Bonjour, chers futurs lecteurs ! Je vous présente L'Ermite de Ronflak City, mon premier DM/HG (héhé, avec un nom comme ça, étrange, je sais ;) ). J'espère que je ne me casserai pas lamentablement la figure, mais ce n'est pas à moi d'en juger ! J'espère que ça vous plaira néanmoins.
Disclaimer : Une fois de plus, j'écris en toute modestie dans un monde qui n'est pas mien mais qui m'a tant impressionnée que je me le suis approprié. Merci J. d'avoir permis à vos lecteurs d'exister.
Douce vie paysanne
…Et c'est ainsi qu'il a été démontré, car nulle preuve ne pouvant confirmer son existence, que le lièvre bleu à cornes, ou plus communément appelé Ronflak Cornu, était une pure invention. Cela n'a pas empêché de nombreux témoins de développer des descriptions précises et complètes de cet animal.
Le petit crâne de son colocataire vint se loger dans sa paume gauche repliée, alors que sa main droite courait toujours sur le papier. Elle arrêta d'écrire à cet instant, couvant amoureusement du regard la touffe de poils indigo qui gigotait près de son poignet. Avec un soupir, elle prit son animal de compagnie dans ses bras et se leva pour aller alimenter le feu de la cheminée. Quand elle eut jeté deux grosses bûches dans l'âtre, elle caressa machinalement la tête de son compagnon toujours blotti dans ses bras en prenant soin de contourner ses cornes. Le petit cœur chaud battait contre sa main et en regardant par la fenêtre, elle ne put que soupirer d'aise. La brume s'étendait sur l'horizon, elle voyait à peine le début du champ à travers le carreau couvert de buée, et le ciel était aussi sombre qu'une nuit sans lune. L'animal se trémoussait dans ses bras pour quémander sa liberté. Elle le déposa au sol avec une grande délicatesse et il se sauva à toutes jambes vers la réserve à bois pour se cacher sous le panier. Elle se redressa et resserra son châle de laine sur ses épaules, résignée à se remettre à l'ouvrage. Après tout, elle avait un livre à terminer. Heureusement qu'elle avait su faire entendre sa voix auprès de ses éditeurs. Si elle ne leur avait pas tenu tête, elle aurait dû bâcler son travail et c'était bien le pire de ce qui pouvait lui arriver.
Au bout de quelques heures supplémentaires de travail acharné, elle consulta la pendule ancienne qui paraît-il avait connu sa grand-mère et lui avait même survécu, et sortit de la chaumière pour rentrer les poules, satisfaite à l'idée que le mauvais temps les aurait fait se rassembler d'elles-mêmes dans leur logis. Elle ferma le loquet derrière les retardataires et se dirigea vers la grange, l'esprit ailleurs, pour nourrir un autre de ses compagnons. Qui semble-t-il avait trouvé tout seul le chemin vers la salle à manger.
- Pansy ! appela-t-elle.
Les mains sur les hanches, elle se dirigea vers la réserve et se retrouva nez à nez avec son ânesse, qui, penaude, baissait les oreilles au-dessus du bac de grain.
- Pansy, gronda-t-elle. Tu sais bien que trop manger te rend malade… Pourquoi t'obstines-tu à vouloir… Oh oui, je sais, c'est le propre d'un âne d'être têtu… ajouta-t-elle en levant les yeux au ciel.
Elle mena Pansy jusqu'à un anneau de fer rouillé fixé au mur.
- Tiens, regarde, je t'avais mis du sel et du foin… Tu l'aurais eu, ton grain, si tu avais été un peu plus patiente !
Caressant longuement l'encolure de Pansy, son regard se perdit dans le tas de paille fraîche qui dormait dans un coin de la grange. Elle sursauta lorsqu'elle crut apercevoir un mouvement dans le bas de la pile. Scrutant le coin sombre de la pièce, elle soupira en voyant une petite tête bleue émerger de la montagne jaunâtre. Au moins, elle n'aurait pas eu de frayeurs à se faire pour ce soir… Elle rattrapa son compagnon qui tremblotait et le serra contre elle.
