Bonjour à toutes et à tous ! C'est avec une grande émotion que j'inaugure ici ma première fanfiction Harry Potter ! Quelques petits détails fastidieux mais néanmoins nécessaires, avant que nous ne commencions. Voici donc le blabla de l'auteur :
Cette fanfiction n'est, à l'heure actuelle, pas terminée. Grosso modo, j'ai trois chapitres d'avance, et je vais essayer de faire en sorte que ça dure. Je ne sais pas encore à quelle fréquence je posterais, ça va dépendre autant de vous que de moi –le temps qu'il vous faut pour lire et reviewer, le nombre de lecteurs réguliers, et le temps pour moi de pondre la suite. Je tiens à ce que ça devienne régulier, donc ça se fera sûrement au rythme d'un chapitre par semaine/toutes les deux semaines/toutes les trois semaines/tous les mois. Si le temps d'attente devient plus long, on verra mais si on en arrive là je pense que ça voudra dire que l'un des deux camps (auteur ou lecteurs) aura lâché. Plus vraisemblablement moi que vous, d'ailleurs…
Autre chose : à l'heure actuelle, j'ai deux one-shots sur le feu, deux engagements auprès de deux groupes de lecteurs à l'écriture de deux fics longues sur deux sujets différents, une énième fic potentiellement longue (encore que moins urgente que les autres point de vue engagement) en cours, et une demi douzaine de romans sur le feu. J'aimerais que ces projets soient avancés de façon satisfaisante d'ici Noël. Comme je n'ai que dix doigts et un seul cerveau, ça va pas être évident (Rosa020, ou l'art et à la manière de se laisser déborder par la créativité). Du coup, si je prend du retard sur un projet alors que j'ai de l'avance sur celui-là (situation complètement invraisemblable, mais bon), il se peut que je retarde certaines sorties de chapitre au profit du reste.
Si, après tout cela, vous n'êtes pas découragés (^_^), une dernière chose : je veux des reviews. Ce n'est pas négociable. Vous savez pourquoi ? Parce que l'absence de reviews ne peut avoir que deux signification : soit personne n'a lu, soit personne n'a accroché suffisamment pour commenter. Dans les deux cas, inutile que je perde du temps à écrire une histoire, n'est-ce pas ? Non, un abonnement n'est pas l'équivalent d'une review. « J'aime je veux la suite » ou « C'est nul va te pendre », en revanche, me conviennent très bien (l'un davantage que l'autre, d'ailleurs, je vous laisse deviner lequel).
Sur ce, passons au…
…Résumé : Parfois, un seul choix, un seul geste, un seul mot peuvent changer une vie et un destin. À la croisée des chemins, Severus Snape prend une route différente que celle que nous lui connaissons. Et tout bascule. Sur les épaules d'un brillant sorcier repose le sort du monde, alors que lui même ne se bat que pour une unique raison : Elle.
Disclamer : si vous cherchez le nom de la propriétaire, vous le trouverez sous le titre de sept des romans qui bouffent de la place dans votre bibliothèque.
Dernier commentaire inutile de l'auteur avant qu'elle ne vous foute enfin la paix et ne vous laisse lire en paix : Non mais parce qu'entre le grand ténébreux et le petit con égocentrique, y avait pas photo, hein ?
Premier chapitre
« Si l'univers bascule sur son axe, ne réfléchis pas. Suis le mouvement. » Sirius O. Black
Lily était tellement concentrée sur son objectif –à savoir : ravaler ses larmes et courir en même temps vers la salle commune- qu'elle ne réalisa pas tout de suite qu'on la suivait. Et c'était idiot parce que, ces pas là, elle aurait dû pouvoir les reconnaître entre mille et du premier coup. En temps normal, elle pouvait les reconnaître entre mille et du premier coup.
- Lily ! Attend ! S'il-te-plaît !
Elle ne ralentit pas et ne se retourna pas, mais une larme traîtresse profita de sa distraction pour rouler sur sa joue. Elle l'essuya rageusement, du poing, et enferma ses petites sœurs sous ses paupières. Non, elle ne pleurerait pas ! C'était hors de question ! Il n'en valait absolument pas la peine !
