Disclaimer : Tout ce que vous reconnaissez de l'univers Harry Potter n'est pas à moi.


Chapitre 01 : Le Quidditch délie les langues

Albus Potter s'ennuyait ferme. Malgré toute sa bonne volonté, ses paupières papillonnèrent de nouveau, et il lutta pour les garder ouvertes. Lily l'avait menacé de le réveiller d'un coup de coude s'il osait succomber au sommeil, et elle n'hésiterait pas une seconde à s'exécuter.

C'était le 31 juillet, et son père et l'oncle Neville fêtaient leurs 38 ans. Cela en soit n'avait rien d'extraordinaire, étant donné que Ginny Potter préparait une fête surprise chaque année. Cependant, allez savoir pourquoi, cette journée tournait doucement mais sûrement à l'enfer.

Oh, ça avait été amusant, au départ. Tous les Weasley (TOUS les Weasley) étaient arrivés en moins d'un quart d'heure, terrifiant Abigail et Scorpius qui avaient passé les deux dernières semaines Place Grimmaurd. Heureusement, Neville, accompagné de sa fiancée Hannah, avait fait diversion quand il avait trébuché hors de la cheminée du petit salon et renversé le porte-manteau. Quand Mr et Mme Malefoy avaient sonné quelques minutes plus tard, ils avaient rapidement renoncé à se conduire avec leur dignité habituelle en voyant la belle pagaille déjà créée.

Puis Hagrid était apparu, et, pour une raison inconnue, Buck n'avait pas apprécié de voir Mr Malefoy. L'hippogriffe avait failli se précipiter sur lui, et seule l'arrivée de la famille Finnigan avait permis à l'homme blond de disparaître rapidement dans la foule. Si la plupart des adultes s'étaient étranglés, les uns d'indignation, les autres de rire, les enfants, eux, n'avaient pas compris ce qu'il s'était passé. Les bafouillis embarrassés d'Hagrid avaient été balayés impatiemment par Mr Malefoy, qui avait simplement demandé que Buck fût attaché – TRES solidement – à l'extérieur. Et pour finir, il y avait eu ce moment gêné quand Teddy et sa grand-mère étaient arrivés et que Victoire avait immédiatement disparu dans la cuisine sous le prétexte de mettre au frais le gâteau en forme de cerf que Grand-Mère Molly avait préparé.

Tout le monde s'était ensuite serré dans le grand salon du premier étage, agrandi et redécoré par Ginny Potter pour l'occasion. Elle avait enlevé les meubles, étendu un grand drap doré par-dessus la tapisserie accrochée sur le mur du fond, et fait apparaître deux grandes tables, l'une destinée à recevoir les cadeaux, l'autre le buffet froid que Kreattur enverrait depuis la cuisine. Connaissant le peu de goût des deux hommes pour tout ce qui était trop ostentatoire, elle avait simplement suspendu au plafond une large banderole affichant en lettres dorées : 'Joyeux anniversaire, Harry et Neville !'. Le sourire approbateur que les héros du jour lui avaient lancé indiquait qu'elle avait eu raison de renoncer aux ballons rouge et or.

Et puis, vers le milieu du repas, le moment que les enfants redoutaient le plus était arrivé. Les adultes avaient commencé à parler Quidditch, et la discussion s'était rapidement transformée en dispute.

– Choisis tes Batteurs ! avait lancé l'oncle Ron à l'oncle Charlie.

Pour finir, deux équipes avaient été constituées, et les enfants, furieux mais résignés puisque c'était chaque année la même chose, avaient encore vu le terrain de Quidditch leur échapper. Leur seul espoir était que, contrairement aux vingt années précédentes, les deux Attrapeurs décidassent de terminer rapidement le jeu. Ils ne se faisaient aucune illusion.

