Ardents désaccords

Chapitre 1 Premier jour

Depuis le début, elle savait que cette réunion était une mauvaise idée.

La situation entre la Terre et les Plants était plutôt calme, alors pourquoi s'entêter avec des congrès inutiles ? Pourtant, les émirs avaient été formels, Orb devait participer à cette grande fête de l'union. Et évidemment, en tant que souveraine de l'archipel, c'était à elle de s'y rendre.

Elle avait bien essayé d'envoyer un émissaire, n'importe quel diplomate aurait pu faire l'affaire, mais non, Lacus y avait mis son grain de sel. C'était une occasion unique de se retrouver, de se voir un peu.

Elles auraient du temps ensemble puisque le programme n'était pas si chargé.

Et ce n'était que trois jours, pour renforcer les liens entre l'alliance terrestre, les colonies et les pays neutres. Pour éviter une nouvelle tragédie. Tous les arguments étaient bons de toute façon.

Lacus obtenait toujours ce qu'elle voulait, ce n'était pas la peine d'essayer de lui résister.

Par conséquent, Cagalli s'était laissé convaincre. Elle avait accepté et bloqué quatre jours sur son agenda pour rejoindre Aprilius et participer aux cérémonies.

Elle était contente à l'idée de revoir son frère, et bons nombres de ses amis. Finalement, elle se dit que c'était une bonne chose. Jusqu'à ce qu'elle apprenne la nouvelle par la presse.

La présidente des Plants renonçait à ses fonctions, et des élections anticipées allaient être organisées. En attendant, l'intendance serait gérée par le bras droit de mademoiselle Clyne, l'ancien pilote de ZAFT, et fils de l'ancien président Zala, Athrun Zala.

Evidemment, l'information fut annoncée le jour même de son arrivée sur la colonie. Elle n'avait plus aucun moyen de reculer.

Elle suspectait sérieusement Lacus d'avoir tout organisé depuis le début, mais elle ne pouvait plus rien faire pour éviter la confrontation. Si elle repartait maintenant, il s'en suivrait obligatoirement une crise diplomatique épouvantable. Elle devait prendre sur elle et faire face à son ex-garde du corps même si c'était pénible et douloureux.

Trois ans qu'ils ne s'étaient pas vu. Et leur dernière rencontre n'avait pas vraiment été une partie de plaisir. Il était venu au mémorial avec sa petite amie, se pavanant avec elle sans se soucier de ce qu'elle ressentait.

Heureusement, la situation politique à l'époque était suffisamment compliquée pour qu'elle ait pu s'éclipser rapidement sans avoir à lui parler.

Orb devenait un modèle à suivre pour les différentes nations de la Terre et elle était sous le feu des projecteurs en permanence. Son temps était précieux et elle ne pouvait le gaspiller en enfantillages. S'il voulait une relation simple et facile avec une gamine qui se pâme en permanence devant lui, il avait bien fait de choisir sa rouquine.

Encore que d'après Kira il n'y ait jamais rien eu entre eux. Mais ce n'était pas son problème. Elle se moquait de la vie privée d'Athrun, il était libre de faire ce qu'il voulait avec qui il voulait. Tout cela ne la regardait pas.

Il était parti, sans même lui dire au revoir et n'avait jamais plus donné de nouvelles. Bien sûr, elle n'en avait pas donné non plus, mais ce n'était pas la question.

Arrivée à son hôtel, Cagalli fut assaillie par la presse. La représentante ne se déplaçait pas souvent dans l'espace et chacune de ses sorties était suivie de très près aussi bien par les journalistes politiques que par les paparazzi qui espéraient toujours découvrir quelques secrets cachés.

Ses histoires de cœur faisaient la une des tabloïds, alors que pourtant, sa vie affective était aussi déserte que qu'une piscine en plein janvier, et son lit n'était guère plus chaud. Cagalli soupira de lassitude devant les questions incessantes des reporters et finit par s'éclipser par une petite porte latérale.

Elle n'était pas installée depuis dix minutes qu'elle fut à nouveau dérangée par un visiteur. Son humeur n'était pas vraiment au beau fixe et elle ouvrit violemment sa porte prête à se défouler sur celui qui l'importunait, mais elle se ravisa devant le sourire charmeur de Dearka qui rentra dans sa chambre sans y avoir été invité.

Cagalli fut plutôt surprise de tomber sur lui, elle s'attendait plutôt à voir Kira ou Lacus, mais certainement pas le pilote de ZAFT, ex-prétendant de Miriallia.

Dearka fit un tour rapide la pièce, vérifiant les fenêtres et diverses installations. Il se planta devant la baie vitrée du salon et émit un sifflement admiratif devant la vue, mais surtout devant le nombre impressionnant de photographes qui s'agglutinaient au pied de l'hôtel.

Cagalli ne put se retenir plus longtemps, et elle demanda d'un ton peu engageant : « Je peux savoir ce que tu viens faire ici ? »

Le pilote se retourna vers elle avec un sourire en coin et croisa les bras en s'adossant à la fenêtre.

« Bonjour à vous princesse. »

La représentante sentit son sang se mettre à bouillir. Elle était déjà suffisamment contrariée d'être ici, si en plus, il la provoquait, il allait comprendre à qui il avait à faire.

Voyant son regard furieux, Dearka remballa son numéro de charme et retrouva son sérieux.

« J'ai été envoyé par la présidente et son chef de la sécurité pour te servir de garde du corps. Yamoto ne pouvait se libérer et il m'a demandé de venir t'accueillir. Il aurait voulut se charger lui-même de ta protection, mais il est coincé avec Lacus. »

Cagalli soupira et s'approcha elle-aussi de la fenêtre. Voyant l'attroupement à l'entrée, elle posa son front sur la vitre et ferma les yeux. Evidemment Kira était avec sa fiancée. Il avait mieux à faire que de venir la voir...

« Je n'ai pas besoin d'un chaperon, je suis une grande fille. Et j'ai ma propre garde rapprochée. » Puis elle esquissa un sourire à l'attention du pilote et proposa : « Tu as certainement bien mieux à faire que de rester ici, alors ce n'est pas la peine de t'inquiéter pour moi. Va, profite de ton temps libre, promène-toi, fais ce que tu veux, je ne dirai rien à Kira. »

Il émanait d'elle une profonde lassitude qui dérangea un peu Dearka. Certes, c'était un garçon débonnaire et léger, mais il savait voir quand quelque chose n'allait pas. Même s'il n'avait jamais été proche de la princesse, il la connaissait un peu et avait entendu parler d'elle par ses amis. C'était une jeune femme fière, dynamique et forte avec un tempérament de feu.

