Il faisait humide ce matin à Chicago. Une douce lumière sans soleil filtrait dans le salon rangé précieusement par Brett. Un matin comme les autres en soi pour une journée automnale dans l'Ilinois. L'appartement était calme, vide d'activité humaine jusqu'à ce que...
« Vous êtes toujours en direct sur CBS radio, il est 6 heures ! ». Le crépitement de la radio retentit dans la chambre d'Otis, engendrant un grognement de mécontentement. De sous la couette, une main sortit brusquement. Cherchant le réveil à tatôns, Otis appuya aveuglément sur le bouton d'arrêt de la petite boîte métallique. Son bras retomba lourdement sur le côté du lit.
Le silence était revenu, les quelques rais de lumières qui parvenaient dans la pièce éclairaient faiblement l'endroit ; des vêtements jonchaient le sol, les tiroirs des commodes étaient retirés de leur emplacement, une bouteille de vodka Imperia traînait près de la table de nuit, elle aussi dépouillée de son unique tiroir quant à lui renversé au sol.
« ... météo est toujours au beau fixe ce 7 septembre avec... ». La même de voix de présentateur radio résonna, mais cette fois beaucoup plus lointaine, comme étouffée par les murs. Un soupir las émergea des draps. Otis se retourna lentement, prenant pleinement conscience des effets de la veille. Il passa une main sur son visage, en s'attardant sur ses yeux, comme pour régler la netteté de sa vue. Couché sur le dos, immobile, le pompier avait pourtant l'impression de tanguer. Il se releva légèrement, s'accoudant sur le deuxième oreiller qu'il n'utilisait jamais, tout comme la moitié droite du lit.
Toutes ces années passées dans des lits jumeaux l'avaient comme formaté. Pourtant cela faisait un mois qu'il avait dû se résoudre à dormir dans un lit double. Lorsque l'une des poutrelles soutenant le lit du haut s'était brisée, Otis n'avait pas eu d'autre choix que de s'en séparer... à contre coeur. Enfin ça, c'était la version édulcorée servie par ses colocataires.
Ainsi, lorsqu'un premier barreau s'était décroché de l'échelle, Otis avait pris l'habitude d'enjamber l'espace manquant jusqu'au jour où, pressé par le temps, il avait oublié ce trou et s'était étalé de tout son long sur le parquet. Le jeune homme avait alors pris la décision de ne plus utiliser que le lit du bas, mais ensuite l'une des poutres soutenant le lit du haut s'était brisée sous le poids du temps. Otis ne s'en était alors aperçu qu'en revenant de sa garde. Cruz n'avait pas compris pourquoi son ami sortait en vitesse alors que, quelques minutes plus tôt, tous les deux ne parlaient que du bonheur de rejoindre leurs lits respectifs. Otis avait alors eu un timing parfait ; une planche d'un mètre de long sous le bras, il était rentré dans l'appartement alors que Brett prenait une douche et que Cruz dormait à poings fermés dans sa chambre. À force de quelques efforts, la planche calée de telle façon à ce qu'elle supporte le poids du dessus, le meuble était alors rafistolé pour la seconde fois. En dépit d'une nuit assez espacée par l'incertitude de son procédé, Otis avait relâché son attention au bout d'une semaine, jugeant son bien comme neuf.
Pourtant, quelques jours plus tard, Brett avait été réveillée par un bruit assourdissant. Sautant du lit, elle avait attrapé sa batte de baseball qui prenait la poussière dans un coin. Depuis le cambriolage de son appartement quelques années plus tôt, elle veillait à toujours avoir de quoi se défendre sous la main, et ce, malgré le fait qu'elle vive avec deux mecs, tous les deux pompiers de surcroît. Ouvrant prudemment la porte, elle s'était dirigée vers les chambres de Cruz et d'Otis d'où provenait le bruit. Lorsqu'elle aperçut dans le noir une silhouette masculine, l'ambulancière leva sa batte mais son mouvement fut repéré par l'ombre. Celle-ci se retourna laissant Cruz et Brett en un face à face apeuré et tendu
- Qu'est-ce que tu fais avec cette batte ? avait alors chuchoté Cruz, déconcerté par la situation
- J'ai entendu un bruit bizarre, on sait jamais. Répondit-elle sur le même ton. Sylvie désigna d'un mouvement de tête les portes en vis-à-vis de ses colocataires. « Ca venait de ce côté, j'en suis presque sûre. Si c'est toi, dis-le moi toute suite que je puisse aller me recoucher ! » Dans son pyjama bleu avec des pandas sur le pantalon, elle ressemblait à une petite fille, une gamine apeurée et pourtant résolument courageuse avec sa batte en bois.
- J'y suis pour rien ! -s'insurgea Cruz- Je venais de terminer un Skype avec Léon quand j'ai entendu comme un boum dans l'appart'.