Si elle avait réfléchi deux minutes, elle se serait rappelée qu'il avait toujours été plus rapide qu'elle, même si, en endurance, c'était elle qui gagnait. Ils jouaient souvent à faire la course et, parfois, il la laissait gagner par galanterie, et aussi parce qu'il savait à quel point elle aimait se moquer de lui… Bref, tout ça pour dire qu'elle n'aurait pas dû être aussi surprise lorsqu'une main se referma sur son bras, l'obligeant à s'arrêter. Elle était tellement en colère qu'elle sortit sa baguette tout en faisant volte face, et la pointa sur le visage de Severus.
- Lâche-moi !
Il avait l'air un peu impressionné, mais il ne desserra pas sa prise sur son bras.
- Non.
- Ah vraiment, tu crois ?
Il soupira, et la lâcha. Elle le fusilla du regard, rangea sa baguette magique, et tourna les talons. Il régla son pas sur le sien et marcha à côté d'elle.
- J'suis désolé…
- Épargne ta salive, Sev… !
- Lily…
- Non, il est hors de question que je te rende les choses faciles. Pas après ce qui vient de se passer.
Il la dépassa et se planta devant elle, lui barrant le passage. Cette fois, il avait l'air en colère.
- Arrête de faire comme si tout était de ma faute, d'accord ? C'est pas moi qui ai commencé !
Il se rendit compte de la puérilité de cette excuse au moment où il la formulait. Un peu tard, donc. Son amie croisa les bras sur poitrine avec un soupir si triste que son cœur se serra.
- Je ne te reproche pas de te défendre contre Black et Potter…
- Et Lupin et Pettigrow !
- Si tu veux. Mais ça n'excuse pas que tu t'en sois pris à moi…
- J'suis désolé. Vraiment. Je voulais pas dire ça, et je…
- Si, justement, Sev, tu voulais le dire. Tu crois que sous prétexte que tu es mon ami, je ne vois pas comment tu es avec les autres ? J'ai été tellement stupide ! Tu penses ça de tous les enfants de parents moldus, pourquoi ce serait différent avec moi, hein ? Tu te rapproches de plus en plus de Malfoy, des Black, et de tous ces Slytherins dont toute l'école sait qu'ils sont des Mangemorts, ou sur le point de le devenir. Je sais que tu adhères à leurs convictions, volontairement ou non, par opinion ou par conditionnement. Je passais outre jusqu'ici, mais ce qui s'est passé aujourd'hui prouve mieux que n'importe quoi qu'il se passe quelque chose de grave, que ce n'est pas juste un problème d'agressivité, ou quelque chose comme ça.
Elle soupira. Elle détestait faire apparaître cette tristesse sur le visage de son ami d'enfance, mais elle ne pouvait pas continuer comme ça, cela devait être dit.
- Je suis désolée, Severus. Ça fait déjà quelques mois que ça ne va plus, toi et moi on savait que ça finirait comme ça. Laisse-moi passer, maintenant.
Il était tellement surpris et triste qu'il ne l'arrêta pas tout de suite, et elle en profita pour accélérer le pas. Elle savait qu'il allait protester, peut-être crier, se mettre en colère, essayer de la retenir par tous les moyens possibles, et elle ne se sentait pas capable de l'affronter. Severus, lui tremblait. Ce n'était pas possible, c'était un cauchemars, ça n'était pas vraiment en train d'arriver, n'est-ce pas ? Elle ne pouvait pas le laisser ! Il avait besoin d'elle ! Besoin d'elle ! Il fallait qu'il trouve quelque chose à dire, n'importe quoi qui puisse la retenir, mais pitié, pitié… ! La voix tremblante, il balbutia :
- Alors on n'est plus amis ? Tu ne vas plus jamais m'adresser la parole ?
Elle ne répondit pas, ce qui, dans le fond, pouvait très bien faire office de réponse. Alors Severus ferma les yeux, prit une profonde inspiration, et lança, dans le couloir heureusement désert, les derniers mots qu'il pouvait encore dire, sa dernière carte en main, son dernier atout :
- Lily, je t'aime !
Elle sursauta très fort. Vraiment très fort. Pas parce que c'était une surprise. Elle le savait depuis la troisième année. Mais parce qu'elle ne pensait pas qu'il dirait ça. Elle se retourna. Il s'était rapproché d'elle, et ils se faisaient face. Il avait passé son masque d'impassibilité, ce masque qu'elle lui connaissait trop bien avec les autres, et qu'il avait de plus en plus souvent du mal à enlever lorsqu'il était avec elle.
