"Drago,
Cela fait des heures que j'essaie d'écrire sans y parvenir. Qu'y puis-je ? Je n'ai pas été habitué à exprimer mes émotions. Je suis un Malefoy, comme toi, tu sais ce que cela implique. Peut-être cette version-ci est-elle définitive, peut-être pas, peu importe. J'ai encore toute la nuit devant moi.
Cela fait bien longtemps que je voulais te parler. Je me suis entraîné je ne sais combien de fois, je ne compte plus le temps que j'ai passé à préparer un discours, et pourtant, ce matin, arrivé face à toi, je n'ai rien pu te dire. Je n'en ai pas eu le courage ; il m'a fallu me résoudre à tout te dire par écrit...
Je sais bien que je ne suis pas parfait. J'ai de nombreux défauts, certains que me prêtent volontiers les autres mais que notre rang implique, comme l'arrogance, le mépris ou encore la condescendance. Ceux-là ne sont cependant pas les plus problématiques. Mon... non, certainement pas unique, mais plus grand tort, c'est d'être lâche.
Drago, mon fils, je suis tellement, tellement désolé. Je n'aurais jamais dû rejoindre Tu-Sais-Qui, pour commencer, ni une première ni une deuxième fois. J'espérais nous protéger, ta mère, toi et moi, mais je n'ai fait que tous nous mettre en danger. Le Seigneur des Ténèbres m'avait toujours apparu comme un gagnant, et moi j'ai toujours choisi la voie la plus facile. Je n'ai pas d'idéaux, pas de convictions à défendre. La suprématie des Sang-Purs elle-même m'aurait peu importé si j'avais pensé une seule seconde que Potter pouvait vaincre Tu-Sais-Qui. Je ne suis qu'un opportuniste, mais jusqu'à la fin de la guerre, je n'en avais jamais eu honte.
Certaines cicatrices ne seront jamais effaçables, et cela je ne me le pardonnerai jamais. Cela vaut surtout pour toi, qui étais si jeune et si facilement marquable. Je sais que tu as vécu dans la terreur, sans te sentir jamais en sécurité, sans même aucune idée à laquelle te raccocher puisque tu trouvais tout ce que tu étais forcé à faire complètement abject. Lors de ta sixième année, tu as en plus dû supporter une pression monstre puisque notre sort reposait sur tes épaules... et moi, pauvre imbécile que je suis, je n'ai rien vu. J'étais trop aveuglé par la sûreté que je croyais acquérir pour nous, par le pouvoir qui semblait me tendre les bras... Et lorsqu'enfin je me suis réveillé, il était trop tard, la guerre était terminée, j'étais promis à Azkaban et je devais vous laisser seuls, toi et ta mère, encore une fois, alors que vous aviez plus que jamais besoin de moi...
Quand j'en suis sorti, ébranlé par les souffrances et les privations, j'avais pris la décision de me racheter, de devenir respectable, de faire quelque chose de bien pour la première fois de ma vie. La suite, tu la connais aussi bien que moi : je n'ai pas réussi. Par ma faute, nous étions mis au ban de la société, méprisés, haïs, sans rang social. Le nom de Malefoy a été irrémédiablement sali par mes actes, il ne nous servait plus à rien.
Drago, je ne peux pas le supporter. Grâce au ciel, cette guerre aura au moins eu le mérite de t'endurcir, tu n'es pas devenu comme moi, tu n'es pas lâche. Tu finiras par t'en sortir, je le sais, et tu entraîneras ta mère avec toi. Pas moi. Je n'ai plus la force ni le courage de tout recommencer. Je me montre coupable de la plus indigne couardise en vous abandonnant aujourd'hui tous les deux, mais que veux-tu ? C'est ma nature profonde qui ressort.
Une dernière fois, mon fils, je suis désolé, dévoré par la culpabilité à un point que tu ne peux imaginer.
Je t'aime, j'aime ta mère, j'aime aussi déjà ton enfant à naître. Vous allez me manquer, mais je vous souhaite de me rejoindre le plus tard possible.
Dis-moi, Drago, penses-tu qu'il y a une chance que j'échappe à la damnation ?...
Ton père indigne, Lucius Malefoy."
