Laissez moi vous dire. Laissez moi vous narrer. Laissez moi vous conter l'histoire. Mon histoire. Une histoire qui ne s'invente pas mais qui se vit, qui ne s'oublie pas mais qui s'imprime. Laissez moi vous dire que je vous ai menti.

Je suis Draco, né Malefoy. Un sang pur dans un corps pur. On m'a dit que je ressemblais à mon père. Et à ceux qui m'ont dit ça, je leur ai donné raison. On m'a dit qu'on m'aimait parce que j'étais une bonne personne. Et à ceux qui m'ont dit ça, je leur ai fait du mal.

Je suis Serpentard. Digne héritier du savoir et des valeurs de Salazar. Je suis Serpentard car mon père et son père, et le père de son père l'ont été. Je suis Serpentard car je suis lâche, et rusé. Je suis Serpentard par mes actes, mes pensées, mes mensonges. Et laissez moi vous dire que j'ai menti.

J'ai passé presque 7 années entières à Poudlard, à apprendre, à grandir, mais aussi à contrôler, à tirer parti des situations et à me créer des ennemis. On dit que la grandeur d'un homme se mesure à la taille de ses ennemis. Je suis dans ce cas un grand homme. Un homme gigantesque. Je me suis mis à dos l'un des plus grands, par ses qualités, par son courage, par son insupportable gentillesse et par la taille de ses ennemis. Je me suis mis a dos Celui-qui-à-survécu, et ensuite Celui-qui-à-vaincu. Et pourtant au premier abord, il m'avait plu. Il avait l'air émerveillé à son arrivée. Comme un pauvre qui découvre la richesse. A l'époque, mes sentiments étaient flous par apport à lui et je préférais les cacher et mentir .Je n'étais pas vraiment sur de l'aimer car je ne savais pas ce qu'était l'amour(on ne l'apprend pas chez les Malefoy). Nous nous sommes cordialement détesté car c'est ce qu'on attendait de nous. J'avais appris qu'un voile de glace était le meilleur masque, que la méchanceté et le mépris étaient les formes les plus faciles et les plus durables du pouvoir, que la lâcheté portait souvent ses fruits, malgré qu'ils soient parfois pourris. Et laissez moi vous dire que je suis pourri.

Quand Voldemort réapparu, pour de bon, lorsqu'il rappela à lui ses mangemorts, lorsque la Marque des Ténèbres redevint une vivace cicatrice de leurs soumissions à son pouvoir et à ses rêves, je dus choisir un camp. Mon père, un de ses fidèles l'avait supplié de lui pardonner. Il s'était accroupi, il s'était allongé à ses pieds. Il avait plié ses désirs à ceux du Seigneur des Ténèbres, son esprit à sa volonté, sa vie pour ce mort-vivant.

Comment ne pas vomir lorsque l'on voit son propre père, ramper par peur, abandonner tout courage et prêt a vendre sa famille pour se protéger soi même. Oh bien sur, il ne l'avait pas fait par plaisir. Doloris est un argument de taille dans toute négociation. Mais mon père était faible. Les parents de Potter, eux, étaient morts pour leur fils. Et leur fils aurait fait de même pour tout ceux à qui il tenait. Il l'aurait fait pour cet abruti de Diggory, pour Sirius ou Rémus, pour ce vieux Dumbledore, rempli de sagesse, que je n'avait pas réussi à tuer, pour cette Weasley, cette Ginny boursouflés par ses tâches de rousseur. Il l'aurait fait pour tout ceux qu'il aimait. Et laissez moi vous dire que je l'ai aimé.