- Tu réalises que ce n'est absolument pas un argument, n'est-ce pas ?
Il hocha la tête avec fatalisme, rougissant un peu parce qu'il venait quand même de lui dire que…
- Je voulais juste que tu le saches. Si c'est la dernière fois qu'on se parle. J'suis désolé, Lily.
Il la regarda encore un peu, comme si c'était la dernière fois, essaya de sourire, n'y parvint pas, et tourna les talons. Elle le regarda s'éloigner, en silence.
Severus Snape ne traîna pas dans les couloirs, et il ne retourna certainement pas dans le parc. Décidé à sécher le dîner, il marcha droit dans le dortoir des Slytherins et passa au moins une heure sous la douche, à s'efforcer de recouvrer son calme, non seulement après la énième humiliation que les Maraudeurs lui avaient fait subir, mais aussi après ça… Il s'interdisait de trop y penser, sinon il savait qu'il allait perdre complètement le contrôle de ses émotions, et c'était définitivement pas le moment. Mais il savait que, cette nuit, la réalité le frapperait comme un coup de poing en pleine poitrine, et il ignorait s'il y survivrait…
Il alla se coucher sur son lit, torse nu, des gouttes d'eau coulant de ses longues mèches de cheveux, et il ferma les baldaquins de son lit pour que les garçons avec qui il partageait son dortoir le laissent en paix. Il regrettait que la fin de l'année soit si proche, ils n'avaient plus de devoirs à faire dans lesquels il aurait pu se plonger pour penser à autre chose, ne serait-ce que quelques heures. Il ouvrit un livre, mais ne parvint pas à se concentrer suffisamment pour comprendre ce qu'il lisait. Il pensait qu'il avait fait une connerie. Il pensait qu'un mot, un seul mot, avait fait voler tout ce qui le rendait heureux en éclat avec deux ans d'avance sur le programme –parce qu'il ne se faisait aucune illusion : à la fin de leurs études, il était évident que lui et Lily auraient emprunté des chemins si différents que les chances pour qu'ils se revoient un jour avoisinaient le zéro absolu. Et il avait envie de pleurer. Et ça le mettait en colère.
Il s'en voulait aussi de s'être laissé aller à lui dire qu'il l'aimait. Oh, il savait qu'elle le savait, bien sûr, seulement il s'était juré de ne jamais prononcer ces mots là. Ils ne pourraient que lui faire du mal. Lily ne l'aimait pas. Il était son ami, rien de plus. Et c'était déjà fantastique. Pourquoi avait-il fallu qu'il gâche ça, aussi ? Pourquoi avait-il fallu qu'il tombe sur ces imbéciles ?
Il posa son livre et se mit machinalement à jouer avec l'anneau plat à tête de serpent qu'il portait au majeur de sa main gauche. C'était un cadeau de Lily, pour ses quinze ans. Elle l'avait trouvé dans un magasin de magie, chez un antiquaire. Le serpent était vivant. Quand Severus ôtait la bague et la posait au creux de sa paume, le métal se tordait pour redonner au serpent sa véritable forme, et il se mettait à glisser sur lui. Bien souvent, il l'avait rattrapé à la dernière minute avant qu'il ne disparaisse sous un meuble, d'ailleurs.
- Je le trouvais drôle, avait dit son amie en le lui offrant.
Le bijou ne l'avait plus quitté depuis lors. Il adorait cette bague. Surtout pendant les longs mois d'été au cours desquels seules les lettres qu'ils échangeaient leur permettaient de rester en contact. Ne pas voir Lily pendant deux mois lui était une torture.
La nuit tomba, les autres élèves montèrent se coucher les uns après les autres. Severus fut soulagé de ne pas les entendre évoquer entre eux l'incident du parc. Il aurait détesté devenir un sujet de moquerie. L'indifférence générale, teintée de crainte, lui convenait beaucoup mieux. Il écouta le silence s'installer sur le dortoir, à mesure que les élèves s'endormaient. Lui seul demeurait éveillé, assis dans le noir, les doigts jouant avec sa bague, ses pensées le torturant et le rongeant morceau par morceau. Il aurait dû se taire. Deux fois. Il aurait dû faire vœu de silence pour cette journée. Il regrettait tellement, oh, qu'est-ce qu'il regrettait ! Que ne donnerait-il pas pour pouvoir parler encore à Lily, pour qu'elle sache à quel point il était désolé, à quel point il ne pensait pas ce qu'il avait dit, à quel point leur amitié était importante pour lui… ! Il ferma les yeux et les poings, serra doigts et paupières de toutes ses forces pour ne pas pleurer ni crier. Sursauta.
