Miracle ! Qui l'eut cru ! Elles l'ont réclamé, Ely, Estel, et toutes les autres, mais non, c'est Albane qui l'a eu !

Enfin, je me suis mise à vraiment écrire sur le Lord, et pas un simple one-shot ! Tout ça pour l'anniversaire de ma correctrice et meilleure amie qui n'était au courant de rien ! Donc voila, je lui dédis toute cette fic, en espérant qu'elle vous plaira à tous et toutes, Bane comprise !

Et un petit merci à celles qui m'ont aidée, Nessa pour sa correction, Fro pour les questions que je me posais, Doc pour quelques renseignements, ainsi que Lorina, Estel évidemment avec qui j'ai pas mal bossé pour essayer de faire quelque chose de crédible, et Ccilia et Aude pour leur avis équestre éclairé. Ca fait du monde, et donc beaucoup de mal à garder le secret ! Désolée si j'en ai oublié.

Gros bisous, et bonne lecture !

Et … JOYEUX ANNIVERSAIRE ALBANE !


D'un geste nerveux, il replaça une mèche de ses longs cheveux d'or derrière son épaule et reporta son attention sur le ciel. Le jour faisait place à la nuit, dans une myriade de couleurs allant du rouge flamboyant au bleu sombre. Dans le campement aussi, la vie s'organisait autour du feu. Les quelques tentes finissaient d'être montés, et les hommes pouvaient enfin goûter un repos bien mérité après ces deux semaines d'absence.

Demain, ils arriveraient au gouffre de Helm et auraient quelques jours pour profiter du calme et pour certains de leur famille. Pas plus longtemps, car bien qu'officiellement le pays soit en paix, une ombre s'abattait sur les vertes plaines du Rohan, et une fumée porteuse de mauvais présages s'élevait de la tour d'Orthanc depuis quelque temps déjà. Et tous le savaient, la guerre commencerait sans doute d'une semaine à l'autre.

Malgré cette pensée, les hommes, habitués à vivre ensemble, étaient coordonnés dans leurs actes coutumiers, et personne ne gênait personne alors que le repas allait être servi, les tentes prêtes pour la nuit, et les chevaux entravés. Puis, viendrait l'heure des chants et la sérénité envahirait cette petite communauté, sans toutefois laisser place à l'inattention. La prudence était de mise, même à une quarantaine de miles du foyer qui attendait.

Les sentinelles se relayaient, quelques cavaliers envoyés en éclaireur agitaient de temps à autre une torche enflammée pour indiquer leur position et le calme plat de cette soirée d'automne.

Tous se relaxaient, sauf leur supérieur, Theodred, le Deuxième Maréchal de la Marche. Il ne se souciait pas réellement de ce qui pouvait se passer maintenant, si un danger arrivait, il saurait l'accueillir, mais de ce qui se passait là-bas. Au-delà des longues étendues de son pays, au-delà se sa vue, au-delà de son pouvoir, oui, là-bas, son père était sans défense. Et si son père tombait, il entraînerait sans doute la chute du royaume. Entre les griffes du conseiller que son fils abhorrait, Theoden pouvait être la cible de n'importe quelle attaque.

Eomer devait être en mission dans l'Eastfold avec les eoreds qu'il avait sous ses ordres, tout comme lui-même l'était dans le Westfold avec ses cavaliers. Il ne restait que Eowyn sur qui il savait pouvoir compter, insaisissable rohirrim, sur qui Grima n'avait aucune prise. Elle seule, puisque la Cohorte d'Edoras était commandée par le roi lui-même, mais si bien manipulé par le fils de Galmod que tous les ordres étaient ceux d'une langue fourchue.

Son attention se reporta sur ses cavaliers, sachant qu'y penser ne changerait rien, et qu'il serait bien temps d'agir en arrivant le lendemain. Ici, il le savait, il pouvait compter sur tous, il les avait lui-même choisis, tant par leur habileté à l'épée ou à l'archerie montée, mais également pour leur fidélité sans faille. Aucun ne trahirait, et c'était grâce à cette assurance que ce groupe pourrait profiter de la nuit toute proche désormais.

