PROLOGUE

Hermione entendit distinctement les pas bruyants et lourds d'une personne qui venait à son encontre. Quatre ans qu'elle n'avait pas quitté ces sombres et humides cachots. Cloitrée dans les sous-sols du manoir Malefoy, elle attendait chaque jour une mort qui n'arrivait pas.

Depuis la défaite du Mage Noir, tout ne s'était pas déroulé exactement comme on aurait pu l'escompter. A la minute où Voldemort s'était effondré, Harry avait été percuté par un Avada duquel il n'avait malheureusement pas réchappé. La panique avait gagné la foule d'élèves qui s'était mise à se disperser dans tous les sens, tandis qu'une nuée d'éclairs verts était projetée des baguettes des Mangemorts.

Hermione n'avait pas eu le temps que d'écarquiller les yeux avant de voir la baguette de Drago Malefoy pointée sur elle, et puis… plus rien. Elle avait repris connaissance dans les sombres cachots qui avaient autrefois gardé prisonniers Harry et Ron. Et ne les avait plus quittés depuis lors.

La lumière qui émanait de la baguette de son visiteur lui fit plisser les yeux. En quatre ans, les visites s'étaient faites excessivement rares, et les maigres repas ingérés lui étaient balancés sans le moindre agrément au travers d'un minuscule passe-plat qui laissait filtrer tantôt une lumière blafarde, tantôt une odeur nauséabonde. Elle ignorait encore comment elle était parvenue à survire à ces quatre années d'emprisonnement. Et à y garder approximativement toute sa tête, au passage.

La brune dut fermer les yeux à mesure que la lumière se rapprochait. Ses iris piquaient, et elle se recroquevilla tel un animal pris dans un piège. Alors qu'elle constatait que la lumière s'était éloignée, elle se sentit empoignée puis hissée sans la moindre délicatesse. Tenant maladroitement sur ses jambes trop maigres, marchant fébrilement, elle trébucha à maintes reprises sur les pavés irréguliers des cachots.

Tandis qu'ils s'engageaient dans les escaliers escarpés, Hermione glissa quelques fois, provoquant la colère du Mangemort qui resserra sa prise sur son maigre biceps. Elle essaya tant bien que mal de ne plus effectuer le moindre faux-pas, malgré le bourdonnement assourdissant qui lui vrillait les tympans. Merlin, elle ne s'était jamais sentie aussi misérable.

Visiblement d'une humeur massacrante, le Mangemort la lança sans ménagement sur le marbre noir et glacial du salon. Elle glissa sur un ou deux mètres, tandis que la douleur lancinante de sa tête heurtant le sol lui arracha un cri plaintif. Merlin, si elle parvenait à s'extirper de sa geôle, elle détruirait un par un chaque Mangemort qui aurait le malheur de croiser sa route.

- Laissez-nous, ordonna une voix aussi glaciale que l'endroit.

Hermione entendit plus qu'elle ne vit le Mangemort s'en aller. Une porte claqua, et le salon fut envahi par un silence de mort.

- Hermione Jean Granger. Vous ne ressemblez en rien à la petite Miss-je-sais-tout de Poudlard que mon fils m'a décrite.

Narcissa Black-Malefoy. Évidemment, de toutes les personnes possibles et imaginables qui pouvaient se trouver dans ce maudit manoir, il fallait que ce soit elle.

- Allons, redressez-vous.

Tremblante, elle se hissa tant bien que mal sur ses jambes fébriles. Ses cheveux poisseux lui tombaient lourdement jusqu'à la taille. Elle n'avait pas eu le luxe de se payer une coupe décente, et ses vêtements encrassés semblaient avoir pris quatre tailles. Ou peut-être était-ce parce que c'était elle qui avait fondu comme la neige au soleil ?

- Vous devez vous demander ce que vous faites ici, n'est-ce pas ? Vous pouvez parler, n'ayez crainte. Nous sommes seules.

Hermione s'humecta nerveusement les lèvres. Sa peau craquelée la fit horriblement souffrir.

- C'est-à-dire que… Que ça fait quatre ans que… Je me demande ce que je fais ici.

Parler lui fit un mal de chien, et sa voix rocailleuse l'étonna fortement. Un air compatissant vint se peindre sur les traits aristocratiques de la Sang-Pur, tandis qu'elle désignait de sa main impeccablement manucurée une carafe de jus de citrouille et un verre sur le guéridon situé juste à la gauche d'Hermione.

Cette dernière fronça les sourcils d'un air suspicieux.

- C'est empoisonné.

Narcissa esquissa un rictus.

