Bonjour à tous !

Je sais que j'avais dit que je ne la posterai pas ici mais... j'ai changé d'avis. Cette fanfiction a été écrite pour Layi dans le cadre de l'Echange de Noël 2016. Cette fanfiction est un bonus à ma fic longue Principe de Complémentarité. Elle peut être lue indépendamment, je suppose, mais ça risque de vous paraître bizarre, alors je vous invite à lire Principe de Complémentarité, au moins jusqu'au chapitre 30.

(Bon, en vrai je ne force personne, vous faites ce que vous voulez, mais ça éclairerait sans doute sur le changement de camp de Drago qui peut, sans ça, paraître légèrement inexplicable).

Cette histoire se passe dix-neuf ans après l'épilogue de Principe de Complémentarité, donc, techniquement, vingt-ans après la fin du tome 7 (si je ne me suis pas embrouillée dans la chrono ce qui, techniquement, est tout à fait possible).

Cette histoire est constituée de quatre chapitres de taille variable et d'un épilogue.

Je n'ai pas le temps de tout poster aujourd'hui, mais les autres chapitres arriveront rapidement puisqu'ils sont déjà écrits. Si vous ne pouvez pas attendre, ils sont disponibles sur mon profil HPF, où je sévis sous le même pseudo.

Bonne lecture !


Drago jeta un regard sur le hall d'entrée qu'il laissait derrière lui, et quitta le manoir. Il avait de plus en plus besoin, ces derniers temps, de prendre un bouffée d'air frais... Il avait l'impression d'étouffer dans cette vie qu'il n'avait pas vraiment choisie.

Il n'était pas malheureux, il eût été fou de dire le contraire. Il avait été totalement réhabilité, il avait désormais des amis fréquentables. Si on lui avait dit, durant ses premières années à Poudlard, qu'il verrait un jour Hermione Granger avec plaisir... Son poste à la Justice Magique lui convenait parfaitement : le salaire était suffisamment confortable pour qu'il puisse adopter un train de vie ressemblant au moins de loin à celui qu'il avait connu dans son enfance, et le prestige de la fonction le ravissait. Et, après tout, c'était bien moins dangereux qu'espion au compte de l'Ordre...

N'ayant plus d'espoir de trouver l'amour, il s'était décidé à épouser Astoria. La famille Greengrass avait vu d'un bon œil le rapprochement de Drago avec l'Ordre du Phénix, et avait tenté de réparer le tort qu'elle lui avait fait... Allant jusqu'à lui donner la main de leur fille cadette.

C'était un mariage arrangé, mais Drago aurait pu tomber bien plus mal. Cela avait ravi sa mère, d'un côté, et son père, sorti d'Azkaban, n'avait même rien trouvé à y redire (pour l'Ordre du Phénix, ç'avait été une toute autre histoire). Il n'était pas amoureux d'Astoria, mais il s'entendait bien avec elle, et ils formaient ensemble un ménage uni. Leur fils, Scorpius, avait encore resserré les liens de tendresse qui les unissaient. Ils étaient tous deux d'accord pour dire que leur enfant était la plus belle chose qui fût arrivée dans leur vie.

Cependant, les années avaient passé, Scorpius était entré à Poudlard, et le manoir vide de rires et de jeux pesait lourd sur le moral de Drago. Astoria était trop douce, trop gentille, trop attentionnée, trop... Ou plutôt, Drago avait conscience qu'elle était parfaite. Elle était douce, attentionnée, belle, aimante, mais elle n'était pas celle qu'il lui fallait. Il n'était pas celui qu'il lui fallait non plus, et certains soirs, cela le rendait étrangement mélancolique.

Il ne savait pas vraiment ce qu'il voulait. Un vide trouait sa vie qui paraissait si parfaite, dont il était objectivement si satisfait...

Alors, il quittait ce manoir dont l'air, chaque jour, devenait un peu plus irrespirable. Parfois, il transplanait, d'autres fois il partait directement du parc. Et toujours, il passait des heures à sillonner la lande.

Un jour, ses pas le menèrent vers un petit village moldu niché au creux d'une butte sur laquelle trônait un castelet élégant et prétentieux. Il prit plaisir à flâner dans les rues, à écouter les discussions des personnes qu'il croisait et à imaginer leur vie.