- Tu as froid, hein ? Moi aussi. Je déteste le mois de novembre. Toute cette brume, et ce froid persistant, cette humidité… Mon Dieu ! Si je n'avais pas vingt-six ans, je sentirais presque mes articulations gémir à cette période de l'année…
Elle crut entendre un soupir étouffé en refermant le battant de la grange, mais voyant Pansy remuer un peu dans le fond, elle ne releva pas et la porte fut close.
Elle retourna dans la chaumière en tenant son petit monstre dans ses bras. Elle partagea avec lui une soupe claire qui la réconforta et la réchauffa un peu. Jetant un dernier regard à son ouvrage posé sur la table, elle le referma et jeta une bûche supplémentaire dans la cheminée pour la nuit. La pendule indiquait vingt-et-une heures. Elle installa son petit protégé au pied de son lit dans un coin de la pièce, dans les couvertures de laine qu'elle lui avait réservées. Elle frissonna en ôtant ses vêtements. Malgré le feu de cheminée qui brûlait à toute heure du jour, la température de la pièce où elle vivait restait basse, surtout pendant ces froides journées de novembre. Elle enfila donc rapidement sa chemise de nuit en coton et des bas de laine, ajoutant par-dessus un chandail tricoté main. Elle se glissa entre ses couvertures en frissonnant et s'immobilisa sous l'épaisse couche de plumes. Renonçant à lire au lit, elle observa un moment les flammes danser dans la cheminée, avant de fermer inconsciemment ses paupières qui se faisaient lourdes.
Il lui semblait que quelques minutes seulement s'étaient écoulées quand elle entendit les hennissements mécontents de Pansy. Elle soupira d'exaspération. Encore un coup de son compagnon de vie. Il adorait aller embêter l'ânesse en plein milieu de la nuit, et l'absence de la petite boule de poils caractéristique en bas de son lit lui prouva qu'une fois encore, elle avait raison. Renonçant à aller récupérer le zouave, elle replongea dans son oreiller en essayant de faire abstraction des protestations de Pansy.
Elle fut réveillée quelques heures plus tard par un tambourinement incessant sur sa porte. Elle lança un regard vers la pendule. Cinq heures trente. Qu'est-ce que c'était, encore ? Elle se leva en gémissant et ouvrit le vantail en essayant de reprendre ses esprits. La porte céda sa place à une femme d'une cinquantaine d'années, trapue, portant un fichu rose sur la tête et un tablier fleuri par-dessus un épais chandail de laine. Elle brandissait une petite boule de poils sous le nez de la jeune femme et affichait un air mécontent, les lèvres pincées et le regard noir.
- Enfermez-le, faîtes quelque chose ! Je le retrouve dans ma cuisine tous les matins ! Qu'est-ce que ça veut dire ?
- Je ferai attention, madame Mochu, soupira la jeune femme en tentant de reprendre son compagnon à quatre pattes que la fermière tenait par la peau du cou.
Mais elle n'avait visiblement pas dit tout ce qu'elle avait sur le cœur. Après avoir soustrait son petit protégé à sa convoitise d'un mouvement d'épaule, elle prit une grande inspiration. Excédée, la jeune femme s'appuya sur le linteau et croisa les bras.
- Est-ce que je devrais pas vous demander quelque chose en échange pour vous le rapporter chaque matin alors qu'il a dévoré une fois encore la moitié de ma réserve de grains ?
- Non, soupira-t-elle. Cela ne se reproduira plus. J'ai bien compris que cela vous portait préjudice.
- Je ne vous croirai que lorsque je verrai que la réserve de grains n'a pas baissé.
- Soyez rassurée, je m'en occupe.
La jeune femme tendit les mains et la fermière hésita quelques secondes avant de lâcher la petite bête dans sa main. Elle semblait dubitative.
- J'ai votre parole… N'est-ce pas ?
- Oui…
- Je ne le reverrai plus ?
