Bon, puisque certaines me l'ont demandé et que j'ai ça dans mes fonds de tiroirs... Voici, en parallèle d'"Illusions", le récit de la mission sur Ponantis à laquelle je fais référence dans mon autre fic. Je vous préviens, c'est la première chose que j'aie écrite sur l'univers de Star Trek, donc ça ne casse pas trois pattes à un canard et l'histoire n'est franchement pas très développée. Ça m'amusait juste de caser le trio infernal, à leurs débuts, dans une situation problématique, quoique de façon différente pour chacun d'entre eux. Pour une fois, pas d'angst, ça reste une fic plutôt légère malgré certaines faiblesses / une certaine vulnérabilité des trois personnages (on ne se refait pas, j'imagine... j'ai un faible pour les sickfics et beaucoup de mal à l'assumer), un prétexte pour mettre en relation Spock et McCoy (et Jim, mais toujours un peu en retrait) et expliquer les sentiments mitigés qu'ils éprouvent l'un envers l'autre. L'histoire est totalement écrite dans un cahier que j'ai rempli l'année dernière après avoir vu les films, je n'ai qu'à la recopier et retoucher un peu sur ordi, je pense donc pouvoir poster assez souvent. Il y a neuf (courts) chapitres et un épilogue... A l'origine, je n'avais pas l'intention de la publier. J'espère que ça vous plaira.

Chapitre 1 – La première mission diplomatique du capitaine Kirk

- Alors, tu te dépêches ? On n'attend plus que toi !

Un soupir exaspéré parvint aux oreilles du capitaine.

- J'arrive. Tu ne peux pas me laisser tranquille deux minutes ? Je suis certain que le gobelin est parfaitement à l'heure, lui, mais je ne suis pas Vulcain, alors ne me bouscule pas ou alors trouve une autre bonne poire pour descendre avec toi !

Jim leva les yeux au ciel. A quoi bon être le capitaine d'un vaisseau si vous n'êtes pas obéi ? Ou, plus précisément, si le premier officier et le médecin en chef dudit vaisseau, chacun à leur façon bien distincte mais tout aussi exaspérante, refusent d'accomplir les ordres les plus simples que vous leur donnez ? Certes, il n'avait pas beaucoup d'expérience, certes, il était très jeune pour un tel poste, mais... s'il n'avait pas été à bord de l'Enterprise trois mois auparavant, non seulement le premier officier et le médecin en chef auraient été désintégrés, mais la Terre elle-même n'existerait plus. Dans ces conditions, un peu de respect pour le héros qu'il était devenu ne lui semblait pas une demande trop exigeante.

Vraiment ? Toi, un héros ? Tu es prétentieux à ce point ?

Non, il n'était pas prétentieux à ce point. Mais il aurait aimé davantage d'obéissance. Spock ne se serait jamais permis de le contredire devant qui que ce soit, mais il n'hésitait pas à contester (malheureusement, souvent de façon légitime), loin des oreilles indiscrètes, à peu près toutes les décisions prises par son supérieur. Parfois, Jim se demandait pour quelle raison le Vulcain avait décidé de revenir à bord de l'Enterprise s'il trouvait que son capitaine était à ce point stupide et irresponsable. McCoy, de son côté, se comportait avec lui comme il s'était toujours comporté, sans se gêner pour lui parler familièrement devant d'autres membres de l'équipage ou lui dire ce qu'il avait sur le cœur sur des sujets aussi divers que la nourriture (comme si James Tiberius Kirk avait un quelconque pouvoir sur les menus proposés par les réplicateurs de l'Enterprise !), le matériel de l'infirmerie, les ordres de Starfleet ou le comportement « insensible et indélicat » du premier officier à l'égard des nouvelles recrues, terrorisées à l'idée de travailler avec le commandant Spock.

Bref, ces deux-là ne faisaient pas preuve d'un respect débordant, et Jim commençait à comprendre ce qu'avaient pu ressentir ses professeurs, à l'Académie, lorsque le jeune homme leur tenait tête devant l'ensemble de la classe…

Ça s'appelle le karma, lui souffla une petite voix narquoise.

Et maintenant, il faisait les cent pas devant la porte de l'infirmerie, à la fois excité et un peu nerveux à l'idée qu'il allait bientôt descendre accomplir sa première mission diplomatique sur Ponantis II – une mission qui devrait, si tout se passait bien, lui donner l'opportunité de prouver qu'il n'était pas uniquement un gamin vaniteux et avide de reconnaissance, dont le seul exploit avait été d'avoir eu de la chance… Le protocole (que Spock s'était empressé de lui rappeler) stipulait que lors de contacts diplomatiques avec une espèce pacifique qui, sans en faire partie, était déjà proche de la Fédération, le capitaine devait se rendre sur la planète en compagnie du premier officier.

