Lundi 23 mai 2016.

Fais le Jo! Fais le où tu vas le regretter! C'est peut-être pas une bonne idée... Roh allez! Qu'est-ce que tu as à perdre? La jeune femme soupira avant d'enfoncer la dernière pièce qui lui restait dans la fente d'un téléphone public miteux. Ses doigts tremblèrent quand elle composa le numéro. On répondit à son appel si instantanément qu'elle paniqua et oublia quelques secondes ce qu'elle devait dire.

-hôpital Grey Sloan Memorial. Que puis-je faire pour vous aider? Calme toi... Ça va bien se passer. Rien n'était moins sûr.

-j'aimerai parler au docteur Miranda Bailey. Sa bouche était si sèche. J'aurai dû boire ce foutu coca.

-c'est pour une consultation?Demanda la réceptionniste.

-heu...oui.

-très bien mademoiselle. Ne quittez pas je transmets votre appel. Pendant quelques instants Jo voulu raccrocher. Elle devait pourtant résister. L'entièreté de sa vie en dépendait.

-allo! Docteur Bailey, j'écoute.

-bonjour Dr Bailey... C'est Jo Wilson... Respire. Tout va bien se passer...

-Wilson! Comment pouvez vous...? Ou pas.

-est ce qu'il y a... Est-ce qu'il y a une place de libre à l'hôpital? Elle sentait sa voix chanceler mais n'arrivait pas à reprendre contenance. Stupide fille faible.

-oh Wilson... Jamais encore Jo n'avait entendu la voix de Bailey être aussi tendre. Ça l'a fit éclater en sanglots. Elle voulait tellement rentrer. Elle voulait que tout redevienne comme avant. Évidemment qu'il y a encore de la place même s'il faudra...tirer tout ça au clair... On désespérait d'avoir de tes nouvelles.

-merci. Je suis désolée... Je... Sa voix se coupa. Tu es si pitoyable.

-demain dans mon bureau, tu m'expliqueras tout. On fait comme ça? Demain à 9h?

-ça va être compliqué... Je ne suis pas à Seattle...

-tu es où?

-à Tulsa dans...

-l'Oklahoma! Mais que diable fais tu dans l'Oklahoma?

-c'est une longue histoire...

-quand pourrais tu être à Seattle?

-j'en sais rien du tout... Elle renifla et soupira. Reprends toi Joséphine...tu vas y arriver. J'ai dépensé mon dernier dollar pour vous appeler... J'ai pas de voiture, j'ai même pas mes papiers d'identité.

-comment as tu fait pour aller...? Nan rien laisse tomber. Tu n'as vraiment plus d'argent?

-plus rien du tout...

-tu dors où? Il est 2h du matin dans l'Oklahoma...

-je me débrouille... Ça va. Il faut juste que... Elle était si fatiguée. Tu es faible, si faible...

-reste là où tu es. Je t'envoies un colis immédiatement. Une de mes cousines habite Tulsa. Je vais te donner l'adresse. Tu as de quoi écrire?

-oui, mentit-elle.

-vas la trouver et dis lui que tu viens de ma part. Ok?

-merci Dr Bailey.

-on s'est tous fait du souci pour toi...

-je sais. Elle ment... Tout le monde se fiche de toi Jo.


Vendredi 27 mai 2016

Elle n'alla pas trouver la cousine de Bailey. Elle se contenta d'attendre le facteur chaque matin, cachée entre deux voitures. Le matin du quatrième jour fut le bon. Elle vit le facteur sortir de sa voiture, tenant un petit colis.

-il est adressé à Joséphine Wilson?

-heu... Oui.

-ça tombe bien, il est pour moi. Elle tenta de sourire mais n'en eut pas la force.

-très bien... Signez là.

Heureusement que ce facteur est bête. Elle fit semblant de rentrer dans la maison jusqu'à ce que la voiture de livraison soit suffisamment loin. Assise sur un banc public elle ouvrit délicatement le paquet.

Très bien donc... Carte d'identité, passeport, permis de conduire, 100 dollars, billet d'avion? Elle resta quelques secondes cherchant sa meilleure option. J'ai mon passeport... Je pourrais même quitter ce pays...mais pas avec 100 dollars. Pourquoi m'a t'elle acheté un billet pour Seattle? Tu es bête! Elle veut que tu reviennes abrutie. Bon...l'avion part d'Oklahoma city demain soir. Je suppose que je suis censée utiliser les 100$ pour aller jusque là. C'est bien trop...je devrai lui rembourser. Bien sûr que tu rembourseras, tu leur as fait si mal! Tais toi un peu! Elle était consciente qu'elle se parlait à elle-même. Peut-être que je suis folle? Elle rit légèrement de la situation. Elle devait rentrer. Elle ne pouvait plus tous les fuir.