Les flammes jouaient sur les visages fatigués des rohirrims qui discutaient entre eux sereinement, certains de batailles d'antan dont les récits se transmettaient de génération en génération par la tradition orale, d'autres chantaient de vieilles ballades, toujours en rapport avec la culture guerrière du peuple de la Marche, et enfin il y avait ceux qui écoutaient attentivement, et ceux qui le faisaient d'une oreille, en jouant aux dés ou en réparant des pièces de harnais. Et à part, comme tous les soirs, Onlutan le Borgne sculptait. Malgré son oeil manquant, il avait gardé une vue remarquable qui en faisait un archer monté redouté. La rumeur disait qu'il avait perdu l'autre par la volonté des Valar, qui ne voulaient pas qu'un homme puisse atteindre la précision d'un Elfe. Il devait avoir une soixantaine de printemps derrière lui, mais pour Theodred, l'homme était sans âge, il se souvenait de lui quand il était encore enfant, et il lui semblait ne pas avoir changé, et déjà il sculptait à la perfection. Là, avec son couteau de ceinture, il creusait une pièce de bois qu'il avait trouvée aux abords du camp et lui donnerait vie comme à des centaines avant elle, et toutes étaient uniques.

Le vieux soldat, se sentant observé, releva la tête et plongea son regard si spécial dans celui de son Maréchal. Lui aussi se souvenait de l'enfant turbulent et chahuteur qu'il avait été, alors que lui-même servait sous les ordres d'Eomund. Après un léger sourire, il détourna son seul oeil valide pour retourner à son travail minutieux, tandis que Theodred continuait à l'observer tranquillement.

Puis, les hommes se levèrent, les gardes se mirent en place, chacun voulant y mettre du sien, trois hommes se postèrent près des chevaux et plusieurs se dispersèrent aux abords du camp. On étouffa le feu pour éviter de devenir une cible trop aisée à distance et chacun gagna sa couche.

L'herbe épaisse constituait un matelas confortable qui convenait aussi bien aux montures qu'à leurs maîtres, et bientôt les souffles paisibles se mêlèrent au bruit du vent, et aux cris de quelques oiseaux nocturnes.

Quand le matin arriva, la bonne humeur envahit le campement pendant que de l'eau était mise à chauffer. Ils n'avaient plus passé de nuit complète depuis quelque temps déjà et elle était plus que la bienvenue après leur excursion jusqu'au Nord du Westemnet. Le jour commençait à peine à s'éclaircir que l'eored reprenait la route à un galop soutenu vers leur base qu'ils devraient atteindre quand le soleil serait au plus haut.

La centaine de cavaliers formait une longue file, et était rangée par paires, le soleil naissant faisait étinceler la pointe de leurs lances, et la longue foulée des chevaux gris avalait les distances. Ils avaient tout ce qui faisait la fierté des Rohirrim.

Ils s'arrêtèrent quelques minutes dans le petit village de Devondale dans le Westfold, afin de permettre aux équidés de s'abreuver et à Theodred d'entendre le rapport du rohirrim chargé de maintenir la tranquillité et d'avertir immédiatement les cavaliers en cas de problème dans les environs. Puis, ils remirent pied à l'étrier et laissèrent faire les chevaux qui avaient reconnu le chemin de l'écurie et tiraient joyeusement sur les mors.

Ils ne ralentirent toutefois qu'en arrivant sur le chemin escarpé qui devait les mener jusqu'à Fort le Cor. En arrivant à la Brèche du Fossé, les sentinelles qui y étaient postés leur firent signe de passer, en reconnaissant immédiatement la compagnie de leur Maréchal.

L'un d'eux cria du dessus du rempart. "Rien à déclarer ici, Seigneur Theodred." Sans un geste qui put indiquer qu'il avait entendu, le prince talonna sa monture et hâta son ascension jusqu'aux portes du Gouffre. Là, il s'occupa lui-même de Searu, comme il avait l'habitude de le faire pour chasser tout ce qui aurait pu envahir son esprit. L'animal docile se laissait faire, appréciant les soins expérimentés de son maître après avoir obéi pendant une demi-lune à toutes les injonctions de celui qui le menait d'une main sure, et renâcla quelques instants quand il s'interrompit pour s'occuper de la selle et du tapis de laine. Après avoir rangé le matériel, il quitta l'écurie d'un pas fatigué, salué par un hennissement.

Songeur, il alla jusqu'à la salle des gardes, où ses cavaliers devaient se trouver après avoir donné les soins nécessaires à leurs chevaux. Inutile de leur dire, ils savaient bien que leur bien-être passait avant le leur, sous peine de courir à pied dans les vastes vallées du Rohan. En le voyant arriver, son eored se leva respectueusement, mais il se contenta d'aller tirer une bière et de s'asseoir au milieu d'eux comme un égal. Il était apprécié pour ceci. Ceorl qui se retrouva assis à ses cotés, lui dit :

"Seigneur, un messager vous cherchait tout à l'heure, il a fait le tour des écuries, mais ne vous a apparemment pas trouvé. Il vient d'Edoras." Puis, comme intimidé après avoir vu à qui il s'adressait presque familièrement, il baissa la tête vers sa chope pour ne la relever qu'au moment de trinquer. Puis la porte s'ouvrit, et le messager entra dans un courant d'air, parcourut la salle des yeux et fit disparaître la lueur d'agacement de son regard en voyant le fils de son roi.