Alors que celle qu'il avait de lui était une jeune fille fragile, visiblement épuisée, aussi bien moralement que physiquement.

Le mot qui la décrivait le mieux dans son état actuel était éteinte.

Dearka se planta en face d'elle et demanda avec un air concerné : « Qu'est-ce qui ne va pas ? »

Cagalli soupira et ferma les yeux. « Tu peux me dire ce que je fais ici ? Je veux dire, si je suis venue c'était surtout pour Lacus et Kira et ils sont trop occupés pour passer, ne serait-ce que quelques minutes. Et en plus, Lacus s'est bien gardé de me prévenir qu'elle quittait ses fonctions, donc je vais me retrouver à passer ces trois jours de conférences seule avec Athrun et très franchement je n'ai aucune envie de… »

Elle sentit le regard surpris de Dearka et détourna la tête. « Laisse tomber. Je ne suis pas de bonne compagnie, et comme je te l'ai dit, j'ai déjà mes propres gardes, donc tu peux aller prendre l'air ou je ne sais quoi… »

Le pilote parut décontenancé puis il eut un sourire en coin : « Et si on sortait tous les deux ? T'as vraiment besoin de changer les idées et moi, je n'ai aucun projet pour la soirée vu que je devais travailler, enfin te surveiller pour le compte de ton adorable jumeau… »

Cagalli fut un peu surprise par sa proposition. Il avait un sourire en coin qui n'engageait rien de bon. Pourtant, elle avait effectivement bien envie de se prendre l'air, en dehors de toute réunion officielle.

Simplement être elle-même pour quelques heures et ne plus être la représentante de son pays en déplacement pour un congrès…

-oOo-

Deraka l'emmena dans tous les endroits animés qu'il connaissait. Il commença par un petit restaurant sans prétention, puis lui fit faire la tournée des pubs jusqu'à finir la soirée dans un club qu'il fréquentait assez souvent.

Partout où ils allaient, il la présentait comme sa jeune cousine, et comme Cagalli avait les mêmes cheveux blonds et la peau légèrement bronzée, leur histoire était crédible.

La princesse était nettement plus détendue maintenant qu'elle avait retrouvé sa liberté. Elle avait troqué sa tenue d'apparat pour des vêtements simples, et s'était même laissé entraîner dans une séance de shopping expéditif afin de lui trouver une robe pour aller danser.

Elle aurait certainement eu de quoi faire l'affaire dans ses valises, ayant prévu de quoi se changer pour les différentes cérémonies auxquelles elle était supposée se rendre, mais Dearka insista pour ne pas repasser à l'hotel.

Ils avaient péniblement évité la presse et le pilote préférait faire profil bas. Il ne tenait pas à être poursuivit par une équipe de journalistes, ni se retrouver en une des magazines à scandales comme nouveau fiancé de la représentante d'Orb. Il tenait à la vie. Et il avait une idée très arrêtée sur ce qu'il comptait faire avec elle, par conséquent, il devait s'assurer qu'elle soit dans des bonnes conditions pour la réalisation de son plan, à savoir une robe attrayante sans être trop provocante, légèrement décolletée, mais surtout, suffisamment ample pour permettre une bonne liberté de mouvements.

Il justifia son choix en lui rappelant qu'ils allaient danser, et Cagalli n'y vit que du feu. Elle était tellement contente de pouvoir agir sa guise qu'elle ne se posa pas de question sur les intentions réelles de son garde du corps. Elle accepta plusieurs verres sans se soucier des conséquences et se déchaîna sur la piste pendant des heures.

Dearka flirtait avec une des serveuses en attendant de passer à l'action. Il avait tout prévu depuis que Kira lui avait demandé de veiller sur sa soeur. Il ne pensait pas par contre que les choses se présenteraient aussi facilement et qu'il pourrait sans négociation aucune entraîner la princesse au club avec lui.

A l'heure prévue, il vit ses deux camarades arrivés. Aucun des deux ne paraissait vraiment enthousiaste, mais au moins, ils avaient fait l'effort de se déplacer.

Yzak traîna son compagnon jusqu'au bar tout en scannant la salle et il jeta un regard glacé à Dearka.

« Et alors ? » bougonna-t-il d'entrée de jeu.

Le pilote eut un sourire en coin et désigna la piste de danse du menton.

« Bonsoir à vous aussi. Alors, on va fêter la bonne nouvelle, non ? » Il se détourna d'Yzak et porta son attention sur le grand brun derrière lui qui soupira. Il avait accepté l'invitation de Dearka uniquement pour avoir la paix. Il aurait préféré profiter de sa soirée tranquille, surtout maintenant qu'il allait devoir se partager les festivité avec Lacus, mais il connaissait suffisamment le pilote pour deviner l'enfer que celui-ci lui ferait vivre s'il refusait de célébrer sa promotion.

Certes, avec lui, tout était toujours prétexte à faire la fête, mais il ne pouvait pas nier qu'il avait été flatté d'être choisi par l'ex-chanteuse.

Il travaillait à ses cotés depuis la fin de la guerre, mais il était loin d'être le seul.

Pourtant, pour Lacus le choix ne faisait aucun doute. Il était le seul à pouvoir poursuivre son oeuvre et respecter aussi bien ses idéaux que ses engagements vis à vis de la Terre et du respect des Naturels. Elle n'avait pas abordé le problème des nations Neutres et de Orb en particulier, mais il avait bien compris qu'elle l'avait aussi choisi parce qu'il connaissait la situation.

En revanche il n'était pas très sûr de pouvoir affronter Cagalli en tête à tête. Il ne l'avait jamais oubliée et de la voir se pavaner avec le premier venu comme elle se faisait à la une des magazines n'était pas pour le ravir.

Il avait accepté qu'elle prenne ses distances avec lui, pensant qu'elle se concentrait sur son travail, sur la reconstruction de son pays et le maintien de la paix, mais depuis des mois déjà, elle était régulièrement en première page avec un nouveau prétendant à chaque fois.

Alors il n'était pas tout blanc lui non plus, il avait bien eu quelques aventures ici et là, mais il savait rester discret.

Perdu dans ses pensées, Athrun ne réalisa pas que Dearka lui parlait et il fut surpris de le voir lui tendre à boire sans qu'il ait jamais commandé.