Brett le regarda dans les yeux, comme pour s'assurer qu'il disait vrai.
- Alors c'est que ça vient de la chambre d'Otis, murmura-t-elle
Elle s'avança vers la porte en pin où brillait une plaquette en fer sur laquelle on pouvait lire « Otis, frapper avant d'entrer » avec de nombreuses petites étoiles, dans la lignée de Star Trek. Suivie de près par Cruz, la jeune femme colla doucement son oreille à la porte
- A quoi tu joues ?
Cruz n'y comprenait rien, il était deux heures du matin, il était fatigué et toute cette tension pour un malheureux bruit l'exaspérait au plus haut point. Brett se décolla de la porte, le regarda quelques secondes, puis se repositionna, l'oreille plaquée contre le bois froid.
- Si on tombe sur une partie de jambes en l'air je préfère me préparer psychologiquement.
Cruz pouffa
- Non mais attends, on parle d'Otis là
- Ou d'un voleur qui s'est introduit par sa fenêtre, l'a assommé et est en train de dévaliser l'ensemble de sa collection sur la guerre des étoiles
- Et pourquoi pas une psychopathe russe qui, assoiffée de sang, vient de l'assassiner et s'apprête à s'en prendre à nous une fois un code du KGB découvert dans ses chaussettes ?
- Tu es en train de blaguer. (blanc) n'est-ce pas ?
Le pompier leva les yeux au ciel lorsqu'un énorme craquement se fit entendre de l'autre côté de la porte, suivi de grognements ressemblant vaguement à des injures. Brett et Cruz échangèrent un regard interloqué. Cruz poussa légèrement Brett sur le côté et toqua rapidement, essayant d'ouvrir la porte, mais celle-ci était verrouillée.
- Otis ?! C'est Cruz, ça va mec ?
Un silence. Brett fixait la porte avant de parler à son tour.
- Otis, ouvre ou on enfonce la porte.
Cruz leva un sourcil et la dévisagea
- Ce serait pas la première fois. Que t'enfonces une porte, je veux dire. Expliqua la jeune femme
- Tout va bien les gars, retournez vous coucher, tout va... très bien !
La voix d'Otis résonna de l'autre côté.
- T'es sûr ? C'était quoi ce bruit ?
- Je miserais plus sur l'espionne russe après réflexion, déclara Cruz avec un sourire en coin. Et ça m'a tout l'air de ressembler à une véritable séance de torture
Brett était partagée entre une furieuse envie de rire et une légère inquiétude. Celle-ci se renforça lorsque, de nouveau, un craquement suivi d'un tumulte retentissent survint.
- Damn it !
- Otis ? Ouvre ou je te jure que j'hésite pas à enfoncer cette porte !
Cruz et Brett se regardèrent, encore une fois, le pompier se retourna au moment où une clé s'inséra dans la serrure. La porte s'ouvrit sur un Otis dépité. Le tableau derrière lui était pitoyable, pourtant il ne comprit pas le soulagement sur le visage de ses amis.
- Tu vas bien ?
Brett s'empressa de vérifier que son ami n'avait rien. Hormis une éraflure sur la tempe, Otis paraissait en bonne santé. Sa vérification terminée, Brett jeta un rapide coup d'oeil derrière son collègue sans réellement y prêter attention.
- C'était quoi tout ce raffut ? s'enquit Cruz
Otis parut gêné. Passant une main sur sa nuque, il soupira tout en se décalant, laissant apercevoir l'étendue des dégâts.
C'avait été la dernière nuit qu'il avait passée dans ce lit. Brett et Cruz avaient manqué de s'étouffer tant ils riaient à la vue de ce sandwich de bois. Otis s'en souvenait comme si c'était hier. Lorsqu'une nouvelle poutre avait cédé, celle qu'il avait remplacée n'avait pas tenu bien longtemps. C'était ainsi qu'en pleine nuit, il avait failli être écrasé par le lit du dessus, avait seulement eu le temps d'en sortir et d'essayer de maintenir le tout jusqu'à ce que la planche cède et que les deux lits se rejoignent comme deux aimants. Après cet incident, Brett et Cruz avaient été clairs, il fallait à tout prix que leur colocataire s'achète un nouveau lit. Pourtant, Otis le leur avait dit : il voulait le faire réparer quoi qu'il lui en coûte. Brett et Cruz avaient mis cela sur le compte des finances. C'est ainsi qu'en plus des railleries de ces camarades à la caserne (que Cruz avait naturellement mis au courant), Otis avait eu la surprise en rentrant un soir dans sa chambre de voir un lit double en lieu et place de l'ancien. Ses collègues s'étaient cotisés pour le lui acheter et, bien que le geste lui fit énormément plaisir, les faits n'en étaient pas plus réjouissants : le dernier souvenir qu'il possédait venait littéralement de partir en fumer.
