Mes doigts effleurent le piano. Touche blanche, touche noire, touche blanche. Alternance infini. Mes mains s'agitent, le son dévale la pente abrupte de mon esprit. Tes lèvres m'attrapent, m'enveloppent. Tes mains me rejoignent. Touche noire, touche blanche, touche noire. Infinité musicale parfaite.
Nos sons se mêlent pour créer une nouvelle mélodie. Ta main est froide… Pourquoi ta main est-elle froide ? Antoine…
Nos quatre mains dévalent le clavier comme de petits animaux, à la recherche quasi désespérée du son le plus pur. Touche blanche, touche blanche.
Tu m'enlace. Ta bouche est dans mon cou. Tes lèvres sont froides, Antoine, où est ton souffle ? Respire mon amour, respire, je suis là. Tes bras m'enserrent, je m'abandonne. La musique continue, d'où vient la musique ? C'est Bach, mon amour, Bach, tu te souviens ?
Tes mains se posent sur le clavier. Tu joues. Comme avant. Joue pour moi mon amour, sauve-moi de mes démons. Tu me le dit souvent… Nos pires peurs ne sont pas sous le lit, elles sont dans notre tête. Donne-moi ta main…
Pourquoi es-tu si froid ? Mon amour, réchauffe toi contre moi, viens. Laisse-moi te regarder.
Tes yeux sont vides. Je plonge mon regard dans tes orbites. Ta poitrine glacée ne se soulève plus… Pourquoi ? Où es-tu, si loin de moi ? Tes mains ne sont plus qu'os, de longs doigts de squelette… Reviens-moi, mon amour, écoute Bach derrière toi. Ne te retourne pas… Reviens-moi !
Le jeune homme se redressa d'un bond dans son lit. Il jeta un regard dénué d'expression sur l'oreiller désespérément vide à côté de lui. Il attrape ses médicaments. Trop tard. Le fantôme est là, entouré de ses démons. Il pleure. Il le sait, qu'il ne reviendra pas. Et pourtant… Il boit, espérant qu'ils disparaissent. Mais les yeux sans vie d'Antoine continuent de contempler Mathieu, hanté à l'infini par le fantôme de son amant.
