D'abord sachez que si Charles (Scully) est un personnage très important de cette fanfic, c'est bien avant tout une fanfic de longue haleine, centrée sur Scully d'une part et sur sa relation avec Mulder d'autre part.
Je tente de reprendre tous les épisodes clés de la série et, sans les changer, d'y ajouter les scènes manquantes (dont certaines ont cruellement manqué vous me l'accorderez !). En fait, il s'agit de reprendre les mêmes évènements mais de les présenter sous un jour nouveau qui va donner un sens un peu plus particulier au personnage de Scully et expliquer sa façon d'être et ses choix de vie.

IMPORTANT : il y a une continuité dans les chapitres. Donc ils ne sont pas faits pour être lu dans un ordre aléatoire. De la même manière, en sautant un chapitre, vous risquez de manquer des éléments importants de l'intrigue.

Même si la fic est en cours d'écriture, le dernier chapitre est déjà rédigé. Je préfère prévenir les personnes sensibles qu'il peut heurter (dans l'idée).

Disclaimer : X-Files et ses personnages ne sont pas à moi. Ils appartiennent à Chris Carter, à la 1013th productions et à la Fox. Mais cette histoire, elle, est de moi -)

Je voudrais dédier cette fanfic aux lectrices qui me soutiennent depuis le début :
- à Marion, soutien tranquille qui m'avait vraiment encouragée lorsque j'ai repris l'écriture (après une longue pause de 6 ans). Tiens toi bien Grand Corps malade, un jour, elle te détrônera au royaume du slam !
- à Coccie, détective en chef, qui a mené l'enquête comme personne (j'osais même pas en rêver d'une lectrice qui éplucherai mes mots comme ça !) et qui SAIT maintenant ! Tiens toi bien, CC : Coccie, elle a écris le scénario d'X-Files 3 dont on rêve tous. Si ça intéresse les lecteurs, contactez-moi : je suis son agent ! :-p
- A Clem, Doc, Lane, Loa, Mary, Missy, Mulderette, Tit': des lectrices en or qui ont toujours suivi cette fic avec une fidélité sans faille. Merci !

Bonne (longue !) lecture !

« ET CHARLES ETAIT LA… »

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CH 1. Le grand saut

Sur les côtes du Yucatan, Golfe du Mexique, été 1971.

Le soleil lui brûlait la peau. Elle adorait ça. Elle avait rejeté sur le côté la serviette que sa mère lui avait donnée en prévenant « Mets ça sous tes pieds, ma chérie. La roche est trop chaude et tu risques de te blesser… ». Mais la pierre était lisse sur les bords de la crique et la sensation de ses plantes de pieds si fines irradiées par le feu des rochers noirs était juste irrésistible.

Au milieu des vagues, Mélissa plongeait et replongeait. Comme d'habitude, elle assurait le spectacle pour la famille. A chaque fois que sa tête émergeait, elle inventait une nouvelle grimace et annonçait à la ronde : « La carpe ! », « Le barbu ! », « Le thon ! ». Dotée d'une imagination inépuisable, elle inventait des mines toujours plus improbables de poissons. A ce jeu, elle était une source intarissable. Elle piqua à nouveau une tête en éclaboussant avec délectation sa plus jeune sœur d'eau salée. Perchée sur son petit promontoire, deux mètres plus haut, celle-ci s'ébroua en criant et en battant des mains. Ses longs cheveux roux éclaircis par la lumière de l'été volèrent de tous les côtés.

- Le merlan, Missy ! Fais-nous le merlan ! supplia Dana en riant aux éclats.

Toute excitée, elle sautillait sous le regard légèrement réprobateur mais attendri de Margareth Scully. A cet endroit, la côte était escarpée et dangereuse. Et l'équilibre instable de sa cadette sur les blocs de pierre sombres n'était pas fait pour la rassurer.

William junior, dit Bill, toisa la nageuse avec dédain.

- Pfffff. Des trucs de filles ! Les poissons, ça se pêche, ça s'imite pas !

Il croisa les bras en boudant mais sourit malgré lui lorsque Mélissa annonça « La morue ! ». La grimace déclencha une hilarité générale. Même sa mère riait à gorge déployée.

Bill aurait bien voulu aussi attirer l'attention des autres, mais on ne le trouvait jamais aussi drôle que l'aînée des deux filles.

- Il faut que votre père voie ça…, hoqueta Maggie en séchant ses larmes. Ne bougez pas d'ici les enfants ! Je vais le chercher !