Pourquoi pas, s'était-il dit. La présence de Spock et de son habituelle raideur ne risquait pas de détendre une atmosphère déjà tendue (les Ponantiens, en guerre contre les Glosiens, espéraient un arbitrage juste et équitable de la part de la population), mais en cas de pépin, Jim trouvait rassurant de le savoir à ses côtés, bien qu'il eût refusé de l'admettre, même sous la torture. Heureusement, il pouvait également désigner n'importe quel autre membre de son équipage pour l'accompagner, et comme la présence d'Uhura n'était pas nécessaire, les Ponantiens maniant les langues étrangères avec une habileté rarement égale, il avait choisi sans la moindre hésitation. Bones, malgré les protestations d'usage, avait été secrètement ravi d'apprendre qu'il serait de la délégation. Il avait été en revanche beaucoup moins heureux à l'idée de devoir composer avec Spock. Dire que ces deux-là ne s'entendaient pas était un euphémisme. L'un était la glace, l'autre le feu, et leurs rares interactions s'étaient terminées par des hurlements de la part du médecin et un air de profond mépris de la part du Vulcain.

Jim décida qu'il avait assez attendu et fit quelques pas en direction du bureau de McCoy.

- Bon, Bones, cette fois…

- J'arrive, j'arrive !

La réponse fut ponctuée de deux éternuements et le capitaine soupira.

- Ne me dis pas que tu es malade ? demanda-t-il, passant la tête par l'encadrement de la porte, juste à temps pour voir son ami étouffer un troisième éternuement dans un mouchoir.

- Et toi, ne me dis pas que tu n'as personne d'autre à aller emmerder ? répondit le médecin avec un reniflement agacé. Je suis enrhumé, Jim. Personne n'en meurt.

Jim secoua la tête. Bien sûr qu'il n'allait pas en mourir – pourquoi Leonard éprouvait-il toujours le besoin d'être si mélodramatique ? – mais peut-être était-il préférable…

- Oh, ne me regarde pas comme ça, capitaine. Je viens avec toi, que ça te plaise ou non.

- C'est juste que j'ai travaillé dur pour cette mission sur Ponantis, répondit Jim d'un ton qu'il essaya de rendre naturel. Je ne voudrais pas que tu gâches tout en leur refilant tes microbes.

- Merci pour la compassion, ironisa Bones. Mais pas de risque de contagion là-bas, le sang des Ponantiens est à base de cuivre, comme celui de ton premier officier.

Le ton du médecin s'était durci à la mention du Vulcain. Jim s'empressa de rectifier, espérant détourner la conversation.

- Ce n'est pas mon premier officier. Je n'ai pas spécialement écrit mon nom dessus.

- Quoi qu'il en soit, reprit Bones, je ne peux contaminer ni les Ponantiens ni Spock. Il n'y a que toi qui risques la contagion.

- Ce n'est pas la question, tu sais bien que je m'en fiche. Mais si tu n'es pas bien, il vaudrait mieux que tu restes ici et que tu te reposes. Tu as beaucoup de travail sur ce vaisseau et…

- Mais bien sûr ! l'interrompit McCoy en regardant fixement son ami. Et ça n'a rien à voir avec le fait que tu détestes te retrouver avec des gens malades dans ton entourage, n'est-ce-pas ? Pas de chance, je viens avec toi. Il faut que tu apprennes à faire avec. Tu es à la tête d'un vaisseau de plus de 400 personnes. Forcément, à un moment, il y aura des gens malades autour de toi à un moment ou à un autre. Il faut que tu apprennes à faire avec, répéta-t-il fermement.

Kirk secoua la tête et soupira, découragé. Mais il devait reconnaître que celle-là, il ne l'avait pas volée, étant donné la façon odieuse dont il s'était comporté à plusieurs reprises durant leur colocation. Lorsque Leonard était malade, Jim désertait purement et simplement l'appartement et le laissait se débrouiller seul. (Tout en se rongeant les sangs au plus profond de lui-même, certain que Bones n'avait pas une simple grippe mais une obscure maladie mortelle et que lorsqu'il rentrerait, son meilleur ami serait en train d'agoniser.) Pourtant, il n'avait absolument pas peur de la contagion, et être lui-même malade ne le dérangeait pas plus que ça, mais dès que les autres étaient souffrants…

Spock dirait probablement qu'il n'y avait rien de logique dans tout ça, mais après tout, les phobies ne se contrôlent pas.

