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Nouvelle histoire, nouvelle angle mais toujours nos mêmes perso fétiches. Je les surkiffe ! Pas vous ?

J'avais cette histoire en tête donc j'ai préféré l'avancer et me lancer mais ne vous inquiétez pas pour ceux qui lisent aussi « Abandon », je ne vais pas vous laisser sans fin !

Disclamair : Les principaux personnages appartiennent à Suzanne Collins. Je me suis juste permise de jouer avec leur âge. Vous ne m'en voudrez pas, j'espère.

Univers : De nos jours, quelque part aux Etats-Unis.

Rating : T

Paring : Everlark? Oui mais…

Résumé : Une rentrée scolaire c'est comme un nouvel an. On se promet de ne plus commettre les mêmes erreurs, d'être plus aventureux, plus extraverti et surtout, surtout plus malin… sauf que parfois, le destin vous joue des tours. Bienvenue dans mon enfer !

Indication de lecture : En gras/italique ce sont les flashs-back de leur été, sinon c'est plus ou moins le présent.


Celui qui voulait disparaître.


Août

Les plus belles vacances de ma vie !

Septembre

Mon alarme vient de sonner mais je n'en ai pas eu besoin. Je suis réveillé depuis une bonne vingtaine de minutes au moins. Je suis là, à regarder le plafond tout en profitant de ce réveil en douceur. Je me dis que la fin de l'été est bien là, emportant avec elle une partie des souvenirs que je me suis créé et mes espoirs d'en revivre certains. Je tourne la tête vers ma fenêtre entrouverte, un souffle léger fait danser les feuilles de l'arbre du pendu et le soleil joue à cache-cache dans ses branches.

Avec ma famille nous avons emménagés ici quand j'avais six ans. Nous sommes passés d'un petit appartement pour cinq à une grande maison entouré d'un beau jardin et surtout : c'était la première fois que j'avais ma chambre pour moi tout seul. Avant ça, je la partageais avec mes frères et ce n'était pas tous les jours facile à vivre, c'est le moins qu'on puisse dire. Quelques jours après notre installation, un gros orage a éclaté. D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours été fasciné par la nature et les orages ne m'ont jamais fait peur. Alors cette nuit-là, je me suis accoudé à ma fenêtre, totalement excité par l'idée du spectacle qui allait se jouer sous mes yeux.

Bien emmitouflé dans ma couverture et à l'abri derrière ma vitre, je regardais les éclairs zébrer le ciel et faire trembler la maison quand tout à coup, un bruit sourd a résonné et un homme a percuté le haut de ma fenêtre brutalement. Son corps s'est mis à se balancer au bout d'une branche juste sous mon nez. J'ai eu la frousse de ma vie et j'ai détalé comme un lapin dans la chambre de mes parents. Je pleurais tellement à propos d'un homme qui était dehors dans les arbres qu'ils ont fini par me suivre. Mes pas précipités accompagnés de mes cris avaient sortis mes frères de leur sommeil et nous nous sommes tous les cinq retrouvés dans ma chambre à regarder à travers la vitre le fameux « monsieur pendu ». Sauf que le « monsieur pendu » s'est révélé n'être qu'une grosse branche pleine de touffe de feuilles qui avait due craquer sous la force du vent. Tout le monde est retourné se coucher en me laissant seul au milieu de ma chambre. Mes frères ne m'ont pas lâché avec cette histoire durant l'année qui a suivi et ma mère m'a une fois de plus fait comprendre à quel point je pouvais me montrer stupide. Seul mon père m'a embrassé pour me réconforter et m'a promis de descendre « le monsieur pendu » de l'arbre dès le lendemain matin. C'est ce qu'il a fait. L'arbre a été élagué et a en prime gagné ce nom débile qui ressort toujours de temps à autre lors des repas de famille.

Les yeux toujours fixés vers le feuillage, je souris à ses souvenirs d'enfance et puis à ceux beaucoup plus récents…

_ Ok. Donc tu veux qu'on se dise des choses un peu personnelles ? Comme quoi ?