« A ta future élection, mon pote ! Et faudra pas oublier les copains une fois que tu seras président ! » Le pilote lui fit un clin d'oeil appuyé et avala sa boisson d'un trait, tout comme Yzak. Il fut donc obligé de suivre, sauf que contrairement aux deux autres, il n'avait pas un simple jus de fruit dans son verre, mais bien de la vodka

Yazk et Dearka se relayèrent pour lui faire ingurgiter le maximum de Kamikaze possible avant qu'il ne découvre leur embuscade. A plusieurs reprises la serveuse qui flirtait avec le pilote le questionna sur la jeune fille qui l'accompagnait et Athrun prêta l'oreille pour comprendre de qui elle parlait, mais Dearka eut le réflexe de lui expliquer qu'il était avec sa cousine Calli. Il avait présenté la princesse sous ce diminutif pour éviter d'éveiller les soupçons en utilisant son vrai nom et jusqu'à présent, personne n'avait fait le rapprochement.

Pourtant, Athrun parut douter. Il connaissait Dearka depuis l'académie et jamais il n'avait évoqué la moindre cousine, et encore une fille qui s'appelait Calli. Pourtant, avec l'alcool qui lui montait à la tête, il fut incapable de faire le lien.

Même quand elle rejoignit son cousin au bar pour récupérer son nième cocktail de la soirée, il ne pensa pas une seconde qu'elle était qui elle était.

Ils restèrent un long moment à se regarder l'un l'autre sans réagir puis un grand gaillard en costume gris vint lui prendre le bras et l'entraîna sur la piste sans qu'elle le temps d'articuler une phrase.

Malgré tout ce qu'elle avait bu, elle avait parfaitement reconnu ses yeux verts. Dès qu'elle s'était approché de Dearka, elle avait vu qu'il n'était pas seul, mais elle n'avait pas fait attention à ses compagnons. Seulement son coeur s'était emballé comme elle avançait vers eux et elle avait eu un drôle de pressentiment. A croire que son corps avait réagi avant même que son cerveau ne comprenne ce qu'il se passait.

Heureusement pour elle, elle n'avait pas eu à lui parler. Une fois son cocktail avalé, un des types avec lesquels elle dansait était venu la chercher et elle avait pu s'éclipser sans avoir à ouvrir la bouche.

Sans réfléchir, Cagalli continua à se déchaîner sur la piste. La musique lui vidait la tête. Elle se sentait libre et insouciante et elle ne s'occupait absolument plus des problèmes politiques ni de quoi que ce soit d'autre.

Elle se comportait comme n'importe quelle autre fille de son age. Sauf qu'elle ne sortait pas souvent et que même si elle savait, en théorie du moins que certains hommes étaient du genre collant et entreprenant, elle n'imaginait pas qu'elle puisse réellement intéresser quelqu'un.

Les seuls prétendants qu'elle ait jamais eu en fin de compte ne l'approchait que pour sa situation. Elle était la représentante d'un pays riche et puissant et elle attirait forcément les convoitises. Alors il y avait bien eu Ahmed qui avait eu un petit béguin pour elle, mais c'était surtout parce qu'il n'avait pas l'occasion de fréquenter beaucoup de filles. En fait le seul à avoir vraiment eu des sentiments pour elle de façon réelle était Athrun.

Son coeur s'accéléra à nouveau et elle sentit sa gorge se serrer. Sans s'en rendre compte, elle se retourna et son regard se perdit en direction du bar.

Il était là, les yeux rivés sur elle, comme s'il cherchait à lire ses pensées. Pourquoi la hantait-il ainsi ? Soudain, elle se retrouva plaqué contre le torse d'un grand brun qui lui murmura des paroles incohérentes à l'oreille. Elle ne comprenait pas ce qu'il lui disait.

Il voulait la ramener à l'hôtel, lui disant qu'elle devait être fatiguée. Comment savait-il qui elle était ? Elle tenta de se libérer, mais il la tenait fermement. Cagalli le regardait de plus près, mais elle ne reconnaissait pas son visage. Il ne faisait pas partie de son équipe de sécurité.

Elle avait trop bu, l'alcool lui brouillait la vue et elle n'arrivait même plus à tenir debout. Si cet homme ne la retenait pas contre lui, elle était sûre qu'elle s'effondrerait. Elle voulut appeler à l'aide quand il l'entraîna vers la sortie, mais elle était incapable de parler. Tout tournait autour d'elle. Elle ne se souvenait de combien de verres elle avait bu. L'air frais ne l'aida pas une seconde à se remettre les idées en place. Au contraire, elle se sentit encore plus troubler à chaque pas.

Elle ferma les yeux une seconde et les rouvrit brusquement quand son dos percuta le capot d'une voiture.

Celui qui la soutenait avait sa main sur sa cuisse et il remontait sa robe de plus en plus. Elle se débattit mollement, ne réussissant jamais à l'atteindre. Quand elle sentit son souffle chaud sur son cou elle ferma à nouveau les yeux.

Son corps était paralysé. Elle n'avait pas vraiment peur, elle ne comprenait absolument pas comment elle avait pu se retrouver dans cette situation.

-oOo-

Cagalli se réveilla en sursaut. Elle luttait contre un ennemi invisible qui tenta d'abuser d'elle et d'un coup, elle se retrouva dans un lit, allongée au milieu des oreillers, dans une pièce à peine éclairée.

Un rapide état des lieux lui indiqua qu'elle dans une chambre qu'elle ne connaissait pas, vraisemblablement celle d'un homme. Heureusement, elle était seule, mais cette pensée ne suffit pas à calmer les battements anarchiques de son cœur.

Elle n'avait aucun souvenir de la veille, son esprit encore trop embrumé par tout l'alcool qu'elle avait ingurgitée et elle ne voyait pas comment elle était arrivée là. Tout ce dont elle se souvenait c'était Dearka qui l'avait emmenée dans ce club alors qu'elle était déjà passablement éméchée et qu'elle avait continué de se saouler, de vodka-martini mais aussi de musique.

En forçant sa mémoire, elle revit les images de cet homme qui l'avait traînée vers sa voiture, ses mains qui couraient sur son corps, ses baisers sur son cou, elle se rappelait s'être collée à lui, l'avoir regardé dans les yeux quand il l'avait allongée, ses prunelles vertes quand il lui demandait si elle était vraiment sûre…

Cagalli secoua la tête. Tout se mélangeait dans son esprit. Le début était plutôt terrifiant, comme si ce type avait tenté de la violer et pourtant, plus elle y pensait, plus elle avait une impression agréable, une tendresse infinie émanait de ses caresses, la façon dont il l'avait touchée, comme personne d'autre, ou presque… Elle rougit et jeta un œil sous les draps pour confirmer ses soupçons. Elle était parfaitement nue et quelque chose lui disait qu'elle n'avait pas dû faire que dormir depuis son départ du club.

