Bepo

Marchant sur le manteau de neige immaculée il cherchait sa mère, il avait beau crier elle ne répondait pas, la bise l'empêchait de discerner son odeur, sa si douce odeur de maman. Appelant encore et encore il sentit peu à peu la faim et la fatigue le gagner, ses petites pattes s'enfonçaient dans le manteau de neige aussi blanche que lui.

Approchant d'une forêt il fouilla la neige de sa petite truffe. C'était froid, ça faisait mal à son nez si fragile mais il avait faim et il était trop petit pour chasser par ses propres moyens. Il devait trouver quelques racines à mâchouiller avant de repartir à la recherche de sa maman.

La nuit tombait, il n'aimait pas la nuit, c'était dangereux, sa maman lui avait toujours bien dit de rester au fond de la grotte quand il faisait noir dehors. Se blottissant dans une vieille souche d'arbre creuse il replia ses pattes sous lui pour se tenir chaud. Dehors la tempête faisait rage et sa maman n'était toujours pas là.

Elle était partie chercher à manger quand le petit soleil brillaient doucement à travers les nuages si appétissants. Son ventre cria famine et il enfoui son museau entre ses pattes. Il était tellement fatigué.

La nuit était là, pleine de bruits effrayants, pleine de monstres. Encore une fois il entendit ce tonnerre étrange et si effrayant, les animaux hurlaient pourtant il savait bien que pendant l'orage le monde était silencieux. Il voulait sa maman, sa douce maman qui lui racontait des histoires quand il avait peur.

Frottant sa truffe contre ses pattes il sortit peu à peu du sommeil. Il devait trouver à manger et partir chercher sa maman, elle avait du trouver beaucoup de viande en partant si longtemps. Avec un peu de chance elle lui donnerait même un peu de lait, ça faisait deux lunes déjà qu'il n'avait plus bu de lait, sa maman le disait trop grand pour ça mais lui, il adorait le lait.

Il marchait depuis longtemps déjà sans savoir où il allait, ses pattes fatiguaient de plus en plus et il ne trouvait toujours pas la trace de sa maman, il y avait juste cette odeur de sang. Il avança plus rapidement, c'était sûrement sa maman qui avait trouvé à mangé !

Tandis qu'il courait à la rencontre de nourriture il se prit les pattes dans une racine cachée par la neige. Il hurla tandis qu'il chutait en roulant dans la neige et la boue. Pleurant il appela de sa petite voix sa chère maman, elle qui léchait toujours gentiment ses blessures et qui frottait sa tête contre la sienne avec tendresse pour consoler ses pires chagrin d'ourson.

Il cessa de pleurer quand il remarqua enfin, droit devant, une étrange odeur arrivait, une odeur chaude et un peu sucrée. Peu être que ça se mangeait ! Boitillant difficilement il avança dans les fourrés qui n'avaient plus de feuilles. Une nouvelle fois il trébucha. Dans une roulade parfaite il sortit de sa cachette. La chose qui sentait si bon approcha de lui.

La chose étrange cligna des yeux en se penchant doucement vers lui. Il se posa sur ses fesses pour regarder cette étrange créature colorée aux yeux noirs. Ça n'avait pas l'air bien méchant comme bête ça, pas autant que les ours mâles qui passaient parfois près de la grotte et dont il se cachait sous l'ordre de sa maman.

La chose s'était accroupie face à lui et tendait doucement une de ses pattes avant. L'ourson eut un mouvement de recul en voyant que la chose n'avait pas de poils sur ses pattes. Elle était malade ?

- Viens, murmura la chose.

Tiens, elle parlait la même langue que lui depuis qu'il avait mangé ce fuit dégoûtant à sa première sortie de la grotte quand sa maman avait le dos tourné.

Il hésita, sa maman lui avait toujours dit de se méfier de tout le monde temps qu'il était encore petit. Mais il n'était plus si petit maintenant qu'il ne buvait plus de lait ! Et puis cette chose n'avait pas l'air bien méchante.

- N'aie pas peur, murmura à nouveau la créature.

Reniflant à distance cette étrange patte sans poils l'ourson avança d'un pas hésitant et pataud, l'autre patte de la créature se posa sur sa tête. C'était chaud, ça lui faisait du bien à lui qui avait si froid. Cessant d'hésiter il approcha pour se coller contre cet étranger sur la terre des ours.

Il observa, interdit, cette étrange chose ouvrir sa fourrure colorée pour le mettre à l'intérieur. C'était encore plus chaud et doux.

- On va te trouver quelque chose à manger, lui dit cet étrange inconnu au cœur si généreux.

L'ourson grogna de bonheur à l'idée d'un bon repas lui qui ne s'était nourri que de racines depuis la veille. Il posa sa tête contre la poitrine de l'étrange animal et ferma les yeux pour profiter d'un repos bien mérité après ce si grand voyage à la recherche de sa maman.

Cette odeur ! Cette délicieuse odeur ! Ses yeux noirs s'ouvrirent, il était posé sur un sol moelleux à souhait qui s'affaissait légèrement sous ses pattes, il faisait chaud mais pas trop, c'était bien mieux que la grotte cet endroit, et puis cette odeur ! Avalant difficilement sa salive l'ourson approcha des délicieux morceaux de viande. Ils n'étaient pas durs et ensanglantés comme ceux que lui donnaient sa maman, ceux là étaient tendres, fins, déjà coupés par des griffes expertes. Il y avait des fruits aussi ! Des fruits doux et sucrés qui régalaient sa langue. Quelle généreuse créature.

Pendant qu'il finissait ce si généreux repas l'animal sans fourrure palpa sa patte blessée avec douceur, il allait sûrement le lécher pour le soigner, après tout il était si gentil.

- Aïe !

Ça piquait fort et ça sentait mauvais cette chose qui lui appliquait son nouvel ami.

La chose étrange le fixa, elle avait l'air surprise qu'il parle. Pourquoi faisait-il cette tête ? Ils parlaient la même langue non ? Il avança vers la chose et posa sa patte blanche sur une patte à l'étrange motif noir.

- Désolé, dit sincèrement le petit ourson de peur d'avoir effrayé son nouvel ami si gentil.

La chose cligna des yeux plusieurs fois puis le prit entre ses pattes pour le soulever. Ils plongèrent leur regard dans celui de l'autre de longues secondes.

- Putain de merde, un ours qui cause.

L'ourson pencha la tête sur le côté, il ne connaissait pas tous les mots de la créature.

- Bordel ! S'exclama la chose.

Ce mot là non plus il ne le connaissait pas mais il savait reconnaître la joie. Son ami était content de savoir qu'il pouvait parler.

Ses blessures pansées avec le plus grand soin et le ventre rempli l'ourson s'endormit sur ce sol chaud et moelleux auprès de Law, c'était ainsi que se nommait l'étrange créature.

Dès le levé du jour il avait bien tenté de retrouver la trace de sa douce maman mais il n'y avait toujours aucune odeur, aucun parfum aussi doux que celui de sa mère dans l'air. Le soir venu il était retourné voir Law qui, le regard douloureux, lui avait donné un biberon plein de lait.

Jamais Bepo n'était parti.