- Non…
- C'est qu'il fait drôlement peur à mes gosses. D'ailleurs, pourquoi est-ce qu'il est peint en bleu ? C'est la nouvelle mode en ville ?
- Sûrement, dit la jeune femme en refermant la porte. Ça fait cinq ans que je n'ai pas remis les pieds en ville…
Elle posa le petit animal sur la table et alors qu'elle remuait les braises de la cheminée, elle le surprit à tourner en rond sur la nappe.
- Ah non ! dit-elle en se précipitant vers lui pour le prendre dans ses bras. Tu n'iras nulle part. Je vais devoir te forcer à rester là. Je suis désolée, je voulais éviter ça mais tu ne me laisses pas le choix…
Elle s'était dirigée vers le buffet qui occupait un coin de la pièce. Elle ouvrit le tiroir de droite d'une main, l'autre occupée à tenir fermement son animal de compagnie contre sa poitrine. Elle sortit du tiroir un objet long et atypique en bois, d'une trentaine de centimètres de long. Elle le serra quelques instants entre ses doigts, puis se concentra longuement. Au bout de quelques minutes, elle rouvrit les yeux et murmura quelques mots en latin en pointant l'objet sur son animal. Quelques étincelles dorées jaillirent de l'extrémité et frappèrent la boule de poils bleus qui éternua comme s'il avait été atteint par de la poussière. Il s'enfuit de ses bras et sauta sur le meuble, échappant à sa vigilance. La jeune femme soupira et essuya soigneusement l'objet. Il ne pourrait plus aller bien loin, maintenant.
Elle rangea le bâton dans le tiroir et continua de vaquer à ses occupations. Après avoir remis les draps et les couvertures en place, elle s'habilla prestement et sortit de la maison, un seau à la main. Elle ouvrit la cage des poules, leur donna du grain, et nourrit ses lapins. Dans la cour, l'agitation qui régnait la fit sourire, bien que l'éclair bleu qu'elle crut apercevoir dans un coin la stoppa dans sa progression. Elle haussa les épaules et atteignit la fontaine dans le coin entre l'étable et la grange. Elle actionna le levier en priant pour que l'eau n'ait pas gelé. En y repensant, elle songea à retourner fouiller dans le tiroir de droite de son buffet, mais elle chassa cette pensée d'un mouvement de tête en voyant de l'eau glacée éclabousser ses pieds. Elle en récolta un seau plein et se déplaça avec difficulté vers la grande porte de la grange où vivait son âne. Elle entra dans le bâtiment, les yeux rivés sur celle qui lui avait fait passer une très mauvaise nuit.
- Ah, mon Dieu, dit-elle en versant de l'eau dans l'abreuvoir. Entre vous deux, je ne suis pas gâtée…
L'ânesse sembla lui faire des reproches par le regard qu'elle lui adressa. Regardant autour d'elle, l'humaine sembla voir l'étendue des dégâts. Elle n'avait pas nettoyé la paille de Pansy depuis au moins une semaine.
Elle tenta de reprendre sa respiration. Elle avait déjà tant de travail ! Mais elle ne pouvait décemment pas la laisser comme ça.
- Bien, BIEN, j'ai compris…
Elle revint de la réserve avec une brouette, une pelle et une fourche, et entreprit d'accumuler la paille souillée. Elle fit un aller-retour en petites foulées jusqu'au tas de fumier et souffla quelques instants avant de s'attaquer à la montagne de paille fraîche. Elle planta la fourche une première fois, étala son butin sur le sol.
Mais alors qu'elle le plantait une deuxième fois, quelque chose d'inhabituel se produisit. Les crocs de sa fourche rencontrèrent quelque chose de plus consistant que de la paille. L'espace d'un instant, elle crut que son compagnon qui s'était fait la malle avait trouvé une nouvelle maison et qu'elle venait juste de l'empaler sur sa fourche, et alors qu'elle s'apprêtait à hurler, une haute forme humaine jaillit du tas de paille en brandissant un bâton, la laissant sans voix.