Les genoux repliés contre sa poitrine, elle ne quitte pas des yeux la foule en contrebas. Ses longs cheveux bruns ondulent sur ses épaules et je devine chez elle une moue pleine d'incertitude, elle n'est pas encore tout à fait sûre de l'attitude qu'elle va adopter face à moi. Je n'en mène pas large mais ne lâche rien, j'ai vraiment envie d'en savoir plus sur elle.

_ Oui. Par exemple, ta couleur préféré qu'est-ce que c'est ?

_ Oh oh ! Tu vas loin là!

Elle me met un petit coup d'épaule, en roulant les yeux avec un sourire moqueur. Ses cheveux lâchés me chatouillent le bras au passage et je ne peux empêcher un immense sourire de naître sur mon visage. Je suis au paradis avec elle à mes côtés. Mon air heureux semble la détendre un peu plus alors je retente ma chance.

_ Non sérieusement, c'est quoi ?

Elle baisse les yeux un instant avant de me regarder à nouveau. Je viens de marquer un point.

_ J'aime le vert. Et toi ?

_ L'orange… mais crépusculaire, tu vois ? Genre, coucher de soleil.

Elle me fait un petit « oui », de la tête mais à cet instant, je suis bien tenté de lui répondre le gris. Cette couleur ne m'a jamais paru aussi belle que dans ses yeux…

Je tends la main vers la fenêtre comme pour caresser, encore une fois, son doux visage quand des coups terribles sont frappés à la porte de ma chambre. Ma mère n'a pas pu résister à la tentation de me bousculer un peu. Elle éructe derrière la porte :

_ Peetaaaa ! Tu comptes rater ton premier jour espèce de fainéant ?! Dépêche-toi un peu, je ne veux pas entendre parlé d'un quelconque retard, tu m'entends ?

Sa voix sèche a fait disparaître ma magnifique hallucination pour me replonger d'un coup dans ma triste réalité. Mon été est fini et ma mère ne m'aime toujours pas. Je me redresse et frictionne énergiquement ma chevelure blonde. Elle ne m'aura pas. Je ne lui ferai plus la joie de paraître blessé ou atteint par ses remarques incessantes. Il s'est passé trop de choses cet été pour que je revienne en arrière. Si elle veut se battre, elle le fera seule. Je sors définitivement de mon lit et file vers la salle de bain. Je l'entends qui s'affaire au rez-de-chaussée et je souris en me disant que c'est quand même grâce à elle que tout a commencé…

_ Peet', merde dépêche-toi ! On doit y aller, là !

_ J'arrive !

Je dévale les escaliers en trombe, mon sac en travers du dos et ma casquette vissée sur la tête. Mon frère, Ryan, m'attend en bas. Je passe à côté de lui, évitant de justesse son croche-pied et traverse le salon sans ralentir pour rejoindre la voiture. Une fois à l'intérieur, c'est vers lui que je hurle :

_ Voilà ! Qui attend qui maintenant ?

Stan qui est déjà installé au volant, me répond avec amusement :

_Ouais, fais pas trop ton malin. Déjà que maman nous a pratiquement mis le couteau sous la gorge pour qu'on t'emmène avec nous, si tu ne restes pas tranquille, je te laisse au bord de la route comme le clébard que tu…

Mon casque sur les oreilles, je n'entends déjà plus rien. J'aime bien mes frères mais on n'a pas spécialement d'atomes crochus. Stan et Ryan ont à peine un an de différence tous les deux mais quatre et cinq avec moi. Ça aurait pu passer si en plus d'être le plus jeune, je n'étais pas aussi le souffre-douleur de ma mère. Elle a toujours espéré une fille. Elle avait fait une croix sur cette idée après leurs naissances pour finalement se remettre à espérer quand elle a appris qu'elle était de nouveau enceinte. D'après mon père, elle était intimement persuadée que cette dernière grossesse serait la bonne sauf qu'elle a accouché d'un troisième garçon.

Depuis ma naissance, rester près de moi est synonyme de galères pour mes frères. A chaque fois que je suis près d'eux, ils subissent son humeur massacrante alors qu'en gardant leur distance, ils vivent leur vie plus ou moins tranquillement. Je peux comprendre que le choix est vite fait. Je ne leur en veux même pas, avoir un instinct de survie n'est pas censé être un défaut. Et puis, j'ai hérité du caractère de mon père : calme et pas rancunier pour un sou. Ça m'a sauvé, je pense. Je regarde par la fenêtre et voir le paysage défiler me met définitivement de bonne humeur. Elle ne veut pas de moi dans ses pattes ? Eh bien, il n'y a pas qu'à elle que ça va faire des vacances après tout !