- En quoi serait-ce utile ? Pourquoi vous avoir gardé emprisonnée pendant quatre ans, si je comptais vous empoisonner maintenant ?

- Lassée de votre jeu malsain ?

La blonde partit dans un franc éclat de rire.

- Voilà la Hermione Granger dont j'ai entendu parler. Même considérablement affaiblie et en position de faiblesse, vous ne vous débarrassez pas de votre verve. Ne soyez pas idiote, buvez un peu, je vous donne ma parole que la carafe n'est pas empoisonnée.

Ne se dépêtrant pas de sa méfiance, Hermione essaya tant bien que mal de contenir les tremblements frénétiques de ses mains émaciées. Elle s'empara de la carafe et versa un peu de liquide orange dans le verre avant de le porter à ses lèvres. Quatre ans qu'elle n'avait bu que de l'eau tiède, un verre de jus frais l'amena presque au bord des larmes.

Une fois le breuvage ingéré. Hermione reposa le verre avec précaution, puis plongea son regard dans celui de la blonde.

- Pourquoi cette gentillesse ? Qu'attendez-vous de moi ?

- Ne peut-on pas avoir un élan de bonté envers les plus démunis ? rétorqua Narcissa.

- Pas après quatre ans, cingla Hermione. Vous m'avez laissée croupir, n'ayant aucune visite, aucune réponse, rien ! Et là, vous me laissez sortir, m'offrez de me restaurer un peu et vous pensez sincèrement que je ne vais me douter de rien ?

- Ne savez-vous donc pas qu'il vaut mieux se montrer moins intelligent que l'on ne l'est réellement ?

- Êtes-vous accoutumée à répondre à une question par une autre, Madame Malefoy ?!

Elles s'étaient toutes les deux emportées, et il sembla à Hermione que la pièce s'était glacée davantage. Poussant un lourd soupir, elle laissa tomber les épaules et secoua la tête avec dépit. Narcissa se contenta de sourire doucement, avant de se mettre à arpenter la pièce de long en large, sous le regard méfiant d'Hermione.

- Vous n'êtes pas sans savoir que malgré la mort de Vous-Savez-Qui, la guerre n'est pas terminée entre nos deux factions…

- Vous n'aviez pas à nous attaquer comme des lâches ! vociféra Hermione.

- Miss Granger, montrez-vous courtoise. Je suis armée, et vous ne l'êtes en aucun cas.

L'ancienne Gryffondor fronça les sourcils, et croisa les bras sur la poitrine.

- Que me voulez-vous ? Je n'ai rien qui puisse vous intéresser.

- Au contraire, Miss Granger. En ces heures sombres, vous avez tout ce qui puisse nous intéresser.

Narcissa fit une pause, semblant chercher ses mots.

- Votre nom, votre sang, et votre triste célébrité.

- Pardon ? s'étrangla Hermione. Si c'est une plaisanterie, sachez qu'elle est de très mauvais goût.

- Je ne plaisante jamais. Lorsque le Mage Noir a chuté, les pleins pouvoirs sont revenus pour une raison qui m'est encore inconnue à Drago. Le Ministère l'accuse de comploter un putsch.

Hermione eut un rire dépourvu de joie.

- N'est-ce pas ce qu'il fait ? A garder ces maudits Mangemorts, ces soldats dépourvus de cœur ? Vous m'avez retenue prisonnière pendant des années, et maintenant vous comptez sur mon aide ? Vous vous foutez clairement de moi ?

Elle perdait toute contenance, à mesure qu'elle comprenait la gravité de ce que Narcissa venait de lui annoncer.

- Et puis, quand bien même cette requête serait envisageable, vous ne pensiez certainement pas que j'accepterais ?

Narcissa soupira à nouveau, avant de s'assoir dans un fauteuil capitonné.

- Bien-sûr que non. C'est pour cela que j'ai dû user de moyens de persuasion.

Elle claqua des doigts, et aussitôt une fenêtre magique apparut devant les yeux écarquillés d'Hermione. Ron et Ginny, dans un état déplorable, attachés aux murs suintants de cachots qu'elle n'avait que trop fréquenté. Les larmes qu'Hermione avait tant bien que mal retenues coulèrent abondamment, sans qu'elle ne puisse les retenir. Elle garda les yeux rivés sur la fenêtre, tandis que ses épaules étaient secouées de soubresauts frénétiques.

- Vous êtes un monstre, hoqueta-t-elle.

- Certes, ma chère. Et vous allez devenir la bru de ce monstre, ou je vous assure que vous découvrirez un tout autre sens du mot « torture ».

Le sang d'Hermione se glaça. Puis tout devint noir.