombés sur une troupe de gobelins. Mais la tante s'en était sortie. Je m'étais séparée d'elle lorsque j'étais en âge de vivre seule et à présent je revenais m'installer dans la vallée, que j'avais quitté, il y a si longtemps…
Les faunes se faisaient rares, ces derniers temps. On me dévisageai souvent, mais ici, les gens se rappelaient de cette époque reculée ou j'habitais encore la vallée.
Le lendemain, en me réveillant, sentant un léger mal de crâne, je me levai pour manger quelque chose. Le premier petit déjeuner, comme aurait dit ma tante. Je posai le plateau sur la table et, tout en avalant un café brûlant, je mis du pain à griller et me coupai du fromage. De bonne humeur devant mon repas, je souris en me rappelant de mes aventures de la veille… Il fallait que j'eusse été bien ivre pour imaginer une telle rencontre ! Soudain, on cogna à la porte, trois coups sonores.
« -Heu… J'arrive ! »
Et je me levai, me hâtant vers l'entrée, pour ouvrir à la personne qui me dérangeait si tôt. Je murmurai pour moi-même « Mais qui cela peut-il bien être… ».
