La foule se met à rire, faisant battre mon cœur un peu plus fort.

Ils attendent. Ils M'attendent.

Je vais devoir me montrer, montrer encore ce corps déformé qui m'a été offert. Le fruit d'une expérience ratée, que l'on a jeté aux oubliettes. Voilà tout ce que je suis, voilà tout ce que nous sommes. Le petit garçon et la petite fille, le jeune homme aux cheveux bleus, les géants… Le directeur lui même l'est sans doute. Ce lieu est un lieu de folie, de difformité. Ceux qui ont réussit à sauver leur corps ont vu leur esprit brisé en morceaux, plus petits et tranchants les uns que les autres. D'autres ont tout oublié. Et d'autres n'ont rien réussit à sauver. Ni leur esprit, ni leur corps.

Je suis Diva. La Diva du cirque du bois sombre. La belle Diva, hypnotisant, charmant, distrayant le publique de sa voix claire, de son corps mutilé. Je suis Diva, je suis Diva…

Et je dois chanter.

Le petit garçon m'ôte le bandeau qui couvre mes yeux tandis que la petite fille nous fixe avec un air protecteur au visage. Entre monstres, nous nous entraidons. Même le jeune homme aux cheveux bleus qui ne parle pas et mange tout ce qui est froid et ensanglanté est notre compagnon. Nous l'aidons et le protégeons. Nous sommes les attractions du cirque, nous devons nous aider. Nous aider à vivre, nous aider à tenir.

« Chante. Me dit le garçon. »

Il est l'une des seules personnes à me parler ici. Le jeune homme aux cheveux bleus ne parle pas et la petite fille ne laisse entendre sa voix qu'à son frère. L'autre personne qui me parle est le directeur. Mais je ne l'aime pas. Je ne l'aime pas.

Je chante. Je laisse entendre ma voix aux gens qui m'entourent. Je sens leurs regards qui me jugent et m'examinent. Je suis un monstre. La chaîne entourant ma « cheville » me fait souffrir. Une fois encore, il ne m'a pas détaché, de peur que je m'échappe sans doute. Mais jamais je ne m'échapperais, jamais personne ici ne s'échappe. Nous sommes des monstres, nous n'aurions nulle part où aller et indubitablement nos jambes nous reconduiraient ici. Au cirque du bois sombre. Notre prison, pour l'éternité.

La lumière s'éteint, plongeant le chapiteau dans les ténèbres, me cachant à ces regards trop pesants. Je retourne dans ma cage d'un pas lent, comme tout les soirs. Je referais la même chose demain. Et le lendemain. Et le surlendemain…

Je sens un voile se poser sur mes yeux. Le petit garçon a sans doute dû me remettre mon bandeau. Alors qu'il remet doucement mes cheveux en place, il me glisse un « Bravo Diva. » avant que je n'entende ses pas s'éloigner.

Je ne le remercie pas, cela fait bien longtemps que je ne parle plus. Une attraction ne parle pas. Une bête non plus. Et un monstre, encore moins. Donc, moi, Diva, je ne parle plus. Je chante…

« Bravo Diva, tu as encore fait un bon spectacle. Fait encore la même chose demain. »

Oui directeur, je ferais la même chose demain. Et le lendemain. Et le surlendemain…

Et je le ferais, encore et encore, pendant des jours, des mois, des années.

Car tel est le sort de ceux qui comme moi, comme le garçon, comme la petite fille, comme la le jeune homme aux cheveux bleus, ont hérité d'un corps et d'un esprit brisé et mutilé. Ceux qui comme nous font partie du cirque.

Et nous assurerons le spectacle. Jour après jour, soir après soir. Toujours…

Car le spectacle ne dois jamais s'arrêter…


Mon premier One Shoot !

En esperant qu'il vous ait plu ! A venir, une version avec le point de vue de Kaito, Rin, Len et probablement le Directeur (et puis pourquoi pas un spectateur, si je m'en sens le courage)

Review ?