Soudain, elle entendit des voix qui se rapprochaient de la chambre et même elle ne pouvait pas identifier clairement ce qu'il se disait, ni qui parlait, elle comprit qu'elle ne devait pas rester dans ce lit, dévêtue et impuissante.

Il fallait affronter la réalité et faire face à ses responsabilités. Quoi qu'elle ait fait pendant la nuit, elle devrait vivre avec. Et puisque de toute façon, elle n'en avait aucun souvenir, le plus dur serait simplement de se confronter son compagnon quelques minutes le temps de rentrer à l'hotel se changer.

Cagalli se leva mollement, tentant de trouver son équilibre malgré sa migraine tenace et elle farfouilla dans la pièce à la recherche de quelque chose de portable. L'obscurité dans la chambre n'était pas telle qu'elle ait besoin d'allumer pour voir où elle allait et elle préférait rester discrète sur sa présence si bien qu'elle ne fit pas très attention au pull qu'elle enfila avant de sortir. Elle avait aussi réussi à dégoter une culotte et comptait bien récupérer sa robe avant de filer. Mais pour le moment, il lui importait surtout d'être décente avant d'affronter l'occupant des lieux.

Cagalli se dirigea tout naturellement vers la source sonore, ne sachant pas comment était fait l'appartement. D'un autre coté, elle n'avait pas beaucoup de choix. La chambre donnait sur un long couloir parsemé de portes identiques et toutes fermées, elle choisit donc d'aller vers ce qui ressemblait à un salon et finit par reconnaître la voix.

Il n'avait pas l'air ravi et si elle n'avait pas la tête dans un tel brouillard éthylique, elle aurait certainement protesté contre son comportement sur protecteur, mais elle se contenta de le saluer d'un « Hé » un peu flaiblard avant de poursuivre en réclamant une tasse café et son poids en aspirine.

Kira, assis devant le comptoir, la dévisagea, mais évita tout commentaire quand il croisa son regard. Ce n'était pas la peine de lui parler tant qu'elle était dans cet état.

Cagalli alla directement à la cuisine et fouilla dans le deuxième tiroir à la recherche des précieux comprimés.

Elle s'installa ensuite sur un des tabourets et attrapa la tasse de café qui reposait là sans se soucier du fait qu'elle était à moitié entamée et ne lui appartenait certainement pas.

Athrun n'eut pas le temps de protester qu'elle avala une gorgée de son breuvage accompagnée des deux aspirines qu'elle avait récupérés. Il avait quitté sa place quelques secondes le temps d'ouvrir à Dearka et Yzak et il revenait pour trouver son siège occupé et son café bu par la princesse qui semblait parfaitement ignoré sa présence.

Cagalli ferma les yeux longuement, finissant sa tasse avant de se redresser, pousser un peu sa frange et faire le tour de la pièce du regard.

Yzak soupira, Dearka eut un sourire en coin en reluquant ses cuisses, Kira avait l'air à la fois inquiet, en colère et coupable et Athrun se détourna la tête avant de lui demander froidement : « Tu veux un café peut-être ? »

Cagalli le regarda repartir à la cuisine de ses yeux brumeux et elle se sentit rougir. Quand ses doigts frôlèrent les siens autour de la tasse, elle se revit chercher son contact, attrapant sa main pour la poser sur elle, entre ses seins, puis la faisant glisser sur son ventre, sa hanche, entre ses cuisses. Elle avait voulu lui prouver qu'elle avait envie de lui, et clairement, c'était le cas. A peine l'avait-il effleurée, là, qu'elle s'était sentie frissonner.

Il avait essayé de lui échapper, prétextant qu'elle ne savait pas ce qu'elle faisait, qu'elle était saoule, mais ça ne l'avait pas arrêtée. Les images étaient floues et elle n'arrivait pas se souvenir de quand elle s'était retrouvée dans cette situation avec lui. Ils ne s'étaient pas vus depuis si longtemps, et ils n'avaient pas pu de rapport de ce genre depuis encore plus longtemps. Avant leur séparation, et même avant la guerre...

Tout son corps se mit à chauffer comme les souvenirs défilaient dans sa tête. Les nuits qu'ils avaient passées, tous les deux, dans son appartement à Onogoro, loin des contraintes politiquse, ou dans une chambre d'hôtel, entre deux rendez-vous... Son ventre se remit à bouillir, lui rappelant cruellement sa solitude et la sensation de manque entre ses jambes la reprit de plus belle. Des années maintenant que sa vie sexuelle se limitait à ces rêveries et son corps demandait de plus en plus d'attention.

Pourtant, si elle était nue dans ce lit, c'était bien qu'elle avait eu des rapports la veille, non ? Et avec qui ? Elle s'était réveillée seule et rien dans la chambre ni dans le lit n'indiquait qu'il y ait eu un autre occupant. Si seulement elle arrivait à se remettre les idées en ordres, elle arriverait peut-être à se rappeler ce qu'elle avait fait de sa nuit !

Cagalli aurait voulu leur poser la question, au moins savoir ce qu'il s'était passé après sa sortie du club, mais Kira la devança en lui rappelant qu'elle était attendue et qu'elle devait encore se changer.

Elle le regarda longuement, essayant de comprendre de quoi il lui parlait, puis les mots reprirent leur place et elle réalisa enfin qu'elle n'était pas ici pour une visite de courtoisie, mais bien en voyage diplomatique.

Elle sursauta en comprenant la situation et d'un coup, elle paniqua.

« Quelle heure il est ? Et où est ma robe ? Comment je suis arrivée ici ? D'ailleurs, on est où là ? »

Dearka eut un petit rire amusé et il se prit un coup de coude de la part d'Yzak alors que Kira la dévisageait.

« Comment ça, où on est ? Tu sais parfaitement où on est, tu savais où était l'aspirine, et tu as trouvé la cuisine sans problème dans ce labyrinthe ! »

La princesse se retourna pour essayer de trouver un élément la mettant sur la voie, mais rien dans la pièce ne lui était familier. Elle avait choisi le deuxième tiroir pour ses comprimés parce que c'était là qu'elle les rangeait chez elle, mais elle ne connaissait pas cet endroit.

« Tu n'as aucun souvenir de hier soir ? » demanda Athrun sans lever les yeux de sa tasse. Sa voix était neutre, mais elle eut comme un léger frisson en l'entendant. Comme s'il était déçu, ou blessé. Il posa son café et sans réfléchir, Cagalli prit la tasse et la porta à ses lèvres.

