Synopsis : Oneshot. Le Docteur effectue sa dernière régénération, avec une petite surprise à la clef.

Disclaimer : Le Docteur Who appartient à la BBC. Je ne tire aucun profit de cette fic, alors pas de procès, SVP.

Régénération

Diego traîna le douzième Docteur dans le Tardis et poussa la porte derrière lui. « Ça va aller ? » s'enquit-il. « Vous êtes tellement pâle… »

Diego s'inquiétait toujours trop facilement, tellement facilement que le Docteur se demandait comment un pareil angoissé avait pu décider de venir voyager avec lui. « Ça va ! » cria-t-il presque en poussant les commandes. « On les a bien eu, ces monstres, hein ? »

« Ramenez-nous à Londres. Je vais vous emmener chez un médecin que je connais bien. Il ne dira rien. »

« Je suis juste sur le point de me régénérer, Diego ! J'ai hâte de voir à quel… » Il y eut une secousse et pendant un instant, la vue du Docteur se brouilla. Quand elle revint à la normale, il avait l'impression d'avoir rétréci de dix centimètres et de porter des vêtements trop grands. « A quelle personne je ressemble, maintenant. »

Son jeune compagnon le dévisagea, les yeux ronds, la bouche grande ouverte. Dire qu'il semblait stupéfait aurait été un euphémisme. Se rappelant que les humains ne connaissaient pas le concept de régénération, le dernier Seigneur du Temps tenta de le rassurer.

« Diego, c'est toujours moi. »

« Vous êtes sûr ? »

Le Docteur remarqua alors que sa voix était devenue aigue, nettement plus aigue que toutes ses voix précédentes. Il regarda ses mains et les vit plus petites, avec des doigts fins. Il tira ensuite sur le col de sa chemise, regarda à l'intérieur et hocha la tête.

« Oui. C'est la première fois que ce genre de chose m'arrive mais c'est toujours moi. Certains Seigneurs du Temps peuvent changer de sexe au cours de leur dernière régénération, en particulier si leur espèce est menacée. »

Diego dût s'asseoir. « Vous voulez dire que… vous allez rester dans ce corps-ci pendant toute votre dernière vie ? »

« Exact. »

« Et cela ne vous choque pas ? »

« Je n'ai rien contre les femmes. Pourquoi refuserais-je d'être l'une d'entre elles ? »

Diego chercha une réponse convaincante. Soudain, le Docteur porta sa main à son ventre et grimaça. Son compagnon s'inquiéta. « Hé, ça ne va pas ? »

« Ce n'est pas de tout repos, une régénération. Pire que de ranger un knorkboule. On doit être à Londres, à votre époque, vous voulez bien allez chercher du thé ? »

« Dans un moment pareil ? »

« Il n'y a rien de tel que le thé pour faciliter une régénération. »

Pas convaincu, Diego sortit cependant et acheta du thé dans la première boutique qu'il trouva. Il revint et trouva le Docteur debout devant sa garde-robe qui, évidemment, ne contenait pratiquement que des vêtements d'homme. « Regarde-moi ça », dit-elle. « J'avais oublié que Rose avait oublié cette robe ici. »

« Rose ? »

« Rose Tyler. Je te parlerai d'elle un de ces jours. »

Ça aussi, c'était nouveau. Le douzième Docteur ne lui avait pratiquement jamais parlé de son passé. Médusé, Diego lui fit signe de s'asseoir. « J'ai ramené le thé. La bouilloire marche ? » s'enquit-il.

Sans dire un mot, le Docteur ramassa la bouilloire, vérifia qu'elle était propre et mit de l'eau à chauffer. « Je suis rousse ? » demanda-t-elle à brûle-pourpoint.

« Hein ? Non, plutôt brune, je dirais. Vous avez peut-être un miroir quelque part ? »

Il y avait effectivement un miroir dans la garde-robe. La propriétaire des lieux le tira à la lumière et pendant un bref instant, il refléta leurs deux visages, la bonne bouille ronde de Diego et les traits un peu durs du Docteur. En voyant son reflet, elle ne put s'empêcher de pousser un cri de surprise, puis, au grand étonnement de son compagnon, elle se renifla le bras, puis fourra une main dans le col de sa chemise. « Docteur, ça ne va pas ? » s'inquiéta-t-il.

Elle sourit faiblement, attrapa le premier vêtement qu'elle trouva, l'étala par terre et fit signe à son ami de s'asseoir avec elle. « Je vérifie que c'est bien moi, c'est tout. Je crois que le thé est prêt. Avec ou sans sucre ? »

« Je vous emmène voir un médecin. »

« Non. » Elle remplit deux tasses qui avaient connu des jours meilleurs, but une gorgée et continua. « Laissez-moi vous raconter une histoire qui m'est arrivée quand j'en étais encore à une de mes premières vies. Je traînais tout seul dans un bar, je venais de perdre un ami, un humain comme vous, et je déprimais. Et voilà qu'une femme se présente devant moi. J'avais comme l'impression de la connaître et pourtant, je ne l'avais jamais vue. Elle me parle, m'offre à boire… j'étais paumé, je me suis laissé entraîner dans la conversation et la boisson. J'ai fini par la suivre par une chambre d'hôtel et là, inutile de vous faire un dessin.