Ils avaient tous l'air bien plus heureux que lui. Et pourtant, c'étaient des moldus. Il avait été bien idiot de les mépriser, et ses parents avaient été bien bêtes de lui apprendre à le faire. Il n'était pas heureux, et il devait le respect à chaque être de ce monde qui parvenait à gagner cette félicité qu'il cherchait sans jamais l'atteindre. En matière de bonheur, tous ces moldus souriant sous le doux soleil de mai le dominaient totalement.

Il était sur le point de quitter le village pour regagner le manoir – Astoria devait s'inquiéter, cela faisait des heures qu'il était parti – quand il perçut une voix qu'il aurait reconnue entre mille. Qu'il n'avait jamais oubliée.

Sans pouvoir se retenir, il se retourna brutalement. Il savait que cela allait lui faire du mal, il savait qu'il n'aurait pas dû, mais il avait besoin de voir. De voir ce qu'elle était venue.

Et c'était bien elle. Pas qu'il eût cru s'être trompé, oh non... Mais un petit doute l'avait tout de même étreint, une étrange angoisse, peut-être.

Elle était là, ses cheveux noirs brillants sous les doux rayons qui baignaient le village, au bras d'un homme fier, sans doute un peu plus âgé qu'elle. Elle n'avait pas changé. Elle n'avait pas vieilli. Dix-neuf ans et elle était toujours la même. Les ridules qui entouraient sa bouche ne gâchaient en rien la noblesse de ses traits. Son mari lui parlait, et elle l'écoutait, un sourire distrait sur les lèvres. Elle salua d'un hochement de tête respectueux un vieil homme qui les croisait.

Drago était pétrifié. Il ne savait s'il devait s'enfuir avant qu'elle le vît, avant de réveiller un peu plus cette flamme qu'il avait toujours crue éteinte. Et puis... Il brûlait de la voir un peu plus, il brûlait qu'elle le vit, lui aussi.

Il aurait voulu percer l'étonnement sur ses traits, les regrets peut-être. Il aurait voulu qu'elle fût si frappée de sa présence qu'elle en fît de la magie accidentelle, il aurait voulu...

Rien de tout cela n'arriverait. Il le savait, ce n'étaient que d'étranges espoirs fous. Si elle l'apercevait, sans doute ne lui parlerait-elle-même pas. Et si elle lui parlait, elle ne laisserait rien paraitre. Elle avait toujours été plus forte que lui.

Plus noble, plus fière.

Quelles idioties que ces préjugés de Sang-purs.

Drago réfléchit si bien pour faire le meilleur choix entre l'attaque et la fuite qu'il ne bougea pas. Granger lui avait bien parlé d'un âne à qui c'était arrivé, et qui était mort de faim. Ou quelque chose comme ça. C'était une histoire moldue.

Il resta donc sur place, debout, les bras ballants, au milieu de ce village plein de moldus.

Elle ne jeta pas un regard vers lui. Au bout de quelques minutes de discussion, son mari lui proposa de rentrer, et elle acquiesça en silence. Elle était soulagée.

Elle n'en montrait rien, mais Drago le savait. Il le lisait dans sa posture, dans son maintien. Elle n'avait qu'une envie, rentrer chez elle et que son idiot de mari cessât de l'importuner.

Une fois qu'elle fut loin, Drago secoua la tête. En réalité, il savait qu'elle ne pensait pas en ces termes. Qu'il projetait en elle la haine de cet homme qui l'avait volée à la vie qu'elle aurait pu avoir. Qu'ils auraient pu avoir.

Il l'avait aimée, un jour. Elle était la seule femme qu'il avait aimée. Elle était en sixième année à Serpentard, lui refaisait la septième, plus seul que jamais du fait de la disgrâce de son père. Elle était tout ce qu'il avait toujours recherché, à un détail près. Elle était née-moldue. Victime des préjugés des membres de sa maison, elle était encore plus seule que lui... C'étaient ainsi qu'ils s'étaient trouvés. C'était à son contact, plus encore qu'à celui de Granger, que Drago avait compris l'inanité de ce que ses parents lui avaient appris. Cette jeune fille issue de la noblesse moldue était en tous points semblables aux Sangs-Purs... Elle était d'ailleurs bien plus fréquentable que nombre de ceux qui, jusqu'à la bataille de Poudlard, s'étaient considérés comme des « amis » de Drago, avant de l'abandonner lâchement. Seulement, elle était tellement noble, peut-être, que sa famille était passée avant tout le reste. Avant son amour pour Drago – qu'elle n'avait d'ailleurs jamais avoué. Elle avait accepté un mariage arrangé.