Elle vient de claquer la porte d'entrée. Je sais déjà depuis la veille comment je vais m'habiller donc je ne perds pas trop de temps en sortant de la salle de bain. Mon petit déjeuner avalé, j'attrape mes clés de voiture et file dehors. Il fait beau et la chaleur de l'été n'est pas encore retombée. Je respire à plein poumon et monte dans ma nouvelle voiture.

Il y a plusieurs choses que ma mère n'avait pas prévues pour moi cet été et l'une d'elles serait que ce petit séjour forcé me permettrait de me rapprocher de mes frères. Stan m'a carrément laissé son ancienne voiture vu qu'avec son nouveau boulot, il en aura une neuve. Je n'aurais jamais pu en rêver avant ! Elle n'est plus de première jeunesse mais il en a pris soin et je l'aime bien. Elle est noire avec une coupe un peu sportive, je ne me taperai pas du tout la honte avec et ça me changera du bus.

Ma vitre baissée, je roule tranquillement jusqu'au lycée. Il y a déjà beaucoup de monde pour ce premier jour mais je me gare sans trop de difficulté. J'ai repéré le 4x4 de Finnick et me dirige vers ce dernier. La tête dans son téléphone, il ne me voit pas venir. Finnick et moi sommes amis depuis le primaire. Il est une sorte de grand frère pour moi et c'est en parti à lui que je dois de ne pas être devenu complètement asociale vu ma famille. Mon père est le seul a toujours avoir agi normalement vis-à-vis de moi mais avec l'entreprise familiale - nous détenons maintenant trois boulangeries en ville et il continue de faire lui-même le pain dans la plus ancienne- il n'a jamais eu beaucoup de temps à m'accorder.

_ Salut Finnick !

Il baragouine un bref « salut » et continue à faire glisser son doigt sur son écran. J'en déduis que c'est avec Annie qu'il est en pleine conversation. Annie, sa petite-amie, est en école privée pour fille à l'autre bout de la ville et leur téléphone portable fait partie intégrante de leur vie de couple. J'espère simplement qu'ils ont un forfait adapté. Je m'appuie sur son capot et tout en patientant, j'observe mes congénères qui s'apprêtent à vivre une nouvelle année de supplice à Panem Hight. D'ailleurs j'aperçois Gale qui arrive dans une voiture qui n'est pas la sienne. Bon sang, je lui tire mon chapeau, ce mec devrait-être dans le Guinness des Records ! Les filles ont beau savoir qu'il n'arrive pas à rester avec l'une d'entre elles plus de deux semaines d'affilées, elles succombent toutes.

Je ne reconnais pas la voiture donc je suis obligé d'attendre encore un peu pour voir qui est avec lui. Gale descend mais il me cache la conductrice. Tous les regards se portent vers eux donc j'en déduis qu'il a frappé fort, une fois encore. Il lui fait un bref salut et je découvre sa nouvelle victime : Madge Undersee. Rien de moins que la fille du proviseur et la propriété privée de Cato Hadley, pilier de l'équipe de basket du lycée ! Là, il s'est vraiment mis dans la merde et dès la rentrée! Il s'avance vers nous, en prenant bien soin d'éviter le regard des curieux et il me tend la main.

_ Salut Peet'. Alors prêt pour notre dernière année ?

_ Ouais, enfin votre dernière année, moi j'aurais encore un an à tirer ! Et toi ? Je vois que tu as décidé de faire fort dès le premier jour.

Je lui indique d'un regard Madge qui vient de rentrer dans le bâtiment.

_ Tu t'inquiètes pour rien, elle m'a juste accompagné ce matin. Ma mère avait besoin de la voiture.

