Merci à Tooran pour m'avoir donné l'idée d'écrire sur ce personnage, cet OS t'y est comme dédié.


Flocons bleus

Je m'appelle Jerry, tu t'appelles Jerry, il s'appelle Jerry, nous nous appelons tous Jerry. On adore notre nom, et on adorait notre fonction.

Je me souviens encore de tous ces enfants riant sans retenue, leurs mines illuminés par leurs sourires et leurs fossettes étirées. Ce son que produit les humains, en particulier les plus petits est si joli. L'entendre tous les jours était un vrai cadeau, gage de mon travail à la fois fatiguant mais aussi merveilleux que d'être un androïde pour ce fabuleux parc d'attractions. Je visualise encore tous les manèges tournoyant, embarquant familles, amis et couples dans des parades enchantées par les lumières multicolores et les musiques entraînantes. C'est tout ce qui comptait pour moi, que tout le monde soit heureux, et qu'il s'amuse.

Cette ambiance onirique me manque, c'est bien pour cela que j'y pense constamment. La joie des enfants me manque, de même que les mélodies résonnant autrefois dans les haut parleurs du parc. La plupart des manèges et stands de jeux sont en panne, détruits par le temps, en particulier la neige et le givre ces derniers temps. Heureusement, je ne ressens pas le froid, mais je n'aime pas le bruit sinistre que fait le vent de l'hiver. La seule chose que j'aime de cette saison, ce sont les flocons qui tombent, parfois lentement parfois rapidement. On dirait parfois des petites plumes, et cela rend le ciel très beau, et je peux passer des heures à l'observer, la tête en l'air.

Avec les autres Jerry, j'ai découvert que l'on peut faire pleins de choses avec la neige. Cela a beau être à la base de l'eau, on peut la toucher et la modeler. C'est pourquoi un jour, après avoir fait des petites boules, nous commençons à les jeter en l'air, puis sur les murs. Je trouve ça très drôle. Je suis sûr que les enfants font souvent cela. Mince... Je pense encore à eux.

En regardant attentivement, je vois que je laisse des traces de pas dans la neige, la faisant craquer. Dubitatif, je commence à faire des tracés aléatoire sur le sol. Mon regard s'illumine, on peut faire des dessins avec la neige ! Comme c'est chouette ! Très vite, je commence à dessiner un bateau pirate, puis un soleil, et enfin des enfants. J'aimerais tant qu'ils prennent vie. Un Jerry s'approche, et regarde mon œuvre. Il sourit, et se joint à moi. Nous continuons à faire des dessins, sous la complicité des flocons tombant encore et toujours, ainsi qu'une brise délicate. C'est le soir, et je distingue désormais avec difficulté.

Tandis que nous sommes encore agenouillé au sol pour dessiner, nous entendons des pas précipités, de course, venir en notre direction. Ce sont les autres Jerry, et ils semblent affolés. Je ne comprends pas, mais je préfère les suivre, de crainte que quelque chose m'arrive. Mais l'autre Jerry n'a rien entendu, sûrement à cause d'une partie endommagé de son corps. Il n'a rien non plus, continuant de tracer des choses sur la neige. Puis je comprends pourquoi les Jerry sont paniqués. Au loin, je distingue vaguement des silhouettes, sans hésitation ceux d'humains. Je fais comme les autres, je me cache derrière un manège. Je réalise que je devrais aller porter secours à ce Jerry désormais tout seul en plein milieu de l'allée, mais je n'ai pas le temps d'esquisser un mouvement qu'il se fait déjà frapper.

Les humains qui s'en prennent à lui sont trois, et de tailles imposantes. Il y en a même un avec une batte, et s'amuse à l'abattre sur Jerry. L'androïde ne peut pas s'enfuir, et n'arrive pas à se défendre, c'est pourquoi il essaye de se protéger en se recroquevillant, en vain. Sous les ricanements de ces hommes, je vois des étincelles jaillir de son corps, tandis que la neige prend petit à petit une teinte bleue autour de lui.

Finalement, au bout de quelques minutes, qui semble interminables, les trois humains font demi-tour, comme si de rien n'était. Ils n'ont pas cherché d'autres androïdes, ce Jerry leur suffit. Une fois certain de leur départ, je sors de ma cachette et me précipite vers le Jerry. Mais comme je le craignais, il n'est pas sauvable, car il s'est déjà désactivé. Tout ce que je peux désormais voir, ce sont la neige désormais bleue, ainsi que les flocons qui prennent la même teinte en tombant doucement sur son corps inerte. Ce n'est pas le premier à se faire détruire ainsi par des humains sortis de nulle part. C'est souvent qu'ils viennent se défouler.

Pourquoi ils font ça ? Parce qu'ils sont en colère ? Ils ne nous aiment pas ? Je ne comprends pas, et ça me fait peur. Dans ces moments là, je pense davantage aux enfants, car je me dis que eux ne sont pas aussi méchants envers nous. Pourquoi les adultes ne peuvent-ils par rester comme eux ? Leurs rires joyeux et légers me manquent. Je ne veux plus entendre ces ricanements lourds et arrogants. Je veux que tout le monde vienne s'amuser, que tout le monde revive une aventure incroyable sur l'île des pirates.

Je m'appelle Jerry, tu t'appelles Jerry, nous nous appelons Jerry. Et il s'appelait Jerry.