Tap, tap, tap !
Un hibou tapait aux carreaux de la fenêtre. Il s'immobilisa, yeux ouverts dans l'obscurité, et tendit l'oreille. Avait-il rêvé ?
Tap, tap, tap !
Vite, avant que le bruit ne réveille ses camarades de chambre, il se leva et courût à la fenêtre. Une petite chouette rousse l'observait avec impatience. Il connaissait cette petite chouette, il s'était un peu moqué de Lily la première fois qu'il l'avait vu.
- Oh, elle est rousse aussi ! Un membre de ta famille ?
Elle avait bourré son épaule de coups de poings en le traitant de tous les noms, mais c'était pour rire, et ensuite ils étaient sortis dans le parc faire une bataille de boules de neige –c'était en hiver. Ce souvenir remontait avec tous ses détails à la surface de la conscience de Snape, et il secoua violement la tête pour s'empêcher de pleurer encore une fois. Il avait fichu en l'air tout ça. Comme un imbécile ! Il ouvrit la fenêtre et la chouette sauta sur son épaule. Il la caressa d'un geste hésitant, et elle le laissa faire en fermant paresseusement les yeux.
- Toi, au moins, tu ne m'en veux pas, chuchota-t-il avec reconnaissance.
L'animal ne fit pas un bruit, mais elle laissa tomber un morceau de parchemin sur les genoux de Severus, qui le prit doucement entre ses doigts. Le message ne pouvait venir que de Lily, mais il ne savait vraiment pas s'il voulait en connaître le contenu…
- Lumos…
À la lumière faiblarde de sa baguette magique, il parcourut l'écriture familière en plissant les yeux.
Retrouve-moi sous l'arbre à 2h.
C'est presque en tremblant qu'il consulta sa montre. Il était 1h30. Un instant, tandis qu'il regardait la chouette s'éloigner dans la nuit, il fut tenté d'ignorer le rendez-vous. N'était-ce pas mieux ainsi, dans le fond ? Que tout s'arrête maintenant ? Qu'il ait mal un bon coup, après c'était fini ? Et puis, la réponse explosa en lui, fort et claire : non ! Hors de question ! S'il pouvait grappiller ne serait-ce qu'une heure de sursis, il n'y renoncerait pour rien au monde.
Il s'aperçut que ses doigts tremblaient et que sa respiration était erratique alors qu'il tentait pour la troisième fois d'attacher l'un des boutons de sa chemise. Il ne pouvait décemment pas y aller dans cet état, alors il s'assit sur le bord de son lit, posa les mains sur ses genoux et ferma les yeux. Il inspira profondément, gonflant ses poumons au maximum, avant d'expirer, lentement, millimètre cube d'air par millimètre cube d'air. Il recommença ainsi jusqu'à ce qu'il parvienne à finir de s'habiller sans trembler, tout en demeurant concentré sur sa respiration. Lorsqu'il quitta le dortoir, il était parfaitement calme. Il devait mettre cet état d'esprit à profit pour sortir du château sans se faire prendre, parce qu'il savait très bien que ça ne durerait pas.
Il n'était pas encore deux heures quand il arriva au pied de l'arbre. Leur arbre. Celui dans lequel ils étaient montés en première année pour s'y retrouver, pour la première fois depuis que la répartition les avait envoyé chacun à un bout de la grande salle… Ils grimpaient toujours dans cet arbre, quand le temps leur permettait d'aller s'installer dans le parc. Ils y faisaient leurs devoirs, s'y racontaient leurs vacances, s'y chamaillaient, s'y taquinaient, s'y confiaient l'un à l'autre… Si cet arbre pouvait parler, il aurait tant de beaux souvenirs à raconter… Une fois de plus, Severus sentit son cœur se serrer, si fort que la douleur faillit le faire pleurer. Une fois de plus, il serra les dents et maîtrisa ses émotions. Pour s'occuper les mains, il escalada le tronc jusqu'à une grosse branche, pas très haute, sur laquelle il s'étendit pour contempler les étoiles, à travers le feuillage fourni en cette période de l'année. Une main sous la tête, l'autre sur son ventre, il n'osait pas vraiment se demander ce que Lily avait à lui dire qui ne pouvait attendre le lendemain matin… Il avait peur. À la fois de se faire un film, à la fois que cette rencontre soit la dernière… Et puis, dans le fond, ce pouvait aussi être un piège des Maraudeurs, hein ? Tout le monde savait qu'ils passaient leurs vies dans cet arbre, et la chouette de Lily connaissait Potter et compagnie, elle se posait souvent sur leur table, au petit déjeuner, et mangeait les croutes de pain et les couennes de lard qu'ils lui donnaient. Severus frissona à cette pensée, et toucha sa baguette, dans sa poche, pour se rassurer.