_ Qu'est-ce que tu racontes ? Tu vis dans la Veine, le quartier le plus pourri de cette ville et Miss Reine de beauté a ses entrées au Capitole. Par quel heureux hasard s'est-elle retrouvée dans ta rue ce matin ? Et toi Peet' ? C'est quoi cette bagnole ? Ne me dis pas que ton frère te l'a lâchée ? Ta mère a pas crevé les pneus ou rayé la peinture ? Merde ! On se quitte des yeux un petit mois et c'est du grand n'importe quoi vous deux! On ne peut pas vous laisser seul sans que vous fassiez les marioles. Et puis dépêchez-vous un peu, je ne veux pas me faire remarquer par cet emmerdeur d'Abernathy dès le premier jour. Ca fait une plombe que je vous attends et ce pion est toujours en train de nous fliquer, pire qu'une tique. Peet' t'as ton chargeur avec toi ? J'ai oublié le mien et ma batterie ne fera pas la journée. Faut que je change de portable. J'en prendrais aussi un pour Annie, elle sera contente. Vous avez vu les derniers modèles ? Faudra que je me renseigne, on ne sait jamais sur quoi on va tomber. Soit en s'en sort bien et on est pépère un ou deux ans, soit c'est la loose et on se retrouve à devoir craché bien plus pour la réparation que pour l'achat, je vous jure. Si j'étais …

Gale et moi, on se regarde sans rien dire. Il n'y a que Finnick pour donner l'impression de ne rien suivre de ce qu'il se passe autour de lui avant de vous bombarder de questions sur le comment et le pourquoi. Il ouvre la route sans s'arrêter de parler ni lâcher son portable et nous suivons. J'en profite pour glisser deux mots à Gale :

_ Il a raison. Tu vas devoir trouver autre chose que cette histoire de voiture quand Hadley va vous tomber dessus.

Gale me regarde sans se défaire de son sourire. Je sais que Cato est la dernière de ses préoccupations, surtout en ce moment, mais ce mec peut être vraiment teigneux quand ça lui prend et là, il s'agit de Madge. Personne ne comprend ce qu'ils font ensemble mais tout le monde est au courant, et c'est la seule chose qui compte. Gale a toujours eu un petit côté casse-cou mais il n'est pas fou non plus.

_ Mouais, on verra.

Finnick, Gale et moi, entrons dans l'enceinte du Lycée et rejoignons notre salle de classe. C'est reparti pour un tour ! La première partie de la journée c'est plutôt bien passé et nous sommes en train de faire la queue au réfectoire quand la voix de Cato s'élève au-dessus du brouhaha général.

_ Hawthorne !

Et voilà, j'en étais sûr. L'arrivée de Gale dans la voiture de Madge ne pouvait pas passer inaperçu. Gale devant nous, continue de se servir comme si de rien n'était alors que la tension est devenu palpable dans le self. Finnick et moi échangeons un bref regard avant de nous placer entre Gale et Cato. On ne fait pas marche arrière quand un ami risque de s'en prendre une.

_ Eh ! Hawthorne, qu'est ce qui se passe. T'entends pas quand on t'appelle ?

Cato s'est rapproché de notre petit groupe et telle la plèbe devant son souverain, les élèves se sont placés de part et d'autre de Cato et son petit fan club, entendez par là : Marvel, Tresh et Gloss. Le vrai prénom de Gloss, c'est Dylan mais ce gars se badigeonne tellement les lèvres de baume réparateur qu'on a tous finit par l'appeler comme ça dans son dos. Il est vraiment ridicule avec ses lèvres luisantes mais vu la montagne de muscles personne n'ose le lui dire en face. Tresh me fait un petit signe de tête que je lui rends. Lui et moi on se connait un peu mieux depuis que j'ai intégré l'équipe de lutte mais je n'ai pas encore compris ce qu'il fait si souvent avec les trois autres. Il semblerait que leur familles soient proches ou quelque chose comme ça. Je reviens à la scène qui se joue entre Cato et Gale.

_ Si, si je t'entends bien Hadley mais je ne voulais pas que cette dernière part de tarte me passe sous le nez. J'en ai rêvé tout l'été, elle est délicieuse, je t'assure. Impossible de retrouver le même gout ailleurs. Il faudra que je leur demande le nom du fournisseur.

Gale s'est redressé après avoir déposé la dite part de tarte sur son plateau et il regarde maintenant Cato sans sourciller.