Elle se leva et marcha lentement vers une station service tout en sachant pertinemment que dans 48h elle les reverrait. Son estomac se noua et une fois de plus elle sauta un repas. Le soir elle trouva finalement une femme prête à l'emmener jusqu'à Oklahoma city. Elle savait que Bailey aurait aimé qu'elle utilise ses 100$ pour prendre un bus ou un train mais Jo préférait le stop. Plus de liberté, plus d'adrénaline, plus de contact. Être accompagnée était la seule chose lui permettant de garder pied.

-vous faites la route 66 en stop?

-non. Mieux que ça... Je rentre chez moi.

-c'est où chez vous?

-à Seattle. J'habite Seattle. Il leur fallut plus de 2h pour arriver à destination.

-notre route ensemble s'arrête ici. Adieu Ana. Et oui...adieu Ana.

Pendant toute la durée de son périple Jo avait utilisé ce pseudonyme. Elle était devenue une autre personne. Il était temps qu'elle redeviennes Jo Wilson. C'était de loin l'identité qu'elle préférait.

-adieu Jade. Bon vent.

Jo trouva une petite auberge de jeunesse à 25$ la nuit non loin de l'aéroport. C'était la première fois depuis longtemps qu'elle se couchait dans un vrai lit. Elle somnola sans réellement dormir ni se reposer jusqu'à 11h, heure à laquelle elle fut mise dehors par le tenancier.

Elle se promèna dans Oklahoma city le reste de la journée, utilisant avec soin les 75$ qui lui restaient. Il fallait bien qu'elle soit présentable. Elle n'eut aucun problème pour prendre son vol, quelque part elle aurait souhaité en avoir, elle avait si peur de les revoir. Impatiente et effrayée, voilà ce que je suis.


Samedi 28 mai 2016.

Ce jour là il pleuvait à Seattle. Jo respira une grande bouffée d'air avant de se diriger vers la sortie de l'aéroport.

-Wilson! Wilson, je suis là. Elle vit avec effroi Miranda Bailey arriver telle une furie vers elle. Contre toute attente elle lui fit un grand sourire.

-bonjour Dr Bailey...

-je suis tellement heureuse de te revoir.

-moi...moi aussi, chuchota t'elle maladroitement.

-ne sois pas si stressée, je ne vais pas te manger.

-vous paraissez joyeuse.

-toi tu parais fatiguée, affamée et mal à l'aise.

-c'est pas faux.

-allons chercher tes bagages et puis nous irons manger, tu dois être morte de faim.

-j'ai seulement mon sac à dos...

-oui, bien sûr! Évidemment je suis bête. Allez viens. Bailey avait toujours essayé de protéger ses internes et ses résidents d'autant plus quand ceux-ci étaient doués et vulnérables. Ce qu'était indiscutablement Jo.

-merci. Merci beaucoup.

-tu n'as appelé personne. On sentait du reproche dans sa voix.

-je vous ai appelé vous.

-ce n'est pas que je n'apprécie pas quand les résidents me font confiance mais...pourquoi moi?

-j'en sais rien... Vous étiez une meilleure option que les autres je suppose.

-moins proche du Dr Karev?

-il fallait que je sache si je pouvais revenir. Sur le coup ça lui sembla être une bonne excuse.

-il faudra seulement que tu t'expliques.

-que savez vous? Qu'est-ce qu'on vous a dit? Les rumeurs ont dû être fabuleuses.

-à part que tu as disparu sans donner de nouvelles à la suite d'une dispute entre Karev et DeLuca...rien.

-ouais... Comment ils vont?

-bien...je suppose. Tu vois? Tout le monde va bien quand tu n'es pas la. Pourquoi cherches-tu à revenir? Sans réellement s'en rendre compte elle s'était retrouvée assise dans la voiture de Bailey. Que s'est-il passé? Tout le monde à l'hôpital cherche à le savoir depuis 3 mois. 3 mois...ça fait 3 mois que je suis partie...

-si seulement je le savais...