Il était chaud et amer, avec juste cette petite pointe de sucre qui faisait ressortir son arôme fruité. Exactement comme elle l'aimait. Mais cela ne suffit pas à la calmer. Elle entendit Athrun grogner, mais n'y prêta pas attention. A la place, elle se leva et demanda à son frère si elle pouvait utiliser la salle de bain. Puisque manifestement, elle n'était pas en avance, elle allait sauter l'étape du retour à l'hôtel et se contenter de sa robe de la veille pour la cérémonie d'ouverture.

« Ca risque d'être dur… » annonça Yzak d'un ton cassant. Cagalli se retourna et avant qu'elle ne pose la question Dearka enchaîna : « Tu n'étais pas très fraîche hier soir, et ta robe n'a pas survécu. Par contre, je suis très fan de ce petit haut rose que tu as maintenant… »

Cagalli baissa les yeux sur son vêtement et découvrit que ce qu'elle avait pris pour un quelconque pull d'homme était en réalité un gilet zippé en peluche rose pale. Confortable mais vraiment pas son style. La princesse émit un bruit de dégoût en constatant ce qu'elle avait sur le dos, puis se rappelant qu'elle l'avait emprunté sans l'accord de qui que soit, elle évita d'en rajouter.

« Sauf que je ne peux pas sortir comme ça. Non pas que je veuille critiquer ce… truc… c'est juste que j'ai besoin d'une tenue un peu plus complète… »

Kira soupira et proposa de faire le tour des placards à la recherche de quelque chose quand Yzak proposa qu'elle porte simplement un des uniformes de ZAFT. Sans la veste, personne ne ferait attention.

La princesse voulut protester, Athrun lui-même ne semblait pas emballé par cette suggestion, mais quand Dearka annonça qu'il avait toujours la veste qu'elle portait la veille dans sa voiture, Kira trancha et la traîna de force à la salle de bain en lui disant de se dépêcher.

Pendant que sa sœur était sous la douche, il partit chercher ses affaires dans la voiture de Dearka et en profita pour l'envoyer, lui et Yzak s'occuper de Lacus. Il aurait dû aller la chercher lui-même et l'amener à la cérémonie avec Cagalli, mais dans l'état actuelle des choses, c'était clairement impossible.

-oOo-

Cagalli sortit de la salle de bain et retourna dans la chambre où elle avait dormi enroulée dans sa serviette et les cheveux encore trempés. L'eau froide sur la tête lui avait remis les idées en place et même si elle ne se souvenait toujours pas de comment elle était arrivée dans cet appartement, elle était plus réveillée et son cerveau semblait reprendre du service.

Elle fut surprise de trouver Athrun dans la pièce, à moitié habillé et elle ne put s'empêcher d'admirer sa silhouette parfaite. Il ne portait qu'une chemise par dessus son caleçon, et il n'avait même pas pris la peine de la fermer.

Elle se sermona mentallement de sa faiblesse et afficha un regard indifférent et froid quand il leva la tête vers elle. Ses yeux s'étaient arrêtés un instant sur le dessin léger de ses muscles avant de remonter vers son visage et de le trouver rougissant.

Athrun sentit sa gorge se nouer quand il la vit, presque nue avec ses mèches blondes qui lui collaient à la peau, comme la première fois qu'il l'avait rencontrée. Elle avait le même air déterminé et sûr, mais il lisait aussi une certaine déception gênée en elle, comme si elle regrettait d'être ainsi en face de lui.

« Qu'est-ce que tu fais-là ? » demanda-t-elle d'un ton plus cassant qu'elle n'aurait dû. Elle détestait les émotions qu'il réveillait en elle. Il n'y avait plus rien entre eux, il était parti et elle ne pouvait plus s'offrir le luxe de se faire briser le coeur une nouvelle fois par ses belles promesses. En admettant qu'il soit intéressé, ce qui n'était pas une garantie.

Athrun lui répondit tout aussi sèchement, n'appréciant pas sa façon d'agir à son égard. Elle avait le droit de ne pas être ravie, mais il n'avait agi que par respect envers elle et elle n'allait tout de même lui reprocher de ne pas s'être laissé avoir comme tous les autres !

« Je m'habille, il me semble que ça se voit. Et tu devrais en faire autant, sinon Kira va faire une scène et j'ai eu ma dose pour aujourd'hui. »

Et pour éviter qu'elle ne pose la moindre question, il lui envoya une chemise et un pantalon qu'elle attrapa laborieusement.

« Et tu restes ici ? » Elle était mal à l'aise de se changer avec lui dans la pièce mais il s'était déjà retourné pour enfiler le reste de son uniforme et il se contenta de hausser les épaules en rétorquant : « Il n'y a rien chez toi que je n'ai déjà vu et tu t'es bien permis de rentrer alors que je n'avais pas fini... »

Cagalli voulut protester, mais elle n'en eut pas le temps. Déjà Kira l'appelait depuis le salon en lui rappelant qu'ils étaient attendus.

Elle soupira et mit sa pudeur de coté. Elle enfila sa culotte sous sa serviette et rajouta sa chemise par dessus avant de faire glisser l'éponge par en dessous. Toutes ses précautions étaient parfaitement inutiles puisque Athrun lui tournait le dos, concentré sur sa ceinture, puis sa cravate, mais elle ne s'en souciait pas.

Elle était stupéfaite de la facilité avec laquelle il se comportait en face d'elle. Comme si toute leur liaison n'était qu'une vieille histoire, depuis longtemps oubliée.

Elle ne se rendait pas compte qu'elle parlait toute seule, marmonant pour elle-même ses propres réflexions et soudain, alors qu'elle bataillait pour faire tenir son pantalon, bien trop large pour elle, elle sentit Athrun derrière elle qui accrochait quelque chose dans son dos.

Elle fit volte face brusquement et se retrouva nez à nez avec l'ancien pilote de ZAFT. Son visage n'était qu'à quelques centimètres du sien et son souffle chaud venait caresser sa joue.

Ses yeux se posèrent instinctivement sur ses lèvres et elle eut du mal à ne pas se blottir contre lui.

Elle n'avait pas fermé complètement sa chemise, et n'ayant pas de soutien-gorge, elle lui offrait une vue plongeante sur sa poitrine à laquelle il ne put résister.

Remarquant son regard sur ses seins, Cagalli se braqua en le traitant de pervers et Athrun ne put que s'amuser de sa réaction.