Elle monta dans leur petit canot et se mit à ramer énergiquement vers le voilier qui mouillait sous le vent à une vingtaine de mètres.

Bill cherchait une idée, quelque chose qui les épaterait, et qui épaterait le « capitaine ». Il leva alors les yeux un peu plus haut vers le ressaut qui servait de plongeoir aux gamins du coin. Il surplombait l'océan vert et tendre et permettait des sauts assez spectaculaires plus de trois mètres au-dessus du niveau de l'eau.

Sa décision était prise. Il bomba le torse et se mit à grimper.

Dana s'était rassise et tout en caressant de sa main la roche chaude, elle suivait dans le ciel le vol magnifique d'un oiseau.

En suivant le rapace, son regard rencontra la silhouette de Bill qui escaladait la paroi un peu plus loin sur sa droite. Elle écarquilla les yeux, puis se mit à crier de sa voix fluette pour tenter d'arrêter son impétueux grand frère.

- Biiiiill ! Tu dois pas monter là haut ! Papa a dit que c'était dangereux !

Le jeune garçon n'en avait cure, trop impatient de faire la démonstration de ce qu'il imaginait être du courage voire une preuve absolue de sa virilité.

- Vous allez voir ce que vous allez voir ! Regardez bien, hein !

- C'est bon, Bill ! renchérit Mélissa les sourcils froncés en se maintenant à la surface de l'eau. C'est débile, ton idée !

- Ouais, ben, ça vaut mieux qu'imiter des poissons, lança-t-il avec colère.

- Arrête ! insista son aînée. Viens plonger d'ici. C'est moins risqué !

- Ouais, reprit Dana avec conviction. C'est vachement moins risqué ! La petite trouvait que sa sœur avait toujours de bonnes idées.

- J'suis pas une gourdasse, moi ! Je fais des plongeons de garçons !

- T'es vraiment trop bête ! s'emporta Missy qui préféra quand même s'avancer près de l'endroit où il comptait sauter. Elle ne voulait pas courir le risque que son imbécile de frère se blesse et préférait se tenir prête si les choses devaient dégénérer. Ne le regarde pas, Dana, ajouta-t-elle à l'attention de sa sœur. C'est parce qu'il croit qu'il va nous impressionner qu'il fait ça.

Elle avait raison, bien sûr. Dana reprit sa contemplation, parfaitement sereine quant à la capacité de sa sœur de gérer la situation.

- Mais où est Charlie ? s'inquiéta Mélissa tout en ne quittant pas des yeux l'aîné des garçons.

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Charles était là… légèrement en retrait, fouillant patiemment dans une petite retenue d'eau de mer pour découvrir de nouvelles plantes et de petits animaux, merveilleusement plus intéressants que les idioties de son frère.

Le petit dernier se redressa. A 6 ans, il se démarquait de tout le monde. A commencer par sa famille. C'était le seul Scully qui ne soit pas roux. Pour un descendant d'irlandais, certains n'étaient pas loin de penser que ces cheveux châtains clairs représentaient presque une tare. Heureusement pour lui, son appartenance à la fratrie ne faisait guère de doute : il avait le sourire de sa mère et les mêmes yeux bleus et transperçants que sa sœur Dana. C'était un jeune garçon d'une beauté étrange. Il avait de grandes oreilles et un visage assez anguleux aux traits irréguliers. Mais l'expression sereine et déterminée qu'il affichait en permanence lui conférait déjà un certain charme. Charme auquel Bill, son frère aîné n'était pas sensible. A moins qu'au contraire, il n'ait perçu la menace d'un cadet trop séduisant… En tous cas, Charles était devenu son souffre-douleur.

Charlie aperçut Dana le cou tendu vers le ciel et suivit son regard. Devant le spectacle hypnotisant de l'oiseau qui de toute l'envergure de ses ailes glissait sur les courants d'air de la côte, son visage s'illumina. Il s'approcha de la petite rouquine et chuchota comme s'il risquait de rompre l'instant magique.

- C'est un Caraca du Nord. Un faucon. T'en a déjà vu un de près, Dana ?

- Comment tu le connais ? demanda-t-elle avec curiosité sur le même ton.

- Je l'ai vu dans le grand livre du Mexique de papa. Ils disent que c'est une espèce en danger et qu'on l'appelle aussi « l'aigle mexicain » parce que c'est un emblème au Mexique… Comme l'aigle royal…

Comme sa jeune sœur, Charles avait toujours eu des « facilités » et savait déjà très bien lire.