Immédiatement après le déjeuner, les adultes avaient envahi le terrain de Quidditch personnel des Potter. Mme Malefoy avait regardé avec anxiété son mari prendre un des postes de Poursuiveur (« Vous ne vous rendez pas compte, il n'a pas joué en équipe depuis Poudlard ! Et s'il se blessait ? ») jusqu'à ce que Grand-Mère Molly lui assurât que Ste-Mangouste n'était qu'à un appel de cheminée, et que de toute façon Teddy connaissait les sorts de premiers secours.

Si Harry et l'oncle Charlie avaient bien voulu attraper le Vif d'Or tôt dans le jeu, la journée d'Albus aurait pu être sauvée. Mais non, ils n'arrêtaient pas de se bloquer l'un l'autre. Et Marie avait fini par avoir cette merveilleuse idée, et toute la jeune génération s'était regroupée dans la salle de jeu.

Donc, Albus s'ennuyait ferme. Ce n'était pas regarder un film qui le dérangeait, c'était regarder ce film. Malheureusement, les garçons avaient voulu être galants et laisser les filles choisir. Résultat, ils s'étaient tous retrouvés à suivre l'histoire d'un bateau qui coule. Passionnant.

A côté de lui, Lily renifla et sortit un autre mouchoir de sa poche. Albus lui jeta un regard agacé et se pelotonna un peu plus dans son coin du canapé. De l'autre côté de Lily, Dominique bâilla sans discrétion et reçut un coup de coude.

– Jack est en train de mourir ! siffla Lily. Arrête de faire du bruit !

Dominique grommela un peu, mais un regard menaçant de la part de Lily stoppa ses protestations, et il se renfonça dans son coin. Un bref coup d'œil autour de la pièce apprit à Albus que tous les garçons avaient le même air d'ennui sur le visage, même si certains, tel Scorpius, le masquaient mieux que d'autres. Dommage que Lily eût menacé d'un Chauve-Furie le premier qui sortirait de la salle avant la fin du film. « Parce que vous n'êtes que des obsédés du Quidditch et qu'un peu de changement vous fera du bien ! », avait-elle dit en brandissant la baguette qu'elle avait 'empruntée' à Grand-Père Arthur. Bourreau.

Albus se leva d'un bond quand le générique de fin commença à s'afficher. Une idée, vite, pour s'échapper !

– Qui a soif ? lança-t-il à la cantonade.

Avec un peu de chance, la chaleur insupportable de cette fin de juillet aurait suffisamment asséché les gorges pour que Lily levât le supplice.

Sans surprise, la moitié masculine des enfants bondit sur ses pieds, et tous s'empressèrent de fuir – euh, d'aller chercher à boire pour les quelques filles qui voulaient rester discuter de la plastique intéressante de l'acteur principal. Abigail, Rose, Roxanne et Iris décidèrent que le sujet était sans intérêt et accompagnèrent leurs frères/cousins/amis jusqu'au grand salon où les boissons étaient stockées dans des bacs de glace indissoluble.

– Quelle torture, gémit Louis. Pourquoi insistent-elles pour regarder ce genre de film ? Un ou deux carnages, c'est vraiment trop demander ?

– Il y a eu plein de morts, protesta Abigail. Ne me dis pas que tu n'en as pas eu assez ?

– C'était des accidents, ça n'a rien à voir, fit Dominique d'un ton dédaigneux. Les tirs de mitraillettes et l'hémoglobine qui gicle, ça, c'est du spectacle !

– Bande de barbares, marmonna Roxanne en plaquant ses mains sur les oreilles d'Iris qui protesta aussitôt.

Steve, qui avait récemment reçu son insigne de Préfet-en-Chef, fut désigné à l'unanimité pour porter les bouteilles de Biéraubeurre glacée aux filles restées en haut. Il s'exécuta en râlant tandis que tous les autres, soudain pris d'un espoir déraisonné, s'en allaient au terrain de Quidditch voir si les adultes avaient, par quelque miracle, fini leur jeu.

