Disclaimer : Personne ne m'appartient.
Rating : [G]
Notes : Elle est associée à mon texte Rhapsodie, mais pas besoin du tout de l'avoir lu.
Nuvole Bianche
La brume était encore là. Abritant des bribes de souvenirs si denses qu'ils semblaient presque matériels. Là, dansant entre ses doigts, les rubans d'une détermination meurtrière. Les lambeaux d'un cosmos empoisonné et, au plus profond de la noir nuit de son éphémère mort, un amour inconditionnel pour lui. Aussi beau que la danse des pétales de fleurs soufflés par la brise, aussi éternel que le cycle de saison. Une affection toujours renouvelée, toujours plus forte. Puis une profonde affliction à chaque perte.
Une bruine de gouttelettes s'écoula doucement, se confondant à la brume qui, tendue autour de lui, formait comme une toile d'araignée, absorbant chaque larme comme pour chasser l'intense tristesse que chacune contenait. Dans l'obscurité de ses paupières abaissées, la bobine d'un interminable fil rouge de vies se déroulait. Là se contait une multitude d'histoires qui au final n'en était qu'une. Le désir de protéger. La fierté de s'acquitter de sa tâche. La douleur de n'avoir pu le faire. Le calme d'un sommeil forcé. L'euphorie de servir à nouveau.
Dans le noir se déroulait un ballet de pétales, léger comme l'air, l'air aérien d'une flûte enchanté qui résonnait quelques part dans l'amoncellement de souvenirs. Il y trouva aussi le bouquet de fleurs d'une innocente fillette, ainsi que les larmes du familier visage de Shun. Les échos d'un désespoir profond pour celui qu'on avait tiré du repos éternel. Puis enfin, la dispersion de la brume par l'assoupissement. L'attente patiente d'une nouvelle saison.
Le bruit d'un outil tombé sur le sol tira l'enfant de sa lecture. Il ne s'était même pas rendu que l'objet avait glissé de sa main, ni même du flot de gouttes ruisselant sur ses joues. Il les essuya, laissa échapper un soupir. Finalement, sans même prendre le temps de ranger quoi que ce fût, Kiki tourna les talons, la rage au ventre d'être conscient qu'il n'était toujours pas prêt pour se confronter aux émotions portées par l'armure des poissons ; qu'il n'était toujours pas capable de la réparer.
Ses pas l'amenèrent à l'autre bout du Domaine Sacré. Dans les terres en friche de la douzième maison, ce qui avait été le majestueux jardin d'Aphrodite, et des autres poissons avant lui. Dans un endroit dont, seule l'infime brume de poison qui y flottait ici et là indiquait qu'il avait autrefois été plus qu'un amas de poussières et de cailloux, parsemé de mauvaises herbes.
Ses doigts effleurèrent les particules d'un poison trop faible pour être dangereux tandis que, l'esprit tendu vers les souvenirs plantés dans ces lieux, dans les bras chaleureux des nuits grecques, le nouveau bélier pleurait la mort de compagnons qu'il n'avait jamais connu autrement que par leur armure.