« Un de plus » songea-t-il. C'était en pensant à tout cela que le jeune pompier s'éveillait, encore groggy. Otis se laissa lourdement retomber sur les oreillers derrière lui. On tambourina à sa porte mais le bruit amplifia son mal de tête.
- Tu vas être à la bourre espèce de marmotte ! railla Joe depuis le couloir
Otis tourna la tête vers son réveil : 7h37. Rêvasser lui arrachait son temps en silence, le plongeant dans une apnée de souvenirs de laquelle il ressortait toujours en manque d'air. Ce n'était pas à cela qu'il voulait que sa vie ressemble. Son regard se perdit sur l'affiche en face lui : un poster de Hatch et Benedict qui semblaient le fixer. « Je sais, je dois y aller... » leur répondit-il intérieurement.
Dix minutes tard, douché, changé et fin prêt, il attrapa au vol une pomme qui traînait sur le plan de travail de la cuisine et sortit de l'appartement. Il se rendit compte que les voitures de Cruz et Brett étaient déjà parties.
Il arriva à la caserne sur le fil du rasoir, entra dans le vestiaire et se changea rapidement. 8h01 : il s'en tirait plutôt bien.
La plupart des membres du 51 étaient dans la salle commune en ce début de garde. Dawson et Herrman discutaient en bout de table autour d'un café tandis que Cruz et Mouch regardaient une rediffusion d'un match des Chicago Fire dans le canapé. L'équipe du squad était déjà dans le hangar, à leur table, et Brett chargeait l'ambulance.
- On devrait refaire une soirée à thème ! s'exclama Herrmann tout en buvant une gorgée de café
- On est tout à fait d'accord là dessus Herrmann mais...
- Mais ?
- On a déjà organisé toutes les soirées possibles et imaginables, tu ne trouves pas que c'est assez ?
Herrmann dévisagea son associée de la même manière que si elle l'avait giflé. Les soirées au Molly's c'était son affaire, son bébé. Il tenait le bar comme personne même s'ils étaient trois aux commandes, celui dont on se souvenait au comptoir c'était toujours lui : Christopher Herrmann.
- Gabby, Gabby, Gabby... -Herrmann secoua la tête- On n'a pas essayé de soirées mexicaines alors que...
- Si, et c'était en juillet si je me souviens bien.
Casey venait d'entrer dans la pièce, prit une des chaises près de sa femme et s'assit
- De même qu'une soirée brésilienne, française, thaïlandaise, canadienne, italienne... je continue ?
Gabby sourit jusqu'aux oreilles
- Tu vois ? On a déjà tout tenté
- Je trouverais quelque chose d'autre, ronchonna Herrmann. Et au pire, ça n'aura rien de géographique !
- Il serait capable de nous dénicher un pays que personne ne connaît ne serait-ce que pour faire sa soirée à thème, plaisanta Matt.
Gabby et Casey rirent de bon coeur tandis qu'Herrmann s'asseyait sur l'accoudoir de Mouch, complètement absorbé par les images qui défilaient.
- Au fait, quelqu'un a vu Kidd et Otis ? La garde est officiellement commencée.
Tout le monde secoua la tête à la question de leur lieutenant.
- Otis devrait pas tarder, panne de réveil ce matin je crois, répondit Cruz.
Casey hocha la tête.
Kidd rentra précipitamment dans les vestiaires au moment où Otis refermait son casier.
- Hey !
- Salut, panne de réveil ? demanda Otis
- Plutôt gueule de bois après la soirée au Molly's, enfin tu sais ce que c'est, d'ailleurs on ne t'a pas vu hier soir, répondit-elle tout en déverrouillant son armoire
- Pas de service ce soir-là
- Rien ne t'empêchait de venir boire un verre
- J'avais d'autres projets
- Oh ! Et toi ? Qu'est-ce qui t'as mis en retard ?
Otis lui lança un regard intrigué
- Si tu es encore dans les vestiaires alors que j'arrive c'est que tu es en retard
- Ah.
- Alors ?
Otis sourit à moitié alors que Stella enfilait son T-shirt
- Rien de très original
- Laisse-moi deviner, dit-elle tout en claquant la porte de son casier acérant le mal de crâne d'Otis qui grimaça. Ah je vois !
Stella fouilla dans sa poche et en sortit une pastille de Paracétamol
- Je ne dirais pas à Herrmann que tu trompes le Molly, dit-elle tout en lui passant le médicament
- Ce serait sympa
Soudain, la sirène retentit « CAMION À POMPE 81, AMBULANCE 61, SECOURS 3, FEU DE STRUCTURE AU 387 NEAR NORTH SIDE ».
La suite au nouveau chapitre:
Que se passe-t-il avec Otis? Commentaire va se passer l'intervention?
Une histoire qui commence à doucement plus s'enrichira et se compliquera de chapitre en chapitre. N'hésitez pas laisser un avis (positif ou négatif)
