Les sanglots inondent la Chaumière aux Coquillages. Moi, je rêve d'un petit cottage où ne serions que deux, et où mon seul plaisir naîtrait de l'immensité de ton regard. Un univers esseulé mais qu'importe, puisque l'intensité de tes pupilles suffirait à toute chose. La pulpe de tes lèvres parlerait pour le monde. Tes mains embraseraient mon âme. Nos corps seraient frissons.

Comme une caresse assassine va courir sur mon cœur, je sens encore ton pouce couler de mes omoplates à mes hanches. Mes mains ne peuvent cesser de presser ta taille ; les tiennes s'enroulent parfois dans le creux de mon cou, effleurent souvent mes fesses aussi. J'entends encore ta lourde respiration qui s'écrase contre ma peau, tandis que ta poitrine heurte violemment la mienne. Je me revois embrasser ta joue, ton épaule droite, et, d'un air un peu gauche, t'allonger dans la mer de draps qui nous fait face. Quel délice, alors, de te sentir en moi. Quel délice, alors, de me noyer dans chacune des vagues d'abandon qui me – qui nous submergent ! Mes yeux glissent de tes lèvres à ton ventre et tu frissonnes entre mes doigts. De tes paumes immenses, tu n'hésites pas à repousser nos mèches humides pour observer ces langues, légères, esquisser un enivrant ballet.

La sueur perle sur nos corps. Les rivages s'embrument au rythme des pressions chaudes et salées que tu exerces contre ma peau.

Merlin qu'il est beau l'océan, Fred. Ses vagues se brisant sur les écueils comme la dure réalité sur nos vies.

L'horizon s'est déjà assombri. Le soleil épouse les collines alentour. La houle agite sans un bruit les flots. L'écume dévorera bientôt la crique fleurie de nos adolescences. L'onde irrégulière fredonne nos afflictions. Ton souvenir dérive, mon sourire s'écaille. Les yeux clos, mes paupières tremblent sous l'embrun âpre abandonné çà et là par la brise.

Les sanglots inondent la Chaumière aux Coquillages. Enveloppé dans les linceuls, je sais que tu es bien.