Elle n'avait pas fait sa septième année à Poudlard. Elle était partie, alors que la guerre n'était pas finie.

Il ne l'avait plus jamais revue, jusqu'alors. Il regrettait de l'avoir vue. Un peu. Il en était heureux, aussi.

Quel stupide sentiment que l'amour...

Dépité, Drago transplana. Il retrouva Astoria et sa douceur. Il rendit visite à sa mère.

Sa vie n'avait aucun sens.

Le lendemain matin, il se rendit au ministère d'un pas morne. Il y salua Granger, qui travaillait dans le même département que lui, sans entrain. Elle le fixa en fronçant les sourcils à chaque fois qu'elle le croisa, mais il fit de son mieux pour l'éviter. Elle allait poser des questions. Elle posait toujours des questions.

Il savait que, souvent, c'étaient ses questions qui l'avaient aidé, qui l'avaient sorti de tant d'imbroglios psychologiques dans lesquels il se plongeait tout seul. Et pourtant... Il les fuyait toujours. Il la fuyait toujours.

Pas la peine de venir la voir, elle lui tomberait dessus bien assez tôt, elle et ses principes bien trop mièvres et bien trop justes. C'était toujours comme cela. Elle avait raison, il avait tort, que pouvait-il y faire ?

Il détestait avoir tort.

La journée dura des siècles. Il ne cessait de repasser dans sa tête cet étrange moment, cette sorte de voyage dans le temps, surréel et douloureux. Ainsi, elle vivait-là, dans ce castelet prétentieux, dans ce village riant ?

Etait-elle heureuse ? Sûrement pas, mais elle ne cherchait pas à l'être. Elle était sans doute bien moins idéaliste que lui. Elle n'avait pas traîné avec ces idiots de l'Ordre, elle... Les mêmes questions sans réponse repassaient en boucle dans sa tête, il ne parvint même pas à boucler le moindre dossier de la journée...

Et le soir venu... Il poussa la porte du manoir, il aperçut Astoria en grande conversation avec Daphné. Une lettre de Scorpius sur la table basse, trop vite parcourue, et puis le vide...

Il n'en pouvait plus. Il devait partir. Il devait y aller. Maintenant.

- Drago, ça va ?

Astoria avait vraiment l'air de s'inquiéter pour lui. Comment pouvait-elle s'en faire à ce point ? Elle ne l'aimait pas, il ne l'aimait pas... Un instant il songea que s'il l'avait vue dans l'état où il était maintenant, il se serait inquiété aussi. Ils s'aimaient, d'une certaine manière. Pas d'une passion dévorante, mais d'une tendresse stable et rassurante. Ennuyeuse aussi. Drago se sentit alors coupable, et la culpabilité dépassa toutes les douleurs qu'il avait endurées jusque-là. Il ne pouvait pas rester, il ne pouvait pas mentir ainsi, il devait...

- Oui, enfin non, j'ai besoin de prendre l'air. Je serai de retour pour manger, Astoria.

- Tu veux que j'écrive au médicomage ?

- Ce ne sera pas la peine, mais je le ferai demain si ça ne va pas mieux. A tout à l'heure. A bientôt Daphné.

Pour la première fois depuis longtemps, passer la porte du manoir ne lui fit aucun bien. L'air frais de la soirée le frappa, mais ne le soulagea pas. Il n'attendit pas d'avoir quitté le parc pour transplaner. Sans aucune prudence, il arriva directement sur la place du village moldu qu'il avait quittée la veille. Fort heureusement, l'endroit était désert.

Enfin, pas tout à fait... Une seconde après son arrivée, il perçut un cri étouffé dans son dos. Il se retourna.

- Drago ?

C'était elle. Seule, le visage caché par une épaisse capuche de fourrure.

- Drago mais qu'est-ce que tu fais là ? Pourquoi est-ce que tu transplanes sans faire attention, il n'y a que des moldus ici !

- Je...

Une fois n'est pas coutume, les mots lui manquèrent.

- Je suis heureux de te revoir, Elizabeth, réussit-il finalement à articuler.

Elle lui offrit alors l'un de ces sourires récalcitrants dont elle seule avait le secret. Ce sourire à moitié donné, à moitié repris, comme portant l'accusation de la joie qui le lui avait procuré. Elle ne répondit pas, bien évidemment.