Il sursauta quand une main toucha sa cheville, il avait laissé pendre un de ses pieds dans le vide. Se redressant, il distingua la silhouette de Lily et fit un geste pour descendre. Elle l'arrêta :
- Reste là, je monte.
Il voulut lui tendre la main pour l'aider, mais il savait pourtant bien à quel point elle était agile, comme un écureuil. Elle fut assise en face de lui, sur sa branche, en quelques secondes. Aucun d'eux ne faisait mine d'allumer sa baguette, malgré l'obscurité qui leur permettait à peine de distinguer la silhouette de l'autre. Mais une source de lumière les aurait trahis, car alors ils auraient été visibles depuis une fenêtre du château par Rusard ou un professeur faisant une ronde. Séverus s'aperçut que ses mains avaient recommencé à trembler de façon incontrôlable, et il voulut les coincer dans les creux de ses genoux, mais c'était pire, ses jambes aussi tremblaient, maintenant. En désespoir de cause, il les mit dans ses poches. Son cœur tambourinait dans sa poitrine…
Lily avait ressassé sans fin les paroles de Snape, sans comprendre pourquoi elle en avait tellement besoin, d'ailleurs. Elle savait qu'il l'aimait. Elle se souvenait parfaitement de la discussion qu'elle avait eu avec Remus, le seul des quatre Maraudeurs qu'elle appréciait, alors qu'ils n'avaient que treize ans. Un week-end à Pré-au-lard s'achevait. La salle commune n'était pas aussi bruyante que d'habitude, car bon nombre d'élèves étaient allés se coucher tôt, rompus de fatigue. James, Sirius et Peter étaient en retenue, comme d'habitude. Remus aurait dû y être aussi, le professeur MacGonagal l'en avait exempté car il était malade. C'était vrai qu'il était encore plus pâle que d'habitude, ce soir-là, emmitouflé dans un plaid, dans un fauteuil près de la cheminé, tenant un gros livre de ses mains bandées. Lily était venue lui tenir compagnie, et ils partageaient une tablette de chocolat. Remus s'était excusé pour le comportement de ses amis, qui, une fois de plus, avaient humilié Severus.
- Je ne comprendrais jamais pourquoi tu es ami avec eux, lui avait répondit Lily, avec sincérité. Tu n'as rien à voir avec eux…
- C'est amusant, entre nous on se demande souvent pourquoi tu es si amie avec Snape. On pourrait pratiquement dire de lui qu'il est ton opposé…
Elle avait haussé les épaules avec un petit sourire, perdant son regard dans le feu.
- C'est mon ami. Et puis, il est vraiment très gentil et drôle, quand on le connaît.
Remus avait haussé un sourcil dubitatif qui l'avait fait éclater de rire, avant de dire, très sérieusement :
- Il est amoureux de toi, tu le sais, pas vrai ?
Lily avait fait plus ou moins semblant de ne pas comprendre. Bien sûr qu'elle le savait. Toute l'école le savait. Il aurait fallu être aveugle pour ne pas le voir. Remus avait pris son silence pour une réponse positive.
- Et tu ne crois pas que tu devrais le lâcher un peu ?
Là, elle avait franchement sursauté.
- Je te demande pardon ?
- À passer tout ton temps avec lui, avait expliqué le jeune homme. Tu lui donnes sans doute de faux espoirs. Je sais que c'est ton ami, mais mets-toi à sa place. Ce doit être assez difficile à vivre, pour lui…
Plus question de jouer les ingénues, à présent, et elle avait hoché la tête avec tristesse.