- Qu'il est beau ! Elle reporta ses yeux émerveillés vers l'animal qui s'était finalement posé et trônait sept mètres plus haut. J'aimerai bien le voir de plus près encore.

- Ouais. Moi aussi.

Ils se turent quelques secondes, absorbés dans la contemplation du majestueux volatile. Finalement, elle se tourna vers lui.

- On pourrait peut-être se rapprocher un peu en faisant le tour, suggéra-t-elle timidement mais avec une excitation évidente dans la voix.

- Génial !… mais euh… je crois pas que les parents seraient d'accord.

- Mmm. On va faire trèèès attention alors, trancha Dana avec quelques scrupules tout de même à l'idée de désobéir. Mais l'aventure était tellement exaltante…

Ils jetèrent un œil derrière eux pour vérifier que les autres ne les voyaient pas s'éclipser. Mais Mélissa était toujours en train de tenter de dissuader Bill de réaliser son projet de plongeon, et ne se rendit compte de rien.

Les deux plus jeunes contournèrent avec prudence les gros rochers à gauche de la crique et commencèrent à grimper en s'accrochant aux quelques rares touffes d'herbes qui naissaient dans les fissures de la pierre. L'ascension était difficile et ils se guidaient l'un l'autre en se signalant les bonnes prises pour avancer. Ils arrivèrent enfin sur une plate-forme à deux mètres seulement de l'animal, légèrement en dessous de lui.

Ils ne respiraient plus de peur de voir le faucon s'élancer à nouveau dans les airs. Le visage tendu vers le haut, Dana sentit une fine coulée de sueur glisser de sa tempe jusqu'à sa nuque, puis dégringoler le long de son dos nu. Charles avait pris place juste à côté d'elle, et fixait le faucon avec des yeux exorbités et la bouche grande ouverte.

Soudain l'oiseau fit pivoter son long cou gracieux et posa un œil perçant sur les enfants. Ils frissonnèrent d'une même émotion, conscients malgré leur jeune âge de vivre un moment rare, peut-être même unique.

Une communion presque parfaite…

Charlie se redressa à peine. Il voulait essayer d'apprivoiser le volatile, d'approcher sa main de ses longues plumes sombres et peut-être même, de les caresser ! Mais celui-ci leur lança un regard plein d'éclairs semblant les avertir du danger de vouloir dompter ce qui ne se dompte pas.

Le rapace ouvrit ses ailes. Charlie s'élança vers son nid et l'atteint au moment même où le Caraca s'élançait dans le vide. Impuissant, le jeune garçon posa un regard désespéré vers l'immensité de l'étendue verte à ses pieds vers laquelle l'oiseau s'était jeté.

Et il réalisa tout d'un coup avec horreur que la splendeur du spectacle qui s'offrait à ses yeux avait une explication.

Il se trouvait sur une ridicule petite plate-forme rocheuse, en plein milieu du ciel, environ huit mètres au-dessus de la mer translucide et à ses pieds, les vagues se fracassaient sur les écueils acérés de la côte.

Il fut pris d'un vertige…

Dana vit avec effroi le visage de son frère pâlir et ses jambes se dérober. A la force de ses bras, elle se hissa vers la plate-forme pour tenter de le rattraper. Une seconde trop tard !

Elle vit son corps basculer en avant à quelques centimètres à peine de ses doigts. Et Charlie tomba dans le vide.

Debout sur le mince ressaut, elle ne prit même pas le temps de réfléchir. Elle ne savait pas nager, mais son frère se précipitait droit sur la surface brillante de l'océan. Et elle devait faire quelque chose pour le sauver. Quel qu'en soit le prix à payer !

Elle recula d'un pas pour l'élan, et sauta à sa suite.

Elle entendit simultanément le bruit assourdissant de Charlie atteignant l'eau et son propre cri alors qu'elle ressentait tout d'un coup à travers le temps interminable que durait sa chute la folie qu'un tel geste représentait.

Elle heurta les vagues avec une éphémère sensation de soulagement, suivie immédiatement par une brûlure au talon et l'impression d'étouffer alors qu'elle s'enfonçait dans les profondeurs. Elle se força à ouvrir les yeux et distingua au milieu de la mousse blanche de la houle, son frère à peine un mètre sous elle.

D'instinct, elle bascula le poids de son torse vers le bas et parvint par un vigoureux coup de bras à saisir le poignet de Charlie. Elle l'attira à lui et tout en le tenant, se mit à agiter le bras et les jambes pour les propulser vers le haut.

