Ils s'étaient aimés durant des nuits entières, étreintes fugaces qui brûlaient leur chair et transcendaient leur âme. Leurs corps entremêlés jouissaient en une osmose parfaite, leur plaisir sublimé par le goût de cet amour interdit... Et ils se réveillaient le matin, blottis dans les bras l'un de l'autre, reprenant peu à peu conscience du monde qui tournait et de la folie de leur liaison irrépressible, sauvage et toujours renouvelée. Il semblait que jamais l'un ne serait rassasié de l'autre. Chaque fois leur union avait ce parfum de désespoir, d'avidité, de besoin ardent... Et la journée, en songeant à la nuit qui s'annonçait à celle qui s'était écoulée, ils sentaient la douleur du désir qui pulsait en eux. Ils étaient jeunes, ils étaient fous et ils s'aimaient de cette manière exaltée qui ne laisse pas le temps de songer à l'avenir, aux conséquences de leurs actes, à la fragilité de ces instants de pur bonheur. Ils ne croyaient qu'en la sincérité de leurs sentiments, en la folie de leur embrasement.
Lui, aimait ses courbes de nymphe échappée de ses eaux, sa peau claire et lisse, ses yeux brillants et sa lourde chevelure d'un blond si pâle qu'elle en paraissait blanche. Il aimait ses doigts fins et adroits, ses seins petits et ronds offerts à lui et sa bouche mince et rosée.
Elle, aimait sa beauté sculpturale, son regard orgueilleux, son allure altière et son torse dessiné par un dieu. Il possédait une aura tout à la fois virile annonçant clairement le danger et une force protectrice qui plaçait les êtres qu'il voulait séduire sous son joug. Elle aimait se sentir dominer par ce lion si féroce tout en sachant que le serpent vif et sournois qu'elle était pouvait à tout moment frapper pour rendre la bête sauvage plus inoffensive qu'un agneau.
Ils étaient bien trop différents que ce soit par leur caractère, leur opinion, leurs amitiés pour s'aimer de tendresse... C'était la passion qui les unissait chaque nuit dans cette chambre d'une tour reculée de Poudlard. Ils recherchaient ainsi, durant des heures, à l'aveuglette, l'Absolu. Et dans les instants de pur plaisir extatique, ils croyaient bien l'avoir trouvé... Avant de retrouver la surface des draps froissés, humides et chauds sous leurs corps épuisés. Et s'ils s'aimaient ainsi, jusqu'à la déraison, dans une frénésie désespérée, c'était bien pour ne pas penser à ce qui viendrait après. L'un volage, l'autre déjà promise... Narcissa et Sirius s'enlaçaient, ne se préoccupant plus que de leur peau brûlante collée l'une à l'autre.
Dans le silence tranquille du petit matin alors qu'un faible rayon de soleil tentait de percer dans la chambre par les minces interstices des volets fermés, une des formes allongée sur le lit remua avant de se redresser puis de se lever avec grâce. Les draps glissèrent dévoilant une poitrine blanche. L'œil concupiscent du jeune homme, toujours couché, suivit le déplacement des jambes élancées à travers la pièce... Il sourit et se précipita derrière l'adolescente au corps si féminin qui enfilait déjà ses sous-vêtements. Il enserra de ses bras sa taille, fit glisser ses mains le long des hanches et ses doigts caressèrent le haut des cuisses galbées, doucement. Il appuya son désir sur le dos de la jeune femme, baisant de ses lèvres affamées, encore gonflées du plaisir de la nuit, la nuque où seuls subsistaient quelques cheveux soyeux échappés du chignon négligé. Il entendit avec contentement un gémissement fuir la gorge de sa proie.
« Sirius, arrête. On a plus le temps.
Je suis capable de faire vite, tu sais... »
Tout en parlant, il la retourna vers lui et planta son regard dans le sien. Il enserra de ses mains le visage aux yeux cernés, aux traits fatigués. Ému par cette apparente fragilité, il embrassa voracement les lèvres tendues vers lui... Avant qu'elle ne se dégage...
« Allez, ça suffit. Tu ne m'auras pas aujourd'hui. Je connais déjà tous tes tours. »
Elle sourit, se tourna vers ses habits, sentant peser le regard de son amant sur elle.