Finalement, Voldemort m'avait pris sous son aile. Il m'avait gravé son tatouage, comme on tatouait ses esclaves pour exprimer le fait qu'ils étaient notre propriété. Je portais sa marque. Et pourtant une deuxième, plus douloureuse était inscrite dans ma peau. Laissée par une autre personne à qui je tiens. Une personne qui m'avait vu tel que j'étais, et pas tel que je le montrais. Une marque sur la peau. Une marque dans la peau. Un poids sur mon cœur. Une personne dans mon cœur. Il m'avait dit qu'il savait que mon père était un mangemort. Il se doutait que j'en étais un. Il m'imaginait en train de torturer des sorciers. Il me l'avait dit après. Il m'avait dit d'abord qu'il savait que je n'étais pas un monstre, que je pouvais encore faire le bon choix. Le bon choix, une bonne blague. Le bon et le mal ne sont que des questions de points de vue. J'aurais du lui dire ça. Mais je suis resté abasourdi de le voir, lui, mon ennemi juré, me tendre la main. Et puis, voyant mon désarroi, il s'était assis contre un mur et m'avait demandé de le rejoindre. Sur le coup, j'avais obéi. Sans vraiment comprendre, son regard et ses paroles m'avaient bouleversés. Il m'avait dit «je t'aime» avec les yeux, avec un langage qui ne s'entend pas mais qui s'écoute. Avec un langage universel et pourtant que je ne connaissais que d'instinct. Il m'avait dit «je t'aime» avec ses joues, qui rougissaient, avec ses mains qui fouillait ses poches, à la recherche d'une activité qui pourraient leur enlever leurs gêne, avec sa peau qui transpirait malgré la froideur de la journée, avec ses jambes qui tremblaient... Et puis quand je me suis assis, là, sous le porche, entourant la petite cour posé comme un balcon, là ou l'on voyait tout le terrain du château, du saule cogneur à la forêt interdite, du terrain de Quidditch à l'arène construite pour la Coupe de Feu, on s'est embrassés. J'ai oublié la pluie, le vent, mon maître et le sien. J'ai oublié mes promesses et mes mensonges, mes qualités et mes défauts, j'ai oublié qui j'étais. Il m'a embrassé, je l'ai embrassé, je l'est aimé et il m'a aimé. A ce moment précis, Harry n'était plus cet insupportable Gryffondor aux binocles toujours cassées. Il était cette continuation de moi même, cette vie , ces désirs et ces idées que je lui enviais. Et en m'appropriant leur propriétaire, je me les suis approprié le temps d'un baiser. J'étais ce que j'aurai pu être.

Et pourtant, j'ai choisi la voie de la faiblesse, celle qui a toujours ordonné ma vie. Celle qui m'a guidé dans le monde et qui m'y a perdu. Il m'avait donné une alternative et j'ai eu peur. J'ai aimé mais j'ai eu peur. Alors je suis revenu sur la route déjà tracée de mon avenir de mangemort. J'ai tué en pensant à lui, j'ai torturé avec son visage dans ma tête, comme une épée de Damoclès qui attend le bon moment avant de tomber.

La suite, vous la connaissez. Voldemort a été vaincu, ma voie était désormais condamné et je n'avais plus le droit de prendre l'alternative. Il était trop tard. J'avais agi en Serpentard, en choisissant la peur comme motivation, quand ma moitié avait agit en Gryffondor, avec le courage seul comme motivation. Et quand je vous dit ma moitié , je vous mens. Une moitié fait parti d'un tout. Et sans lui je n'étais rien. Je n'ai été un qu'une seule fois, lors de ce baiser, caché et dissimulé. Et depuis je ne suis qu'un corps et une âme côte-à-côte. Jamais reliés, jamais noués, juste bon à se côtoyer au quotidien. Demain je serais jugé, condamné à Azkaban, probablement pour plus longtemps que mon âme ou mon corps ne pourront le supporter. Demain, Harry me regardera et je ne pourrais le supporter. Demain j'affronterais sa colère et sa haine. Demain je le verrai comme il est, probablement triste de ce que je suis devenu, de ce que je suis resté, et heureux que ses amis soient enfin vengés. J'ai tué celle qu'il aimait, qu'il chérissait le plus. Je l'ai tué pour qu'il l'oublie, qu'il se souvienne de moi, qu'il me souvienne. Je l'ai tué pour avoir une vengeance , pour avoir une réponse à cette jalousie qui nourrissait mon cœur. Demain j'aurais ce que je mérite. Demain je serais accusé du meurtre de Ginny Weasley. Demain le nom de ma famille sera sali par ma faute. Demain je répondrais coupable de toutes les accusations qui me seront portés. Et laissez moi vous dire que je vous ai menti.

Demain je serais déjà mort.