Comme ils l'avaient fait depuis deux semaines, Scorpius et Abigail s'arrêtèrent sur le seuil de la porte arrière de la maison, Albus sur leurs talons. La première fois qu'ils étaient sortis dans le jardin, ils étaient restés sans voix, pour des raisons différentes. Scorpius, qui avait séjourné chez les Potter pendant les vacances de Noël et n'avait pas encore eu l'occasion de découvrir l'arrière de la maison, était resté béat d'admiration devant le terrain de Quidditch, et avait gémi en même temps qu'Albus quand Ginny avait interdit son utilisation sans surveillance parentale. Abigail, Sang-mêlée vivant dans une simple maison moldue, avait juste été choquée de voir un jardin de la taille d'un parc en plein cœur de Londres. Vive la magie.

– Circulez, les mômes, grommela Steve derrière eux. Il y a du mouvement au stade.

Trois paires d'yeux survolèrent la pelouse, s'attardant un instant sur la silhouette de Buck qui dormait au soleil, pour scruter l'air autour des anneaux du terrain. Les trois enfants échangèrent un sourire, ravis de constater que les adultes semblaient s'être rassemblés à l'ombre des trois chênes qui abritaient la cabane à balais, la troupe des cousins négociant avec leurs parents respectifs l'occupation du terrain de Quidditch.

– Vous savez, commença Abigail alors qu'ils se dirigeaient lentement vers le groupe, la plupart des parents ont fait partie d'une équipe, à l'école. Ce n'est pas étonnant qu'ils jouent si souvent. Alors pourquoi est-ce que tous tes cousins râlent à chaque fois ? finit-elle en levant les yeux vers Albus.

– Parce que, eux aussi, font ou veulent faire partie de l'équipe de leur Maison, répondit-il. Ce qui me rappelle… Sco, tu viendras aux sélections avec moi ? Tu pourrais jouer Gardien.

Le garçon blond lui lança un regard effrayé.

– Tu veux que je joue dans l'équipe ?

– Oui, répliqua fermement Albus. J'ai décidé qu'à la fin de l'année scolaire, tu devrais être capable de regarder Patricia Dubois dans les yeux sans rougir. Donc, on va devoir te débarrasser de ta timidité, et jouer dans l'équipe sera un très bon début pour y parvenir. Et puis, franchement, tu as le niveau.

– Le niveau pour quoi ? intervint la voix curieuse de Mr Malefoy.

Les trois enfants se retournèrent, surpris. Le père de Scorpius se tenait juste devant eux, un balai en travers des épaules, les manches relevées de sa fine chemise laissant apparaître une légère marque vert pâle sur son avant-bras gauche. D'un geste presque naturel, Mr Malefoy posa son balai sur le sol, son bras de nouveau couvert, et chassa une mèche blonde de devant ses yeux.

– Albus pense que nous devrions essayer d'entrer dans l'équipe de Serpentard, répondit Scorpius. Où allais-tu ?

Mr Malefoy souleva légèrement son balai.

– Ranger ça à l'intérieur en attendant de repartir à la maison. C'est une bonne idée, Albus.

– Mon fils a eu une bonne idée ? lança Harry en arrivant dans le dos de l'homme blond. Faites attention, d'habitude ses bonnes idées tournent à la catastrophe.

– Très drôle, riposta Albus, vexé. Je te signale que Maman n'approuve pas souvent les tiennes non plus !

– Hé, laisse ta mère en dehors de ça et dis-moi plutôt ce que tu avais l'intention de faire, cette fois-ci.

– Intégrer l'équipe de Quidditch, claironna brusquement Abigail pour couper un Albus boudeur qui allait sûrement dire une bêtise.

– C'est une très bonne idée, dit immédiatement Harry.

Mr Malefoy leva les yeux au ciel.

– Et en parlant de Quidditch, qui a gagné ? s'enquit Albus en louchant avec espoir sur le terrain vide.

– Oh, nous n'avons pas tout à fait fini, répondit Harry d'un ton léger. On va changer d'équipes et jouer la revanche…

L'air horrifié des deux garçons le fit éclater de rire et Mr Malefoy s'empressa d'intervenir.

