À travers le temps
Résumé : Il ne se passait pas un jour sans que la douleur en son cœur ne se ravive lorsqu'il les voyait dans l'œil de son télescope. Sa fille, son trésor, Grace, qu'on appelait Paige désormais. Et elle. Sa seule consolation était de les voir réunies, formant une famille. Alors, Jefferson les pensait heureuses sans lui, mais il ne savait pas à quel point il se trompait…
Disclaimer : Les personnages et l'univers de Once Upon A Time sont la propriétés d'Edward Kitsis et Adam Horowitz. Je ne tire aucun profit de cette histoire, si ce n'est les reviews que vous aurez l'obligeance de me laisser =).
Note : Je tiens à remercier Didou27 pour la correction - même si elle a disparu avant la fin -, elle m'a été d'une grande aide.
Chapitre 1
Le Présent
La porte était close. La lumière, blafarde, projetait des ombres étranges sur le carrelage blanc. Et Emily se tenait au rebord du lavabo pour ne pas tomber.
La culpabilité ravageait ses traits délicats. Sa poitrine se soulevait dans un rythme irrégulier, erratique. Elle suffoquait. Sa main attrapa le col de son pyjama pour le tirer vers le bas, tentant de gagner un peu de place dans ce sentiment d'oppression qui la dominait, mais ce fut vain.
Il avait recommencé, encore une fois. Cela devenait de plus en plus fréquent au fil du temps, mais elle ne pouvait rien faire, elle ne pouvait partir. La honte, c'était le seul sentiment qui lui restait en permanence, comme un feu qui, lentement, la consumait. Mais il fallait tenir. Ne pas se laisser abattre, faire bonne figure, attendre qu'il redevienne l'homme qu'elle aimait tant.
Doucement, la jeune femme enleva son pyjama et constata les dégâts. Des marques bleuies recouvraient son corps, là où les coups l'avaient atteint. Son avant-bras gauche portait même la trace de la main de son mari, tellement il avait serré fort. Cette fois-ci, il n'y était pas allé en douceur.
Les larmes perlèrent sur ses joues pâles, traçant de longs sillons humides. Ses épais cernes noirs faisaient encore plus ressortir ses yeux rougis par les pleurs. Elle avait de fréquentes insomnies et, lorsqu'elle parvenait enfin à dormir, d'affreux cauchemars l'arrachaient violemment au sommeil.
Les gouttes salées furent vite séchées, comme d'habitude. Emily inspira profondément. Elle n'avait pas le droit de se laisser aller. Pour sa fille, elle devait garder la tête haute. Ainsi, ses doigts tremblants attrapèrent la brosse à cheveux et elle tenta de lisser sa longue chevelure châtain clair, tant bien que mal. Ensuite, la jeune femme s'habilla rapidement, d'un jean simple et d'un pull marron qui faisait ressortir la couleur de ses cheveux. Puis elle plaqua un faux sourire sur ses lèvres avant d'aller réveiller sa fille, Paige. Mais, au fond de ses yeux verts, on pouvait voir la souffrance et la tristesse qui la rongeaient. Son quotidien à présent.
x
Assise au volant de sa voiture et caressant d'un geste machinal la douce étoffe de tissu qui lui couvrait le cou, Emily regardait sa fille se diriger vers l'entrée de l'école. La petite silhouette aux cheveux blonds finit d'ailleurs par disparaître dans la foule d'enfants. Alors, sa mère démarra le moteur et s'en alla.
Lassée. Oui, c'était cela. Une lassitude implacable qui la tirait vers un gouffre sans fond. Allait-elle se perdre à jamais dans les ténèbres ? Heureusement, son rayon de soleil parvenait à lui faire garder la tête hors de l'eau, à ne pas sombrer. Paige, sa petite Paige.
Emily passa devant sa maison, mais ne s'arrêta pas. La brune ne travaillait pas ce matin-là et elle ne voulait pas rentrer tout de suite. La voiture bleu foncé continua donc son chemin, tranquillement. Et ce n'est qu'une fois éloignée de la ville, plongée au cœur de la forêt, qu'elle s'arrêta sur un petit chemin en terre. À peine garée, la jeune femme plongea la tête dans ses bras tandis que des sanglots parcouraient son corps meurtri.