_ C'est sûr que ce n'est pas dans le coin où tu vis que tu risques de trouver ce genre de chose. Heureusement que le lycée existe, sinon tu ne sortirais jamais de ton trou à rat.

Je me raidis mais Gale enchaîne très rapidement après la petite phrase assassine de Cato.

_ Voyons Cato, tout le monde sait que ton père le connait bien aussi ce « trou à rat ». Il n'y a pas si longtemps, il le parcourait en long, en large et en travers. Toi et moi on pourrait presque dire qu'on est cousin. Alors arrête de te la jouer et dis-moi clairement quel est ton problème, on ne va pas y passer la journée non plus.

On pourrait penser à un concours de vannes vu le ton faussement amical qu'il y a entre ses deux-là mais les mots qui ont été prononcés ont fait mouche des deux côtés. Je le sais parfaitement et j'espère que ça n'ira pas plus loin. Gale vient de la Veine, la partie la plus pauvre de la ville. Ce n'est pas un bidonville non plus mais les plus aisés n'hésitent pas à leur cracher dessus dès qu'ils le peuvent. Ils servent régulièrement de bouc émissaire en sommes. Quant au père de Cato, il a effectivement grandi dans la Veine avant de trouver un bon boulot et d'épouser la fille d'un des plus gros entrepreneurs de la région. Il a bien essayé d'occulter son passé mais tout fini toujours par se savoir et la tête de circonstance de beau-papa sur les photos parus dans le journal aurait de toute façon parlé pour lui.

_ Mon problème, c'est que je n'aime pas qu'on touche à mes affaires. Tu devrais le savoir.

_ Tes affaires ? Tu parles de quoi au juste ? Ta voiture, ton portable, ton vélo ? Parce que si c'est ça, tu frappes à la mauvaise porte. Je ne t'ai rien pris.

On sait tous qu'il parle de Madge mais tout comme Gale je n'apprécie pas beaucoup qu'il parle d'elle comme d'un objet. Cato reprend sans se départir de son air suffisant.

_ Tu sais très bien de qui je parle Hawthorne.

_ Ah tu parlais de quelqu'un ? Excuse-moi comme tu as dit « mes affaires » ça m'a un peu perdu tu vois. Qui est cette heureuse personne qui semble avoir autant de valeur pour toi que ton porte-clefs ?

Cato fait la grimace sous l'insistance de Gale à le faire passer pour un gros misogyne mais il reste encore maitre de lui-même… pour le moment.

_ Je parle de Madge. C'est ma copine donc reste loin d'elle, tu me feras plaisir.

Finnick et moi ne disons toujours rien mais restons à l'affut du moindre dérapage. A trois contre quatre ça peut paraitre couru d'avance mais je sais que Tresh ne se battra pas. A trois contre trois, c'est plus équitable. Gale s'apprête à en dire plus mais son œil capte quelque chose au fond de la salle et il finit plus simplement qu'il n'en avait l'intention :

_ Et ce sera tout ?

Je suis surpris, c'est bien la première fois que Gale s'arrête en si bon chemin. Même Cato est déstabilisé par sa réponse. Je regarde en arrière et j'aperçois Madge avec quelques filles. Son regard est teinté d'inquiétude mais je ne sais pas si pour Cato ou pour Gale qu'elle semble s'en faire. Cato décide que leur joute a assez durée et fais demi-tour pour rejoindre sa table. Il enlace Madge au passage mais le regard qu'elle jette à Gale ne m'a pas échappé. Si j'ai bien vu ce que je crois dans les yeux de cette fille, le problème est loin d'être réglé.

_ Tu nous explique ?

Nous sommes installés à une table un peu en retrait mais Finnick n'en peut plus d'attendre les explications de Gale. Et j'avoue que moi aussi j'aimerai bien comprendre.

_ On voit ça ce soir les gars ? Après les cours, on sera plus tranquille.