-tu avais trop bu?

-ça c'est sûr...

-tu ne te souviens de rien?! Edwards avait donc raison... Qu'as donc pu raconter ton "amie"?

-ah oui?

-un bruit de couloir a circulé disant que tu étais bourrée et que tu as ramené DeLuca chez toi... Edwards a plus ou moins confirmé.

-techniquement ce n'est faux. Elle était bourrée mais c'était DeLuca qui l'avait ramené et non elle. Elle s'en voulu de se chercher des excuses. Je me souviens de tout, ajouta-t-elle tristement.

-en tout cas DeLuca était vraiment amoché.

-tout ça c'est de ma faute...

-ben maintenant tu vas pouvoir tout arrangé. Jo regarda la fenêtre se demandant si au final elle n'aurait pas dû rester un peu plus longtemps dans l'Oklahoma. Le pire était qu'elle commençait à ressentir un manque. Un manque énorme de cette vie décousue, sans attache, sans affect, où tout n'était que solitude, déchéance et tristesse. Une vie où elle n'était rien et où personne ne dépendait de ses choix. Là au moins elle ne pouvait pas faire de mal.

-hum hum.


-j'habite ici.

-je vais dormir chez vous? La question était relativement bête, elle le savait.

-tu ne crois quand même pas que je vais encore te payer une nuit d'hôtel?

-non. C'était stupide... Je vous rembourserai.

-plus tard. Tu vas rester ici quelques jours, j'espère que ce sera suffisant pour te réconcilier avec Karev.

-mouais... Elle ne paraissait pas être vraiment convaincue.

-si tu veux tu pourras loger à l'hôpital. J'ai la clef d'une salle de repos...

-d'accord... Merci. Indésirable. J'espère que mon argent t'aura été utile.

-je sens bon? Elle avait profité de 75$ qui lui restait pour s'acheter des vêtements propres et pour se laver correctement.

-heu...oui.

-alors il a été utile. Bailey rit doucement.

-j'ai demandé à Ben de te préparer la chambre d'ami. Demain, je demanderai à tous les membres du conseil de statuer ton sort.

-en réalité vous ne savez même pas si je pourrai un jour retravailler au Grey Sloan.

-tu as raison. Si je te l'avais dit il y a une semaine, tu serais venue quand même? Jo réfléchit quelques instant.

-je n'en sais rien... Est-ce que je peux rentrer et dormir? Foutu décalage horaire essaya-t-elle de se convaincre.

-tu ne veux pas manger quelque chose? Tu as... Enfin tu vois?

-fort maigri? Oui, sans doute. Je suis juste crevée...

-tu es certaine que ça va? Tu as l'air vraiment mal.

-demain ça ira mieux. Rien n'était moins sûr.

-demain tu les reverras tous...

-ils sont au courant?

-personne ne sait même que tu es en vie à part Ben et moi. Jo soupira bruyamment.

-j'aurai dû vous donner des nouvelles.

-tu aurais dû oui! Tu ne t'imagines pas à quel point ils ont pu s'inquiéter!

-qui?! Alex? Il me déteste. Stéphanie? Elle doit être trop heureuse de ne plus avoir de concurrente. Elle ouvrit la bouche puis la referma. Qui? Articula-t-elle lentement.

-Jo? Je suis vraiment content que tu n'aies rien, intervient Ben dans son dos.

-va dormir... On parlera de tout cela demain. Si tu as une fringale nocturne, tu peux te servir dans le frigo.

-d'accord.


À peine fut-elle couchée dans le lit qu'elle tomba dans les bras de Morphée. Vers 2h cependant elle se réveilla, elle était docteur donc elle savait très bien qu'elle ne parviendrait pas à dormir si elle ne mangeait rien. Il faut de l'énergie même pour dormir.

Elle se leva et se dirigea mécaniquement vers la cuisine mais en ouvrant le frigo fut incapable de prendre quoi que ce soit. Elle n'avait pas faim, juste l'estomac noué par le stress et une furieuse envie de vomir. Il lui fallut quelques minutes pour se rendre compte qu'elle était en train de pleurer. Les larmes coulaient le long de ses joues creuses pour mourir au coin de ses lèvres.

Elle n'aurait pas dû faire ça... Elle n'aurait pas dû revenir.Je suis une vraie catastrophe. Elle retourna dans sa chambre et passa le reste de la nuit à pleurer silencieusement.