Qu'avait-elle donc fait pour mériter une vie pareille ? Son seul bonheur était Paige. C'est d'ailleurs pour cette unique raison qu'elle restait avec son mari. Paul avait beau être adorable, par moment, il pouvait également se montrer d'une grande brutalité, surtout lorsqu'il rentrait d'une soirée avec ses amis. Mais il occupait un poste haut placé dans la ville, et c'est l'une des principales raisons pour laquelle ses parents l'avaient forcé à l'épouser lorsqu'elle était tombée enceinte. Elle, elle n'avait qu'un salaire de misère qu'elle obtenait en travaillant comme caissière dans une petite boutique de jardinage. Mais Emily ne pouvait espérer mieux, sa fille était arrivée tôt, ne lui laissant pas la possibilité de poursuivre des études.
Demain, elle aurait vingt-sept ans. Et elle savait pertinemment que rien ne changerait. Petite, Emily s'imaginait atteindre cet âge-là et être heureuse, vivre avec l'homme qu'elle aimerait de tout son cœur, envisager d'avoir un enfant après un mariage grandiose. Cependant, rien ne s'était déroulé de cette manière.
Certes, elle était tombée amoureuse, mais il avait mystérieusement disparu du jour au lendemain, la laissant enceinte de quatre mois. Étrangement, elle ne se souvenait plus de son visage, ni se son nom. Ne lui restait qu'une étole noire parsemée de motifs d'un vieux rose tendant vers le pourpre qu'il lui avait offert un jour et qu'elle ne quittait jamais. À seize ans, donc, Emily avait accouché, au grand désarroi de ses parents. D'ailleurs, ceux-ci ne tardèrent pas à lui trouver un parti intéressant qu'ils l'obligèrent à épouser. Depuis, ça n'avait été qu'une suite de déconvenues, jusqu'à ce qu'il commence à la battre lorsqu'il rentrait saoul.
Emily en était là de ses réflexions lorsqu'on toqua à la vitre de sa fenêtre. Elle sursauta violemment et se redressa, perdue. Dans un réflexe, elle essuya rapidement ses larmes et ouvrit de grands yeux. Un homme qu'elle n'avait jamais vu se tenait devant sa portière, une main posée négligemment sur la carrosserie.
La jeune femme ouvrit sa fenêtre, dévisageant l'inconnu avec perplexité. Il était plutôt grand et portait un manteau long et une écharpe de riche facture. Ses cheveux courts, bruns, encadraient deux prunelles d'un gris bleuté. Emily resta un moment ainsi, perdue dans ces orbes qui lui semblaient soudainement familiers. Oui, elle pensait les avoir déjà vus, à un autre endroit, à un autre moment. Où ? Elle ne savait plus.
Ce fut cette attirance étrange qui la fit sortir de la voiture, comme mue par un besoin irrépressible, incohérent, de s'approcher de l'étranger. Alors, elle lui fit face, songeuse.
– On se connait ? souffla-t-elle finalement.
Un sourire en coin apparut sur les lèvres de l'homme, mélancolique, presque douloureux. Pourtant, il se contenta de secouer négativement la tête, ce qui fit froncer les sourcils à la brune.
– Je m'appelle Emily, poursuivit-elle néanmoins en lui tendant la main.
Elle ne put empêcher ces paroles d'échapper à ses lèvres closes. La brune avait cette envie incontrôlable de savoir son nom. Peut-être aurait-elle l'explication à cette attraction qu'elle ressentait depuis qu'elle avait levé les yeux sur lui.
– Jefferson, répondit l'inconnu en la lui serrant rapidement. Vous allez bien ? reprit-il en dardant ses yeux inquisiteurs sur elle.
Non, Emily n'était pas plus avancé et, pourtant, c'était comme si au plus profond d'elle-même elle le connaissait.
– Oui, je…, commença la jeune femme en laissant son regard dériver sur le côté, légèrement déçue de ne pas avoir de réponse à cette étrangeté.