"Altesse, le conseiller royal Grima m'envoie vous faire porter ce message de la part de votre père. Il dit..." D'un coup d'œil, Theodred le fit taire et l'entraîna à part. Il connaissait bien ses hommes, mais il savait aussi les effets que l'alcool pouvait avoir sur certains d'entre eux. Etant sur d'être seuls, il fit continuer à Specansibb, puisque c'est ainsi qu'il se présenta en lui offrant le sceau royal. "Votre père vous fait dire qu'il est inquiet pour sa santé et vous réclame à ses cotés." Puis il disparut au détour d'un couloir, laissant Theodred indécis. Il rejoignit ses hommes, mais loin d'écouter ce qui se disait, son esprit voguait vers le domaine de son père. Il hésitait sur la conduite à tenir. Il ne pouvait pas laisser son père seul, s'il le demandait, mais ce n'était absolument pas le moment de laisser la région sans surveillance avec l'Isengard qui s'agitait. Il lui était arrivé plusieurs fois de penser que Grima ne pouvait pas être étranger à ces appels répétés depuis quelques mois, qui l'empêchaient de pouvoir mener à bien ses devoirs. Onlutan le connaissait bien et devinait les tourments qui s'agitaient dans la tête de son jeune commandant.

"Seigneur, je connais bien la Trouée, si vous avez besoin, je peux prendre quelques hommes pour aller y patrouiller. Sauf votre respect, je crois que vous avez besoin de repos, que ce soit ici, ou ailleurs."

"Onlutan, ..." il soupira "...s'il n'y avait qu'au niveau de la Trouée qu'il fallait aller, mais il faut aller et être partout à la fois. L'Isengard, les Dunlendings, les orcs, il y a de plus en plus de fermes incendiées, de vols de chevaux, la Marche Occidentale est laissée à elle-même. Il y a tant à faire, et on m'attire au loin. On m'éloigne de ma Cohorte, c'est comme m'enlever mon cheval ou arracher les serres des Aigles..." Et oubliant qu'il s'adressait à quelqu'un, il se leva et partit en direction de ses appartements.

Le borgne termina sa chope, et se prépara à savourer un dernier moment de répit. Il savait que la décision de son prince était déjà prise, et qu'il devrait lui-même conduire une des eoreds ou tout au moins une compagnie vers l'ouest, pendant que Theodred irait rejoindre son père.

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Les autres enfants étaient rentrés pour la nuit. Lui, était dehors, sous la pluie battante à regarder les nuages qui masquaient ses étoiles. Il attendait, avec sa petite épée, que son père soit prêt. Il avait dit bientôt. Un pas léger derrière lui le fit de retourner, il savait que ça n'était pas lui. Lui, quand il marchait, son talon battait sur les pierres, laissant présager de sa posture souple et puissante, non, ça n'était que sa gouvernante qui le cherchait.

Elle lui expliqua, comme à un enfant qui n'était pas en âge de comprendre, que son père avait été retenu pour une affaire urgente et qu'ils ne partiraient qu'au matin. Le jeune Theodred, passablement énervé, par l'attente, puis par le ton qu'elle employait pour s'adresser à lui, refusa d'abord de la suivre. Il savait fort bien que rien ne pourrait l'y forcer tant que son père ne s'en mêlait pas. Mais la perspective de retrouver la chaleur et des vêtements secs à l'intérieur du palais le fit vite changer d'avis.

Dans le couloir rejoignant sa chambre, il vit de la lumière sous la porte du bureau de son père. Il s'arrêta, malgré tous les efforts de persuasion mis en place par la jeune femme, puis il se rapprocha à pas de loup vers la porte en tendant le bras vers la poignée interdite. La gouvernante pâlit, sachant parfaitement ce qui l'attendrait si le jeune prince entrait, mais elle savait aussi qu'elle n'avait pas le droit de porter la main sur Theodred. Son hésitation fut trop longue, et quand l'enfant frappa, le bruit sembla résonner dans Meduseld tout entier. Ce fut son père lui-même qui ouvrit la porte, attendant sans doute une personne de marque pour lui faire cet honneur. Et quand son regard se baissa pour arriver au niveau de son fils, ce dernier perdit toute couleur en se rendant compte de ce qu'il venait de faire.

