Egoïste
Une seringue, deux vies. Un vivant, mais contre le prix d'un mort. (SPOILERS – CHAP. 84)
La seringue est dans sa main, tremblante. Il ne sait quoi faire avec.
Il regarde tout d'abord Mikasa, en larmes, retenue par Hanji tandis que son arme aiguisée ne demande qu'être étanchée de son sang. Puis Eren, qui tient pathétiquement sa jambe à la recherche d'une quelconque pitié pour sauver son ami d'enfance, sa rangée de dents inférieures complètement décimée.
Il est dans l'impasse. Il veut donner cette seringue à quelqu'un d'autre, être libéré de ce poids lourd qui reposera sur sa conscience qu'importe le choix. D'un côté il veut sauver Armin, son camarade, son subordonné, le stratège du bataillon et le plus sage d'entre tous ces gamins. Il refuse que Mikasa et Eren n'expérimentent la perte d'un proche dans un âge aussi tôt comme il l'a vécu. Mais d'un autre, il veut sauver son meilleur ami depuis plusieurs années, son supérieur, son conseiller, la personne en qui reposait sa confiance trahie par le passé.
Il regarde ensuite le corps de son ami, allongé sur ce vieux toit de maison, sereinement endormit. Il se rappelle peu à peu de ses paroles, ses ordres. De tester cette foutue seringue sur Armin, de l'abandonner alors qu'il est probablement encore en vie, de sauver l'humanité jusqu'à son dernier souffle.
Le choix est fait et est tout aussi irréversible que cette minuscule chance de ramener le commandant à la vie. Il repose ses yeux sur les gamins au loin, contents du retour de leur camarade, l'enlaçant dans leurs bras comme jamais ils l'ont fait puis… regarde une deuxième fois le corps à ses côtés, sans pouvoir s'en priver.
Il voudrait les frapper. Leur dire à quel point c'est cruel de fêter un retour alors que de l'autre côté, à même pas 10 mètres, quelqu'un est entrain de faire son deuil beaucoup trop tôt. Il n'a même pas eu le choix dans cette affaire, forcé, oppressé par son supérieur.
Pourquoi la vie semble s'acharner sur lui et que sur lui ?
Il a perdu sa mère, son oncle, son escouade et son frère et sa sœur de cœur en étant impuissant en arrivant toujours trop tard. Mais ce qui le désole le plus cette fois-ci, c'était son incapacité de sauver cet homme glorieux alors qu'il est juste à ses côtés et qu'il a son unique remède dans la main.
Au moins Erwin, j'aurai suivis tes ordres jusqu'au bout, non ? Pense-t-il amèrement en regardant les oiseaux qui tournent autour du titan évaporé d'Armin.
Tout comme les humains, la vie est égoïste. Elle doit trier entre perdant et vainqueur.
« Caporal chef Levi ? »
Quoi ? Que veut-il encore, ce sale gosse ? Son ami est vivant n'est-ce pas alors qu'attend-il pour le rejoindre, pourquoi s'apitoyer sur son pauvre sort ? C'est bien trop tard. Ainsi est la vie de Levi, destiné à vivre seul pour l'éternité. Il relève des yeux plus expressifs que jamais vers.
« …Quoi ? »
Sa voix est aussi imperceptible qu'un murmure, plus étouffée que l'air qui brûle ses poumons.
« Vous… vous pleurez, mon caporal »
Je m'en fous des fautes d'orthographe, du vocabulaire qui ne me ressemble pas, du style d'écriture, des dialogues. J'ai juste… voulu évacuer cette vague de tristesse, de rage.
J'ai tenu à partager cet OS avec vous après une nuit d'insomnie passée à pleurer comme une madeleine. Au début j'étais contente qu'Armin soit encore en vie mais en y-repensant bien…
J'ai surtout versé des larmes pour Levi. Pourquoi le mangaka semble-t-il s'acharner sur lui ? N'a-t-il pas eu sa dose ? Encore heureuse qu'il n'est pas devenu fou, n'a pas perdu sa cervelle face à toutes ces pertes, continue à se contenir alors qu'à sa place j'aurais juste explosé en larmes.