Une unique larme, vestige de ses pleurs, perla au coin de son œil. Jefferson la récupéra du bout des doigts, dans un geste plein de douceur.
– Qu'est-ce qui se passe ?
Emiliy resta un instant confuse face à ce ton si tendre qu'il avait employé. Elle ne se souvenait pas qu'on lui ait déjà parlé ainsi. Et, comme auparavant, quelque chose sembla se passer en elle, comme une réaction étrange à la présence de l'inconnu : son cœur s'emballa. Cependant, elle se reprit rapidement.
– Rien ! s'exclama-t-elle d'un ton vif en faisant volte-face pour retourner dans sa voiture.
La jeune femme ne savait pas ce qui se passait. Elle ne comprenait pas l'attirance qu'elle ressentait pour cet homme qu'elle ne connaissait pas. Alors, la fuite lui sembla l'option la plus rationnelle dans ce moment qui semblait tellement insensé.
Il réagit et lui attrapa le poignet pour la retenir. À peine les doigts se furent refermés, dans une étreinte pourtant légère, qu'Emily poussa un cri de douleur. Aussitôt, il la relâcha et fronça les sourcils. Elle se contenta de rester ainsi, dos à lui, la honte la tenaillant.
Comme elle ne faisait plus un geste, il lui attrapa une nouvelle fois le bras, plus délicatement cette fois-ci. Lentement, il releva la manche de son manteau et ses prunelles grises purent voir l'énorme bleu qui entourait le fin poignet.
– Qu'est-ce que…, commença-t-il, ahuri.
– Je suis tombée, répondit brusquement Emily en se tournant vers lui, sans le regarder pour autant dans les yeux.
– Et votre chute avait des doigts ? répliqua le brun, sarcastique.
La jeune femme leva son regard vers lui et avala difficilement sa salive. Personne n'était au courant. Elle avait réussi jusque-là à le cacher et, heureusement, son visage était toujours épargné.
– Je... Ce n'est pas sa faute, il… Je… C'est moi qui…, bredouilla-t-elle, incertaine.
Et ses sanglots reprirent de plus belle.
Le contact d'une douce étoffe, la chaleur apaisante et ce parfum si particulier mêlé aux effluves du cèdre. Il venait de refermer ses bras sur elle, dans une étreinte réconfortante, et ses pleurs se calmèrent. Elle ne savait pourquoi, mais elle se sentait si bien contre lui. Était-elle en train de sombrer dans la folie ? Était-ce une réaction étrange pour compenser la violence de son mari que de s'abandonner dans les bras d'un autre ? Ses pensées virevoltaient, plus embrouillées qu'elles ne l'avaient jamais été.
– Ne t'inquiète pas Emily, chuchota-t-il doucement à son oreille de sa voix grave. Ça va aller, tu verras.
Brusquement, elle sembla reprendre ses esprits et toutes ces années de souffrance lui revinrent en pleine face. Cependant, ce fut le souvenir de la nuit passé qui lui serra le cœur. La jeune femme se dégagea vivement et lui fit face.
– Non, ça n'ira pas ! s'exclama-t-elle en essuyant d'un revers de la main ses pleurs. Hier soir, reprit la brune plus calmement, Paige est rentrée dans la chambre. Il a levé la main sur elle, mais je me suis interposée.
– Comment va-t-elle ? la pressa Jefferson en arborant une mine inquiète.
– Elle n'a rien, heureusement. Je l'ai supplié de retourner dans sa chambre et elle m'a écouté, mais… Quelle mère pitoyable je fais ? reprit-elle en levant son regard douloureux vers lui.
Doucement, avec tendresse, il effaça les larmes qui perlaient sur sa peau pâle. Puis il caressa légèrement sa joue.
– Ne t'inquiète pas, je te promets qu'il ne te fera plus jamais de mal. Tu me crois ?
Les yeux verts le dévisagèrent, incertains. Puis Emily se détacha subitement de lui en fronçant les sourcils. Bon sang, que lui arrivait-il ? Elle ne pouvait rester insensible à cet attrait qu'il suscitait en elle. Qui était-il ?