"Père..." mais rien d'autre ne put sortir de sa bouche.

Theoden, bien conscient de l'interdit bravé par son fils, mais aussi et surtout de ses vêtements trempés et de son regard triste de ne pas avoir été prévenu du retard qu'aurait leur voyage, fit ce qui n'était dans aucune règle de la bienséance. Il s'agenouilla et passa affectueusement la main dans les cheveux emmêlés de son enfant unique et lui murmura à l'oreille "Demain matin, je viendrai te réveiller."

En voyant le sourire éclairer son visage, il sut qu'il avait pris la bonne décision et referma la porte après que le jeune Theodred soit rentré dans sa propre chambre.

Comme promis, aux premières lueurs du jour, le roi entra en silence dans la chambre de son héritier, pour le réveiller. Ce qui ne servit à rien, le jeune prince étant déjà debout depuis des heures, planté devant sa fenêtre à attendre le jour. Il était habillé, ses affaires préparées par la gouvernante dans une malle près de la porte, et sa petite épée fraîchement nettoyée, brillait sur le dessus de lit sombre. Dès qu'il entendit son père entrer, il se retourna, rayonnant, lui indiquant d'une main que tout était près et qu'ils pouvaient partir sur-le-champ s'il le désirait.

Ce qu'ils firent, ou presque. L'enfant était surexcité, et le faire manger dans ces conditions ne fut pas une tâche aisée pour sa gouvernante. Et que dire du moment où, sortant de Meduseld, il tomba nez à nez avec les chevaux harnachés et les Rohirrim chargés de les accompagner, arborer fièrement leur armes.

Un jeune garçon d'écurie lui fit un signe timide pour lui dire que c'est lui qui avait son cheval. Ou plutôt sa pouliche. Il resta plusieurs longues secondes, la bouche ouverte à l'admirer. La première monture qu'il possédait réellement. Sa robe baie avait été tellement lustrée qu'elle brillait presque, et elle le regardait de ses grands yeux intelligents avec intensité. Le bruit de sabots sur un sol de pierres derrière lui le fit se retourner. Son père, du haut de son étalon gris lui souriait, puis lui montra qu'on n'attendait plus que lui. Theodred baissa la tête mais ses yeux brillaient, et c'est avec enthousiasme qu'il monta en selle, laissa le jeune garçon d'écurie régler ses étriers, puis il rassembla les rênes avant d'observer le monde de ce nouveau point de vue.

Les gardes l'observaient d'un oeil légèrement amusé, tentant pour certains de réprimer un sourire. Le jeune prince, lui, ne se gênait pas, et c'est avec un énorme sourire aux lèvres qu'il suivit lorsque la colonne de cavaliers se mit en route.

Pour la première fois de ses douze hivers, Theodred accompagnait son père visiter sa sœur et son mari, Troisième Maréchal de la Marche, jusqu'à leur domaine dans le Folde, à Aldburg. Des vingt cinq cavaliers allant avec eux, Theoden-roi en envoya quatre en éclaireur, lui-même, se plaçant avec son fils dans le cœur de la compagnie galopante. Le prince ne voyait pas le temps passer, totalement passionné par ce qu'il voyait, se retournant régulièrement sur sa selle pour regarder les rohirrim derrière lui, ou simplement pour suivre du regard le vol d'un oiseau, il poussait des cris ravis quand, dérangés par le bruit des sabots sur le sol, les lapins s'enfuyaient dans la prairie, et riait aux éclats pour le bonheur de chevaucher aux cotés de son père dans ce qui serait un jour son royaume. Quoi que, ça ne semblait pas le tracasser plus que ça, du haut de sa pouliche, dans les immenses étendues herbeuses, il avait déjà l'impression d'être invincible et maître du monde. Il arrivait à peine à l'épaule des autres, sa petite épée au coté semblait ridicule par rapport à Herugrim, mais qu'importait...

Ils traversèrent plusieurs villages, acclamés par une population heureuse de voir passer son roi, longèrent de nombreuses fermes où les chevaux hennissaient à leur approche, où quelques chiens les poursuivirent et les fermiers les saluèrent. Puis comme le jour passait et le soleil filait derrière eux, les cavaliers s'installèrent pour la nuit, autour d'un large feu de camp, au plus grand bonheur de Theodred, qui ne manqua pas une miette des histoires des cavaliers. Ils furent même rejoints par deux bergers que le roi pria de rester ici pour prendre des nouvelles de la région.