– Ne l'écoutez pas, on a fini.

– En fait, j'allais chercher à boire pour tout le monde, reprit Harry en souriant toujours. Vous me donnez un coup de main ?

– Euh… hésita Albus en glissant un coup d'œil vers la cabane à balais, et interceptant le regard sévère d'Abigail au passage. D'accord, on vous suit, soupira-t-il en enfonçant les poings dans les poches de son jean.

Abigail saisit chaque garçon par la manche de leurs t-shirts pour les empêcher de suivre leurs pères. Albus et Scorpius interrompirent leur mouvement et se tournèrent vers elle, l'interrogeant des yeux.

– Vos pères sont – pour une fois – seuls, chuchota-t-elle à toute vitesse. Si vous pouviez en profiter pour glisser quelques mots sur Moira Mandeni, et voir ce qu'ils vont répondre…

– Et c'est à Serdaigle, ça ? marmonna Albus en dégageant sa manche. Les coincer et les cuisiner quand ils ne s'y attendent pas… Bravo. Mais c'est une excellente idée, ajouta-t-il en hâte en croisant ses yeux rétrécis. Nous allons immédiatement la mettre en pratique, d'ailleurs. Tu viens, Sco ?

Sans attendre la réponse, Albus trottina à la poursuite des deux hommes qui, bizarrement, avaient fait un large détour pour éviter le coin où Buck dormait. Scorpius le rattrapa avant d'entrer dans la maison.

– Et comment exactement comptes-tu aborder le sujet ? lui chuchota-t-il, le souffle court.

Albus haussa les épaules.

– On a deux options : on peut le faire à la Gryffondor et leur demander qui elle est, ou on peut essayer d'orienter subtilement la conversation dans cette direction.

– Subtil ? Toi ? demanda Scorpius d'un ton perplexe en poussant la porte de la cuisine où Kreattur gémissait en voyant son maître déboucher des bouteilles de Biéraubeurre. Tu n'as pas une once de subtilité en toi, Al.

– D'où l'intérêt de t'avoir sous la main, rétorqua son ami en lui décochant un large sourire.

– Al, Scorpius, prenez chacun un panier et ne faites rien tomber, leur dit Harry d'un air absent en repoussant l'elfe qui voulait lui prendre son propre panier des mains. Kreattur, si tu veux vraiment être utile, tu peux aller voir en haut s'il y a des choses à ranger, dans le salon ou la salle de jeux.

L'elfe disparut aussitôt avec un « Crac ! » sonore, et Harry soupira en tendant un panier à Mr Malefoy.

– Quand je pense qu'il passait son temps à nous insulter, lorsqu'on l'a rencontré…

– Je suis presque tenté de dire que ça ne m'étonne pas, railla Mr Malefoy. Ne renverse pas tes bouteilles ! lança-t-il quand Harry fit mine de se jeter sur lui. Pense à ce que dira ta femme ! ajouta-t-il d'un ton narquois.

– Qui est Moira Mandeni ? lâcha subtilement Albus.

Les deux hommes se figèrent au milieu de la cuisine et Scorpius laissa échapper un gémissement.

– A la Gryffondor, alors, murmura-t-il dans un soupir.

Mr Malefoy avait pâli. Ses doigts se serraient convulsivement autour de l'anse du panier qu'il portait, et ceux de Harry ne valaient guère mieux. Leurs yeux élargis étaient fixés sur Albus qui commençait à penser que, finalement, l'idée d'Abigail n'était pas aussi bonne que ce qu'elle avait voulu leur faire croire.

– D'où connais-tu ce nom ? réussit enfin à articuler Harry.

L'idée de mentir traversa fugacement l'esprit d'Albus, qui la rejeta aussitôt. Son père avait toujours su quand il mentait, et de toute façon cela ne le mènerait à rien.

– Le professeur Rogue, avoua-t-il. Je voulais savoir pourquoi Zabini s'acharnait sur nous, et il m'a dit de vous interroger à propos d'elle.