– Qui es-tu ? demanda-t-elle alors.
– Jefferson, je te l'ai dit, répondit-il simplement avec un sourire en coin.
– Tu agis comme si tu me connaissais, répliqua la jeune femme en faisant un pas en arrière.
Il se contenta de hausser les épaules, ce sourire si mystérieux toujours accroché à ses lèvres.
– Je dois y aller, hésita Emily tandis que ses yeux faisaient la navette entre sa voiture et l'inconnu qui lui faisait face.
En quelques secondes, elle se retrouva au volant de sa voiture et elle démarra. L'homme disparut bientôt de son champ de vision et elle poussa un soupir de soulagement. Qui était-il réellement ? La brune avait comme l'impression, au plus profond d'elle-même, de le connaître. Pourtant, elle ne se souvenait pas de ce visage. Inconsciemment, sa main se porta à l'étoffe qui lui enserrait le cou et ses doigts s'y agrippèrent fermement.
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Avec un soupir résigné, Jefferson contempla l'arrière de la voiture bleu disparaître à un tournant de la route.
– Au revoir, Dana, murmura-t-il doucement en faisant volte-face pour rentrer chez lui.
Il avait pu la voir, lui parler, après toutes ces d'années. Cela aurait dû le réjouir, mais cette rencontre n'apportait qu'une entaille de plus à son cœur meurtri. Il la pensait heureuse. Il les pensait heureuses. Savoir que cet immonde salaud qui se faisait passer pour le père de sa fille battait sa Dana !
Elle semblait si fade en comparaison avec celle qu'il avait connue. Sa joie de vivre, sa naïveté. Tout cela semblait s'être évaporé. Il ne voyait plus qu'une coquille vide arpentant le chemin de sa vie avec léthargie, épuisée, dépouillée de toutes substances, comme un fantôme solitaire.
C'était plus qu'il ne pouvait en supporter. Et il allait s'assurer que tout cela prenne fin. Oh oui, il ne pouvait peut-être rien faire de plus pour elles, mais mettre fin à la torture que cette pourriture exerçait, ça, il le pouvait.
C'est ainsi que le soir arriva.
D'un pas nonchalant, Jefferson entra dans l'un des bars de la ville, celui où il savait le trouver. Adossée à sa chaise et entourée de ses amis, cette ordure se tenait là, tranquillement. À cette vision, les poings du Chapelier se serrèrent. Pourtant, il reprit rapidement contenance et s'approcha.
Le faire sortir n'avait pas été si dur que cela. Une simple excuse prétextant vouloir parler affaires avait eu le don d'aiguiser la curiosité de l'imbécile. L'amener à l'écart avait posé plus de problèmes, mais il y était parvenu.
Le premier coup qu'il lui donna fut pour sa petite Grace. Le second pour Dana. Il s'apprêta à lui en donner un troisième, mais l'autre répliqua, plutôt violemment il faut dire. Et ça ne fit qu'accroître la colère de Jefferson. S'il frappait ainsi sa femme, il allait payer.
Alors, le brun sortit son revolver et le pointa sur cette pourriture qui lui avait pris sa vie.
– Avise-toi de lever encore une fois la main sur ta femme, ou sur ta fille, et je promets que je te tuerais, siffla Jefferson entre ses dents. C'est compris ?
– Qui es-tu ? bredouilla l'autre en fronçant les sourcils.
– Tu n'as pas besoin de le savoir. Fais ce que je te dis et ne m'oblige pas à revenir.
Sur ces paroles, Jefferson recula de quelques pas, puis il abaissa son arme et s'en fut dans la nuit profonde. Un sourire satisfait vint étirer ses lèvres. S'il ne pouvait leur révéler la vérité, être à leurs côtés, au moins ils pouvaient les protéger.
Oui, c'était la seule chose qu'il pouvait faire pour elles.
Bon, alors me revoilà avec une nouvelle histoire, ma première sur OUT!
J'espère que vous avez apprécié. L'histoire sera courte et ne comportera que 3 chapitres.
A bientôt! =)
Daiky