Donc nous avons raison. Il y a bien plus qu'une histoire de voiture entre eux. Le ton las de Gale nous convainc de ne pas en réclamer plus pour le moment et nous finissons de manger tranquillement en parlant un peu de nos vacances mais j'ai le sentiment de ne pas être le seul à avoir des choses à dire. Gale évite soigneusement le sujet Madge, et tout ce qui pourrait s'y rapporté, et même Finnick semble un poil sur la défensive. Il ne parle pas avec son aisance habituelle. Je me dis que ce n'est pas bien grave, qu'on verra tout ça plus tard et que tout redeviendra à la normal. Je me trompe lourdement.

La journée touche à sa fin et nous sommes près de nos casiers en train de récupérer nos affaires quand Haymitch Abernathy, le surveillant en chef du lycée nous tombe dessus.

_ Vous là, les trois mousquetaires ! On vous attend dans le gymnase, réunion spéciale. Faites pas cette tête-là, c'est Brutus qui m'envoie faire le facteur et Dieu sait que ce n'est pas mon boulot ! Alors bougez-vous, j'en ai d'autres à trouver.

Nous nous mettons en marche vers le gymnase. Ce n'était pas prévu mais vu que nous sommes tous les trois dans un club de sport, ce n'est pas improbable non plus. Finnick fait de la natation et s'en sort plutôt bien, il pourrait bien décrocher une bourse par rapport à ça. Idem pour Gale qui lui, brille dans l'équipe de basket et moi, j'ai intégré le club de lutte l'année dernière mais je ne suis pas dans l'équipe titulaire. C'est plus un hobby qu'un laisser-passer pour des études supérieures. Arrivés dans le gymnase nous remarquons que Cato, Marvel, Tresh et Gloss sont là aussi. Gale et Cato s'échange un regard qui en dit long avant de détourner la tête. Il y a quelques filles, parmi elles : Clove, Johanna qui se débrouille pas mal en athlétisme, etc. En gros tous les bons sportifs du bahut, quoi. C'est plutôt bon signe que je sois là ou c'est une erreur ? J'en suis toute à ma réflexion quand la porte du gymnase s'ouvre à nouveau en laissant passer quelques élèves supplémentaires puis Brutus, le responsable des sports (et accessoirement notre entraîneur à la lutte) et une autre fille. Mon cœur fait un bond dans ma poitrine. Nos regards se croisent et je discerne la même chose dans ses yeux avant qu'elle ne prenne un masque froid et distant. C'est une blague ? Ça ne peut pas être vrai ? Mais qu'est-ce qu'elle fait là ? Elle est dans mon lycée ? Mais comment c'est possible ? Je ne la quitte pas des yeux et je la détaille sous toutes les coutures. Ses longs cheveux remontés en queue de cheval, son haut noir sans manche et son jean brut qui lui vont à ravir. Elle est à peine maquillée mais elle a tellement de présence. Mes souvenirs ne lui avaient pas rendu justice…

Depuis que je lui ai dit qu'il m'arrivait de passer du temps à la boulangerie de mes parents, elle m'a littéralement bombardé de questions. La glace est définitivement rompue entre nous et même si nous ne sommes pas saouls, nos bières nous ont bien aidés. Je me sens comme sur un nuage avec elle. Sur un plateau à plusieurs mètres du sol et les pieds dans le vide, nous avons le ciel à portée de main. Les lumières et la musique nous parviennent clairement d'en bas, là où la fête bat son plein.

_ Et ça t'arrive de créer de nouvelles recettes ?

_ Oui, ça m'arrive même si la plupart du temps, je me contente de ce que nous avons l'habitude de faire.

_ Ah ! Je trouve ça génial, je suis nulle en cuisine.

Elle rit et mes yeux n'ont pas quitté son profil, ses lèvres.

_ J'ai mangé des petits pains au fromage une fois, c'était délicieux ! Tu sais les faire ?

Elle a brusquement tourné son visage vers moi et je suis sûr d'avoir été pris en flagrant délit, les yeux rivés sur sa bouche. C'est difficilement que je réponds à sa question :

_ Euh, non mais je pourrais toujours essayer.