« Ca ne te gênait pas que je te regarde avant... »

« C'était il y a longtemps! » répliqua-t-elle vivement. Ses joues la brulaient comme il la dévisageait. Ses yeux verts l'envoutaient entièrement et une fois encore elle se demanda à quoi il jouait avec elle. D'un coté, il la provoqait comme s'il souhaitait reprendre quelque chose et d'un autre, il l'évitait. D'ailleurs, avant qu'elle ne se décide à faire quoi que ce soit, il se retourna et quitta la chambre, non sans avoir murmuré, plus pour lui-même :

« Au moins huit heures, oui ! »

Cagalli resta perplexe et finit de s'habiller rapidement en entendant son frère pester dans le couloir. Elle courut dans le couloir pour le rejoinde et se fit gifler les jambes par deux sangles de cuir.

S'arrêtant sur le coup, elle remarqua les bretelles qui pendaient dans son dos, là où elle avait senti la main d'Athrun un peu plus tôt. Son pantalon était bien trop grand pour tenir même avec une ceinture et il avait trouvé une autre solution, plus adaptée.

Kira était seul au salon et dès qu'il la vit, il lui tendit sa veste pour finir sa tenue. Ce n'était pas parfait, loin de là, mais il faudrait faire avec. Il ne pensait pas qu'elle était si mince pour ne pas remplir à ce point l'uniforme de ZAFT.

Il était plutôt moulant pour tout le monde et même s'il était évident qu'elle n'était pas très épaisse, il n'imaginait pas qu'un pantalon si près du corps pour un homme puisse être si large sur elle.

Mais ce n'était pas choquant. Ca lui donnait un genre retro plutôt amusant, surtout avec les bretelles. Elle allait peut-être lancer une mode.

Sortant de sa rêverie, il lui dit qu'ils devaient partir et la princesse le suivit sans discuter. Elle se sentait suffisamment mal pour ne pas avoir envie de se disputer aussi avec son frère. Elle était bien consciente d'avoir été irresponsable la veille et ne tenait pas à ce qu'on lui fasse la morale.

Arrivée au parking, elle s'étonna de l'absence d'Athrun et Kira eut un petit sourire en coin.

« Il te manque déjà ? » Il avait l'air plutôt content, ou en tout cas bien plus détendu tout d'un coup, et elle en fut surprise.

Ne comprenant pas son sous-entendu, elle fut franche et directe.

« Non. Loin de là, vu son amabilité à mon égard... Mais comme il remplace Lacus... » Elle ne put s'empêcher de jeter un regard à son jumeau à la mention de désistement de la chanteuse et celui-ci y répondit par la plus grande indifférence.

Il s'installa derrière le volant et lui fit signe de monter avant de commencer son explication.

« Lacus se charge de l'ouverture du sommet, puisque sa démission, bien qu'effective ne peut être prise en compte dès aujourd'hui. Il y a trop d'intervenants prestigieux qui auraient pris offense de son absence. Par conséquent, elle sera là pour les photos officielles, puis elle passera la main à Athrun dans la journée, après l'avoir présenté à tout le monde. Même s'ils le connaissent tous déjà. Elle lui confiait déjà beaucoup de choses ce derniers mois... »

Quelque chose dans sa voix alerta Cagalli. Et si Lacus avait démissionné pour une toute autre raison ?

Coincée sur Terre depuis des années, elle n'avait des nouvelles de son amie et de son frère que par mail ou vidéo. Et bien sûr la presse, mais elle était bien placée pour savoir que ce n'était pas fiable.

Se mordillant l'intérieur de la joue, elle finit par demander : « Qu'est-ce qui se passe avec Lacus ? Elle est malade ? »

Kira eut un faible sourire et répondit simplement : « Non, mais elle était épuisée par les responsabilités. Elle avait besoin de se reposer et n'y arrivait jamais. Enfin, tu sais ce que c'est... »

Cagalli fut prise de court par cette remarque et rougit. Elle ne se plaignait jamais de sa position, au contraire, elle en était très fière. Il n'y avait que les paparazzi qui l'ennuyaient vraiment.

Pour le reste, elle s'en accommodait. Elle aimait son pays plus que tout et était prête à tous les sacrifices pour qu'il puisse rester libre et autonome.

Mais Kira savait tout ça. Il n'était pas conscient de l'ampleur du problème qu'elle vivait avec la presse, mais il l'avait assez vue à la une des magazines à scandale pour savoir qu'elle devait souffrir d'être constamment suivie et épiée.

Comme le silence s'étirait et que la circulation n'était pas très fluide, Cagalli finit par l'interroger sur sa soirée, savoir comment elle s'était retrouvé chez lui après sa sortie du club.

Kira soupira et lui fit un rapide résumé de la situation.

« Je suis venu à ton hôtel ce matin, et j'ai eu la peur de ma vie en ne t'y trouvant pas. Alors j'ai tout de suite appelé Dearka, puisqu'il était chargé de ta sécurité… Il m'a dit qu'Athrun t'avait raccompagnée donc de voir avec lui. Et comme vous étiez tous les deux attendus à la conférence, je suis venu ici directement. » Puis la voyant le visage collé à la vitre, perdue dans ses pensées, il poursuivit d'un ton plus autoritaire : « Maintenant j'aimerai que tu m'expliques ce qui t'as pris de disparaître de cette façon. Tu savais bien que tu étais attendue ?! »

La princesse se tassa dans son siège et baissa les yeux sur ses mains.

« Et bien, disons que comme Lacus, je suis parfois un peu sous pression... Je ne suis venue ici que parce qu'elle a insisté. Alors quand je me suis retrouvée seule hier avec ces troupeaux de photographes à mes trousses, j'ai eu envie de disparaître. Et Dearka m'a proposé de... Bref, c'était idiot... Je ne sais pas pourquoi j'ai fait un truc aussi bête... Mais je suis bien punie, je ne sais même pas où j'ai dormi, ni avec qui, et encore comment j'y suis arrivée ! »

Elle essayait de le prendre sur un ton léger, mais elle sentait son coeur qui battait trop fort dans sa poitrine et ses joues la brûlaient.

Kira eut un petit rire amusé et la rassura en lui prenant la main. Ils arrivaient enfin à l'Hotel des Conférences et Kira sortit son passe devant le gardien qui lui ouvrit la porte.

« Ne t'inquiète pas, il ne t'est arrivé de grave. De ce qu'Athrun m'a dit, tu étais saoule hier soir et il t'a ramenée chez lui. Et le connaissant, je doute qu'il ait profité de la situation... »

Cagalli émit un peu rire dédaigneux mais il n'eut pas le temps de lui demander ce qu'elle sous-entendait que le portier les attendait.

La princesse se redressa et afficha son sourire le plus professionnel à l'attention de tous ceux qu'elle rencontrait. Elle avait enroulé ses cheveux encore mouillés en chignon rapide et décida de compenser sa tenue un peu trop décontractée pour l'occasion par son attitude irréprochable et gracieuse.