- Jim, reprit le médecin plus doucement, si tu m'as choisi, c'est que tu avais envie que je vienne, non ? Je te le répète, je vais bien, et tout va bien se passer. Peut-être pourrais-tu me laisser seul juge de ce que je suis capable de faire ou non ? Je sais que ça part d'une bonne intention, mais la dernière fois que j'ai vérifié, le médecin en chef de l'Enterprise, c'était moi, pas toi.

Le jeune homme haussa les épaules et sourit. Si Bones voulait jouer à ce petit jeu-là, pas de problème…

- D'accord, alors dépêche-toi, parce que la dernière fois que j'ai vérifié, le capitaine de l'Enterprise, c'était moi, pas toi.

Spock les attendait dans la salle de téléportation, évidemment à l'heure, les mains derrière le dos, droit comme un piquet, sans un cheveu de travers – bref, plus Vulcain que jamais. Jim avait été sincèrement heureux de le voir reprendre sa place à bord du vaisseau, alors que personne ne l'attendait plus. (Il soupçonnait l'autre Spock d'y être pour quelque chose, mais, dans le doute, lié par sa promesse, il n'avait pu en parler au premier officier.) La façon dont tous deux s'étaient infiltrés à bord du Narada, dans un ensemble parfait, comme s'ils s'étaient toujours connus et compris, comme si rien ni personne ne pouvait les arrêter… Le capitaine se demandait comment une telle complétude était possible pour deux personnes qui ne s'était jamais touchées (une tape sur l'épaule et une tentative de meurtre par étranglement avaient été leurs seuls contacts physique). Plus récemment, à deux reprises, lors de circonstances problématiques, leur étrange union s'était révélée encore une fois des plus efficaces, comme s'ils faisaient partie de la même entité, se mouvant dans un ballet parfait qui ne laissait que très peu de chance à leurs adversaires, quels qu'ils fussent.

Cependant, en ce qui concernait l'amitié… Dans ce domaine, Spock n'était pas très doué, c'était le moins qu'on puisse dire. Il ne parlait jamais de lui et agissait comme s'il ne voulait se lier avec personne. Uhura, bien sûr, était l'exception qui confirmait la règle (bien que, comme le premier officier le lui avait fait remarquer, il eût été plus juste, plus logique de dire que l'exception infirmait la règle). Jim avait essayé de briser la glace, mais le Vulcain semblait réticent à l'idée d'une simple partie d'échecs, comme si se comporter de façon vaguement personnelle envers le capitaine (ou envers n'importe quel autre humain, d'ailleurs) était en soi une hérésie. Même s'il l'avait voulu (ce dont Kirk doutait), probablement son éducation vulcaine l'en empêchait-il. Cependant, le jeune homme n'avait pas l'intention d'abandonner la partie si rapidement.

Il s'était dit qu'une mission commune pourrait les rapprocher. Ou du moins, calmer le jeu entre son meilleur ami et le commandant. Kirk savait qu'ils avaient tous les deux beaucoup plus en commun qu'ils ne voulaient l'admettre – une immense curiosité scientifique, un profond respect pour toutes les formes de vie, y compris les plus étranges, un professionnalisme sans faille… Mais dès qu'ils devaient interagir, ils ressemblaient à deux aimants opposés, qui se repoussent sans cesse, quoi que l'on fasse pour les mettre en contact.

Le premier officier les accueillit d'une légère inclinaison de la tête et leva un sourcil (l'expression était devenue sa marque de fabrique et lui avait déjà valu un surnom – parmi bien d'autres, moins sympathiques – de la part du médecin en chef) lorsque McCoy éternua deux fois dans le creux de son coude avant de monter sur la plate-forme. Fouillant dans sa poche pour en tirer un mouchoir, le médecin foudroya Spock du regard, visiblement prêt à faire feu (métaphoriquement, bien sûr) si le Vulcain osait faire un commentaire sur son état de santé.

Mais le premier officier détourna le regard et resta silencieux, ce pour quoi Jim lui fut extrêmement reconnaissant. Il n'avait pas spécialement envie d'avoir à gérer, en plus de ce qui les attendait probablement sur la planète, une joute verbale entre ces deux-là avant même qu'ils eussent quitté le vaisseau.

PS : Quelqu'un me trouve la citation détournée de Sherlock Holmes ?