« Elle vous a dévalisé ? »

« Non », s'étonna la femme. « Au contraire, on s'est envoyés en l'air toute la nuit ! Au petit matin, voilà qu'elle se sauve et qu'elle me dit : tu me reverras avec une surprise en plus mais dans très longtemps. Et je ne l'ai jamais revue. Enfin, pas avant maintenant. »

« Vous voulez dire que… » murmura Diego, qui commençait à comprendre.

« Oui, j'ai été bête ! J'aurais dû me demander pourquoi elle ne voulait pas que je touche son sein droit, par exemple. »

« Elle avait deux cœurs », acheva le jeune homme, passablement dérouté. « Je résume : vous avez… vous allez… deux des Docteurs, dont vous, couchent ensemble à un moment ou à un autre. Et ça ne vous fait rien ? »

« C'est un tout petit peu étrange, d'accord », concéda le Docteur. « Mais peut-être légèrement moins que l'aspirateur cannibale qu'on a croisé la semaine dernière. »

L'affirmation était difficilement contestable. « D'accord », concéda Diego. « Mais c'est quoi, le but de la manœuvre ? Et vous avez une idée de ce qu'était la surprise en question ? »

« Mais un bébé, évidemment ! »

Soudain, le Docteur ferma les yeux et grimaça. Diego l'aida à s'allonger et la regarda s'endormir presque instantanément. Il avait déjà vu des choses étranges ces derniers temps, mais ceci dépassait tout ce qu'il avait pu imaginer. Après un bon moment d'hésitation, il vérifia les deux pouls du Docteur, la veilla pendant un moment puis sortit acheter des sandwichs car il mourrait de faim.

Le Docteur dormait encore quand il revint. Elle se réveilla peu après et grogna en le voyant. « Diego, je croyais vous avoir dit qu'on ne mange pas dans le Tardis. Vous allez mettre des miettes partout ! »

« Désolé. Vous en voulez un ? »

« Ce sera pas de refus mais tout à l'heure. » Péniblement, elle se rassit, maladroite dans ses vêtements trop grands, et regarda autour d'elle. « Le berceau, je le verrais bien dans ce coin », dit-elle avec un petit sourire.

« Vous êtes sérieuse ? Vous voulez vraiment fabriquer ce bébé ? »

« Mais bien sûr ! C'est déjà arrivé, donc cela va se produire, non ? »

« Mais réfléchissez ! Faire un bébé, ce n'est pas rien ! »

Le Docteur se redressa, offusquée. « Non, mais c'est pas possible ! Je suis une femme depuis à peine une heure ou deux, et il y a déjà un gros macho qui veut me dicter ma conduite ! »

Diego resta muet un instant, puis comprit qu'elle plaisantait. Il rit jaune. « D'accord. Je ne vous dicte rien. Mais un bébé, il faut s'en occuper, veiller dessus le jour, la nuit, ensuite l'élever… ça fait beaucoup de travail. Il faudrait peut-être bien y penser d'abord.

La voix du Docteur se fit rêveuse. « Diego, cela fait treize vies que j'y pense. Je suis le dernier Seigneur du Temps. J'ai vu toute ma race périr et si je ne fais rien, elle s'éteindra totalement avec moi. Je veux que quelqu'un apprenne ce que je sais et hérite un jour de mon Tardis, tu comprends ? Je ne peux pas laisser mourir ça. »

Diego essaya d'imaginer ce que le Docteur pouvait ressentir et eut le vertige. Seul, seule… jusqu'à la fin de sa vie. Et son enfant aussi serait seul. Et lui n'y pouvait rien. Il remua ces informations dans sa tête pendant un moment puis prit une décision. « D'accord. Laissez-moi juste le temps de prévenir mon oncle et ma tante que je serai parti très longtemps. »

« Non. Vous allez rester ici. Je dois continuer seul, maintenant. »

« Oh, eh, ça va pas, non ? Vous ne le savez peut-être pas mais les femmes en général sont plus vulnérables quand elles attendent un enfant. Laisser une femme enceinte se débrouiller seule, ce serait dégueulasse. »

Le Docteur hésita entre le rire et l'attendrissement. Durant ces dernières semaines, le petit Diego s'était fourré dans les ennuis de nombreuses fois et ç'avait toujours été elle, lui pardon, qui avait dû le sauver. Et voilà qu'il voulait la protéger ! « Diego, vous êtes gentil », dit-elle. « Mais je suis déjà l'une des personnes les plus recherchées de la galaxie. Avec un enfant, ce sera pire : tous les gens qui seront proches de moi seront en danger. Je ne peux pas t'imposer ça. »

« Vous ne me l'imposez pas, c'est moi qui choisit. Et puis, contrairement à vous, je sais m'occuper d'un bébé : j'ai supporté mes cousins pendant toute mon adolescence. Vous verrez, je vous serai utile. Et puis, voir naître le der… le Seigneur du Temps suivant, ce sera un truc pas croyable. Je ne peux pas rater ça ! »

Le Docteur ne put s'empêcher de rire, beaucoup plus touchée qu'elle ne voulait le montrer. « Vous êtes pas croyables, vous, les humains », murmura-t-elle. « Que voulez-vous que je vous dise ? »

« Dites oui. »

« Je vais devenir grosse, agressive, des monstres en tous genres vont me courir après, ça te tente vraiment ? »

« Plus que jamais. »

Sans un mot, le Docteur tendit la main à son ami, qui la serra solennellement. Entre eux, un nouveau pacte venait d'être scellé.

La fin.