Note de l'auteur:
1- Cette idée m'est venue d'après une illustration récente que j'avais faite pour Heath et dont il a parlé sur son Twitter. Au fur et à mesure de l'avancement de l'histoire, vous devriez pouvoir deviner de laquelle il s'agit ;)
2- L'histoire « Bullet Proof / A l'épreuve des Balles » sera relativement courte. 3 ou 4 chapitres grand maximum. Mais si elle vous plait, possible que je l'adapte en BD :)
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A L'ÉPREUVE DES BALLES
Chapitre 1 - Silence
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Progressivement, Bastian Heath Miller décrispa ses poings serrés contre le haut de son front, et posa prudemment le bout des doigts sur le sol devant lui. Il avait toujours les yeux fermés, genoux et face contre terre, en position recroquevillée. Il tentait de deviner la texture du sol en déplaçant légèrement ses doigts sur la surface dure. L'air qu'il respirait le faisait suffoquer et lui donnait envie de tousser, mais son instinct lui ordonna de demeurer silencieux.
Lentement, il se redressa, son échine se déroulant précautionneusement jusqu'à ce qu'il fut assis sur ses talons. Il ouvrit des yeux noisettes et distingua son environnement au travers de mèches de cheveux raides et roux lui masquant encore une partie du visage.
Aussitôt qu'il eut prit connaissance de ce qui l'entourait, il se laissa retomber en arrière, assis sur le sol, sous le choc. Il n'était pas sur de ce qu'il voyait, et pourtant, l'endroit arborait une certaine familiarité.
Sous la peinture boursouflée et noircie des murs, sous le sol couvert de cendres et de poussières, derrière les portes à moitié carbonisées et les vitres brisées, c'était son école qu'il reconnaissait. Quelques instants auparavant - il lui semblait en tout cas – le bleu vif de la peinture sur les murs se battait la place avec des affiches d'annonces de changements de cours, de votes pour les chefs de classe, de rencontres sportives face à une école officiellement jumelée, mais que tous les élèves considéraient comme rivale. Le sol n'était peut-être pas un modèle de propreté, mais il n'était pas non plus noir de suie et de cendres. On y retrouvait plutôt parfois un carton de jus, sa paille mâchouillée encore plantée dans l'orifice rond et vaguement métallique indiquant « paille ici ». On y trouvait également de temps à autre des feuilles éparpillées après qu'un plus grand ait renversé le cartable, le cahier ou le bloc de feuilles d'un plus petit. Pour rigoler. Très souvent, c'était ses propres feuilles qui jonchaient le sol alors que montaient les rires gras de ses « camarades » de classe.
Une école secondaire comme on en trouvait beaucoup d'autres en West Virginia. Des écoles qui avaient moult points communs niveau fonctionnement : niveau vie en société... niveau grandes gueules et discrets... niveau gens populaires et parias... niveau cogneurs et soumis.
Comme de plus en plus fréquemment ces dernières semaines, la traditionnelle bousculade-« hé, regarde où tu marches, le rouquin ! » s'était terminée en cours éparpillés sur le sol, cris et railleries, tandis que Bastian (comme l'appelaient ses professeurs) Heath (comme l'appelaient ses parents et rares amis) se recroquevillait en boule contre un mur, n'offrant aucune résistance, et ne souhaitant qu'une seule chose : que ses tourmenteurs se lassent et passent à quelqu'un d'autre, lui laissant l'occasion de ramasser ses cours, et de tenter de les trier ou de recoller les feuilles déchirées.
Parfois, quand il était tout seul dans le noir, il laissait aller librement son imagination, s'inventant de supers-pouvoirs qui lui permettraient de résister à ses bourreaux, de leur en faire voir, de se venger. Afin qu'ils le laissent tranquille.
Afin qu'ils le laissent tranquille.
C'était ce qu'il se répétait en boucle aujourd'hui encore alors qu'il recroquevillait en position presque fœtale sur le sol. Tout avait commencé de la même manière. La bousculade, la provocation, encore une autre bousculade, plus violente, un coup dans les cahiers qui volaient dans les airs, les moqueries et ricanements. Le noir alors qu'il fermait les yeux, face contre terre. Des cris méprisants qui s'amplifiaient, qui adoptaient une pointe de panique (peut-être un professeur qui arrivait, alerté par le chahut ?), des cris qui devenaient des hurlements. Un bruit assourdissant. Une impression de chaleur. Le silence.
Le silence.
Heath cligna des yeux pour s'assurer de ce qu'il voyait et écarta une mèche rousse de son visage. De la cendre légère tomba de ses cheveux. Il passa involontairement une main dans sa tignasse et la secoua vivement pour en faire tomber le restant de cendres qui s'y était déposées. Il se redressa lentement sur ses pieds, époussetant machinalement ses vêtements tout en continuant à observer le couloir vide et carbonisé face à lui. Un coup d'œil à ses vêtements et ses cheveux lui apprit qu'il n'avait aucune brûlure.
Juste des cendres.