Drago ne savait pas comment il aurait espéré que cette rencontre se passât... Il n'aurait sûrement pas voulu un échange de banalités affligeantes. Il sourit intérieurement en s'imaginant demander « qu'est-ce que tu deviens ? » à quelqu'un comme Elizabeth. Elle coupa toutefois court à ses réflexions.

- Alors, qu'est-ce que tu fais là ?

- Je... J'aime bien me promener, le soir, après le travail et...

Quel idiot. Non mais quel idiot ! Se prenait-il pour un Weasley, à bafouiller comme un débutant intimidé ?

- Cela ne m'explique pas pourquoi tu es arrivé ici en particulier, et pourquoi tu as transplané sans prendre de précautions.

- Avec tous les moldus qui connaissent notre existence maintenant, ça ne change franchement plus grand-chose.

- Tu n'as toujours pas répondu à ma question.

Elle lui jeta un regard suspicieux. Elle savait. Elle savait qu'il était venu pour elle, peut-être l'avait-elle-même aperçu, la dernière fois... Elle le prenait pour un imbécile, et elle avait raison.

- Bref, conclut-elle avec lassitude. Je ne sais pas ce que tu es venu chercher ici, mais, quoi qu'il en soit, je peux t'assurer que tu ne le trouveras pas. Je suis heureuse de voir que tu es toujours en vie, et, apparemment, en bonne santé. Rentre chez toi, maintenant.

Drago lui jeta un regard désespéré, mais elle resta impassible. Il n'avait pas l'habitude d'être celui qui supplie, celui qui bafouille, celui qui hésite. Il ne se reconnaissait pas... Pas étonnant qu'Elizabeth ne voulût pas de lui, il ressemblait à une larve pitoyable.

Avec un soupir résigné et un hochement de tête, il tourna les talons, en quête d'un endroit plus discret pour transplaner.

La vie suivait son cours. Drago maudissait le jour où il avait revu Elizabeth. Cela avait eu pour seule conséquence de rendre son humeur amère et sa vie insipide. Pourquoi avait-il fallu que le hasard le conduisît précisément dans le village où elle vivait ? Pourquoi avait-il eu la bêtise d'y retourner, ensuite ?

Il était constamment morose, et Astoria finit par s'en rendre compte. Soucieuse, elle essaya de le pousser à se confier, mais n'obtint aucun résultat. Un soir, alors qu'ils dînaient dans le silence le plus total, elle n'y tînt plus.

- Ecoute, Drago, ça ne peut plus durer. Il faut que tu me dises ce que tu as, tu ne peux pas rester dans cet état indéfiniment...

- Parce que tu crois que t'en parler arrangerait les choses ? cracha Drago.

La culpabilité qu'il éprouvait à l'égard de cette épouse qui, au fil des années, était devenue sa meilleure amie, le rendait agressif. Il s'en voulait de la trouver insipide, il s'en voulait de ne pas l'aimer, sans se rappeler à aucun moment qu'elle non plus ne l'aimait pas vraiment. Enfin, pas comme on aime un amant.

- Eh bien si je ne peux pas t'aider, répondit-elle sans se démonter, va voir quelqu'un d'autre. Hermione, ou qui tu veux. Mais fais en sorte de sortir de cette apathie morbide, s'il te plait. L'été arrive, Scorpius va rentrer, il est hors de question qu'il retrouve un poireau dépressif en lieu et place de son père.

Drago ne put s'empêcher de rire. Un poireau dépressif, quelle description fidèle. Et puis, il redressa la tête, carra les épaules, et promit à Astoria de se reprendre.

Difficile de dire s'il tint sa promesse. D'une certaine manière, oui, puisqu'il cessa de ruminer, se remit à parler à Astoria – même si pour rien au monde il n'aurait évoqué Elizabeth – et retrouva son habituel sens de l'humour cynique qui le définissait depuis qu'il avait perdu l'horripilante prétention de son adolescence. D'un autre côté, pas vraiment... Il s'efforçait de donner le change, mais sa vie lui était clairement devenue insupportable. Il espérait de tout cœur que le retour de Scorpius lui permît d'oublier un peu ses dernières péripéties. Il regrettait désormais d'avoir choisi, avec Astoria, de n'avoir qu'un enfant. Cet enfant à Poudlard, et le manoir devenait si triste, si vide...