– Rogue ? s'exclama Mr Malefoy. Comment peut-il être au courant ? Il était mort depuis longtemps quand ça s'est produit !

– J'imagine que McGonagall lui en a parlé, lui répondit Harry d'un air pensif. Je vois mal Zabini lui confier ses états d'âme… Dans tous les cas, ce n'est pas une histoire pour vous, ajouta-t-il à l'adresse des deux garçons.

– Papa, dit Scorpius à voix basse.

Incroyable ce que ce petit mot pouvait faire comme miracles, s'émerveilla Albus en voyant le visage de Mr Malefoy s'adoucir. Malheureusement, Harry s'en aperçut aussi.

– Malefoy…, siffla-t-il sur un ton d'avertissement.

– A la différence de quelqu'un, je n'ai jamais rien caché à mon fils, Potter, répliqua l'autre homme sans quitter Scorpius du regard. Et si Blaise s'en prend à eux à cause de ce que j'ai fait, je n'ai aucune raison de taire ce qu'il s'est passé.

– Tout le monde sait que tu n'y es pour rien, rétorqua Harry du ton de celui qui sait qu'il ne sera pas cru quoi qu'il dise. Je le sais, j'étais là. Elle était folle.

– Moira Mandeni ? interrogea Albus, sa curiosité piquée au vif.

Son père le considéra gravement, sourcils froncés.

– Kreattur ! appela soudain Harry.

L'elfe réapparut sur-le-champ, l'air tout heureux d'être revenu dans sa cuisine.

– Emporte les boissons dehors, soupira Harry en faisant voler les paniers d'un coup de baguette. Vous trois – dans mon bureau.

Alors que leurs pères sortaient de la cuisine, Scorpius jeta un coup d'œil mi-amusé, mi-exaspéré, à Albus.

– Il faut croire que l'approche gryffondorienne fonctionne plutôt bien, non ?

– Tu as entendu ton père, répliqua Albus en s'engageant dans le couloir à la suite des hommes. Il ne peut rien te refuser.

Assis bien sagement sur les fauteuils du bureau de Harry, les deux garçons attendaient que l'un de leurs pères prît la parole. La porte à peine refermée, les deux hommes s'étaient lancés dans une dispute animée sur quoi dire et quoi taire, protégés par un Assurdiato jeté à la hâte, et se fusillaient à présent du regard. Albus croisait les doigts pour que Mr Malefoy l'emportât.

– Donc, dit brusquement Harry en dardant sur les garçons un regard pénétrant. Moira Mandeni.

– Vous savez tous deux que j'ai été Mangemort, enchaîna Mr Malefoy en découvrant son avant-bras gauche d'un bref mouvement du poignet. La plupart des Serpentards de notre année, ainsi que quelques élèves d'autres Maisons, adhéraient aussi aux idées de Voldemort sans pour autant être Marqués. Moira étaient de ceux-là.

– Elle était aussi complètement folle, même si personne ne s'en était aperçu à l'école, coupa Harry en s'appuyant contre son bureau. Elle parlait très peu, on ne la remarquait pas.

– C'est pourquoi elle m'a surpris quand, quelques années après ma sortie de prison, elle a surgi à l'improviste sur mon palier…

Mr Malefoy se tut, visiblement en proie à de mauvais souvenirs. Harry s'approcha de lui et posa une main sur son épaule.

– Encore une fois, Malefoy, tu ne pouvais pas savoir, articula-t-il gravement. Elle n'avait jamais rien fait qui puisse laisser supposer qu'elle en arriverait à de telles extrémités.

– Que s'est-il passé ? murmura Scorpius, les yeux intensément fixés sur son père.