Normalement, pour ce type de cérémonie, et en particulier pour les ouvertures où les photographes se pressaient, elle portait une robe chic ou à défaut un tailleur classique avec quelques accessoires pour paraître à la hauteur de son rang, mais dans les circonstances actuelles, elle devrait faire avec son look d'étudiante en art.

Kira la conduisit dans le dédalle des couloirs jusqu'à la salle de réunion où son entrée fit sensation.

Ce n'était pas si souvent que la princesse de la Nation neutre d'Orb se déplaçait et tous les notables invités à la cérémonie espéraient la rencontrer.

Heureusement pour elle, Lacus fut la première à la saluer et la présidente ne la lâcha pas une seconde jusqu'au discours officielle d'ouverture.

En chemin, Dearka et Yzak lui avaient fait un petit résumé de la situation, et raconté leur plan pour réunir leur ami et son ex-fiancée, par conséquent, la jeune femme avait choisi elle-aussi d'arborer une robe simple, sans bijou ni parure compliquée. Elle avait opté pour la sobriété de façon à mettre à l'aise son amie.

Si elle n'avait pas approuvé secrètement la tentative de Dearka de réunir Athrun et Cagalli, elle les aurait sûrement sermonnés pour leur attitude inconsciente que mettait la princesse en difficultés, mais elle était trop contente d'apprendre que les deux amants terribles s'étaient enfin retrouvés pour en vouloir à qui que ce soit.

Pourtant, sa bonne humeur ne fut que de courte durée.

Si tôt la fin du déjeuner, Cagalli s'excusa et repartit à son hotel. Le programme n'était pas si chargé et comme sa prestation d'oratrice n'était attendue que pour le soir, elle avait le temps de se changer.

Elle prétexta qu'elle devait revoir son discours, mais Lacus remarqua bien à quel point la princesse était tendue.

Pendant tout le repas, elle avait évité Athrun, s'intéressant inlassablement à la conversation d'un autre. Lui-même n'avait pas l'air particulièrement ravi de se retrouver en sa compagnie et la présidente commença à avoir des doutes sur le rapport de Dearka.

Lacus essaya d'aborder le sujet directement avec Athrun, mais comme à chaque fois qu'elle mentionnait la princesse depuis la fin de la guerre, le jeune homme se braquait et refusait de parler.

Soupirant, elle se tourna vers son fiancé pour avoir des informations complémentaires. Malgré les difficultés qui se présentaient, Lacus n'avait pas l'intention de baisser les bras. Elle voyait ses amis souffrir et était bien décidée à intervenir d'une façon ou d'une autre.

Si encore ils avaient été capable de faire leur deuil de leur relation, elle aurait accepté de les voir séparés, mais il était clair que chacun de leur coté regrettait cette rupture.

Même si la presse prêtait quantité d'amants à Cagalli, la présidente démissionnaire doutait très sérieusement de la véracité des faits. La princesse dirigeait seule son pays, avec seulement l'aide encombrante de quelques émirs jamais d'accord. Elle n'avait le temps de sortir et de flirter.

De même, Athrun avait bien eu quelques aventures, mais seulement avec des filles sans importance, qu'il quittait invariablement dès qu'elles commençaient à s'attacher à lui.

Retrouvant Kira dans un petit salon à l'écart des salles réservées pour la conférence, elle lui demanda ce que sa sœur lui avait dit à propos de sa nuit avec son ex et rapidement, ils décidèrent tous les deux d'un nouveau plan d'action.

-oOo-

Cagalli retrouva son garde du corps à la sortie de déjeuner. Elle n'avait aucune envie d'être encore dépendante des membres de ZAFT et préféra faire appel à sa propre équipe pour assurer ses déplacements.

Elle avait réussi à s'éclipser sans trop de problème, faisant croire à Lacus qu'elle voulait se changer pour le soir mais en réalité, elle voulait surtout éviter la compagnie du nouveau président des Plants. Elle avait bien senti que son amie tentait de les rapprocher et elle n'y tenait absolument pas.

Pour une obscure raison, Athrun lui en voulait et comme elle n'était pas particulièrement à l'aise en sa présence, elle choisit de prendre la fuite.

Arrivée dans sa chambre, elle demanda à ne pas être dérangée et s'offrit quelques heures de sommeil réparateur. Elle espérait qu'en se reposant, elle retrouverait un peu ses souvenirs de la soirée de la veille, mais tout ce qui lui revenait à son réveil était des passages discontinus de sa nuit. Elle se rappelait parfaitement être sortie avec un inconnu, qu'il l'avait plaquée contre le capot d'une voiture alors qu'elle perdait connaissance. Qu'avait-il fait ? A quel moment Athrun était-il intervenu ? Elle n'en avait aucune idée.

En revanche, elle savait qu'elle avait encore sa robe quand elle s'était retrouvée assise à coté de lui et qu'il la conduisait chez lui. Les images étaient floues, mais elle se souvenait qu'il l'avait portée jusqu'à son appartement.

Elle se voyait le rejeter et crier qu'elle allait bien. Il ne l'avait pas lâchée pour autant. Il l'avait même bloquée contre le mur, emprisonnant ses bras comme elle avait essayé de le frapper. Pourquoi avait-il été aussi patient ?

D'un coup, elle sentit son souffle chaud sur sa joue, il lui murmurait des paroles incohérentes, elle avait peur et il essayait de la rassurer. Elle pleurait presque. Ca avait dû être avant. Elle s'accrochait à lui, enfouissant son visage dans sa chemise. Puis plus rien.

Sauf sa présence à coté d'elle, dans ce lit. Elle était sûre qu'ils avaient passé la nuit ensemble. Elle se souvenait très bien maintenant qu'elle lui avait demandé de rester avec elle. Et il était resté.

Rougissant, Cagalli força un peu plus sa mémoire. Ses idées s'organisaient au fur et à mesure dans sa tête.

Elle n'avait pas été malade contrairement à ce que Dearka avait dit. Ce n'était pas à cause de l'alcool qu'elle avait perdu connaissance. Son verre avait été drogué. C'était pour cette raison qu'elle avait tant de mal à se souvenir. Tout était embrouillé, mais certains passages devenaient très clairs.

Elle était la seule responsable pour ses vêtements, mais parce qu'elle avait vomi.

Se redressant d'un coup, Cagalli se mit à faire les cents pas dans sa chambre. Sa robe avait été légèrement déchirée par l'inconnu qui avait tenté d'abuser d'elle, mais c'était bien plus tard qu'elle l'avait mis en pièces.