- Tu sais, je crois qu'il sait très bien qu'il ne se passera jamais rien entre nous. Il est loin d'être idiot. Il ne me l'a jamais dis parce qu'il sait ce que je répondrais, et qu'il préfère ne pas l'entendre. Je ne crois pas que Sev ait d'autres amis que moi, des vrais amis, je veux dire…
- Je ne crois pas non plus.
- Alors tu vois ? Je ne peux pas l'abandonner. C'est mon ami. Je l'aime beaucoup –pas comme lui, mais quand même. Et je crois… Que ça le rend heureux d'être ami avec moi.
Remus avait lentement hoché la tête, en silence, pensif. Lily avait poursuivi :
- Je sais que c'est un peu présomptueux, mais vraiment. Je crois que je le rend heureux. Et y a pas grand chose qui le rende heureux, tu sais ?
- Je sais, oui…
La conversation s'était arrêtée là, mais, à compter de ce jour, Lily avait cessé de faire semblant de ne pas voir quand son ami la dévorait des yeux. Sev, son ami Sev l'aimait, il fallait qu'elle voit la vérité en face. Mais ils s'étaient toujours arrangés de cette situation. Ils continuaient de plaisanter, de tout se raconter, d'être amis. Ça ne changeait rien. Elle avait combattu fermement pour s'en persuader.
Seulement voilà, les mots avaient été prononcés, à présent. Et ça, ça changeait tout. Vraiment tout.
Elle parla la première, quand le silence devint trop pesant :
- J'ai seulement une question, et tu as intérêt à répondre la vérité…
Elle le vit vaguement hocher la tête, dans le noir. Elle reprit :
- Ce que tu as dis, tout à l'heure, dans le couloir, c'était vrai ou c'était ta dernière idée pour essayer de me retenir ou de me faire réagir ?
En fait, c'était un peu lâche. Elle savait que c'était vrai. Mais elle avait besoin de savoir s'il assumait ce qu'il avait dis. Il répondit dans un souffle :
- Ne m'oblige pas à le redire, je t'en supplie…
- Severus… Est-ce que tu le pensais ?
- Mais bien sûr, que je le pensais ! explosa-t-il, tout en essayant de continuer à chuchoter, ce qui était loin d'être évident et, en principe, aurait dû la faire rire. J'avais encore jamais dis un truc que je pensais aussi fort ! Mais tu le savais déjà, Lily, de toutes façons, non ? Toi et moi, on le savait bien, tout comme on savait très bien pourquoi il fallait surtout pas qu'on en parle !
Elle ne répondit rien. Tout ce qu'il disait était vrai, et c'était terrible, parce que le savoir et respecter cet accord tacite était une chose, en parler à haute voix, c'était déjà plus dur… Severus, qui semblait s'être un peu calmé, poursuivit :
- Mais c'est pas grave, d'accord ? Tu sais quoi ? On a qu'à faire comme si j'avais rien dis. Moi, tout ce que je voulais que tu saches, c'est que j'ai jamais voulu dire ce truc horrible que je t'ai dis. Je le pensais pas, je te le jure, Lily ! Comment je pourrais penser que les enfants de moldus sont inférieurs aux enfants de sorciers alors que je suis ami avec toi et que je te vois tous les jours surpasser les trois quarts des sangs-purs de l'école ? J'ai pas voulu dire ça, crois moi ! J'étais en colère à cause de ces abrutis, et… Et… Et humilié ! Et y avait plein de Slytherins tout autour… !
Lily releva soudain la tête.
- C'est important, ce que pensent les Slytherins ?
- Non ! Non ! Si ça l'était, tu penses bien que je pourrais pas être ami avec toi, Lil' ? Non, c'est pas important. Pas trop. Pas encore. Mais… Ça pourrait bien le devenir, un de ces quatre…
Elle posa la main sur son bras et il sursauta. Si elle perçut son trouble, elle n'y réagit pas.
- Pourquoi ?
Il soupira.
- Parce qu'ils ne vont pas me laisser me balancer indéfiniment entre les deux camps, surtout quand on sortira de l'école. Ils finiront par me demander de choisir, Lily. Et je ne sais pas encore ce que je répondrais…
- Tu envisages de rejoindre Tu-Sais-Qui ?
Il secoua la tête, mais ce n'était pas un non, et cela fit un peu peur à son amie. Mais, quand il releva la tête, ce fut pour dire :
- Tu ne comprends pas. Je me fous de cette guerre. Le seul camp dans lequel je veux être, c'est le tiens. Si tu rejoins la résistance, je finirais sûrement par accepter la proposition de Dumbledore, ajouta-t-il, avec un petit rire qui sonnait faux.