Sans qu'il ne s'en rendit compte, le prince s'endormit au milieu des chants, épuisé par cette journée pleine de découvertes et d'émerveillement. Il connaissait bien le Westfold pour l'avoir parcouru à plusieurs reprises, mais la route qui séparait l'Eastfold du Folde avait cette saveur d'inconnu que la similitude entre les régions ne pouvait pas effacer. Ses rêves de la nuit étaient teintés d'héroïsme, seul sur une petite île, il tenait tête à des dizaines d'horribles créatures, pour protéger la fuite d'un homme brun, d'un nain et, il le savait dans son cœur d'enfant, d'un elfe qui étaient poursuivis par une autre créature, qui avait seulement un oeil rouge, au milieu du front, et une main blanche. Et il les repoussait tous jusqu'à ce qu'une épée s'abatte sur son épaule, ce qui le réveilla immédiatement, la respiration rapide et un mal continu dans le haut du bras. Ayant habitué ses yeux clairs aux premières lueurs du jour, il s'aperçut qu'il avait seulement bougé dans son sommeil et s'était endormi sur un bout de bois qui n'avait pas été enlevé. Machinalement, il le mit dans la poche de sa tunique et sortit la tête de sa tente. La plupart des cavaliers dormaient encore, mais deux d'entre eux, assis auprès du feu mourant discutaient à voix basse, tout en scrutant les mouvements alentours. A l'écart, les chevaux broutaient et Theodred se mit à chercher un nom pour sa pouliche baie. Mais aucun ne convenait.

Cette question occupa la majeure partie de sa matinée, et c'est à peine s'il se rendit compte du départ, du parcours, et de leur arrivée en vue d'Adburg. Il ne sortit de sa méditation qu'au moment de franchir les portes de la cité fortifiée. Totalement différente d'Edoras, la ville était bâtie à flanc de montagne d'une pierre grise et rugueuse, et le château ressemblait plus à une caserne qu'à une demeure royale. Il sauta à bas de sa pouliche à l'entrée de l'écurie et se prépara à courir à travers les rues de cette ville nouvelle, mais une main sur l'épaule l'en empêcha.

Etonné, il se retourna pour faire face à un homme qu'il ne connaissait pas. L'homme lui tendit les rênes de sa monture et lui dit, "Si tu ne prends pas soin d'elle avant de t'occuper de toi, un jour, tu te retrouveras à courir seul dans les plaines" et devant l'air vexé du petit prince pris en faute, l'homme l'accompagna. "Comment s'appelle cette beauté ?"

C'était le premier qui s'occupait de le lui demander, et sans savoir pourquoi, c'est avec un sanglot étouffé qu'il répondit.

"Je ne sais pas."

"Dans ma famille, on a toujours dit que le nom d'une personne pouvait contribuer à lui donner des qualités. Qu'est ce que tu attends de cette pouliche ?"

Les yeux de Theodred brillèrent en pensant à tous les rêves qu'il pourrait accomplir sur son dos et oublia pourquoi il devait être fâché après l'homme.

"Qu'elle m'emmène loin, très loin, pour visiter toute la Terre du Milieu et pour chasser tous les ennemis du Rohan..."

"Alors, pense à ce que tu viens de me dire !"

La pouliche baie s'ébroua, comme pour signifier à l'inconnu qu'elle était d'accord. Le garçon leva les yeux qui étaient illuminés par des étincelles de bonheur.

"Vous croyez que Onweg, ça lui plairait ?"

"Tu n'auras qu'à lui demander..."

Puis, le petit Rohirrim se rappela, tout à coup, ses origines, son rang et surtout ses bonnes manières et dit poliment à son aîné. "Je vous remercie Messire..."

"Oh, petit Prince, tu n'as pas besoin de me parler comme ça. Je suis pas un seigneur, moi, juste un archer sous les ordres du Seigneur Eomund. On m'appelle Onlutan, certains rajoutent le Borgne, mais je m'en passerais bien !"

C'est là que l'évidence frappa Theodred, un détail clochait, mais il n'avait pas remarqué jusqu'alors que l'homme ne se servait que d'un oeil. Mais loin d'avoir le mouvement habituel de recul des enfants à son approche, le petit blond sourit à l'archer et c'est cote à cote qu'ils sortirent de l'écurie après avoir vérifié qu'Onweg ne manquait de rien.


Voilà pour ce 1er chapitre sur un personnage peu utilisé coté français.

J'espère que ça vous aura plu, et si vous voyez des incohérences, n'hésitez pas à les signaler, ça ne pourra pas me faire de mal !