Adieu
Ici Carole Prentiss, en duplex des jardins du centre de Washington. Comme chaque année, vous pouvez le constater derrière moi, la journée du renouveau est encore placée sous le soleil. Des milliers de poètes amateurs viennent déposer leurs vers sur les palissades que la municipalité a mis en place. Chacun ici vient offrir quelques mots pour fêter le printemps et la nouvelle saison. Les gens sont heureux, semblent apprécier la douceur de ce mois de mai après un hiver rigoureux. Ici à Washington, on veut oublier les tempêtes de neige et le froid glacial qui ont paralysés la capitale pendant plus d'un mois et demi. Les gens avancent en couple, main dans la main, ou entre amis soumettre à tous, la joie de retrouver la belle saison et ses tenues légères. Durant une semaine, les amateurs de poésie pourront venir lire ou enrichir ces murs sous chapiteaux dressé au Parc Lincoln. Comme je sais, Lionel, que vous êtes un esthète en la matière, je ne résiste pas à l'envie de vous lire quelques trésors en direct.
La journaliste parcourut, d'une vois chaude, quelques courtes strophes de deux ou trois auteurs inconnus sous l'œil braqué du caméraman qui la suivait jusqu'à ce que ses yeux se posent sur une feuille de papier parchemin dont les premiers mots attirèrent son attention. La jeune femme à la toilette sophistiquée resta plusieurs secondes sans rien dire puis tourna ses yeux brillants de larmes vers l'objectif, émue. La jeune blonde présenta à la caméra, la page qui montrait quelques traces de larmes, sans doute, laissé durant l'écriture.
- Bien que celui-ci n'entre pas dans cette liesse que tous semblent partager ici. Elle s'éclaircie la voix sous l'émotion. J'aimerais vous lire celui-ci. Il est anonyme mais poignant de douleur.
Adieu
A ce qui aurait pu être nous deux
Et à nos jours heureux.
Maintenant c'est moi qui souffre
A la douleur de ton absence
Et la froideur de ta présence
Il ne me reste que le souvenir
De tes yeux, de ton sourire
Je ne suis plus qu'une étrangère
Pour ton regard qui désespère
Je voudrais te serrer contre moi
Mais tu penses à Hannah
Tu m'as oubliée, effacée
Elle est l'objet de tes pensées
Tout cela est mon erreur
A cause d'elle, tu pleures
Je voudrais tout recommencer
Cette première fois, ne pas m'en aller
J'ai perdu tant de temps
Même celui des enfants
Mon cœur était dans l'ignorance
Aveugle de ta prévenance
Je te préférais plus ami qu'amant
Pour que tu restes éternellement
Je ne voulais plus souffrir
Juste prendre du plaisir
Je t'ai trop blessé, déchiré
Sans moi, tu as avancé
Ce soir ma tête sur le carreau
Je pleure mon chevalier, mon héros.
Juste amis comme tu l'as dit
J'ai accepté pour te garder dans ma vie
J' abandonne les plaisirs libertins
Mon corps ne veut plus que tes mains
Je laisse les baisers sans saveur
Pour l'ombre de tes lèvres douceur
J'obéis sachant qu'elle est ma punition
Pour avoir tant écouté ma raison
Mon cœur devient romantique
Trop tard, la vie est ironique
Maintenant c'est toi qui réfléchit
Pour en faiblesse, ne plus être prit
Voilà les premiers jours de mai
Et ses tapis de fleurs semées
La pluie pour qu'elles s'épanouissent
Mes larmes versées dans leurs calices
Adieu
A ce qui aurait pu être nous deux
Et à nos jours heureux.
Maintenant c'est moi qui souffre
J'aurai du nous donner cette chance
Maintenant je sais, je t'aime
Mais il est trop tard
Pour un jour, nous deux
Et aux jours heureux
Quelques secondes s'égrainèrent encore avant que le présentateur ne reprenne la parole.
- Eh bien Carole, merci d'avoir partagé avec nous ce bouleversant témoignage. Le journaliste sembla fixer l'écran comme pour le traverser d'un son regard pénétrant.
- Mademoiselle, madame, si vous m'écoutez en ce moment. Ne vous décourager pas. Soyez Patiente et gardez Espoir. Un jour viendra où je le souhaite de tout cœur, vous reviendrez, nous enchanter de mots de l'Amour retrouvé.
Un dernier mot Carole, en conclusion?
- Vous avez tout dit, Lionel. Patience et Espoir. Fit-elle en essuyant discrètement une larme qui glissait sur sa joue. A vous les studios.
- C'était votre journal de treize heures sur MBC, bon week end à tous.
Quelques part, dans un vieux quartier de Washington, un homme assis sur son canapé, restait immobile, les yeux brillants, la gorge nouée d'émotion devant son téléviseur. Le cœur bouleversé, ses lèvres ne formèrent qu'un Bones silencieux à l'appartement avant qu'il ne s'empare de son trousseau de clefs et ne se précipite dans sa voiture pour rejoindre l'autre bout de la ville. Le temps était venu. Elle était son amie. Elle avait été pendant des années tellement plus que ça. Il avait cru pouvoir continuer sa vie sans souffrir mais son cœur lui criait qu'il se trompait. Elle était là, elle attendait.
L'attendait lui, comme une rose qui attend être cueillie pour être aimer ou se faner sous le soleil d'été.