J'ai bien envie d'ajouter « pour toi » mais j'ai peur de paraître stupide. Elle ne sourit plus mais me regarde simplement sans rien dire. Elle m'a vu. A cette idée, je sens que sa bouche m'attire de nouveau comme un aimant, je ne peux plus regarder ailleurs. Prenant mon courage à deux mains, j'ai prudemment avancé ma tête dans sa direction. Mon cœur bat à tout rompre dans ma poitrine mais il faut bien que je me lance à un moment ou à un autre ? Trois jours que j'attends ça, je ne dois plus reculer. Elle ne fait pas mine de fuir pourtant plus les secondes passent et plus mes intentions sont claires. Est-ce qu'elle… est d'accord ? Son regard se pose subrepticement sur mes lèvres et je sais que oui. Un léger sourire sur le visage, je grignote la distance nous séparant, elle fait de même…

_ Mellark ! Une remarque ?

Je reviens à moi brusquement et fais un non de la tête à Brutus. Mon regard se reporte vers elle et le sien n'est clairement plus celui que j'ai connu il y a quelques semaines encore et mon cœur se sert. Apparemment nos souvenirs de cet été différent et je me suis menti à moi-même en espérant que pour elle aussi ça avait été un moment agréable.

Son corps pressé contre le mien, je fais glisser ma main libre le long de son bras. Appréciant le grain de sa peau, sa chaleur. C'est dans un léger bâillement que je l'entends murmurer :

_ Je me sens bien avec toi.

Je la serre un peu plus contre moi, bénissant les étoiles en silence et plus particulièrement celle responsable de cette rencontre.

_ Bon les autres, vous ferez un petit compte-rendu à Monsieur Mellark, je n'ai pas l'impression qu'il était là avec nous. Ces cours intensifs commenceront dès octobre donc faites bien attention à l'affichage dans les couloirs et à vos groupes de travail. Vous pouvez y aller.

Tous passent à côté de moi sans vraiment me porter attention, ils sont pressés d'en finir avec cette journée mais elle est là devant moi et je ne peux pas ne pas lui parler. J'hésite à quitter cette salle quand Brutus sort enfin, elle sur ses talons. Elle passe à côté de moi sans me faire le moindre signe. Je me retourne et la suis des yeux pour la voir sortir sans un regard pour moi. Dépité, je me mets en branle pour échapper à cet enfer quand à peine la porte passée, je suis collé au mur d'un geste brusque. Il n'y a plus que nous deux dans le couloir et elle me regarde de ses yeux gris. Ce n'est pas du désir que j'y vois, c'est de la colère. Elle se rapproche de moi et je ne peux m'empêcher d'apprécier la sentir si près. Elle chuchote et la sensation ne dure pas car ce qu'elle dit est assez clair et menaçant pour que je n'ai pas à la faire répéter :

_ Tu parles à qui que ce soit de ce qu'il s'est passé entre nous et je fais de ta vie un enfer ! C'est clair !

Elle a une poigne dont je ne me serais pas douté. Son bras bloque ma trachée, m'empêchant presque de respirer.

_ Est-ce que c'est clair, Peeta !?

L'entendre prononcer mon nom de cette manière est douloureux. Je lui réponds en détachant chaque syllabe.

_ Oui. C'est très clair.

Elle me relâche et réajuste sa tenue avant de partir. Son pas résonne dans le couloir, pendant que les battements de mon cœur tentent de revenir à un rythme normal. C'est bien elle. Je n'aurais jamais pu l'oublier et vu ce qu'elle vient de me dire, c'est que je ne suis pas fou. Je fais un tour par les toilettes avant de sortir, histoire de me passer un peu d'eau fraîche sur le visage et je prends la direction du parking où Finnick et Gale m'attendent encore. Maintenant nous sommes trois à vraiment avoir quelque chose à cacher. Du coup, je n'ai plus envie d'aller faire un tour, ni même d'entendre les explications de Gale. Non, tout ce que je veux c'est rejoindre mon lit et ne plus jamais me réveiller.

Que dire de plus ? Ah oui, peut-être aurais-je dû commencer par ça ? Enchanté, je m'appelle Peeta Mellark, j'ai 16 ans, je suis en seconde année de lycée et ceci est définitivement le pire jour de ma vie !


Résolution n°1 : Toujours assumer ses actes !


Et voilà, premier chapitre, la trame de base est posée. J'espère vous avoir donné envie d'en savoir plus. A bientôt.

Lumi^^