« Me crois-tu sans surprise, Cissy? Figure-toi que j'en ai encore en réserve. Quand il s'agit de toi, je suis toujours plein d'imagination.
Ton imagination m'épuise alors. Il faudra que tu songes à la museler pour la prochaine fois.
Il rit, de ce rire qui ressemblait à l'aboiement d'un chien, devant son air sérieux. Et elle ne put s'empêcher de laisser passer un léger éclat. Puis, elle se rappela la lettre qu'elle avait reçue la veille de ses parents et dont elle n'avait pas parlé à Sirius... Tout d'un coup, les sentiments qui plombaient ses pensées depuis qu'elle l'avait lue furent trop lourds à porter et elle ressentit le besoin pressent de se confier. Elle tira de la poche de son uniforme le parchemin plié en quatre et le tendit silencieusement au jeune homme... Son visage s'assombrit au fil de sa lecture et quand il releva la tête un nuage lugubre planait sur ses traits.
« On était d'accord pour ne pas parler de ça. On devait juste profiter, ne pas penser à tout ça!
On ne peut pas continuer à faire semblant Sirius! Tu n'as plus l'âge d'ignorer ce qui ne te plaît pas, de faire comme-ci ça n'existait pas!
On a avait fait un pacte!
Mais ce n'est pas aussi simple que ça! Grandis Sirius! S'exclama Narcissa qui sentait l'énervement la gagnait.
Je sais très bien ce qui arrivera à la fin de l'année. Tu iras te marier avec cet imbécile pour perpétuer la lignée et nous ne nous verrons plus parce que je suis un traître-à-son-sang en plus d'être ton cousin germain et que je risquerais de te compromettre. Je sais déjà tout ça!
N'oublie pas, que je l'ai choisi. Mes parents ne m'ont pas imposé Lucius Malefoy! »
Sirius ne répondit pas, croisa les bras et afficha un air buté.
« Même sans lui, notre histoire se serait arrêtée. Tu le sais bien!
Pourquoi? Il se retourna, ne voulant pas comprendre, on aurait pu continuer à s'amuser comme on le fait à présent!
Et ça aurait duré combien de temps ainsi? Notre couple était le début voué à l'échec. Tu ne veux pas t'engager!
Là n'est pas le problème et tu le sais très bien, Narcissa, le problème c'est que j'ai été déshérité, que ma famille ne veut plus me voir et que toi tu ne veux pas connaître le même sort. »
Narcissa blêmit violemment, la colère et la gêne mêlées envahissaient ses traits et c'est outré qu'elle répondit.
« Comment oses-tu seulement me le reprocher. Tu imagines la perte que cela représenterait pour moi?
Ta sœur l'a bien fait pour Ted!
Il était moins volage que toi!
Je ne t'ai jamais trompé!
Ça ne tardera pas! Te connaissant tu finiras par te lasser.
Tu ne me donnes pas ma chance, comment peux-tu le savoir?
Je n'aurais pas de deuxième chance moi! Je ne te fais pas confiance Sirius! »
Le ton montait rapidement entre les deux amants. Les querelles étaient fréquentes entre eux... Leurs visages enragés se tenaient à quelques centimètres l'un de l'autre mais il n'était plus là question du même type de passion amoureuse.
« Sois un peu romanesque, mon amour!
On n'est pas les héros d'un roman, Black! Quand reprendras-tu enfin pied avec la réalité et arrêteras-tu de ne penser qu'à ta petite gueule d'ange?
Tu deviens vulgaire, ma chérie, ça ne sied pas à ton rang... Ne crois-tu pas que ta chère mère aurait honte de voir sa fille dans cet état? »
Sirius venait de changer de registre. Sachant que Narcissa gagnerait sur le terrain de la colère, il s'engagea sur celui de la provocation et du cynisme avec un arrière goût d'amertume dans la bouche, cependant.
« Tu m'insupportes! Je ne veux plus te voir! »
Elle se rhabilla prestement et sortit de la chambre en claquant la porte, sans un regard en arrière, ne laissant dans son sillage que son parfum doux et froid à la fois et le bruit de ses talons sur le sol.
