C'était
une chaude journée de début juillet. Rue du Square Grimmaud
plusieurs passants se promenait ne faisant plus attention depuis
longtemps à l'absence de numéro 12 entre le 11 et le 13. Pourtant
la maison 12 rue Square Grimmaud, bien qu'invisible à toute personne
ignorant son existence, était bien présente. Et si les passants
avaient pu la voir peut-être auraient- ils aperçu au deuxième
étage un jeune homme qui semblait s'affairer dans ce qui devait être
sa chambre.
Le jeune homme en question venait d'avoir 17 ans. Il
profitait de l'absence de ses parents et de son jeune frère Regulus
pour vérifier une dernière fois qu'il n'avait rien n'oublié. Car
il avait décidé de quitter cette maison qu'il exécrait. Il s'était
installé depuis le début des vacances chez son ami et frère de
cœur James Potter. La chambre semblait vide, les seuls meubles
étaient un lit, un bureau et une vielle armoire en bois. Les murs
étaient recouverts de divers posters représentants pour la plupart
de jeunes femmes en maillot de bain. De grandes banderoles rouges
ornées d'un lion d'or s'étendaient au-dessus des posters. Il aurait
fallu être un fin observateur pour se rendre compte que la
tapisserie d'origine était verte. Une photo se détachait dans ce
décor, elle représentait quatre jeunes hommes vêtus de longues
robes noires, se tenant dans les bras. On aurait dit une bande de
copains profitant du temps passé ensemble. Ce qui rendait cette
photo différente, était que les jeunes hommes bougeaient.
Sirius,
car le jeune homme se nommait ainsi, détacha ses yeux de la photo et
ouvrit un tiroir. Il jeta un coup d'œil et s'apprêtait à le
refermer quand il aperçu une vielle photo en noir et blanc au fond
du tiroir. Il la prit et la regarda. Sur cette photo on pouvait voir
cinq enfants âgés de 5 à 8 ans. Celle qui devait être la plus
grande poussait Sirius âgé de 6 ans sur une vielle balançoire.
Elle avait de longs cheveux bruns et riait. Une fille qui lui
ressemblait et qui devait être sa sœur les regardait avec un air
malicieux, un peu plu loin une petite fille aux cheveux blonds jouait
avec un petit garçon. Le garçon ressemblait à Sirius mais sans cet
air coquin que son frère n'avait jamais perdu. S'il avait fallu
trouver un mot pour décrire son air se serait sûrement "résigné"
qui aurait le mieux convenu. Mais peut-on déjà être résigné à 5
ans?
Pourtant en regardant cette photo et en songeant à ce qui
avait suivi après Sirius se dit que ce tout n'était pas si
différent à cette époque. Les filles sur la photo étaient ses
cousines. Celle qui le poussait c'était Andromeda, de deux ans son
aînée, il s'était toujours mieux entendu avec elle qu'avec les
autres. La blonde, c'était Narcissa, elle avait le même âge que
Regulus, c'est-à-dire un an de moins que lui. La dernière
s'appelait Bellatrix, elle avait un an de plus que lui. Cinq minutes
après le moment où la photo avait été prise Bellatrix lui avait
foncé dessus, le faisant tomber de la balançoire. Malheureusement
il était tombé sur un caillou et son genou avait saigné. Bellatrix
s'en était voulu, déjà à cette époque elle avait un rapport
particulier avec le sang. Elle était restée avec lui pendant tout
le temps où sa mère s'était occupée de lui.
Sirius songea à
ce qu'ils étaient devenus aujourd'hui tous les six. Il allait
rentrer en septième année en septembre à l'école de sorcellerie
de Poudlard. Ses parents faisaient partie de ces sorciers qui
croyaient en la pureté du sang. A Poudlard toute sa famille, depuis
des générations, allait à Serpentard l'une des quatre maisons qui
formait cette école. Mais lui avait rompu avec la tradition et était
rentré à Gryffondor, au grand désespoir de ses parents. Regulus
lui s'était plié aux idéaux familiaux que Sirius avait refusés,
et était, comme leurs cousines, entré à Serpentard.
Aujourd'hui
Andromeda et Bellatrix avaient fini leurs études. Il savait que
Andromeda avait elle aussi refusé les idéaux familiaux pour se
marier avec un sorcier aux parents moldus et qu'elle accoucherait
bientôt. Sirius était heureux pour elle. Bellatrix allait bientôt
se marier avec un certain Rodolphus et c'était engagé au service
d'un certain Voldemort qui prônait la pureté du sang; Sirius songea
avec une nuance de cynisme qu'aujourd'hui Bellatrix n'aurait aucun
scrupule à faire couler son sang ou celui d'Andromeda, aussi purs
soient-ils.
Il savait aussi que Narcissa se marierait avec Lucius
Malfoy quand elle aurait fini ces études, et d'après ce qu'il
savait d'elle cela ne devait pas lui déplaire.
Sirius mit la
photo dans sa poche. Rare souvenir de son enfance, d'une époque où
ils étaient trop jeunes pour comprendre qu'ils étaient différents.
***
Des années plus tard quand Sirius se sentit tomber derrière le voile après le sort que Bellatrix lui avait lancé, il eut le temps de se rappeler. Il se revit avec les maraudeurs dans le dortoir de Gryffondor, c'était peu après qu'ils aient découvert que Remus était un loup-garou, "A la vie, à la mort!" avaient-ils jurés. Ce qui n'avait pas empêché Peter de trahir James et Lily. Il se rappela alors un autre pacte, il n'était pas encore à Poudlard. "Un pour tous, tous pour un" avait crié Bellatrix, "Un pour tous, tous pour un." avaient-ils répété en cœur, c'était censé sceller le pacte des cousins Black; jamais ils ne devaient se laisser tomber les uns – les autres, "sous peine de mort" avait ajouté Bellatrix.-"Le pacte des cousins Black" se répéta Sirius dans un murmure ironique. Il eu alors encore le temps de voir Bellatrix blêmir avant de tomber.
Et pour la
deuxième fois de sa vie Bellatrix se sentit coupable en voyant
tomber son cousin, comme quand elle l'avait fait saigner et qu'elle
avait fait couler un sang pur. "Le
pacte des cousins Black"
murmura-t-elle, faisant écho à Sirius. Et bien qu'en aucun cas
elle ne regrettait l'acte qu'elle venait de commettre, elle su
qu'elle devrait payer le prix qu'elle avait elle-même fixé: la
mort.
Ainsi deux ans plus tard ce fut avec soulagement qu'elle
accueillit le sort meurtrier de Molly Weasley qui la délivrai de
deux ans de culpabilité.
L'avant-dernière pensée de Bellatrix née Black épouse Lestrange fut la certitude de ne regretter aucun des gestes qu'elle avait pu commettre et la dernière fut que malgré ça toute sa vie avait été tracée par ces traîtres à leurs sangs et qu'elle en était la principale responsable…