Elle s'était jeté sur lui.

Après un moment à gamberger, elle se rappela s'être levée.

Elle était perdue et elle ne savait pas où elle était. Il était aparu comme par magie à coté d'elle, parce qu'ils étaient dans le même lit. Elle ne comprenait pas ce qu'il lui disait, mais ça n'avait pas d'importance. Elle avait confiance en lui. Alors à nouveau, elle l'avait suivi, quand il la guidait vers la chambre. Il l'avait aidé à s'allonger et elle avait enroulé ses bras autour de son cou le forçant à s'installer sur son ventre. Elle avait aimé ce contact de son corps sur le sien et n'avait pas résisté à l'envie de le provoquer.

Ses jambes s'étaient écartées et pendant que son pied remontait le long de son mollet, puis de sa cuisse, avant de s'accrocher autour de ses hanches, elle avait commencé à lui mordiller le cou.

Il lui avait demandé d'arrêter, de se calmer, mais elle n'avait pas écouté. Elle avait continué à le caresser défaisant sa chemise et laissant ses doigts courir sur sa peau.

Il avait voulu se lever, lui échapper, mais en bougeant, il avait accroché un pant de sa robe et elle en avait profité.

Le tissu était déjà entaillé et en un mouvement vif, elle finit de déchirer complètement la jupe, retira tout l'ensemble sans ménagement, la laissant entièrement nue à l'exception de sa petite culotte.

Elle avait parfaitement vu le désir dans ses yeux et elle en avait profité. Il avait envie d'elle au moins autant qu'elle avait envie de lui. Comme il hésitait, elle le rattrapa et se blottit contre lui. Sa peau contre la sienne, sa chaleur qui l'enveloppait, il n'avait pas résisté et il l'avait embrassée. S'allongeant sur elle, il l'avait découvert à nouveau. Son cou, sa gorge, ses seins, qu'il le fascinait toujours autant, puis son ventre, ses cuisses. Ses lèvres n'avaient pas oublié un morceau.

Cagalli s'était laissé faire, se donnant complètement à son ancien amant, comme un souvenir dans leurs aventures passées. Mais il n'était pas allé au bout. Il lui avait retiré sa culotte, avait fait courir ses doigts entre ses jambes, avait réveillé un peu plus encore son désir, puis soudain comme elle sombrait dans les délices de ce qu'il lui faisait, mélangés à l'alcool et au sommeil, il avait eu des scrupules.

Elle se souvenait de l'appréhension dans ses grands yeux verts qui l'envoûtaient. Elle avait cherché à le rassurer. Elle était pleinement consciente de ce qu'elle faisait. Même si ce n'était que pour un soir, rien qu'une fois, sans que ça implique quoi que ce soit entre eux, elle était consentante.

Elle ne l'obligeait à rien, ils se contentaient de succomber à une pulsion passagère. Elle n'osait pas espérer qu'il ait encore des sentiments pour elle après toutes ces années de silence. Donc elle n'avait rien demandé de tel.

Mais il s'était braqué. Pour lui ce n'était pas correct. Il n'était pas ce genre d'hommes. Il ne pouvait pas faire ce qu'elle attendait.

Il était parti, l'abandonnant seule dans son lit avec son désir qui lui brûlait les entrailles.

Pourquoi avait-il réagi de cette façon ? Et qu'avait-il voulu dire par ce genre d'hommes ?

Réfléchissant à son attitude en général, la princesse réalisa qu'elle ne savait pas grand chose de lui. Ils n'avaient eu aucun contact depuis la fin de la guerre et puisqu'elle avait changé sur bien des points, lui-aussi avait dû évoluer.

En plus, elle ne connaissait rien de sa vie privée, il avait peut-être quelqu'un. Ce serait logique. Et ça expliquerait le gilet rose qu'elle avait emprunté.

Après tout, il n'avait aucune raison de rester seul.

Alors il ne risquerait pas sa relation pour une nuit avec elle, même si sur le moment il y avait pensé.

Ils avaient été amants pendant plus d'un an et leurs sentiments avaient été là pendant bien plus longtemps. C'était normal qu'il éprouve une attirance, ne serait-ce que physique pour elle. Mais il n'allait pas gâcher ses projets pour elle. Après tout, qu'avait-elle à offrir ?

Cagalli se sentit amère. Jamais elle n'avait regretté son choix de privilégier son pays sur sa vie personnelle. Et ce n'était pas vraiment comme si elle avait pu faire autrement. En plus, elle considérait qu'elle ne perdait pas grand chose. Les hommes n'avaient rien à lui apporter. Le seul en qui elle avait eu confiance l'avait lâchement abandonnée sans une explication et quand elle pensait qu'il tenait encore à elle, il l'avait à nouveau laissée seule. Finalement, il n'était intervenu que parce qu'il était là. Il aurait fait de même pour n'importe quelle fille dans sa situation. Ou peut-être qu'il avait voulu éviter un scandale.

Si la princesse d'Orb s'était fait agresser lors d'un voyage diplomatique sur Plant, dans un club où le nouveau président était au même moment, les conséquences sur sa carrière auraient été désastreuses.

Pourtant, une part d'elle refusait d'être aussi cynique.

Il n'y avait pas que de l'envie dans sa façon de la regarder. Si ça n'avait été que physique, il n'aurait pas autant hésité.

Elle se faisait du mal à espérer et elle le savait. En plus, elle n'éprouvait plus rien pour lui, toute leur histoire n'était que du passé. Simplement elle avait des besoins. Quoi que ce type ait mis dans son verre pendant la soirée, ça avait réveillé trop de pulsions en elle pour qu'elle arrive à se contrôler. Elle ne s'était jeté sur lui que parce qu'elle n'était pas dans son état normal.

Finalement, c'était aussi bien qu'il n'ait pas profité de l'occasion.

C'était du moins ce qu'elle s'efforçait de croire en s'habillant.

La conférence commençait dans moins d'une heure et c'était elle qui était chargée du discours d'ouverture cette fois. Elle devait être à la hauteur. Pas question d'avoir l'esprit qui vadrouillait sur des élucubrations idiotes.

Fixe devant son miroir, Cagalli s'arma de nouvelles résolutions purement professionnelles et mis au rebu toute pensée concernant son éventuelle attirance et ses potentielles raisons envers un certain président intérimaire. Elle était venue sur Plant dans un cadre bien précis, pour le maintien de la paix et il était temps pour elle de reprendre sa fonction de souveraine.

Cagalli avait fait des siennes, mais c'était fini. Place à la représentante Attha, qui avait une présentation officielle pour défendre ses idéaux et ceux de son pays.