Il fronça les sourcils en notant un détail. Le couloir qui se déroulait face à lui ne portait de traces d'incendie que sur une dizaine de mètres. Au delà, progressivement, il reprenait son allure classique d'école secondaire de Pineville. Un coup d'œil autour de lui ne lui permit pas de découvrir ce qui avait pu provoquer le feu qui avait ravagé la partie du couloir où il se trouvait, mais il décida de ne pas rester dans les environs trop longtemps. Il était seul, au beau milieu d'une partie de l'école endommagée. N'importe quel surveillant ou professeur arrivant, le tiendrait comme principal responsable, et n'écouterait probablement pas ses explications comme quoi il y en avait eu d'autres avec lui. D'autres qui avaient probablement provoqué le feu « pour rigoler ». D'autres qui avaient disparu, le laissant seul au milieu des cendres.
Seul au milieu des cendres.
Il sortit une casquette bleue avec le logo jaune WV de l'équipe de basket-ball Mountaineers, et la serra dans sa main, comme pour se rassurer. Alors qu'il atteignait la zone « normale » du couloir, ses oreilles perçurent une voix. Une voix de femme. Adulte. Un professeur. Quelqu'un qui pourrait l'aider. Heath vit de la lumière dessinant un trait sur le sol du couloir, en provenance d'une porte ouverte, et la voix semblait venir de la classe derrière cette porte.
Ce n'était pas une voix autoritaire. Pas même une voix calme et posée. La personne parlait seule, probablement au téléphone, et on aurait dit qu'elle tentait de ne pas parler trop fort. Heath percevait des notes d'anxiété dans le timbre de la voix, et il sentit une bulle d'acidité se former dans son estomac. Il n'arrivait pas à se concentrer sur les paroles de la professeur, mais il se dirigea vers la classe où elle se trouvait et entrouvrit légèrement la porte.
Comme il s'y était attendu, la femme était un de ses professeurs de sciences. Madame Mandy Longford. Ses cheveux blonds ramenés en chignon paraissaient un peu en désordre mais ne semblaient pas recouvert de cendres. Sa main serrait un peu trop fort le combiné en plastique gris du téléphone, sa peau était un peu pâle et ses traits étaient tendus. Mais c'était une professeur qui - en temps normal - était assez gentille avec lui. Heath se sentit rassuré et avança d'un pas vers elle.
C'est alors que le regard de Longford croisa le sien. Heath vit ses yeux s'écarquiller et un masque de peur s'afficher sur son visage. Aussitôt sa voix adopta des pointes de panique et elle tendit la main. Heath crut qu'elle voulait lui dire d'entrer, de se mettre à l'abri, d'attendre avec elle l'arrivée des secours, quoi qu'il ait pu se produire dans le couloir, mais elle saisit la poignée de la porte et la referma abruptement, laissant Heath seul dans le couloir.
Il n'entendit plus que sa voix étouffée par l'épaisseur de la porte, et tout ce qu'il distingua – alors que la panique lui avait peut-être fait perdre le contrôle sur le volume de ses paroles – fut : « Dépêchez-vous, s'il vous plaît ! ».
Heath ne comprenait rien, mais son instinct se manifesta avec insistance. Il ne fallait pas qu'il traîne ici. Il fallait qu'il parte. Vite. Mettre de la distance, et évaluer le moment propice pour revenir, quand tout se serait calmé.
Quand tout se serait calmé.
Il enfonça sa casquette des Mountaineers profondément sur sa tête, masquant une partie de sa chevelure de feu, et accéléra le pas vers la sortie de l'établissement. Il ralentit juste alors qu'il atteignait les portes vitrées, en voyant une voiture de police se garer à quelques mètres devant lui. Puis il se décida de tenter une sortie calme. Le policier qui conduisait la voiture ne devait pas être là pour lui.
Pourquoi serait-il là pour lui ?
Il n'avait rien fait à part attendre que ses tortionnaires le laissent tranquille. C'était eux qui l'avaient attaqué. C'était probablement eux qui avait saccagé le couloir. Lui n'était qu'une victime.
Il n'était qu'une victime.
Il n'était qu'un garçon de 13 ans. Assez petit pour son âge et d'apparence plutôt chétive. Et roux. La victime idéale. Le policier qui sortit de la voiture ne lui prêta pas attention quand il le croisa. Son regard était concentré sur la professeur qu'il voyait courir vers lui depuis l'autre côté des portes vitrées. Il s'avança vers elle alors que dans son dos, Heath pressait le pas vers la rangée de vélos sur le trottoir.
La professeur se jeta presque dans les bras du policier qui décela un état proche de l'hystérie et de l'état de choc. Ses paroles semblaient incohérentes. Mais quand Mandy Longford reprit un peu ses esprits, elle parvint à lui faire comprendre qu'il y avait eu un incendie. Un incendie étrange. Et que le coupable...
Elle tendit le doigt vers la rangée de vélos. Mais Heath n'y était plus.
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A suivre
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