Harry lâcha l'épaule de l'autre homme avec une petite tape d'encouragement et retourna à son bureau. Mr Malefoy prit une profonde inspiration et continua d'une voix monocorde :

– Elle a débarqué sans s'annoncer. Bien sûr, je ne pouvais pas refuser de la recevoir, alors je l'ai faite entrer. Elle s'est assise devant moi avec un regard halluciné, et a commencé à discourir sur la résurrection des Mangemorts, et l'élection d'un nouveau 'Seigneur des Ténèbres' – moi.

– Et qu'est-ce que vous avez fait ? interrogea Albus d'une petite voix quand il devint clair que Mr Malefoy était perdu dans ses pensées.

A sa grande surprise, un léger sourire vint étirer les lèvres de l'homme blond.

– Ce que j'ai fait ? Rien du tout. J'étais sous le choc. J'avais passé six mois à Azkaban parce que j'étais mêlé à tout ça, et la voilà qui veut me persuader de tout recommencer… J'étais tétanisé, et je paniquais à l'idée de retourner en prison. Et c'est là que ta mère est intervenue, finit-il à l'adresse de Scorpius.

– Maman ? s'exclama celui-ci, ébahi.

– Ce que Moira ignorait, c'est que je suivais une thérapie, à l'époque. J'étais en pleine consultation quand elle a sonné, et ta mère m'attendait dans mon bureau, qui était juste à côté du salon où Moira pérorait – j'avais un appartement en ce temps-là.

– J'ai toujours trouvé amusant que tu épouses ta psy, tu sais, intervint Harry en tentant de dissimuler un sourire.

– Et comme tous les guérisseurs à domicile, continua Mr Malefoy en ignorant royalement l'autre homme, Teri possède une alarme, qui lui permet de contacter le Bureau des Aurors au cas où elle se trouverait en danger.

– Alors elle a activé l'alarme en entendant la conversation ? demanda Albus, fasciné.

– Exactement. Elle a appelé les Aurors, qui ont immédiatement transplané chez moi…

– …Et imaginez notre surprise quand nous sommes arrivés, renchérit Harry avec une grimace. Nous nous attendions à devoir protéger une guérisseuse de son patient, pas le patient contre une folle !

– Ils ont tout de suite maîtrisé Moira, reprit Mr Malefoy dans un soupir. Teri l'a diagnostiquée comme 'démente' et l'a faite interner. Je ne l'ai plus jamais revue.

– Mais ça n'explique pas Zab… le professeur Zabini, relança Albus après un court silence.

– Mandeni s'est échappée de l'asile, dit Harry. Nous n'avons jamais pu découvrir comment elle l'avait fait. Tout ce qu'on sait, c'est que, deux jours après sa fuite, elle a sonné chez Blaise Zabini dans l'intention de lui faire la même proposition qu'à Malefoy – ce qui était un peu idiot de sa part, vu que les Zabini sont toujours restés neutres. Mais je suppose qu'elle ne réfléchissait plus très clairement, et, de tous les anciens Serpentards, Zabini était le plus facile à trouver.

– Et probablement le moins prompt à lui jeter un sort, ajouta Mr Malefoy d'un air pensif. Il a toujours été le plus réfléchi de nous tous.

– Bref, elle sonne chez lui. Problème : Zabini n'est pas là. C'est sa mère qui la reçoit, dans le but de retarder le plus possible le départ de Mandeni afin de permettre aux guérisseurs et aux Aurors de venir la cueillir.

– Il faut vous dire que Blaise était très attaché à sa mère, interrompit Mr Malefoy en se mettant à faire les cent pas.

– Alors, quand il est rentré chez lui un peu plus tard et qu'il a vu sa mère en compagnie de cette folle, il a perdu son sang-froid. C'est tout juste s'il n'a pas jeté Mandeni dehors.

Mr Malefoy ricana.

– Il s'apprêtait à le faire, Potter. C'était juste une question de secondes.

– Forcément, après qu'il lui ait dit en termes plus que limpides que sa proposition ne l'intéressait pas, Mandeni a perdu son calme. Elle s'est jetée sur la mère de Zabini et lui a arraché sa baguette – la dame était assez âgée et n'avait plus de très bons réflexes. C'est à ce moment-là que les Aurors et les guérisseurs sont arrivés.

