Yo !

Voici un tout court OS écrit pour la nuit du FoF sur le thème Distance. Pour plus d'info, contactez-moi !

Bonne lecture !

4 739 kilomètres et 3 heures

« C'est difficile de croire que tu es si loin. »

Iouri enfonce son visage dans sa peluche et regarde la caméra, pour donner à Otabek un peu de ses yeux.

« Le soleil se lève tout juste à Almaty.

—C'est vrai ? Je vais bientôt déjeuner.

—Tu n'es pas à la patinoire le matin ?

—J'ai … un jour de congé, plus ou moins.

—Tu t'es blessé ? »

Le russe fait non de la tête. Il n'a pas trop envie de parler de ça.

« Tu es malade ? Tout va bien ?

—Tout va bien, j'te dis.

—Alors pourquoi tu fais une tête bizarre ?

—Ma tête est tout à fait normale.

—Va dire ça à un miroir. »

Il lève les yeux au ciel. Marmonne dans sa peluche.

« I' m'ont donné ma journée pour que j'puisse te parler en vrai. »

Otabek lui fait répéter, deux fois. La troisième, il refuse. Le kazakh a très bien compris.

« C'est vrai ? »

Il grogne et balance son téléphone sur le lit. Otabek fronce les sourcils mais il ne le voit pas. Il entend juste sa voix qui l'appelle. Comme s'il était juste dans la pièce d'à côté. Il finit par récupérer le téléphone – il ne faudrait pas non plus qu'Otabek raccroche. Le kazakh est dans son appartement, il a posé son téléphone sur l'étagère à épices au-dessus des plaque de cuisson et s'affaire à préparer un café. C'est comme si Iouri était là, assis sur le comptoir à siroter un thé en bavardant. Sauf qu'il est pas du tout l'heure pour lui de boire un thé. Il envoie chier la logique, il a sa journée, il fait ce qu'il veut comme il veut, et fait bouillir de l'eau pour un peu de Russian Earl Gray en vrac. Ça n'a pas grand-chose à voir avec le thé Russe, il faut dire ce qui est, mais ça n'est pas mauvais non plus. Il s'assied sur son lit, adossé contre le mur et cale le téléphone sur ses jambes.

Un bout de quotidien décalé.

Savoir que l'autre est là. À quatre mille sept cent trente neuf kilomètres, à trois heures, à quelques clics d'ici. Dix centimètres. Deux millisecondes.

Ils ne parlent pas pendant un long moment, sirotant leurs boissons. Heureusement qu'ils ont tous les deux un bon forfait. Iouri a bien envie d'une sieste, mais il se retient. Il veut prolonger le moment. Il ne va pas passer son jour chômé à dormir, eh !

« Je devrais peut-être demander à mon entraîneur d'avoir ma journée aussi ? »

Iouri hausse les épaules. Il ne veut pas forcer Otabek à rester là, ni lui mentir. Alors il ne dit rien. Otabek non plus. Mais il va vers son fixe et Iouri le regarde appeler la patinoire, s'excuser, et conclure par un à demain réconfortant, sourire à demi comme il le fait si bien, et Iouri sourit pour de vrai.

Il commence à parler, le kazakh a plus de silences qu'autre chose mais c'est bon, une journée ensemble, à quatre mille sept cent trente neuf kilomètres qui se volatilisent, et quand il lève les yeux vers son horloge il comprend pourquoi il a faim et même à Almaty il est presque l'heure de déjeuner et ils mangent ensemble, calés sur un rythme intermédiaire et bancal, quelque part en Chine ou en Russie, peut-être, et ils ont hâte de la prochaine compétition où les quatre mille sept cent trente neuf kilomètres se transformeront en un mètre cinquante, en trois nanomètres en une seconde.

En attendant, le réseau tisse une ficelle de quatre mille sept cent trente neuf kilomètres à la vitesse de la lumière et aux capacités temporelles étranges.

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C'est tout. Parce que voilà.

Review ?