- Quelle proposition ?
- Ça doit bien faire dix fois qu'il me propose un poste d'agent double. Oh, je ne suis pas censé en parler, alors garde ça pour toi.
- Qu'est-ce que tu lui as répondu ?
- Les neuf premières fois, non. La dixième, je lui ai demandé de me laisser réfléchir. Ça fait un moment que j'ai pas de nouvelles, d'ailleurs, il devrait pas tarder à me relancer.
Ils laissèrent le silence s'installer pendant quelques instants. Severus n'osait pas espérer qu'elle lui pardonne et qu'elle demeure son amie. Il n'osait rien dire, rien faire, d'autant que sa main était toujours sur son bras et que c'était peut-être la dernière fois qu'elle le touchait.
- Tu as peur ?, dit-elle enfin.
- De quoi ?
- Tu-Sais-Qui. Les Mangemorts. L'avenir.
Il haussa les épaules.
- Pas vraiment. Toi ?
- De plus en plus souvent. On va quitter la sécurité de l'école, bientôt…
- Je sais.
De nouveau, ils ne dirent plus rien, mais la main de Lily descendit le long de son bras et trouva la main qu'il avait sortie de sa poche. Il se rappela trop tard qu'il ne contrôlait toujours pas ce maudit tremblement. Merde… Il attendit, anxieux, dans l'obscurité. Il fut surpris de l'entendre rire tout bas.
- Ah ouais, quand même, tu trembles. C'est à ce point ?
- T'imagines pas… Désolé, se reprit-il soudain, heureux qu'il fasse noir et qu'elle ne le voit pas rougir.
Elle rit encore, puis se pencha et l'embrassa sur la joue. Il crut qu'il allait tomber de son arbre.
- Ça veut dire qu'on est de nouveau amis ?
Elle ne répondit pas directement à la question, ce qui l'inquiéta un peu…
- Tu es quelqu'un de bien, je crois, Severus.
- Malgré la magie noire ? Mes mauvaises fréquentations ?
Ça marcha, elle rit. Il sourit dans le noir.
- Malgré tout ça, oui. T'aurais pu ajouter ton mauvais caractère…
- Stop ! N'en jetez plus…
- T'es un type bien, reprit-elle, plus sérieusement. Et, par les temps qui courent, c'est pas évident d'être quelqu'un de bien et de le rester. Mais ce serait bien d'essayer. Et si t'y arrives, je crois que je serais très fière de toi.
Il songea que rien que pour ça, il aurait pu faire bien plus dur que d'être et de rester un type bien. Il ne le dit pas, il avait peur que sa voix ne se joigne au tremblement de ses mains dans leur trahison de ses sentiments. Quand il eut retrouvé un semblant de calme, il répéta sa question :
- Tu m'en veux toujours ?
- Non.
Bonheur.
- Tu me crois quand je te dis que je ne le pensais pas ?
- Oui.
- On est toujours amis, alors ?
Elle secoua la tête dans le noir.
- Je ne sais pas.
Il défendit à sa respiration de s'accélérer, se concentra. Inspire, gonfle tes poumons, expire, vide tes poumons. Parle.
- Pourquoi ?
Pas de réponse. Un doute.
- À cause de ce que j'ai dis ? Je veux dire… Après ?
- Oui…
Moment de terreur et de regret. Inspire, gonfle tes poumons. Expire… Ne pleure pas…
- Lily…
- Il faut que je réfléchisse. Un peu. D'accord ?
D'accord. Ça, il pouvait le faire. Lui donner un peu de temps. Parce que ça voulait dire qu'elle lui reparlerait plus tard, même si c'était pour lui briser le cœur et mettre fin à ces douces années d'amitié. Il lui resterait toujours ses souvenirs… Et il lui reparlerait.
- D'accord.
Même dans le noir, il sentit son sourire. Elle serra sa main dans la sienne et, de nouveau, l'embrassa sur la joue. Il se demanda si c'était une forme de torture particulièrement sadique et cruelle.
- On ferait mieux de retourner se coucher, Sev.
- Ouais.
Ce ne fut qu'une fois dans son lit, au fond de son dortoir, que Lily réalisa qu'elle avait le souffle court et que son cœur battait très vite.