– Pourquoi pas avant ? ne put s'empêcher de demander Albus.

– Parce que certains employés du Ministère voient d'un mauvais œil qu'un elfe de maison réclame de parler au Directeur du Bureau des Aurors, expliqua Harry d'un ton amer. Le temps que l'elfe arrive jusqu'à nous et qu'on prévienne les guérisseurs, Mandeni avait perdu le peu de raison qui lui restait. Quand on a transplané chez eux, elle a juste éclaté de rire et a lancé un Avada sur Zabini.

Scorpius étouffa une exclamation d'horreur.

– La mère de Zabini s'est jetée devant lui et a reçu le sort, finit Harry d'une voix basse. Elle est morte dans ses bras.

– Oh, non, murmura Scorpius, ses grands yeux gris remplis de pitié.

– Mandeni a ensuite tourné la baguette contre elle-même et s'est suicidée, acheva rapidement Harry. Nous n'avons rien pu faire.

Albus gardait ses yeux horrifiés fixés sur les deux hommes. Pas étonnant que Zabini soit aussi froid si sa mère était morte devant lui !

– Mais, commença-t-il en se secouant mentalement, mais vous n'avez rien fait de mal ! Pourquoi vous en veut-il, alors ?

Mr Malefoy hocha la tête tristement.

– Blaise est persuadé de deux choses, expliqua-t-il. Si les Aurors – menés par Potter – étaient arrivés plus tôt, sa mère serait toujours en vie.

– Mais puisque tu ne pouvais pas arriver plus tôt… ! gémit Albus, dépassé par le manque de logique.

Son père lui sourit gentiment.

– Quelqu'un de malheureux n'est pas très cohérent, Al.

– Et la deuxième chose ? s'enquit Scorpius d'un air presque effrayé.

Mr Malefoy le regarda, l'expression sombre.

– Si ta mère avait ordonné son internement dans un quartier mieux sécurisé, ou si j'avais pris les… mesures nécessaires pour l'arrêter avant que les Aurors n'arrivent, alors elle ne se serait jamais retrouvée chez lui.

– Par 'mesures nécessaires'… commença lentement Scorpius.

– L'éliminer, acquiesça Mr Malefoy d'une voix rauque.

– Tu l'aurais fait ? demanda Scorpius dans un murmure.

Albus pouvait presque ressentir les vagues d'anxiété émaner de son ami, mais avant que Mr Malefoy ne pût répondre, un coup bref résonna dans la pièce et la porte s'ouvrit.

– Vous voilà ! s'exclama Fleur Weasley en virevoltant à l'intérieur du bureau, ses longs cheveux blonds flottant comme un voile derrière elle. Albus, Scorpius, si vous voulez jouer au Quidditch, c'est maintenant ; les autres sont en train de constituer des équipes. Harry, Drago, vos femmes vous réclament.

Elle disparut aussi vite qu'elle était entrée. Harry fit signe aux garçons de se lever.

– Partez devant, on vous suit.

Les deux enfants obéirent, s'arrêtant à la porte du bureau, hors de vue. Un murmure s'éleva derrière eux.

– Tu n'es pas un tueur, Malefoy. Tu n'as jamais pu tuer, même quand tu en avais la possibilité. Alors arrête de te torturer. Tu n'aurais rien pu changer.

Scorpius et Albus échangèrent un dernier regard avant de courir rejoindre les autres.


Eh bien voilà. Le premier chapitre de la suite. Je n'en suis pas très satisfaite, mais comme ça fait dix fois que je le recommence...

Pour ceux qui étaient là lors de la première année, sachez que le rythme de publication sera beaucoup plus erratique. Les chapitres suivants ne sont pas écrits, et je ne sais plus ce que j'ai fait de mon plan. En revanche, la chanson du Choixpeau est déjà écrite :) c'est déjà ça.

Bonne fin de vacances à tout le monde!