L'idée lui traversa l'esprit qu'elle n'atteindrait peut-être jamais la surface. Elle manquait d'air. Et la lumière semblait si loin…

Elle ferma son esprit au doute avec l'énergie folle que seuls peuvent mettre les enfants à refuser l'idée que tout s'arrête. Et petit à petit, ses mouvements les rapprochèrent de l'issue et ils émergèrent de l'eau en noyant leurs poumons brûlants d'air pur et de vent.

Etait-ce un signe ? Une vague les souleva presque délicatement pour les ramener vers un rocher du rivage. Dana s'agrippa de toutes ses forces à lui et poussa Charlie vers le haut. Il se hissa sur la terre ferme, toussa violemment et s'allongea sur la pierre secoué de pleurs. Elle le rejoignit. Et resta un moment là, assise, hébétée, regardant la mer qui venait d'essayer de leur prendre la vie… et qui, finalement, la leur avait laissée.

Elle se tourna vers son frère, l'assit et le serra contre son épaule. Il s'abandonna dans ses bras et elle eut soudain la certitude, alors qu'elle le réconfortait en glissant ses doigts dans sa tignasse brune, qu'elle était devenue presque une adulte. Maintenant, elle n'avait plus le droit de flancher. Parce que quelqu'un sur cette terre comptait dorénavant sur elle. Elle n'était plus seulement responsable de sa vie. Elle l'était aussi de celle de Charlie…

- Ça va mieux ? s'enquit-elle.

Il renifla.

- Je crois… Oui. Merci. Il se tourna vers elle et aperçut le sang qui s'épanchait sur son pied droit. Il s'alarma. Tu es blessée ? !

- C'est rien, murmura-t-elle un peu gênée en détaillant la blessure de son talon.

- Viens. On va tout dire à Maman et elle va te soigner...

- Non !

- Mais Dana… !

- On n'avait pas le droit…

Sa voix s'étrangla dans sa gorge. C'était sa faute si tout ça était arrivé. Elle n'aurait jamais dû entraîner son jeune frère dans cette histoire. Ça aurait pu très mal finir.

- Tu le diras pas, hein ? S'il te plaît, Charlie !

Il la regarda interloqué, avec une incompréhension mêlée de respect.

- Comme tu veux, Dana. Je dirais rien alors…

- …

- … mais c'est toi la plus forte !

- Merci ! souffla-t-elle soudain soulagée d'un poids terrible. Et les yeux humides.

Et il ajouta avec un drôle d'air…

- Tu survivras, Dana. Tu survivras à tout.

Elle se retourna vers lui, perplexe. Et pendant quelques secondes, elle se tut et le dévisagea avec un regard grave se demandant, du haut de ses sept ans, ce qui prenait à son frère de s'exprimer de façon si bizarre…

Charlie détourna ses yeux. Il ne savait pas pourquoi ces mots étaient sortis de sa bouche. Il eut l'étrange sensation qu'une volonté supérieure les lui avait dictés.

La main du destin, peut-être...

Il sut que ce moment serait à jamais gravé dans sa mémoire comme l'amorce d'un basculement dans leurs vies. La fin d'une époque… et le commencement d'une autre.

- Dana ! Charlie ! Qu'est-ce que vous faites ? !

La voix inquiète de Margareth arriva jusqu'à eux.

Dana se releva et tendit la main à son frère.

- On y va ?

Lorsqu'ils apparurent au détour de la petite crique, leur mère se précipita vers eux avec un regard lourd de reproche.

- Ne recommencez jamais ça ! gronda-t-elle très bas. Ça fait dix minutes que je vous cherche. Je me suis fait un sang d'encre ! Elle fut attirée par la traînée rouge qui marquait la roche juste derrière Dana. Chérie ! Tu es blessée ? !

- C'est rien, maman. J'ai glissé et je me suis un peu fait mal au talon…

- Vous auriez mieux fait de rester là, héla le capitaine Scully avec un rire rempli de fierté. Bill vient de faire un plongeon magnifique !

Il serra le garçon rougissant par l'épaule.

- C'est bien mon fils, ça !

Bill bomba le torse, gonflé d'orgueil. Et une fois de plus, Charlie eut envie de s'enfuir, mais Maggie passa tendrement la main dans ses cheveux. Et il sentit que ça allait déjà mieux.

- Et toi, Starbuck ? ajouta leur père en examinant sa fille cadette. Il serait peut-être temps que tu apprennes à nager, non ?